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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
Chevalier d'Oniris
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L'œuvre surréaliste et l'idéologie
Jean Decottignies

II est regrettable que rien ne puisse entrer dans la tête confuse de M. Breton sinon sous la forme poétique.

G. Bataille, « la Vieille Taupe », Tel Quel 34.

Ces pages ne proposent ni un exposé ni surtout une discussion de ce qu'on pourrait appeler l'idéologie surréaliste; elles ne prétendent pas davantage analyser — problème cependant capital — les rapports entre le mouvement surréaliste et l'idéologie marxiste 1. Comme le titre le suggère, il s'agit ici de définir la relation qu'entretiennent, au sein de l'œuvre, des éléments disparates : problème posé par la constitution de formes qui, se donnant au premier abord pour narratives ou lyriques 2, incluent de vastes dissertations qui en interrompent le discours. On ne saurait toutefois écarter de ce propos, par un jugement préalable, aucun livre surréaliste. Le discours surréaliste, quel qu'en puisse être le projet, demeure, sur le plan du contenu, éminemment hétérogène : lors même qu'il manifeste une intention idéologique, il n'en requiert pas moins de la part du lecteur un effort de sommation, à quoi ne se peut comparer la compréhension d'un écrit spécifiquement théorique. Dans la mesure où s'y trouve ainsi oblitérée la fonction informative, c'est bien à la poétique 3 qu'appartient l'étude de ce discours. Les propositions formulées ci-après tendent à définir le statut de l'idéologie dans l'œuvre surréaliste; le rapport quantitatif du discours idéologique aux autres discours étant tenu pour contingent, ces propositions intéressent pareillement des formes diverses 4. Le choix des exemples n'aura par conséquent d'autre raison que la commodité de l'exposé et doit être regardé comme aléatoire.
L'auteur d'une étude récente 5 se propose de « déconstruire » l'idéologie surréaliste; tout en reconnaissant le bien-fondé et l'urgence d'une telle entreprise, je dois dire que l'étude ici présentée adopte une démarche inverse. En termes clairs, ces réflexions touchant l'idéologie surréaliste ne se situent pas dans une perspective idéologique. J.-L. Houdebine avance que « toute pratique poétique » est, dans l'œuvre surréaliste, « constamment redoublée dans ses effets de signification, justifiée, commentée, au niveau idéologique 6 »; j'admettrai, pour ma part, que tout contenu idéologique est par l'œuvre surréaliste intégré au niveau de l'activité poétique. Loin de rejeter la déconstruction, une telle perspective la présuppose, tout en la regardant comme un simple préalable à la lecture.

« L'ignoble mot d'engagement... » (Comète surréaliste.)

Force est de constater que tout au long de son histoire, le surréalisme est sommé d'opter, ou tout simplement annexé par des idéologies opposées.

Promoteur d'une activité révolutionnaire et partisan déclaré de l'avènement du socialisme, le mouvement est longtemps en butte aux exigences du parti communiste 7. De Breton et ses amis on attend qu'ils consacrent à la cause qu'ils soutiennent leurs entreprises poétiques et artistiques. De cette revendication on trouve l'écho, en 1932, dans Les Vases communicants, mais déjà en 1926, dans l'opuscule Légitime Défense, au titre suggestif : on les accuse « d'osciller encore entre l'anarchie et le marxisme », on les somme de se donner sans réserves à cette « révolution souhaitée »; s'il est vrai que cette révolution devient imminente, il importe que cet événement « dessine son ombre sur la page » qu'ils écrivent, « que ce tribut soit payé à la pluralité 8 ». Bref, l'individualisme est jugé incompatible avec l'état de poète révolutionnaire 9. Je ne m'étendrai pas sur les péripéties de cette querelle, qui retentit constamment dans l'œuvre de Breton 10.

D'un tout autre point de vue, s'exprime le regret qu'un mouvement voué à la promotion des pouvoirs de l'esprit sombre dans le matérialisme. Ainsi Rolland de Renéville croit-il, en 1932, pouvoir noter chez les surréalistes l'« abandon de la position idéaliste au profit du matérialisme dialectique »; et il déplore « la liquidation d'une doctrine » à laquelle il faisait « confiance n ». C'est aussi du côté idéaliste que se manifestèrent les tentatives d'annexion. On se souvient de la protestation de Breton, dans Les Vases communicants, à propos d'une phrase de J.-P. Samson taxant de mysticisme, voire de religiosité, l'attitude surréaliste 12. J.-L. Bédouin, dans Vingt ans de surréalisme, relate les péripéties de ce débat sans cesse renouvelé, et décrit les efforts de la critique catholique pour démontrer « la valeur finalement religieuse de la plus officiellement athée des écoles poétiques 13 ». A cette entreprise, le livre de M. Carrouges sur André Breton et les données fondamentales du surréalisme apporta une contribution importante, dont J.-L. Bédouin fait la critique, soulignant les « glissements de pensée » qui favorisaient de telles interprétations.

Ces assauts contradictoires donnent à penser. D'une part, le mouvement surréaliste semble fatalement devoir être confronté aux problèmes philosophiques; d'autre part, l'aisance avec laquelle on a pu le tirailler à droite ou à gauche suscite quelque appréhension touchant la cohérence d'une telle doctrine.

Pour leur part, les surréalistes opposèrent à ces diverses tentatives une fin de non-recevoir. Breton ne mâche pas ses mots : « L'ignoble mot d' « engagement » [...] sue une servilité dont la poésie et l'art ont horreur 14. » Position politique du surréalisme est une occasion de confirmer ce propos et de l'illustrer par deux exemples suggestifs. Un peintre et un poète, Courbet et Rimbaud, incontestablement acquis à l'idéologie révolutionnaire de leur temps, se sont comportés, en tant que créateurs, d'une façon identique : s'il est vrai que les « circonstances les plus grisantes de l'histoire » entraînent le premier « comme homme à exposer sans hésitation sa vie, elles ne l'entraînent pas à donner un sens immédiatement polémique à son art 15 ». Pareillement, les poèmes de Rimbaud attestent que 1' « établissement puis la cessation de l'état de fait profondément excitant pour l'esprit que constitue, par exemple, la vie de la Commune de Paris ont laissé pratiquement l'art en face de ses problèmes propres [...] 16 ». Dans cette perspective seront condamnés les travaux des peintres soviétiques qui, non contents de réhabiliter le « sujet », en subordonnent l'inspiration à l'idéologie socialiste 17. Qui ne sait, cependant, constate Breton, que les plus nombreux et les meilleurs des peintres sont venus à la peinture « avant de se définir politiquement 18 »?

Ce refus des directives émanant alors principalement des instances communistes internationales, le rejet, entre autres, des sujets imposés d'inspiration dite « prolétarienne » s'exprime dès les premiers contacts avec le Parti communiste français, en 1926, dans Légitime Défense. Il tiendra une place sans cesse croissante dans l'œuvre de Breton, à partir de1932. Il inspire, en 1938, le tract Pour un art révolutionnaire indépendant 19. Rendant compte, la même année, de sa Visite à Léon Trotzky, Breton cite celui-ci : « L'art comme la science, non seulement ne demandent pas d'ordres, mais par leur essence ne les tolèrent pas 20. »

Cet éloignement à l'égard du réfèrent idéologique, quel qu'il soit, se justifie tout d'abord par la conception surréaliste de la « démarche poétique », laquelle, écrit Breton, doit « exclure l'objet extérieur comme tel 21 ». Avant même que lui soit proposée l'option idéologique, l'œuvre surréaliste se ferme à toute espèce de « sujet ». Dès 1924, Breton s'écriait : « Plus de descriptions d'après nature, plus d'études de mœurs. Silence, afin qu'où nul n'a jamais passé je passe, silence! — Après toi, mon beau langage 22. » La dignité reconnue au langage suppose qu'on lui rende « sa destination pleine », qu'on libère le mot « de son devoir de signifier 23 », de cette « fonction d'échange élémentaire 24 ». En poésie, il observe comme se multiplient et s'étendent, à partir de Baudelaire, les « lézardes du sens 25 ».

Mais ce serait réduire la portée de l'activité surréaliste que d'en limiter les ambitions à cette soif de pureté. Loin d'eux le dessein de « ressusciter un soi-disant art « pur » qui d'ordinaire sert les buts plus qu'impurs de la réaction 26 ». Leur théorie, fort cohérente du reste, doit être soigneusement définie et dégagée de toute contamination avec les doctrines contraires de l'art pour l'art et de l'art engagé. Breton souligne la « haute idée » qu'ils se font de la « fonction de l'art », il lui reconnaît comme « tâche suprême » de « participer consciemment et activement à la préparation de la révolution 27 ». Comme le développe B. Péret, dans Le Déshonneur des poètes, c'est en tant que révolutionnaire que le poète refuse d'asservir sa pratique aux impératifs concrets d'un parti, et de consacrer son œuvre à la doctrine de ce parti. Le poète, selon B. Péret, « lutte contre toute oppression [...] il ne s'ensuit pas qu'il désire mettre la poésie au service d'une action politique même révolutionnaire. Mais sa qualité de poète en fait un révolutionnaire qui doit combattre sur tous les terrains : celui de la poésie, par les moyens propres à celle-ci, et sur le terrain de l'action sociale, sans jamais confondre les deux champs d'action, sous peine de cesser d'être poète, c'est-à-dire révolutionnaire 28 ». Dans le même sens que B. Péret, Gérard Legrand affirme que « la théorie de l'art engagé est un détournement d'énergies néfaste à la Révolution »; tout liés qu'ils sont au « développement révolutionnaire de la pensée », l'art et la poésie font passer avant l'engagement et « l'action diurne » la « revendicationlyrique en ce qu'elle a de spécifique, la recherche nocturne de la liberté 29 ». Tel est le principe qui exclut formellement le réfèrent que pourrait constituer une quelconque idéologie. C'est par intégrisme révolutionnaire — et non par « indifîérentisme politique » ou par esthétisme — que les surréalistes prônent le non-engagement de l'art et de la poésie.

Cette position demeure assez ferme dans les périodes mêmes où Breton et ses amis collaboraient plus étroitement avec les communistes. Parlant avec beaucoup de modération d'un « concours de littérature prolétarienne » organisé par L'Humanité (1933), Breton manifeste cependant la même répugnance à l'égard du contenu idéologique et conteste la vertu révolutionnaire des œuvres « qui ont pris le prolétariat pour thème 30 ».

Voici donc tranchée péremptoirement la question de principe : il est clair que l'œuvre surréaliste, fruit de l'impulsion individuelle, imperméable aux déterminations d'ordre politique, ne saurait être le lieu où se produit une idéologie antérieure ou extérieure au discours surréaliste.

« Un appel singulier et inlassable... » (Légitime Défense.)

Mais cette observation ne saurait clore notre débat. Elle se heurte aussitôt à la profusion, facilement verifiable dans les mêmes œuvres, d'éléments de discours idéologique. On invoquera, par exemple, ce constant brassage de notions philosophiques, où paraît s'engluer tout spécialement le discours des Vases communicants et de L'Amour fou; d'un côté, c'est la portée de l'opinion matérialiste, sa valeur explicative et ses limites qui sont analysées; de l'autre, ce sont les rapports du sentiment avec la vie et avec les événements du monde. Globalement, Breton subordonne ces deux ouvrages, ainsi que Nadja, à un commun projet, éminemment démonstratif : « Au long de ce livre, j'ai eu le loisir de préciser [...] »; « Ma plus durable ambition aura été de dégager cette inconnue [...]»;« Je crois avoir réussi à établir [...] »; « Je ne me suis attaché à rien tant qu'à montrer [...] 31. » Dans cette vue, il a donné à sa « communication » la a sécheresse » et la « rigueur » des « observations médicales 32 ». Épisodi- quement se fait jour un souci tout pragmatique d'endoctriner, et particulièrement de prêcher telle philosophie de l'existence : l'histoire de Nadja « sera de nature à précipiter quelques hommes dans la rue [...] 33 »; le témoignage apporté dans Les Vases communicants pourra aider un homme « à se défaire [...] de toute attache idéaliste M ».

Considérant d'un point de vue qui n'est pas spécifiquement poétique cette situation de l'œuvre surréaliste, Ferdinand Alquié estime que de telles pages « nous arrachent à la littérature, faisant naître en nous une interrogation que l'on peut appeler scientifique ou philosophique [...] ».

...http://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1971_num_1_1_2497

Contribution du : 21/12/2015 15:02
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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
Chevalier d'Oniris
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Rire, socialisation et distance de classe

Le cas d’Alexandre, « héritier à histoires »


« Dis moi si tu ris, comment tu ris, pourquoi tu ris, de qui et de quoi, avec qui et contre qui, et je te dirai qui tu es » (Le Goff, 1997, p. 449) [...]

Le rire comme forme de la distance sociale

http://sociologie.revues.org/851

Contribution du : 29/12/2015 22:35
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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
Chevalier d'Oniris
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Depuis une semaine, je lis une fable de La Fontaine chaque matin... retour au source ;)... sinon, j'ai commencé "La vie, la mort, la vie Louis Pasteur 1822-1895" de Erik Orsena, cadeau de Noël, je continue le premier tome de "Vernon Subutex" de Virginie Despentes (là j'ai franchement du retard, le Tome 2 est déjà sorti !), et puis le premier livre écrit sous forme de conte d'un auteur inconnu, Julien Cabocel : "Sur aucune carte, d'aucun voyageur", court, 90 pages.

Contribution du : 30/12/2015 00:01
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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
Visiteur 
Je me suis à nouveau plongée dans la lecture de la "Métamorphose" de KAFKA, édition de 1958 que j'ai eu pour Noël, qui vient compléter une version de 1939, qui est plus un livre "collector".

Ce livre reste pour moi toujours une découverte, profonde et étonnante.

Contribution du : 30/12/2015 13:31
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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
Chevalier d'Oniris
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Quand le Malin fait de l'esprit. Le rire au Moyen Âge vu depuis l'hagiographie

Aux prises avec la question du rire au Moyen Age labile comme le sourire du chat du Cheshire nous avons choisi de le traquer là où on l'attend priori le moins dans les récits hagiographiques et en particulier dans deux Vies du 12e siècle où un même comique exerce aux dépens du saint Bernard de Clairvaux 1090-1153 dans un cas et Hildegarde de Bingen 1098-1179 dans autre Le maître uvre de la Vita prima sancii Bernardi est Geoffroy Auxerre qui avait été son secrétaire et qui prit dès 1145 en raison sans doute de la mauvaise santé de abbé initiative de faire écrire sa Vie Guillaume de Saint-Thierry attela de 1146 sa mort en 1148 la rédaction du livre premier et le second dans lequel prend place notre document pour auteur Arnaud ou Ernaud abbé de Bonneval écrit entre 1148 et 1153 il englobe les années 1130-1145 de existence de Bernard Geoffroy échut le soin de raconter en trois livres les dernières années puis après échec une première tentative de canonisation en 1163 opérer une révision de ensemble de la Vita La Vita sanct Hildegardis mêle plusieurs voix et est due principalement deux auteurs Godefridus moine du Disibodenberg en aurait entamé la rédaction du vivant même de abbesse mais la mort vers 1181 empêcha aller au-delà du liber primus de gestis sanct Theodoricus moine Ech- ternach acheva son uvre vers 1187 dotant la Vita un prologue et de deux autres livres le liber secundus de visionibiis sanct et le liber tertiiis de miraculis et morte beat dans lequel figure épisode qui nous retiendra et que on peut dater de 1167 environ Cette Vita fut rédigée elle aussi dans espoir une canonisation de son héroïne mais contrairement Bernard qui fut canonisé en 1174 Hildegarde ne jouit jamais une recon naissance officielle Les deux épisodes présentent évidentes similitudes Dans les deux cas il agit un miracle thaumaturgique opéré par le saint de son vivant un Milan autre en Rhénanie ou plus précisément un exorcisme se déroulant en plusieurs étapes en raison de la résistance oppose esprit malin Bernard et Hildegarde sont tenus en échec et ridiculisés par un démon moqueur habitant le corps une femme moniaca quels mé canismes faisait appel le rire uvre dans ces textes et dans quel but au nom de quelle conception du comique un récit édifiant mettait-il en scène sous un jour défavorable le personnage dont il voulait prouver la perfection Une telle entreprise était-elle pas somme toute double tranchant Pour répondre ces questions on ne se limitera pas au cadre étroit de ces deux textes le rire cette étonnante faculté de homme ce phénomène mettant enjeu le physique et le mental suscitait en effet au Moyen Age des attitudes des discours et des jugements fort divers mais on le verra avec Hildegarde pas pour autant inconciliables .

La femme et le démon

Par le rôle qu'y joue élément féminin ces récits confirment d'abord un phénomène mis en évidence par Pierre-André Sigal pour la France des 11e-12e siècles si le pourcentage des miraculées dans les miracles in vita est toujours inférieur à celui des miracles posthumes les femmes rencontrant sans doute de plus grandes difficultés pour se rendre aux sanctuaires en revanche la seule catégorie où les femmes sont proportionnellement plus nombreuses dans les miracles in vita que dans les miracles posthumes est celle où les femmes ne viennent pas de leur plein gré Et de fait dans nos deux Vitae la possédée est pas venue elle-même auprès du saint la démoniaque guérie par Bernard lui été amenée par son mari et la femme libérée par action de Hildegarde été conduite auprès elle par des amis et protecteurs En ce qui concerne non plus le sexe du fidèle affligé mais celui du saint guérisseur le plus remarquable est un exorcisme soit pratiqué par une femme les saints faisaient de leur vivant une assez grande place cette pratique4 et Bernard notamment beaucoup agi dans la guérison des possédés5 mais le cas de Hildegarde est tout fait rare pour époque Certes aux premiers siècles du christianisme activité exorciste était pas spécifiquement masculine Jusque vers le milieu du 3e siècle comme attestent Tertullien ou Minucius Félix tous les fidèles pouvaient prétendre exorciser Au 12e siècle en revanche exorcisme est exclusivement de la compétence des hommes et en entreprenant de libérer la possédée Hildegarde arroge une prérogative masculine comme elle se lance quatre reprises dans des tournées de prédication devant le clergé et le peuple de différentes villes Allemagne Débordant le cadre alors imparti aux femmes elle ne craignit pas agir en homme et aucune protestation ne paraît être élevée contre les libertés elle prenait Une telle impunité peut sans doute expliquer par la force de son caractère et de ses relations et surtout par le prestige et autorité dont elle jouissait depuis que le pape Eugène III un cistercien ami de saint Bernard avait officiellement reconnu son don prophétique lors du synode de Trêves en 1147-1148 Mais il plus dans le texte qui nous intéresse ici est la demande du monde masculin en occurrence abbé et les frères de Brauweiler que Hildegarde se fera exorciste Sigewize la possédée obsédée serait plus fidèle mais est un emploi délicat en fran ais en était pas sa première tentative de guérison souffrant depuis huit ans elle avait été amenée Brauweiler dans espoir être délivrée par les mérites de saint Nicolas patron de cette commu nauté de bénédictins mais son attente avait été dé ue Imploré par les moines esprit malin fit savoir que seule une vieille femme habitant la Rhénanie supérieure vetula in superioribus Rheni partibus pourrait le chasser on demanda donc une femme bien vivante quoique âgée et jouissant alors seulement une réputation de sainteté accomplir ce un saint de sexe masculin et connu de longue date pour ses vertus avait pu réaliser post mortem Autre point commun entre nos deux Vit Bernard aussi entre réellement en scène et en action partir du moment où le recours un autre saint saint Syr est avéré inopérant7 En autres termes si le miracle de guérison est ici une preuve de la sainteté de Bernard et de Hildegarde les vertus ne supplanteront le miracle comme critère de sainteté partir du 13e siècle cette sainteté nouvelle se manifeste et revêt un caractère évidence par contraste la faveur une défaillance de saints traditionnels.
L'adhésion au miracle allait pas pour autant de soi et il pouvait toujours se trouver des esprits forts pour contester le pouvoir thaumaturgique du saint aussi la littérature hagiographique ne perdit-elle jamais tout fait son caractère de littérature de combat sensible dans le présent extrait de la Vita Hildegardis Theodoricus en reste le principal narrateur mais il mêle son propre récit des passages supposément autobiographiques de abbesse la voix de Hildegarde se fait donc entendre aussi) et en outre trois lettres échangées par Hildegarde et abbé de Brauweiler au sujet de la possédée nous sont parvenues Un même événement re oit ainsi trois éclairages complémentaires et leurs différences sont significatives abbesse est abord sollicitée par écrit après échec de invocation saint Nicolas et suite surtout une requête exprimée par le démon lui- même selon Theodoricus il aurait dit par la voix de la jeune possédée que seule une petite vieille pourrait le déloger se moquant elle au passage en déformant son nom Hildegardis en Scmmpilgardis9 Or ironie mordante prêtée esprit malin toutes les apparences être du cru de Theodoricus si on en juge par la comparaison de ce passage avec le propre témoignage de Hildegarde et celui de abbé de Brauweiler dans un des passages autobiographiques abbesse rapporte que le démon désignée par le terme de vetula mais ne dit rien du sobriquet forgé par esprit malin sur son nom10 quant abbé de Brauweiler qui se fait le porte-parole de ses moines il ne fait aucune mention de ces deux appel lations désobligeantes et flatte au contraire Hildegarde pour attirer ses lumières et son secours.
Plus une omission ou une réticence de la part de Hildegarde ou de son correspondant ne faut-il pas voir dans ce décalage des sources la main de Theodoricus désireux de prouver tout prix la sainteté de son personnage et de lui attribuer des pouvoirs miraculeux auxquels elle jamais personnellement prétendu Il le dit clairement le Tout-Puissant aurait pu aisément accorder le pouvoir de libérer l'obsessa un des saints auprès desquels elle avait été conduite auparavant mais il voulu en transférant la gloire de ce miracle la vierge sainte que soit révélé tous et de son vivant éclat de ses mérites12 Et Theodoricus affirmer elle avait entre autres dons celui de guérir les possédés donnant un épisode singulier [...]

http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1997_num_52_3_279580

Contribution du : 30/12/2015 14:09
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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
Organiris
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Je viens de lire "La nuit de feu" d'Eric-Emmanuel Schmitt. On m'a offert ce récit que je n'aurais probablement pas acheté, a priori. L'auteur raconte comment il a accédé à la foi, alors qu'il s'était perdu dans le désert sans vivres, sans eau. Personnellement, je ne suis pas du tout croyante, mais j'ai aimé la manière qu'a eu l'auteur de raconter son cheminement de pensées, et surtout de rendre compte d'une chouette rencontre avec un Touareg. Plus que le rapport au divin, ce qui m'a plu, c'est le rapport entre les hommes.

Contribution du : 30/12/2015 18:27
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Inspiration ou poésie...
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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
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EES, je trouve qu'il écrit à merveille. Faut faire un tour sur son site, on en repart amoureux.

Contribution du : 30/12/2015 20:26
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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
Maître Onirien
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...de E ES pour S.

Les enfants sont spontanément philosophes : ils posent des questions
- Et les adultes ?
- Les adultes sont spontanément idiots : ils répondent".

salut Salam...et bon vent pour 2016...17....et la suite

Contribution du : 31/12/2015 11:56
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"""Soyez réglé dans votre vie ordinaire
comme un bourgeois, afi n d’être violent et original
dans vos oeuvres. »

Gustave Flaubert
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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
Expert Onirien
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La biographie de Simone de Beauvoir de Bouchardeau,

D'Acier de Sylvia AVALLONE, roman.

La notice de mon dernier cadeau de Noël..

Contribution du : 31/12/2015 12:31
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Re : Que lisez-vous en ce moment ?
Onirien Confirmé
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"Eloge de la fuite" , Essai Folio Gallimard 1985, du biologiste Henri LABORIT (disparu en 1995)...
Bien que plutôt philosophique, cet essai d'un chercheur scientifique reste empreint de charges émotionnelles sans doute très personnelles, comme des confidences, lesquelles peuvent être sources d'inspiration poétique, je pense, outre le plaisir de la spéculation plus ou moins "théologique".

Contribution du : 31/12/2015 12:48
_________________
L'essence de tout être ne s'anime que dans la confrontation à son contraire.
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