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Ces textes qui vous accompagnent
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De À même l'écorce des peupliers
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Sur ce fil, je vous invite à poser des mots sur les textes que vous aimez.

**********************************************************

"Le bois de l'Epte" (René Char)

Je n’étais ce jour-là que deux jambes qui marchent.
Aussi, le regard sec, le nul au centre du visage,
Je me mis à suivre le ruisseau du vallon.
Bas coureur, ce fade ermite ne s’immisçait pas
Dans l’informe où je m’étendais toujours plus avant.

Venus du mur d’angle d’une ruine laissée jadis par l’incendie,
Plongèrent soudain dans l’eau grise
Deux rosiers sauvages pleins d’une douce et inflexible volonté.
Il s’y devinait comme un commerce d’êtres disparus, à la veille de s’annoncer encore.

Le rauque incarnat d’une rose, en frappant l’eau,
Rétablit la face première du ciel avec l’ivresse des questions,
Éveilla au milieu des paroles amoureuses la terre,
Me poussa dans l’avenir comme un outil affamé et fiévreux.

Le bois de l’Epte commençait un tournant plus loin.
Mais je n’eus pas à le traverser, le cher grainetier du relèvement !
Je humai, sur le talon du demi-tour, le remugle des prairies où fondait une bête,
J’entendis glisser la peureuse couleuvre ;
De chacun - ne me traitez pas durement - j’accomplissais, je le sus, les souhaits.


**********************************************************

Le poème met en scène une promenade solitaire, effectuée à pied (locution restrictive : "Je n'étais ce jour-là que deux jambes qui marchent"), en pleine nature, sur un territoire connu.

Le bois de l'Epte figure un point de comblement, le fruit convoité d'une régénérescence (métaphore : "le cher grainetier du relèvement !").

Ce comblement souhaité exige un dépouillement préalable. Le locuteur doit accepter de progresser sans boussole, de bâcher ses sens (métonymies : "le regard sec", "le nul au centre du visage"), de s'inscrire dans la virginité de l'instant (adjectif qualificatif nominalisé : "l'informe où je m'étendais toujours plus avant").

Rien à voir ici, donc, avec la balade ordinaire du solitaire, avec ce sentier bien balisé où le promeneur suit le flot confortable de ses pensées (groupe nominal dépréciatif assorti d'une litote : "ce fade ermite ne s'immisçait pas dans l'informe", adjectif qualificatif péjoratif : "Bas coureur").

Le trajet commence (point de départ : "Je me mis à suivre le ruisseau du vallon") et le décor s'anime (personnification : "Venus du mur d'angle d'une ruine laissée jadis par l'incendie, / Plongèrent soudain dans l'eau grise / Deux rosiers sauvages pleins d'une douce et inflexible volonté"), invitant le poète à interpréter un jeu de correspondances (comparaison : "comme un commerce d'êtres disparus, / à la veille de s'annoncer encore", synesthésie : "Le rauque incarnat d'une rose").

Le monde, qui était devenu plat, terne, dépourvu de relief, se voit, comme par la grâce d'un coup de baguette magique (gérondif : "en frappant l'eau"), réinvesti de sa charge initiale de mystère (métaphore : "la face première du ciel") et de désir (personnifications : "l'ivresse des questions", "paroles amoureuses", allégorie : "Éveilla […] la terre", verbe imprimant une certaine violence : "Me poussa dans l'avenir", comparaison : "comme un outil affamé et fiévreux").

Le titre fixait un point de chute, mais le poète rebrousse chemin avant même de l'avoir rallié (anticipation : "Le bois de l'Epte commençait un tournant plus loin", modalisation : "je n'eus pas à le traverser", métaphore : "sur le talon du demi-tour").

Les sens régénérés (odorat : "Je humai [...] le remugle des prairies où fondait une bête", ouïe : "J'entendis glisser la peureuse couleuvre"), implorant la clémence d'un lectorat forcément frustré (impératif : "ne me traitez pas durement"), le locuteur, renonçant au comblement attendu, va obéir à une exigence supérieure ("De chacun [...] j'accomplissais, je le sus, les souhaits"), appliquant ainsi à la lettre l'un de ces aphorismes dont il a le secret...

"Le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir."

Contribution du : 28/04/2018 10:45
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Re : Ces textes qui vous accompagnent
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Merci jfmoods, c'est passionnant.


"le nul au centre du visage"

J'ai pensé à une bouche en cul de poule, mais c'est plutôt un (le nom du smiley est "confus") les yeux écarquillés étant sec.



E t c'est bien le ruisseau, le fade ermite qu'il suit sans l'imiter, je m'étais arrêté à ce moment-là. Et ça a bien du sens comme rupture quand on lit ce que tu dis sur la fin du poème.

Contribution du : 28/04/2018 13:03
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Un Fleuve
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Re : Ces textes qui vous accompagnent
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Après trois ans (Paul Verlaine)

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.

Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m'est connue.

Même j'ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,
- Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.

***************************************************************

Ce sonnet en alexandrins est à rimes embrassées, suivies et croisées, pauvres, suffisantes et riches, majoritairement masculines.

Le cadre spatio-temporel est clairement établi ("dans le petit jardin", "le soleil du matin"). 

L'évocation s'inscrit dans un cadre réaliste ("la porte étroite qui chancelle", "la Velléda, / Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue") et une information du vers 11 ("alouette qui va et vient") laisse entendre que nous sommes au printemps. 

Le lieu, traversé par le poète ("Ayant poussé", "Je me suis promené"), n'a pas de secrets pour lui (titre : "Après trois ans", antithèse :"Rien n'a changé" / "J'ai tout revu", adverbe de fréquence : "fait toujours", anaphore : "comme avant", "m'est connue", "Même j'ai retrouvé debout la Vélléda") et présente un aspect intemporel (glissement, entre les vers 7 et 11 et au vers 13, du passé composé / imparfait vers le présent de narration ).

Le poème est marqué par l'émerveillement du locuteur...

- vue ("éclairait doucement le soleil", "Pailletant")
- ouïe ("murmure argentin")
- oxymore ("une humide étincelle")
- personnifications ("l’humble tonnelle", "Le jet d’eau fait toujours son murmure", "Les roses [...] palpitent")

Cependant, quelques indices tendent à relativiser l'aspect comblant de ce paysage état d'âme...

- personnifications ("le vieux tremble [fait] sa plainte sempiternelle", "Les grands lys orgueilleux")
- toucher ("le plâtre s’écaille")
- odorat ("l’odeur fade du réséda")
- adjectif qualificatif dépréciatif laissé seul au début du dernier vers ("Grêle")

La confidence amoureuse s'ébauche, la femme n'étant que suggérée (cliché poétique : "fleur", "roses", "lys", statue : "la Velléda"). 

La découpe particulière du vers 5 (4/4/4) attire l'attention du lecteur sur l'élément central du décor. 

La ponctuation des strophes 2 et 4 doit être examinée de près. Les deux points circonscrivent un cadre plus intime au sein du jardin ("l’humble tonnelle / De vigne folle avec les chaises de rotin"). À la fin du vers 6, les points de suspension invitent à combler par une présence le vide du décor. À l'entame du dernier vers, le tiret appuie sur la déliquescence d'un sentiment amoureux dont le jardin semblait d'abord épouser la plénitude.

Au fil du sonnet, des allitérations (d/t, b/p) suggèrent une certaine dureté et des assonances (an, in, ou) marquent le délitement inexorable de la perspective.

Contribution du : 13/05/2018 11:00
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Re : Ces textes qui vous accompagnent
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Merci jfmoods, pour ce texte magnifique de Verlaine...

Je ne crois pas avoir connu ce texte du poète, mais je ne l'ai pas relu depuis une bonne quinzaine d'années ! Et vous me donnez envie de me replonger dans ses Poèmes saturniens, que j'avais beaucoup aimés.

J'avais appris Mon rêve familier par coeur, pour le plaisir de sa puissance d'évocation, et sa tonalité si particulière.

Je vous propose de le relire, bien que vous le connaissez sans doute, vous-même par coeur, tant il est connu.

MON REVE FAMILIER

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.


Paul Verlaine, Poèmes Saturniens, 1866.

Contribution du : 13/05/2018 13:13
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Re : Ces textes qui vous accompagnent
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Extrait du recueil "À la lumière d'hiver" de Philippe Jacottet, Poésie / Gallimard, 1977


"On voit les écoliers courir à grands cris
dans l'herbe épaisse du préau.

Les hauts arbres tranquilles
et la lumière de dix heures en septembre
comme une fraîche cascade
les abritent encore de l'énorme enclume
qui étincelle d'étoiles par-delà."


--------------------------------------

Le poète met en scène la rentrée ("On voit les écoliers", "dix heures", "en septembre").

Il saisit les lignes de force d'une exaltation propre à l'enfance (ouïe : "courir à grands cris", vue : "la lumière", toucher et goût : "comme une fraîche cascade"), sertissant l'évocation dans un écrin accueillant et protecteur (métaphore : "l'herbe épaisse du préau", personnification : "Les hauts arbres tranquilles", image du cocon : "les abritent").

L'adverbe ("encore") prépare le basculement de cette intériorité comblante (préposition "dans", au vers 2) vers le monde extérieur (préposition "par-delà", au vers 7).

Tout le poids du poème se concentre sur ce groupe nominal élargi, sur cette synecdoque suggérant le martèlement puissant d'un gigantesque forgeron ("l'énorme enclume qui étincelle d'étoiles"). Derrière les éblouissements prometteurs de l'enfance se profilent les coups, la douloureuse réalité de l'âge adulte (présent de vérité générale, allitérations : k, r, b/p, assonance : an).

Contribution du : 22/07/2018 08:52
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Re : Ces textes qui vous accompagnent
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Joyce Mansour

Donnez-moi un morceau de charbon
J'en ferai un aveugle
Donnez-moi un crâne épars sur le parquet
J'en ferai une descente aux flambeaux
Dans la fosse des passions durables
Donnez-moi un château mammaire
Je plongerai tête-bêche riant au suicide
Donnez-moi un grain de poussière
J'en ferai une montagne de haine
Chancelante et grave un arcane
Pour vous enterrer
Donnez-moi une langue de haute laine
J'enseignerai aux seigneurs
Comment briser leurs dieux de craie
Leurs pénis édentés
Aux pieds du grand corbeau blanc
Pourcoâ ?

Rapaces (1960)

Mais aussi de Joyce Mansour,

Herbes

Lèvres acides et luxurieuses
Lèvres aux fadeurs de cire
Lobes boudeurs moiteurs sulfureuses
Rongeurs rimeurs plaies coussins rires
Je rince mon épiderme dans ces puits capitonnés
Je prête mes échancrures aux morsures et aux mimes
La mort se découvre quand tombent les mâchoires
La minuterie de l’amour est en dérangement
Seul un baiser peut m’empêcher de vivre
Seul ton pénis peut empêcher mon départ
Loin des fentes closes et des fermetures à glissière
Loin des frémissements de l’ovaire
La mort parle un tout autre langage

Cris

Je ne saurais pas, jfmoods, commenter comme vous, je dis juste j'aime et je salue la spontanéité, la sensualité de Joyce Mansour, née en 1928.

Des poèmes coups de poings, directs sur la vie, sexuelle, sexuée.

(Je recommande le site Nomades pour en apprendre un peu plus sur elle, et sur d'autres)

Contribution du : 04/08/2018 16:17
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Notre blog partagé, merci aux passants Poésie Fertile
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Re : Ces textes qui vous accompagnent
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Contribution du : 05/08/2018 10:32
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Re : Ces textes qui vous accompagnent
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La maison natale - I - Yves Bonnefoy

"Je m’éveillai, c’était la maison natale,
L’écume s’abattait sur le rocher,
Pas un oiseau, le vent seul à ouvrir et fermer la vague,
L’odeur de l’horizon de toutes parts,
Cendre, comme si les collines cachaient un feu
Qui ailleurs consumait un univers.
Je passai dans la véranda, la table était mise,
L’eau frappait les pieds de la table, le buffet.
Il fallait qu’elle entrât pourtant, la sans-visage
Que je savais qui secouait la porte
Du couloir, du côté de l’escalier sombre, mais en vain,
Si haute était déjà l’eau dans la salle.
Je tournais la poignée, qui résistait,
J’entendais presque les rumeurs de l’autre rive,
Ces rires des enfants dans l’herbe haute,
Ces jeux des autres, à jamais les autres, dans leur joie."

---------------------------------------------------------------------------------------------------

"La maison natale" est une section de 12 poèmes en vers libres tirés du recueil "Les planches courbes" d'Yves Bonnefoy.

Ce premier poème, construit au passé simple et à l'imparfait, met en place quelques éléments du lieu intime annoncé par le titre de la section ("la véranda, la table", "les pieds de la table, le buffet", "la porte", "Du couloir, du côté de l’escalier sombre", "la salle", "la poignée"), lieu intime que l'évocation nous oblige à considérer comme métaphorique.

"La maison natale" figure le souvenir comme point d'accostage d'une traversée maritime (champ lexical : "L’écume", "le rocher", "un oiseau", "la vague", "l'horizon", "L’eau" × 2, "l’autre rive") générée par l'inconscient (mise en abyme du rêve : "Je m'éveillai").

Face à la nécessité fixée par le poète de se réapproprier l'imagerie de l'enfance (modalisation : "Il fallait qu’elle entrât pourtant"), un double mouvement s'exerce de concert.

Tandis que le souvenir cherche à franchir la barrière du temps (périphrase à caractère mystérieux : "la sans-visage / Que je savais qui secouait la porte"), le locuteur tente de fracturer la nuit intime ("Je tournais la poignée, qui résistait").

Le passé demeure inaccessible (locution adverbiale : "en vain"), si proche (adverbe : "presque", ouïe : "les rumeurs"), et cependant insaisissable, douloureusement encalminé dans le sas mémoriel (adjectifs démonstratifs instituant une mise à distance : "Ces rires des enfants dans l’herbe haute, / Ces jeux", adjectif possessif excluant le poète : "dans leur joie", thématique de la combustion : "vent", "odeur", "cendre", "feu", "consumait", gradation hyperbolique : "des autres, à jamais les autres").

Contribution du : 29/09/2018 08:42
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Re : Ces textes qui vous accompagnent
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Calendrier_Feuillets d'Hypnos_René Char

"J'ai lié les unes aux autres mes convictions et agrandi ta Présence. J'ai octroyé un cours nouveau à mes jours en les adossant à cette force spacieuse. J'ai congédié la violence qui limitait mon ascendant. J'ai pris sans éclat le poignet de l'équinoxe. L'oracle ne me vassalise plus. J'entre : j'éprouve ou non la grâce.
La menace s'est polie. La plage qui chaque hiver s'encombrait de régressives légendes, de sibylles aux bras lourds d'orties, se prépare aux êtres à secourir. Je sais que la conscience qui se risque n'a rien à redouter de la plane."

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le titre ("Calendrier") met en évidence l'ambition à l'oeuvre dans le texte : épouser le rythme du temps, se fondre au pas des jours.

La majuscule ("Présence") est à visée laudative. Elle signale le comblement amoureux apporté par l'Aimée, élément fondateur d'une merveilleuse stabilité : celle du couple ("un cours nouveau", "cette force spacieuse").

Par ce comblement, le poète accède à un statut électif ("J'ai octroyé", "J'ai congédié", "mon ascendant", "ne me vassalise plus").

Par ce comblement, il se trouve affranchi des doutes, de ces images négatives du passé ("la violence qui limitait", "chaque hiver s'encombrait de régressives légendes") qui hypothèquent l'avenir ("L'oracle", "La menace s'est polie", "sibylles aux bras lourds d'orties").

Si la plage postule l'échouage intime, elle ouvre aussi, parallèlement, la promesse d'un relèvement ("se prépare aux êtres à secourir"). La métaphore ("le poignet de l'équinoxe") figure l'évidence : une alliance douce ("sans éclat") entre l'homme amoureux et les forces cosmiques.

À présent libre ("j'éprouve ou non la grâce"), le poète peut s'inscrire pleinement dans l'action ("J'ai lié les unes aux autres mes convictions", "agrandi", "en les adossant", "J'ai pris", "J'entre"). Le travail de sape engagé par d'impitoyables forces destructrices ("la plane") n'entamera pas le courage de l'individu, sa totale détermination à lutter ("Je sais la conscience qui se risque n'a rien à redouter").

Contribution du : 24/02 09:36:59
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Re : Ces textes qui vous accompagnent
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Effet de nuit_Poèmes saturniens_Paul Verlaine

"La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
De flèches et de tours à jour la silhouette
D’une ville gothique éteinte au lointain gris.
La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
Secoués par le bec avide des corneilles
Et dansant dans l’air noir des gigues non-pareilles,
Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.
Quelques buissons d’épine épars, et quelques houx
Dressant l’horreur de leur feuillage à droite, à gauche,
Sur le fuligineux fouillis d’un fond d’ébauche.
Et puis, autour de trois livides prisonniers
Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
En marche, et leurs fers droits, comme des fers de herse,
Luisent à contresens des lances de l’averse."

----------------------------------------------------------------------------

Un sonnet. Un sonnet en alexandrins que l'on a écrasé en un bloc compact : le thème exigeait, sans doute, un tel traitement.

Car il s'agit bien, ici, d'étouffer le lecteur, de le livrer aux asphyxiantes ténèbres du Moyen-Âge.

Inquisition ? Guerre ?

Tableau effroyable, à la fois réaliste et fantastique. Toile de maître mariant savamment les tons, se jouant de la proximité et de la distance, de la verticalité et de l'horizontalité.

Du côté des bourreaux, une masse indistincte de soldats obéissant aux ordres ("un gros de hauts pertuisaniers / En marche").

Du côté des victimes, les vivants font figure de morts en sursis ("trois livides prisonniers / Qui vont pieds nus") pendant que les morts singent les vivants ("dansant dans l’air noir des gigues non-pareilles").

Contribution du : 02/03 10:12:28
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