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Réalisme/Historique
Acratopege : La maquette
 Publié le 25/05/13  -  10 commentaires  -  11587 caractères  -  64 lectures    Autres textes du même auteur

Quelques étapes d'une croisière à travers les générations.


La maquette


Je n'ai pas plus de cinq ou six ans. Seul à l'arrière de la voiture arrêtée en pleine nuit au milieu de la ville où je suis né, je me sens en sécurité comme si ma mère venait de me border dans mon lit après m'avoir raconté pour la centième fois la même histoire de marins ou d'explorateurs. Nous avons roulé près de douze heures. Devant moi, dans la clarté des lampadaires, fermant la rue, une grande maison aux fenêtres tendues de voiles noirs cache le ciel.


Sitôt le moteur éteint, je m'en souviens, mes parents ont échangé quelques paroles à voix basse. Les phares de la voiture éclairaient la façade où les fenêtres obstruées dessinaient comme des yeux fermés. Croyant que je dormais, ils sont sortis dans la rue. Le claquement des portières m'a fait ouvrir les yeux. Je les ai vus pénétrer dans la maison par une grande porte. Je me suis agenouillé sur le siège arrière pour regarder, comme un rêve immobile, la rue et la maison devant moi. Rien ne bougeait. Je me sentais bien. J'imagine que mes parents ne m'ont pas laissé seul très longtemps, mais je garde le souvenir d'un moment d'éternité paisible comme je n'en ai plus vécu depuis. La suite, je ne me la rappelle pas. J'ai dû m'endormir sur la banquette et on aura porté mon petit corps jusqu'au lit préparé pour moi dans la grande maison. Au matin, après m'avoir nourri d'une tartine à la crème de chocolat sur la table de la cuisine, on m'apprendrait que mon arrière-grand-père était mort.


Nous avions fait le voyage depuis notre maison jusqu'à celle de mon arrière-grand-père pour fêter son quatre-vingt-dixième anniversaire. J'avais même apporté un cadeau pour lui, que j'avais fait moi-même, que je lui aurais offert en tremblant sous les yeux de toute la famille assemblée. Nous avons appris plus tard qu'il était mort le matin même, à l'heure où nous nous mettions en route. On avait eu le temps d'endeuiller sa maison avant notre arrivée. Mes parents m'avaient laissé dans la voiture parce qu'ils avaient compris tout de suite, quand les phares avaient éclairé la façade aux fenêtres noircies de lourdes tentures, que quelque chose de terrible s'était passé.


Malgré les frontières qui nous séparaient, j'ai rencontré souvent cet homme terrible qui a élevé en partie ma mère après la mort de ses parents : immense de corps, moustache blanche en corne de rhinocéros, sourcils broussailleux comme savane, regard de rapace qui me faisait mourir de peur quand il le posait sur moi. Mais je le préférais encore à cet autre ancêtre moustachu, de sexe féminin, qui m'écrasait contre sa poitrine si volumineuse que je tenais à peine en équilibre à l'extrémité de ses fémurs rembourrés quand il me tenait sur ses genoux ! Je crois que mon arrière-grand-père m'aimait bien. Il avait d'abord désapprouvé le mariage de sa petite-fille favorite avec un étranger sans le sou, mais le caractère rocailleux et intègre de mon père l'avait vite conquis. J'en avais récolté les fruits.


Ma mère a perdu ses deux parents avant de savoir marcher. Avant-guerre, la tuberculose ne pardonnait pas jusque dans les milieux les plus bourgeois ! D'autorité, mon arrière-grand-père a recueilli sa petite fille quand il a appris que les tantes paternelles à qui l'orpheline avait été d'abord confiée la maltraitaient pis que pendre. On dit même qu'il l'a enlevée de force, sans tambour ni trompette, comme on faisait autrefois, et qu'on le craignait tant dans la famille que personne n'avait osé réagir. Dès lors il a élevé ma mère dans sa vaste maison d'A*** avec pour seul principe que personne n'avait en aucune circonstance le droit de la faire pleurer. Ainsi les bonnes d'enfant se sont succédé auprès d'elle, chassées l'une après l'autre à la première larme versée par ma future maman.


Mais à plus de soixante-dix ans, mon arrière-grand-père, le bougre, resté veuf depuis des décennies, s'est laissé séduire par sa jeune gouvernante. Elle a même su se faire épouser et du vieillard a eu trois filles, mes grand-tantes, dont deux sont plus jeunes que moi ! Je dois avouer avoir toujours tiré quelque fierté de cette anomalie dans la chronologie familiale et m'en être vanté à qui voulait l'entendre ! La gouvernante devenue épouse et grand-marâtre n'a plus voulu de ma mère dans la grande maison. Mon arrière-grand-père, dont l'âge avait fini par amollir le caractère, a cédé pour avoir la paix. Je crois que ma mère ne lui a jamais pardonné tout à fait cette trahison. Dès lors, de bonnes âmes de la famille qui s'intéressaient à son héritage se sont chargées de l'éducation de la jeune fille. Elle a subi leur méchanceté et leur rapacité sans vergogne, mais aussi fréquenté les meilleurs pensionnats religieux du pays, y côtoyant même une vraie princesse de la Cour de B***. Trente ans plus tard, elle nous parlerait encore de cette rencontre magique avec le Gotha ! Après la guerre, on l'a envoyée se refaire une santé dans un pays épargné par l'horreur. Elle y a connu mon père dans la troupe scout dont il était le chef. Ainsi s'arrangent parfois les plus tristes histoires !


Avant la Grande Guerre, mon arrière-grand-père possédait une flotte marchande d'au moins cinquante navires qui sillonnaient les mers du Cap à Pondichéry, de Buenos Aires à Tokyo. S'il n'avait pas été ruiné par un malencontreux prêt à son gouvernement, jamais remboursé, notre famille serait riche aujourd'hui ! Quand il est mort, il ne restait que quelques bribes de son empire marchand, mais jusque sur son lit d'agonie le bonhomme a gardé la prestance et le maintien raide du baron des mers qu'il avait été. On dit que c'est lui qui a introduit les suceuses de grain mécaniques dans le port d'A***, que pour le punir de les avoir privés de leur emploi les dockers l'ont jeté tout habillé, avec lorgnon et haut-de-forme, dans un bassin huileux. Il ne s'en serait sorti vivant que grâce à une longue pratique de la natation en eau froide qu'il avait héritée de ses ancêtres danois (ou allemands, selon les siècles, car sa région natale a glissé plusieurs fois d'un giron dans l'autre au hasard des déclarations de guerre et des traités de paix). Dans ma famille, on dit aussi qu'un quai du port d'A*** porterait le nom de mon arrière-grand-père. Mythe familial sans doute, car je n'en ai retrouvé aucune trace ni sur les cartes ni sur le terrain.


À sa mort, même si l'État avait ruiné sans état d'âme ce grand capitaine du commerce maritime, ma mère a touché un petit héritage que mon père a su placer assez judicieusement pour qu'ils puissent élever leur famille nombreuse dans une certaine aisance bourgeoise. Le lot échu à ma mère comportait deux tableaux anciens et une maquette de bateau. Le premier tableau représentait une Vierge à l'Enfant attribuée à l'école flamande du dix-huitième siècle, mais sans grande valeur à cause d'un état de délabrement que deux restaurations maladroites, selon les experts, n'avaient que mis davantage en évidence. Le deuxième était une scène de chasse déguisée en nature morte, avec un chien diagonal au centre de la construction, des cadavres de faisans et de canards, des meubles bien cirés sur lesquels miroitait de la vaisselle d'argent.


Quant à la maquette de bateau, imposante par sa taille et sa facture minutieuse, elle a fasciné toute mon enfance alors qu'elle ne suscitait qu'indifférence chez les autres membres de la famille. Enfermée dans un sarcophage de verre renforcé de lisses de laiton, la maquette du SS. Keltier (4500 Tons D.W.) faisait bien deux mètres de long. Sous la ligne de flottaison, la coque était peinte de vieux rose ; au-dessus, d'un gris mat qui donnait au bâtiment une allure de bateau de guerre. Le pont de bois était soigneusement verni en jaune sable et brun. Tout l'accastillage était représenté dans les moindres détails : gouvernail, cheminée, treuils, cordages, bittes d'amarrage. Il y avait quatre canots de sauvetage prêts à être largués. Il fallait être attentif pour remarquer que la maquette n'était en réalité qu'une demi-maquette : on la voyait entière car elle se reflétait dans un miroir sagittal qui couvrait toute une face du sarcophage de verre. Dès que l'on se reculait d'un ou deux mètres, l'illusion était parfaite !


Le SS. Keltier a appartenu à la compagnie maritime de mon arrière-grand-père jusqu'en 1916, quand il a été cédé à la Lloyd Royal Belge SA. Le 7 décembre de la même année, il a été touché par un sous-marin allemand au large de Scilly Island et renfloué à Falmouth. Deux ans plus tard, le 2 octobre 1918, une torpille allemande lancée d'un sous-marin U-55 l'a envoyé par le fond. Il avait quitté Milford Haven le 29 septembre pour New York. On a pu mettre à l'eau les canots de sauvetage, mais il n'y a pas eu de survivant. Le capitaine s'appelait A. Leeners.


Dès mon jeune âge, sans égard pour mes frères et sœurs plus jeunes, j'ai revendiqué comme mienne la maquette du SS. Keltier. Comme j'étais l'aîné et le seul à manifester mon intérêt pour l'objet, n'était-il pas naturel qu'il me revienne après la disparition de mes parents, dans un avenir que longtemps je n'ai conçu que très obscurément tant il me paraissait invraisemblable ? Pourtant, avec la mort précoce de mon père, puis le vieillissement de ma mère, qui me semblait perdre des forces et un bout de sa tête à chacune de mes visites, les contours de cette réalité se sont précisés impitoyablement. L'invraisemblable était devenu certitude.


Incapable pourtant d'attendre l'inéluctable, j'ai convaincu ma mère de me laisser emporter de son vivant la maquette du SS. Keltier. J'ai prétexté que j'avais conçu les plans de mon nouveau bureau en prévoyant pour elle une place de roi. Quand ma mère a fini par céder, elle a gardé son sourire de vieil ange, mais j'ai vu son regard se voiler insensiblement, comme si quelque chose s'y était dissipé en vapeur, comme si une lumière tremblotante avait été soufflée tout au fond d'elle par son renoncement.


J'ai loué une camionnette pour transporter de sa maison jusqu'à la mienne le SS. Keltier. Il fallait compter quelques heures de route pour rejoindre le coteau resplendissant de fleurs où ma mère vivait seule dans la villa familiale avec autour d'elle une pépinière d'infirmières et d'aides ménagères qui lui donnaient contre un bon salaire l'illusion de vivre autonome. Depuis le village, il fallait descendre une côte raide sur une route sinueuse que bordait de chaque côté un mur de pierre. On avait l'impression de s'avancer dans un couloir torve dont on ne verrait jamais la fin, mais tout à coup on débouchait sur un plateau dégagé où le panorama époustouflant sur le lac et les montagnes me forçait chaque fois à m'arrêter.


Un peu plus bas, suspendue entre vigne et lac, la maison de ma mère semble osciller dans les derniers éclats du soleil couchant. J'ai arrêté mon moteur et baissé la vitre pour entendre crier les mouettes. Assis derrière le volant, les yeux fermés, je sens une grande paix me prendre. Pour un instant, il n'y a plus de vilaines pensées, plus d'images amères, plus aucun de ces souvenirs douloureux qui ressortent de l'ombre chaque fois que je m'approche de ce lieu. L'instant se prolonge, je voudrais qu'il dure toujours, mais un frisson me fait ouvrir les yeux. La nuit est presque tombée maintenant, et quelque chose me frappe quand je lève le regard vers la maison de ma mère : toutes les fenêtres sont illuminées, alors qu'à cette heure elle devrait se trouver seule avec sa garde-malade. En contrebas, plusieurs voitures sont alignées le long de la route comme des insectes sombres et froids. Tout de suite je comprends que quelque chose de terrible s'est passé.


 
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   socque   
23/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Eh bien, bravo. Non seulement la construction du texte est impeccable à mon avis, mais j'en ai aimé l'écriture qui sait ralentir dans les descriptions tout en restant alerte et en distillant les informations avec un grand naturel. D'ordinaire je ne suis pas touchée par les chroniques familiales, mais celle-ci a su m'envoûter par sa clarté et, je dirais, la vérité des sentiments exprimés sans pathos mais sans cacher la dureté de la vie.
Un signe patent de la réussite à mes yeux de votre texte : moi qui d'ordinaire m'embrouille très vite dès qu'il y a plus de trois ou quatre personnages (qui est parent de qui, qui s'appelle comment ?), là j'ai tout suivi avec un grand intérêt.

Clair et beau, un texte de grande qualité à mon avis.

"quelque chose de terrible s'était passé.
Malgré les frontières qui nous séparaient, j’ai rencontré souvent cet homme terrible" : la répétition se voit, je trouve, et pour moi elle est malvenue car je ne la vois pas à valeur d'insistance sur le même élément puisque l'adjectif a, me semble-t-il, des nuances différentes dans l'un et l'autre cas.

   alvinabec   
21/5/2013
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ce texte me semble manquer de cohérence, de quoi est-il question?
J'ai cru lire la biographie d'un ancêtre, puis l'histoire de la mère du narrateur, enfin le récit autour de cette maquette qui, à elle seule, pourrait concentrer les désirs contradictoires de cette famille...
Sans doute ce SS. Keltier serait efficace s'il était le cœur de la nouvelle, s'il focalisait tout.
Tous ces personnages ( et les digressions temporelles qui vont avec) ont tendance à distraire, sinon perdre, l'attention du lecteur qui ne sait plus ce qui est important ici.
L'incise et la chute sur le mot "terrible" m'apparaissent faiblardes et artificielles.

   Anonyme   
25/5/2013
Ainsi c'est donc Acratopège l'auteur de ce texte. Je l'avais commencé en Espace Lecture puis abandonné, mon intérêt s'émoussant rapidement au fil des lignes. Les histoires familiales, quand elles ne sont pas porteuses de secrets inavouables, de charges dramatiques, ont le don de profondément m'ennuyer. J'ai de plus l'impression que vous livrez des souvenirs authentiques, des bribes de votre enfance, qui doivent certainement provoquer beaucoup d'émotions en vous mais qui personnellement me laissent sur la touche.
Sinon j'ai remarqué dans vos productions un don certain pour l'écriture mais une narration toujours très sage, classique, sans aucun vent de folie qui vient secouer le thème ou le style. Il me semble que vous devriez briser un peu les normes car vous avez des potentialités évidentes. C'est un avis qui n'engage que moi, bien entendu.

   Lobia   
25/5/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai adoré « Lausanne 1900 », je cours lire votre dernière nouvelle, confiante de trouver un beau texte. Je ne suis pas déçue, vous avez un réel talent et j'aime beaucoup vos textes.

On imagine l'auteur assis dans son salon devant sa maquette, laissant son esprit vagabonder et remonter le temps, prendre un stylo machinalement pour coucher ses souvenirs sur le papier. C'est touchant sans tomber dans le sentimentalisme et ce récit très personnel m'intéresse parce qu'il est universel.

J'admire votre maîtrise dans l'art du flash-back, vous nous faites glisser d'une époque à l'autre l'air de rien, vos transitions sont parfaites.

Concernant votre style, il est chirurgical : net, précis, pas de quiproquos, de sous-entendus, l'histoire est très bien construite. On ne peut rien vous reprocher et paradoxalement c'est le seul reproche que l'on pourrait vous faire. Je rejoins Jano sur ce point, on sent que vous voulez tout maîtriser, seul un léger lâcher-prise, une pointe de folie pourrait améliorer votre écriture (déjà excellente, je me répète).

Une autre !

   stony   
25/5/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime les chroniques familiales lorsqu'elles font le lien entre le passé et le présent ou, comme ici, entre deux événements, l'un d'un passé très ancien et l'autre d'un passé moins ancien, mais narré et presque vécu au présent.

Comme d'autres commentateurs, je pourrais regretter que la narration soit un peu trop sage, qu'elle soit plus de plume que de chair, mais en même temps j'aime bien votre style paisible.
Je reste un peu sur ma faim. J'en senti qu'une tension pouvait monter, mais l'histoire se terminait avant qu'elle soit réellement montée, peut-être parce qu'un voile (trop ?) pudique a été jeté sur la chute.
En fait, votre écriture, excellente, est très agréable à suivre. Je la verrais bien au service de quelque chose de plus important, du moins plus long : un roman, dans lequel on la goûterait, bien installé dans un canapé en prenant tout son temps, mais à la condition qu'il contienne de réels moments de tension que l'on puisse vivre autrement que comme le souvenir adouci d'un passé accompli.

   Palimpseste   
27/5/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Lausanne 1900 mettait la barre bien haut, ce texte est agréable mais je trouve qu'il ne transporte pas autant que son précédesseur.

J'ai un peu regretté que le récit glisse sur ce fameux SS Keiltier qui arrive un peu comme un cheveux sur la soupe au milieu du récit. Il semble signifier une deuxième articulation du texte et se place comme un élément central de la fin du texte. Malheureusement, la chute ne fait pas appel à lui: ce n'était qu'un leurre.

C'est un peu dommage!

Pour le reste, vous restez un excellent manieur de mots et seules quelques pécadilles sont à relever comme la répétition du terrible ou l'incise "le bougre" qui n'ajoute rien à la phrase. De même, loue-t-on une camionnette pour une maquette de seulement deux mètres de longs? ça rentre même dans une Clio aux sièges baissés, non ?

Dernier point, l'histoire se situe à une génération où les arrières-grands-pères et mères sont rares (avec un navire coulé en 1918, l'arrière grand-père est né vers quoi... 1880 ? Du coup, sa mort se situe vers 1970/1980 pour avoir un arrière petit-fils). Tout ça pour dire que cette histoire sur quatre génération est un peu en dehors des statistiques usuelles. Un grand-oncle n'aurait-il pas été plus probable ?

Quoi qu'il en soit, c'est plus de la chipouille pour trouver quelque chose. Le récit était agréable à lire.

   brabant   
27/5/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Acratopège,


L’inimitable élégance de style d’Acratopège, entre préciosité frétillante (non pas sémillante. lol) et Comtesse de Ségur (ça n’est pas péjoratif mais enchanteur), pour quelques étapes parmi celles qui sont des plus marquantes et ici d’une importance primordiale, d’une odyssée entre deux ports, l’un tendu de crêpe, l’autre aux fenêtres illuminées. La mode s’immisce jusque dans la mort et le deuil. Traversée d’une vie, traversée d’une époque dont l’arrière-grand-père et sa petite fille sont les bornes tant il est vrai qu’ils semblent ne pas être de son époque à lui. Curieuse cette évacuation du père (étranger) ; le fils lui-même semble étranger à ces deux là. Cette demi-maquette, Licorne tronquée (hélas ou tant mieux pour le récit pourtant à la ligne claire. Plane la silhouette du capitaine Haddock – mais aussi celles du général Dourakine et du grand-père Hugo voleur de confitures – alors pensez, si on vole des confitures quelles autres fautes ne peut-on pas commettre… - comme celle du grand-père de Jean-Paul Sartre qui le conviait à l’époussetage de sa bibliothèque une fois l’an) emportée avec son miroir en trompe l’œil, pour une demi-appartenance, une vie à cheval, un peu de rêve et un peu de préhistoire, semble avoir été fatale à la survie de la mère qui est morte avec son embarquement par le fils qui d’une certaine façon a débarqué cette dernière. Je la trouve très significative d’un sentiment de trahison : le demi-dieu était faillible d’un amour concupiscent (Ah la traîtrise ancillaire !) après avoir été le monolithe d’un amour éclairé et ce que le fils a emporté c’est avant tout la partie de maquette qui est dans la vitre (d’où la nécessité d’une camionnette.lol ;) ), son reflet, qui permettait à sa mère de survivre et de se leurrer, on ne survit pas à deux trahisons.

Oui, malgré cette flopée de personnages de chair, de sang, de sentiments, de non-chair non- sang et de trahisons, c’est bien un objet, une maquette et partant un non-objet, son reflet symbolique de ce que son arrière-grand-père était un vrai capitaine qui ne trahirait pas les dockers pour une machine et qui n’abandonnerait pas sa petite-fille pour une gouvernante (N’est-on jamais un héros qu’à moitié ? une demi-légende ?), qui sont au centre du récit.


Ben voilà :) fait chaud :D

   Anonyme   
2/6/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Acratopege


J'ai beaucoup aimé cette histoire. Il n'y a rien à redire sur l'écriture, elle est parfaite. Le récit se lit avec facilité.
Juste un petit détail minuscule : "l'Etat avait ruiné sans état d'âme..." avec dans le même paragraphe "état de délabrement " mais bon...
J'aime beaucoup la pirouette de la fin et la douleur muette de la mère dont on se demande vraiment ce qu'elle ressent à regarder partir cette maquette.
Il y a du John Irving soit dans votre récit, soit dans votre écriture, soit dans votre façon de relater cette histoire et j'aime beaucoup ce flegme car il ajoute à l'ensemble énormément de charme.

   aldenor   
2/6/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J’ai apprécié le soin et le souci de simplicité de l’écriture. Mais j’ai eu du mal à me laisser entrainer par le contenu. Quelque part, l’angle choisi est peut-être trop personnel. Je ne sais pas.
Le parallèle entre la fin de la mère et de l’aïeul construit la nouvelle. Autours de la maquette. Un sentiment de culpabilité diffus vis-à-vis de la mère. L’admiration et le respect de l’aïeul. Et la maquette qui fait le lien. C’est bien conçu, mais trop de petits détails n’accrochent pas, ne s’ouvrent pas suffisamment sur l’universel, à mon sentiment.
« Le claquement des portières m'a fait ouvrir les yeux » me semble illogique puisque le narrateur a déjà eu les yeux ouverts dans le paragraphe précèdent pour voir la maison. Est-ce le changement de temps entre ces deux paragraphes qui prête à confusion ? En tous cas je le trouve malvenu, ce « je m’en souviens » qui tombe au milieu pour aiguiller le changement de temps.
J’ai bien aimé la description de la maquette, mais pourquoi n’est-elle pas au présent ?
Joliment dit : « les fenêtres obstruées dessinaient comme des yeux fermés ». Et la fin est aussi belle et sobre, avec les voitures, vues de loin « comme des insectes sombres et froids ».

   Acratopege   
3/6/2013


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