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L'histoire de Brigitte et celle de Jean-Luc
NICOLE : L'histoire de Brigitte et celle de Jean-Luc  -  L'histoire de Brigitte - Chapitre 5
 Publié le 30/09/09  -  8 commentaires  -  4656 caractères  -  109 lectures    Autres publications du même auteur

- Mince, elle rêve encore ; tu as entendu ce que Sandra a dit, après tout c’est quand même une réception en ton honneur.


La célébration de mes quarante ans, qu’ils veulent tous aussi fastueuse que celle des cinquante ans de Jean-Luc l’été dernier.

Inutile de leur dire que non seulement je n’ai pas d’opinion très tranchée à propos du restaurant qu’elle a trouvé dans Paris, mais qu’en plus je préférerais largement ne pas être obligée de participer à cette fête. J’adopte donc une attitude sinon enthousiaste, du moins à peu près coopérative.


Les célébrations imposées par le calendrier, comme les jours de l’an et les anniversaires, me donnent toujours la furieuse envie de passer directement à l’année suivante par un coup de baguette magique.


Je visualise parfaitement la grande tablée de visages avinés et réjouis, pour la plupart plus proches de Jean-Luc que de moi, les discours qu’ils vont improviser, et ceux que je devrai faire en retour... Moi qui ai tant de mal à m’exprimer en public.


Je peux être drôle et pleine d’esprit en petit comité, mais au-delà de six ou huit personnes, je suis à la torture.

Le problème, pour les gens qui comme moi parlent peu, c’est que lorsqu’ils se décident à le faire, leur auditoire, suspendu à leurs lèvres, s’attend invariablement à ce qu’ils délivrent à l’humanité un message essentiel. Comme c’est rarement le cas, ils s’exposent à décevoir fréquemment.


J’ai une vision très précise du calvaire que sera cette soirée organisée en mon honneur, et je n’entrevois pourtant aucune possibilité d’y échapper.


- Ça a l’air parfait Sandra, je ne crois pas qu’on puisse trouver mieux, vraiment parfait. Ici ou ailleurs, quelle importance, de toute façon c’est seulement une soirée.


J’amène les reliefs de langoustines dans la cuisine, Isa sur mes talons.


- Comment tu trouves Hugues alors, tu n’as rien dit ?


Je connais Isa depuis toujours, et si je devais trouver une formule pour la présenter en quelques mots à quelqu’un, je dirais qu’elle est amoureuse de l’amour. C’est la seule grande affaire de sa vie. Chaque fois qu’elle rencontre un homme, c’est l’homme de sa vie et c’est pour toujours. À bientôt quarante ans, elle y croit encore comme à quinze ans.

Pour autant, sitôt qu’elle cesse d’être l’unique préoccupation du monsieur, elle s’en désintéresse et passe à l’histoire suivante. Elle reste éternellement dans les prémices, le quotidien étant pour elle un obstacle insurmontable.

Je ne connais aucun homme qui ait réussi à déposer davantage qu’une brosse à dents chez elle.


Comme elle se sait stérile de naissance et n’en conçoit aucune amertume, elle étire à l’infini une adolescence radieuse.


- Je l’aime beaucoup, et pour quelqu’un qui ne connaît personne, il s’est très bien adapté. Sandra semble beaucoup l’apprécier.


Mince, pourquoi j’ai dit ça.


- Ah oui, la toute refaite qui lui met ses seins sous le nez depuis le début du repas. Sois gentille, pour ton anniversaire, essaie de nous placer le plus loin possible d’elle. Je ne sais vraiment pas comment tu réussis à la supporter. Le mortier et le pilon de ta grand-mère, ils passent au lave-vaisselle ?

- Je m’en occupe, apporte plutôt le poisson à Jean-Luc pour qu’il le découpe.


Lorsque je retourne dans la salle à manger, ils en sont à débattre de l’opportunité d’engager un animateur. D’ailleurs Henri et Éliane recommandent chaudement celui qui s’est illustré pour leurs vingt ans de mariage.

Je m’en souviens parfaitement, un intégriste de la fête à tout prix. À un moment, j’ai même cru qu’il allait me poursuivre jusque dans les toilettes pour m’obliger à danser sur un tube d’avant ma naissance.


Et si je leur faisais le coup de la migraine.

Depuis quelque temps, je reconnais que j’abuse des maux de tête pour me soustraire aux corvées à caractère social que Jean-Luc nous inflige régulièrement. Comme ma première migraine, il y a dix ans, l’a durablement impressionné, il n’a jamais mis mes nombreux malaises en doute. Je lève seulement un peu le pied quand la fréquence de mes migraines l’inquiète, et qu’il menace de me confier à l’un de ses confrères.


Non, je ne peux pas faire ça, si je n’y vais pas, ça va leur gâcher mon anniversaire.


Je suis malgré tout relativement contente de moi, j’ai finalement réussi à éviter l’animateur d’Éliane. Évidemment, j’ai dû lâcher sur presque tout le reste, mais rien n’est plus difficile que d’arrêter des gens décidés à vous faire plaisir, même à votre corps défendant.

On se quitte satisfaits les uns des autres, eux de pouvoir mener à bien un projet totalement altruiste, moi d’être passée à un cheveu de l’intolérable.


 
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   jaimme   
30/9/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un épisode situé cette fois exactement à mi-chemin entre comédie et drame. Plus près quand même de la tristesse. Le rejet de l'amour engagé (ou la jalousie de ne pas le vivre?), la non-sociabilité...
Le constat est très amer chez cette femme. Grinçant.
C'est très bien écrit. Vraiment.
Et toujours un vrai plaisir à lire.

   nico84   
2/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un plaisir de te lire oui mais le ton a changé. Ce n'est pas mauvais en soi disons que cette femme vit un tournant. La quiétude, la merveille integration familiale laisse place aux souci de l'integration des amis et de l'environnement de Luc. Un peu pessimiste, isolée, cela prend une mauvaise tournure.

C'est intéressant de comprendre les relations, les pensées de l'héroine et son faible pouvoir de décision. Bravo.

   LeopoldPartisan   
2/10/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
brr... nous voilà en plus dans l'émission que je déteste le plus et que je subis parce que mes enfants 13 et 17 ans, la regarde souvent et que comme un légume prêt pour la soupe, en fait moi même après une journée de boulot, je matte comme un zombie ou un scampis déjà ébouillanté : "Un diner presque parfait."
Là non, je n'y adhère plus du tout à cette histoire qui sombre dans la banalité... Ou alors je dois y adhérer à donf, car en fait c'est peut être et là ce serait une excellente nouvelle, chez les bourges on s'enmerde à trois mille euros de l'heure tant le vide de leur petite vie conventionelle est sidéral et pour moi sidérant.
Aller rien que pour cette idée Nicole je te donne la moyenne.

   aldenor   
5/10/2009
Comme les chapitres précédents, l’écriture reste légère et plaisante, parsemée de fines observations. Mais l’intrigue ne m’accroche pas. Le découpage en très courts chapitres y est peut-être pour quelque chose. On reste sur sa faim ; ça manque de rebondissements. On s’attendrait à une pointe de suspense en fins de chapitres.
Avec un découpage différent, des chapitres plus consistants et calculés pour aiguiser la curiosité du lecteur, l’effet serait peut-être différent.

   Anonyme   
6/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
"Non, je ne peux pas faire ça, si je n’y vais pas, ça va leur gâcher mon anniversaire."
C'est fou, fou comme cette simple phrase révèle Brigitte.
Tout est particulièrement bien ressenti.
Du beau travail.

   Anonyme   
9/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un cinquième chapitre que j'aime vraiment. Le style est plus libr, moins contraint à l'humour à tout prix. On sent enfin qui est Brigitte on s'en son désarroi.

   monlokiana   
15/9/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je ne vois pas trop ce que ce chapitre a à raconter. L’écriture est toujours là même mais je n’ai pas vraiment aimé ce chapitre. C’est vrai que Brigitte fait des confidences (ne pas parler en public, jouer le tour de la migraine) mais ce chapitre fait-il avancer l’histoire ? Pour ma part, non. Ça a un doux parfum de banalité.
Je fais comme si je n’avais rien vu et je cours lire la suite.

   pierre   
30/6/2012
Commentaire modéré

   carbona   
7/8/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'adore, ça se boit comme du petit lait !

Certains lecteurs regrettent le manque de péripéties et d'avancée dans l'intrigue.

Cette lecture m'apporte du plaisir donc pour moi c'est l'essentiel, ça fonctionne !

Toujours beaucoup d"humour : l'animateur intégriste de la fête qui poursuit la narratrice jusque dans les toilettes < excellent !

Raccrochage au premier chapitre, super cohérence. J'aurais même enlevé le passage du mortier au lave-vaisselle, la référence aux "reliefs de langoustines" étant suffisante.

Référence aux migraines, bien aussi.

Les liens que vous dressez nous dirigent vers un tout, je m'en réjouis !


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