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Fantastique/Merveilleux
Acratopege : Lausanne 1900
 Publié le 09/02/13  -  22 commentaires  -  16705 caractères  -  233 lectures    Autres textes du même auteur

Un voyage dans le temps, d'abord imperceptible, qui finit bien mal pour le héros malgré lui de cette histoire. Méfiez-vous des historiens et autres passionnés du temps passé !


Lausanne 1900


J’aurais dû me méfier le jour où mon épouse a décidé de se lancer dans la rédaction d’une thèse de doctorat ! Hélas j’ai toujours été trop naïf, trop confiant dans la solidité des choses. Mon aveuglement me perdra s’il ne m’a pas déjà perdu. Je n’avais pas dix ans que ma mère m’en rebattait déjà les oreilles. Tu n’arriveras jamais à rien si tu avances dans la vie en fermant les yeux !

Nous savons tous que les femmes sont des personnages étranges, mais la mienne a tiré le gros lot le jour de la distribution des gènes ! Il faut dire que son prénom lui va comme un gant gauche à la main droite ! Sagesse, ma belle amie, que n’as-tu planté quelques graines dans la petite tête de ma chère Sophie ? Le jour même de notre mariage, elle avait décidé d’interrompre ses études pour se consacrer corps et âme à l’élevage d’une nombreuse famille, mais notre petit dernier n’était pas sorti des couches-culottes qu’elle prenait déjà le taureau par les cornes. Pouponner n’est pas mon fort, sais-tu. À changer mes bambins dix fois par jour, à les nourrir, à laver leurs petites dents de vampires, à surveiller leurs leçons, à souffler sur leurs bobos, à consoler leurs gros chagrins, je me vide à petit feu de ma substance. En trois petites phrases et un sourire, la belle a su me convaincre de l’urgence : si elle ne reprenait pas ses études tout de suite, je n’aurais bientôt pour compagne qu’une carcasse nettoyée de toutes ses pensées, de tous ses sentiments. À dire vrai, Sophie n’a demandé mon avis que pour la forme. Tout était décidé depuis belle lurette dans sa petite tête de linotte.

Au début, tout s’est bien passé. Sophie s’est trouvé par miracle un sujet de thèse libre de tous droits chez le meilleur professeur de la Faculté des Lettres : Singularités de la révolution urbanistique en pays romand à la fin du XIXe siècle. Elle était si enthousiaste que je n’ai pas osé lui dire que je trouvais le sujet bien barbant. Nous avons engagé une bonne d’enfants pour les petits, un répétiteur pour l’aînée qui peinait en orthographe, une femme de ménage apte à faire les courses et à préparer le repas du soir. Pour assumer les frais, j’ai augmenté de bon cœur mon temps de travail. Il faudrait aussi puiser dans le petit héritage que je tenais de ma mère. Que n’aurais-je pas fait pour que mon épouse soit heureuse !

Tout s’est gâté très vite. J’ignorais que les caprices d’une femme enceinte ne vont pas à la cheville de ceux d’une femme qui se lance dans la création ! Chéri, je n’arrive pas à me concentrer au milieu de ces meubles modernes. Si je veux faire du bon travail, je dois m’imprégner de l’atmosphère d’époque. Rien ne doit me rappeler que nous vivons au début du troisième millénaire, ou alors je n’arriverai jamais à rien. Tu ne voudrais quand même pas que notre beau projet tombe à l’eau ?

Ainsi, en quelques jours, le loft design milanais dont nous avions choisi chaque objet avec amour s’est mué en lugubre appartement bourgeois 1900 : tapis, tentures, meubles Empire inconfortables, miroirs aux cadres dorés, guéridons à tablette de marbre sur lesquels tremblotait la flamme de lampes Tiffany à pétrole. Sophie ne portait plus que des robes longues à volants. Serrée dans un corset que je devais lacer pour elle tous les matins, sa taille fine lui donnait un air de sablier.

J’ai protesté en vain pour que nous conservions au moins notre cuisinière électrique et le chauffage central. Après quelques scènes de ménage, j’ai dû céder pour que notre famille ne vole pas en éclats. Désormais, nous ne mangions plus que des soupes de légumes trop cuits et des ragoûts carbonisés sur un poêle à bois qui fumait jusque dans notre chambre à coucher. La bonne portait un tablier blanc et une coiffe de dentelle. On grelottait dans toutes les pièces. En rentrant le soir, je croisais sur le palier notre précepteur en redingote qui me saluait en secouant sa canne à pommeau d’argent.

Je me souviens comme si c’était hier du jour où tout a basculé. Sur le palier, le précepteur s’est planté devant moi avec un grand sourire au lieu de me croiser sans s’arrêter. Il a posé sa main sur mon épaule. Savez-vous que les Parisiens viennent d’achever la construction de la tour Eiffel ? Votre épouse m’a proposé d’y emmener les enfants aux prochaines vacances. Nous visiterons aussi le tout nouveau Jardin des Plantes. Avec votre autorisation, bien entendu. N’êtes-vous pas le chef de famille ? Nous accompagnerez-vous ? Si vos tâches vous retiennent à Lausanne, sachez que vous pouvez me confier sans souci vos bambins et votre épouse. Voyager jusqu’à Paris est devenu une sinécure depuis qu’on a construit une gare ferroviaire dans notre belle cité.


Le plus étonnant était que je ne m’étonnais plus de rien. La puissance créatrice de Sophie s’étendait autour d’elle par vagues concentriques. Après notre appartement et notre immeuble – d’un jour à l’autre l’ascenseur y avait disparu, remplacé par une cage d’escalier monumentale à rampe de cuivre ouvragé – la contagion a bientôt gagné le quartier, puis la ville entière. Dieu sait quelles horreurs se déroulaient au-delà ! Je n’aurais pas été surpris de lire dans le journal que la Confédération Helvétique avait implanté son premier comptoir colonial en Afrique Australe ou qu’une nouvelle guerre de religion avait éclaté en Suisse Centrale.

Mes collègues de bureau m’ont toisé d’un drôle d’air quand un matin j’ai posé mon haut-de-forme et mes gants de peau à côté de mon écran d’ordinateur. Quelques jours plus tard, chacun époussetait son huit-reflets, remontait sa montre à gousset et enfilait ses manchettes de lustrine avant de se mettre au travail ! D’encombrantes machines à écrire mécaniques ont remplacé les computers hi-tech. Chaque matin, il fallait recharger le poêle à charbon, sans quoi l’encre gelait dans nos encriers. Il y avait aussi de bonnes nouvelles : tout le monde a applaudi quand le syndic en personne nous a annoncé que la municipalité avait voté crédit pour la construction, à notre étage, d’un prototype de la machine à calculer à vapeur conçue outre-Manche par Charles Babbage trente ans plus tôt. Enfin nous pourrions mettre au placard nos bouliers malcommodes !

Depuis toujours, j’aimais flâner dans les rues de Lausanne en rentrant du travail, mais depuis quelque temps la ville était devenue un véritable chantier. Des édiles modernistes s’étaient mis en tête de combler la vallée du Flon pour y faire circuler une ligne de tramway. Bientôt, rien n’a subsisté de la bucolique rivière flanquée de tanneries et de moulins. À travers le pavé, même en tendant l’oreille, on n’entendait plus chanter les flots joyeux du cours d’eau. Plus haut, place de la Riponne, un grand trou soulignait d’une ombre monstrueuse la silhouette élégante de la Cathédrale : on bâtissait là un palais grand-guignolesque pour accueillir les étudiants et les professeurs de l’Université. Ces messieurs se sentaient à l’étroit dans les locaux vétustes de l’Ancienne Académie, et chacun sait qu’on ne leur refuse jamais rien ! La place de la Riponne en était morte. Des allées d’arbres centenaires, des bosquets sombres où s’abritaient les amoureux, rien ne restait que des amoncellements de bois tordu où les pauvres allaient se servir entre deux patrouilles de police. Mes promenades vespérales étaient gâchées. Je me pressais de regagner mon logement glacial où flottait, du lundi au dimanche, une odeur de soupe aux choux et de viande carbonisée.

En famille, tout semblait aller pour le mieux. Les enfants étaient sages, la bonne irréprochable, le précepteur discret. Quand je rentrais le soir, Sophie m’attendait avec un sourire. Ma thèse avance, sais-tu. Je te suis reconnaissante de tous les sacrifices que tu fais pour moi. Cet été, si tout va bien, nous irons au bord de l’océan. Il paraît que les bains de mer deviennent à la mode, et je suis lasse des éternelles vacances à la montagne. Pas toi ? Face à l’océan, pendant que tu joueras au cerceau sur la plage avec les enfants, je pourrai étudier en paix. Les grands espaces favorisent l’inspiration. Bien sûr, notre bonne et notre précepteur nous accompagnent. Peu importe le lieu. Tu feras mon bonheur si tu nous trouves un vieux manoir à louer avec une plage privée et un service de fiacres à proximité. Ses yeux brillaient. Elle m’a embrassé sur les deux joues. Que pouvais-je ajouter à de si belles paroles ? La fonction première d’un bon mari n’est-elle pas d’acquiescer sans mot dire ?

L’hiver s’attardait. Le dimanche, nous allions patiner sur le lac de Sauvabelin, tout en haut de la ville. Prendre le tout nouveau funiculaire hydraulique pour gravir la colline enchantait les enfants. Quant à moi, je regrettais secrètement ma vieille Jaguar d’occasion, évanouie en fumée un beau matin en même temps que mon scooter flambant neuf et mon city bike à triple plateau. S’il faisait doux, nous descendions à pied jusqu’au port d’Ouchy à travers les vignes en terrasse. La balade était magnifique, même si quelques taches de modernité grêlaient déjà la campagne : élargissement de la route, tranchées de canalisations, lopins de vignes laissés en friche en attendant qu’un promoteur trouve le moment favorable pour y édifier des immeubles de rapport avec vue sur le lac et les montagnes de Savoie.

Pâques a été un grand jour pour notre ville : on inaugurait le Major Davel, premier vapeur de la Compagnie Générale de Navigation sur le lac Léman. Grâce aux faveurs de l’administration qui m’employait, j’avais pu obtenir quelques billets à prix réduit pour que nous participions en famille à son premier voyage. Les enfants ont applaudi quand le bateau a quitté le quai au milieu des flonflons. D’Ouchy à Genève, nous avons longé les rives en buvant du vin de pays et des jus de fruit. À cause de la fumée, nous n’avons rien vu du paysage. Nous avons même failli heurter plusieurs barques du Léman aux voiles latines gonflées par la bise. Effrayée, Sophie a décidé que nous rentrerions par le train. Elle détestait le vacarme des locomotives à vapeur, mais mourir noyée, même entourée de ses enfants et de son mari, ne la séduisait guère.

Elle a défendu sa thèse après les vacances d’été. Tant de pluie s’était déversé sur notre cottage breton qu’elle n’avait pas mis le nez dehors de tout le séjour. Pendant qu’elle travaillait d’arrache-pied, je nourrissais mon ennui en parcourant le pays en compagnie de trois gosses détrempés et pleurnichards. Sophie gardait toujours auprès d’elle notre précepteur, faible des bronches, qui lui servait de secrétaire et de conseiller littéraire. Nous ne les entrevoyions qu’aux repas. Comme la maison était grande, elle avait décidé de faire chambre à part. Mes ronflements, paraît-il, l’auraient empêchée de récupérer pleinement ses forces d’un jour sur l’autre.

Je n’ai pas été invité à la cérémonie de soutenance. Ta présence m’impressionnerait trop. Je n’ai pas l’habitude de parler en public. Sous ton regard, je perdrais mes moyens et nous gâcherions en une heure tous ces mois de travail. Jean-Marcel m’accompagnera volontiers. Je lui dois bien ça après toute l’aide qu’il m’a apportée. Ainsi, elle appelait par son prénom notre précepteur sinistre. Celui-là, il y avait belle lurette que je ne l’avais plus vu s’occuper d’instruire notre marmaille ! J’avais pris une demi-journée de congé en espérant que Sophie changerait d’avis au dernier moment. Nenni. Incapable de me mettre à quoi que ce soit, je me suis morfondu à la maison en les attendant. Savez-vous que faire travailler son imagination n’apporte jamais rien de bon ?

À son retour, Sophie était radieuse dans sa robe pervenche à col monté. Sais-tu que j’ai passé mon examen avec la meilleure mention ? Dommage que tu n’aies pu m’accompagner. Tu aurais été fier de ta petite épouse. Je n’ai pas bafouillé, pas perdu le fil un seul instant. Il y avait foule dans la salle, les autorités politiques, des personnages importants venus de toutes les universités de Suisse. Te rends-tu compte de l’événement ? La première femme du pays à obtenir son doctorat ! Et quel doctorat ! Summa cum laude ! « Madame, vous avez tracé la voie pour toutes vos semblables. À partir d’aujourd’hui, on ne parlera plus de l’émancipation féminine comme d’un rêve, mais comme d’une réalité en marche. Madame, je vous félicite et je vous embrasse. » Je crois bien que notre Recteur avait des larmes aux yeux en m’adressant son compliment. Bien sûr, il n’est pas question que je retourne à mon ancienne vie. Quand le vin est tiré, il faut le boire. On m’a proposé un poste magnifique à l’Université de Lyon. Je pars demain avec Jean-Marcel. Débrouillard comme tu es, tu sauras bien t’occuper des enfants. Si tu n’es pas trop fatigué, tu serais chou de m’aider à préparer quelques bagages. Le reste, tu me le feras envoyer dès que nous serons installés.

Me direz-vous ce que je pouvais y faire ? On ne combat pas une tornade avec un parapluie. Le pire était que je comprenais le choix de Sophie. Sans doute j’avais quelques qualités, mais aucun humour, aucune fantaisie, aucune curiosité intellectuelle. À vivre avec moi, on devait se sentir rassuré tout en se consumant d’ennui. Sophie n’avait plus besoin de s’appuyer sur l’épaule d’un mari qui ne la faisait pas rire. Grand bien lui fasse et qu’elle aille au diable !

J’accusais le coup. Mon corps était lourd, mes pensées gelées. Emmener les enfants chez leurs grands-parents m’a coûté des efforts inimaginables. Place de la Riponne, enfin seul, je me suis assis sur un banc face au chantier du futur Palais de Rumine. Le ruban de ma pauvre existence se déroulait en boucle, au ralenti, dans ma tête engourdie. Les minutes passaient comme des heures. La douleur montait en moi comme une marée. Devant mes yeux, le dernier platane survivant de la place perdait ses premières feuilles. Je l’entendais gémir. Dans un sursaut, j’ai songé à marcher jusqu’au pont Bessière, à enjamber la barrière pour me lancer dans le vide. Je me suis souvenu à temps que le pont des suicidés n’avait pas encore été construit !

Il faisait presque nuit quand je me suis retrouvé au bord du lac. Sans doute j’avais marché jusque-là en suivant la pente. Je suis entré dans l’eau tout habillé, sans même enlever mes chaussures. J’ai nagé vers le large. Ensuite je ne me souviens plus. J’imagine que des pêcheurs m’auront sauvé de la noyade et emmené ici. Je vous remercie de m’avoir accueilli dans votre belle institution. Vous raconter mon histoire m’a fait un bien fou. Je me sens de nouveau moi-même.


Entendez-vous des voix, mon brave ? Êtes-vous torturé par des démons ? Pouvez-vous lire les pensées dans la tête des gens ? Sentez-vous pourrir les organes à l’intérieur de votre corps ? Pensez-vous toujours à mourir ? Songez-vous à vous venger de votre épouse ? Ourdissez-vous en secret des projets meurtriers… Je m’arrête ! Excusez ce harcèlement bien peu déontologique. En voyant votre regard ahuri, j’aurais dû deviner que nous ne tirerions de vous plus rien d’utile aujourd’hui. Infirmiers, raccompagnez notre pensionnaire à sa cellule capitonnée. Traitez-le aussi bien que s’il appartenait à ma clientèle privée. Qu’il bénéficie dès aujourd’hui de nos meilleures thérapeutiques : douches glacées, abcès de fixation, injections d’arsenic, chocs électriques et tutti quanti. Nous le reverrons demain.

Chers confrères, nous tenons notre joyau ! L’un d’entre vous a-t-il déjà entendu pareil récit ? L’un d’entre vous a-t-il lu la description de pareil syndrome dans nos traités de neuropsychiatrie, si vous me pardonnez ce néologisme ? Nous tenons là le premier cas mondial de « mélancolie délirante à thème anticipatoire-futuriste ». De quoi hisser la réputation de notre institution jusqu’aux sommets ! Pouvions-nous rêver mieux ? À peine nommé médecin directeur de notre flambant neuf Asile d’Aliénés de la Campagne de Cery, frais titulaire d’une chaire universitaire créée spécialement pour lui, votre serviteur découvre un nouveau syndrome et lui donne son nom ! L’infâme Tissot et le jeune Freud en baveront de jalousie. S’il vivait encore, le grand Pinel me donnerait l’accolade. Champagne pour tout le monde aux frais de l’administration !

Docteur Meylan, vous savez en quelle considération je tiens votre travail. Je vous confie notre patient. Prenez soin de lui comme de la prunelle de vos yeux. Fouillez son esprit malade jusqu’à la moelle. Faites-le surveiller de jour comme de nuit. S’il venait à s’échapper, je ne réponds pas de moi. Et ne cherchez plus un sujet de thèse ! Vous avez trouvé le plus beau dont un jeune médecin ambitieux puisse rêver : « Visions d’avenir d’un aliéné : Lausanne au début du troisième millénaire ».




 
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   socque   
23/1/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quelle idée formidable ! Et la chute est parfaite. J'ai beaucoup aimé l'ironie qui traverse tout le texte, même si le ton paternaliste du narrateur à l'égard de son épouse m'a fait un peu grincer des dents. Pauvre gars, il a payé cher d'avoir sous-estimé les capacités de Sophie...
Je salue également le travail de recherche qui m'a paru tout à fait sérieux. Beau boulot, vraiment. L'écriture aussi me paraît bien fichue, j'ai apprécié le glissement progressif du narrateur vers des tournures vieillottes. Bref, quasiment que du bonheur ; j'exprime un petit bémol ci-dessous.

"Mes collègues de bureau m’ont toisé d’un drôle d’air quand un matin j’ai posé mon haut-de-forme et mes gants de peau à côté de mon écran d’ordinateur. Quelques jours plus tard, chacun époussetait son huit-reflets" : là, j'ai du mal à voir la transition. La "contagion de Sophie" s'étend de manière concentrique, soit. Mais comment cela se passait-il jusqu'à présent ? Le narrateur avait-il des vêtements modernes pour aller au bureau ? On dirait, puisqu'il évoque une tranformation générale en quelques semaines (engagement de domestiques, changement de décor et de costumes à la maison, tout ça ne se fait pas d'un claquement de doigts), j'ai l'impression, alors que son lieu de travail a régressé quelques jours après l'apparition du narrateur en haut-de-forme. Mais alors, comment se fait-il, si au cœur de la transmutation le narrateur avait ses vêtements modernes, qu'il ne les ait pas eus jusqu'au bout ? Ou bien ses vêtements, auparavant, se transformaient-ils au cours du trajet et ont-ils cessé de le faire juste avant que la partie de la ville où se situe le bureau change ? Je pense que ce détail est évoqué de manière trop elliptique.
"ma vieille Jaguar d’occasion, évanouie en fumée un beau matin en même temps que mon scooter flambant neuf et mon city bike à triple plateau" : ah, alors je suppose qu'il s'est passé la même chose pour les vêtements... Franchement, je pense que cette précision pourrait avec avantage être avancée dans le texte pour se rapporter à eux.
"la construction, à notre étage, d’un prototype de la machine à calculer à vapeur conçue outre-Manche par Charles Babbage trente ans plus tôt" : j'adore voir débouler ainsi le nom de Babbage, brillant précurseur de l'informatique !

   Palimpseste   
11/2/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
hmmm! Comme j'ai aimé !!!

Voici une belle histoire élégamment construite, originale et bien enlevée...

Quelques petites points: les formes directes, que j'aurais préférées mieux marquées, les trois premiers paragraphes qui ne permettent pas de situer le début de l'histoire. J'ai embrayé assez vite sur 1900 (vu le titre) et c'est seulement après quelques minutes que j'ai compris le mécanisme du temps qui remonte. Une marque forte du temps dans le premier paragraphe, le situant au XXIeme siècle aurait été la bienvenue.

Merci à l'auteur de saluer de ma part la rue des Mousquines et de prendre un bière chez Yatus: c'est bien le moins pour un(e) Onirien(ne) !

   Jano   
26/1/2013
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L'écriture est de qualité et le sujet plutôt original. Cependant je me suis ennuyé à la lecture à cause de ficelles trop grosses (« la contagion a bientôt gagné le quartier, puis la ville entière »), de la naïveté déconcertante du narrateur et, surtout, parce qu'il ne se passe pas grand chose !

On devine trop vite où le récit veut nous emmener. Si la métamorphose de l'environnement avec tous les détails est finement décrite (poêle à bois, haut-de-forme, huis-reflet, etc.), la dictature de l'épouse sur le mari berné reste caricaturale et on n'y croit pas une seconde.

À tout prendre, vous auriez dû garder un registre fantastique jusqu'au bout, ne pas nous faire prendre le narrateur pour un benêt (ou pour un fou) et insister sur sa réelle incrédulité, son affolement devant ce retour du passé. Un scénario où progressivement les années 1900 revenaient en même qu'avançait la thèse de l'épouse, sans le côté farce du mari floué, aurait certainement retenu davantage mon attention.

Une bonne idée donc, mais à mon avis pas traitée de la meilleure façon.

   Pimpette   
9/2/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une très très bonne nouvelle et les com qui précèdent le mien ont dit tout ce qu'il fallait!

Le sujet en lui même, singulier et attractif et drôle souvent conduit la ronde jusqu'à cette chute magistrale!

J'ai particulièrement apprécié que notre héros accepte avec un flegme...(suisse..?) les perturbations étranges dans sa vie imposées par sa Sophie complètement tapée malgré ses aptitudes universitaires...De là , un climat du récit astucieusement décalé. C'est superbe!

Ecriture bien en accord avec le sujet!

   macaron   
9/2/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très bon moment de lecture! Une nouvelle où le fantastique glisse parfaitement nous entraînant dans le Lausanne du début du siècle. Le narrateur est d'une naïveté "fantastique" et pas toujours très crédible, mais cela ne gâche pas la petite fête que vous nous proposez. Une écriture soignée qui convient tout à fait à votre histoire, le sens du détail pour une approche autenthique de cette époque.

   Anonyme   
9/2/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Acratopege... Si j'en crois le style et la teneur de ce récit, votre pseudo est plutôt mal choisi car il n'y a ici rien de banal comme vous semblez vous définir.
Tout d'abord j'ai été séduit par l'écriture... Vous avez véritablement une très belle plume, ceci dit sans flagornerie aucune.
Ensuite je me suis laissé prendre au jeu et sans connaître Lausanne je m'y suis promené avec plaisir à travers ce récit bien mené qui nous ramène insensiblement à cette autre époque jusqu'à cette réunion médicale d'un autre temps !
Une excellente idée traitée avec brio !
Que vous dire de plus que "Summa cum laude"...

   Anonyme   
9/2/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le premier paragraphe pose l’histoire, sans rature. Et ensuite, nous nous retrouvons chez Maupassant. Et j’eus la crainte d’être chez Folcoche… où va-t-on ? J’aime. J’adore quand l’explosion du retour en arrière se produit. Le bon mari acquiesce sans mot dire ou sans maudire ?
Puis l’alternance devient visible entre l’avant et l’après. Ensuite on se laisse happer par l’histoire, la compréhension de la situation et la pirouette finale qui vaut plus que ce qu’elle dit. Formidable.

   David   
10/2/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Acratopege,

Une histoire singulière et assez plaisante, le ton a quelque chose d'humoristique tout en étant précis, presque, par anticipation peut-être, médical. Dès la fin de ma lecture, je me suis demandé ce que je pourrais faire pour éviter une telle mésaventure, même loin de Lausanne. Je me dis qu'il y a une certaine unité générationnelle dans le texte : il n'y a pas de grands parents. La famille du héros est présentée sans la mémoire que peut représenter cette filiation antérieure. C'est ce qui aurait manqué au héros pour remettre les pendules à l'heure, peut-être.

   Lobia   
10/2/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je viens m'ajouter aux nombreux amirateurs de ce texte exceptionnel.
J'ai aimé l'histoire originale, les personnages et le ton tout en douceur, plein de philosophie.
Le délire augmente par degrés, de façon brutale parfois mais on ne peux pas vous reprocher un manque de cohérence dans l'enchaînement des évènements, puisque tout se passe dans la tête d'un déséquilibré.
En passant, merci pour le paragraphe: "Pouponner n’est pas mon fort, sais-tu. À changer mes bambins dix fois par jour .... je n’aurais bientôt pour compagne qu’une carcasse nettoyée de toutes ses pensées, de tous ses sentiments".
Encore bravo.

   micdec   
11/2/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bien, bien !
Pas très original, ni dans le fond, ni sur la forme mais bien écrit, plutôt clair.
De l'usage du cocufiage pour shunter les théories de Stephen William Hawking.
L'influence de Maupassant, hé ? ( mais on est toujours l'élève de quelqu'un, avec plus ou moins de bonheur)
Il y a aussi du Marcel Aymé, pas tant dans le thème - quoique... - mais dans le ton détaché, simplement narratif, du narrateur. Comme s'il se posait en spectateur de ses propres avatars (car il s'agit bien de ceci, de vies "autres")
Excellent style, techniquement parlant, pas de fautes, c'est soigné-léché, et des maladresses, à mon sens : insistance sur les changements - rétrogrades - des lieux et des saveurs de ces lieux. Peut-être beaucoup d'amour d'un passé champêtre, après tout.
Mon vrai reproche portera sur la - longue ! - conclusion à portée médicale. Ou pseudo médicale.
S'il est vrai que le champagne était en 1900 comparativement moins onéreux qu'aujourd'hui, on n'en offrait pas à des collaborateurs. C'était alors une boisson réservée aux parties fines et aux cocottes. Pas même en usage lors des fêtes de famille, surtout dans le canton de Vaud. Les cocottes. Curieux anachronisme chez un auteur décrivant si bien le passé d'une ville - toujours verdoyante, il faut le dire, on peut courir des heures autour du lac sans se trouver en manque de verdure -
Et puis, les propos du médecin et psychiatre et directeur d'établissement sont bien étranges dans un milieu secret, jaloux de ses prérogatives comme de ses découvertes. Les parutions étaient alors d'une importance primordiale. On ne les partageait pas avec tout le monde et n'importe qui. On s'attend presque à ce que cet homme dévoile son profil face de bouc. Propos légers d'un ambitieux moins convaincant que le personnage du geôlier d'Hannibal Lecter dans le "Silence des Agneaux".
Jouve disait un jour : "Fais toujours attention à ne pas faire d'humour, à ne pas montrer d'enthousiasme et, surtout, à éviter les calembours comme la peste. Tu pourrais te retrouver dans la peau du malade pour les psychiatres de la vieille école."
Sinon, rien à dire, excepté que je salue l'idée d'une séparation imposée par le temps et poussée là dans ses retranchements.
Aussi, on ne sait pas trop pourquoi le tout n'est guère convaincant.
On lit sans déplaisir. On n'éprouve pas l'envie de relire. Pas une ligne, pas un mot, pas une formule qui pétille - pas beaucoup de champagne, en somme - et que l'on veuille citer dans cette écriture presque trop sage.
On se dit qu'on a lu pire. On rêve de lire mieux.
Les années 1900 étaient globalement médiocres à vivre, c'est peut-être pour ça. L'effet.

Bonne continuation.

La qualité sans faille de l'écriture vaut bien un Bien.
Mais un Bien - pour rester cohérent avec tous ceux auxquels j'ai mis un Bien tout court.

   Zalbac   
13/2/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Une nouvelle de "presque-science-fiction" qui ne manque pas d'intérêt !
Écriture irréprochable mais un air de déjà-lu et une fin qui ne surprendrait pas plus si le héros se réveillait en sursaut :
-« ouf ! Tout cela n'était qu'un rêve »
Le sujet rappelle un roman de Claude Vieilot ; « La machine de Balmer » dans lequel le « Chronoscaphe » permet, mais le permet-il vraiment, d'accéder au Paris de la Belle-Époque.
Le traquenard dans lequel l'auteur tente d'entraîner le lecteur a fait long-feu en ce qui me concerne, cela ne signifie pas que je considère ce texte comme loupé, simplement j'ai la fâcheuse impression de l'avoir lu et relu mieux tourné par d'autres auteurs.

   Pascal   
15/2/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Alors l'idée est magnifique, riche, pleis de chemins possibles, quand on écrit un peu, on se mettrait bien à baver, d'envie, devant ce plan machiavélique qui est venu à votre esprit. La progression de l'intrigue est régulière, efficace, puisque j'y ai cru, j'y étais, j'étais moi aussi dans ce piège à démonter le temps ! Il me semble que l'écriture aussi change, petit à petit, elle devient plous colorée, des phrases tentaculaires, comme ce qui est décrit, une modernité qui s'étend, qui se déploie.
Pas exceptionnel, bon, parce que la fin est très bonne, et que peut-être, au vu de la qualité de l'idée, de l'écriture, j'espèrais (et j'espère encore, je ne doute pas que vous y arriverez!) mieux.
Bravo!!

   stony   
15/2/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Excellent moment de lecture, vraiment !
Le sujet est bien choisi et bien traité. On a les références qu'on peut : moi, j'ai songé à "Hibernatus" d'Edouard Molinaro. Mais dans ce film, la plongée dans le passé est brutale et pas du tout fantastique. Ici, c'est beaucoup plus subtil.
Le style est très classe, il me plait.
J'ai vu arriver la chute, mais j'aurais été déçu qu'elle soit différente de celle que j'imaginais, je me serais senti trahi.
C'est pas mal, d'ailleurs, cette chute, on pourrait en tirer des choses amusantes, par exemple : le client n'est pas si dingue que ça; les médecins, par contre...

Vivement la prochaine !

   Morfale   
16/2/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le nombre de références historiques est impressionnant, en effet, on ne prend même pas la peine de douter de leur exactitude, ahah.

Ce que j'ai le plus aimé, c'est l'état d'esprit du narrateur-témoin, spectateur, tout à fait pertinent puisqu'un peu (peut-être) à l'image du siècle : soumis à une overdose constante d'évènements "extraordinaires", l'homme ne s'étonne plus de rien et est blasé de tout. Bon là ça saute aux yeux parce que c'est du fantastique, mais on réagirait surement de la même façon que lui si la téléportation était soudainement "démocratisée", en même temps que le traitement médical contre la mort naturelle, en même temps que la validation d'une théorie unificatrice et en même temps qu'une foule d'autres folies.
Bref, donc le personnage est presque un narrateur externe, c'est assez fort.

Je me demande seulement pourquoi, si le temps s'est retourné vers le passé, le fil du récit a de nouveau pris une direction normale au milieu de l'histoire : la vallée est en train de se combler ou de retrouver son état naturel ? On entend de moins en moins la rivière ou de plus en plus ?
Et puis il y a cet autre passage, un peu plus haut : "D’encombrantes machines à écrire mécaniques ont remplacé les computers hi-tech [...] Enfin nous pourrions mettre au placard nos bouliers malcommodes !". Alors, dans l'histoire, avant l'arrivée des nouveaux appareils, est-ce qu'ils en étaient aux ordis hi-tech ou aux bouliers ? Le temps va dans quel sens, finalement ? On s'y perd un peu. Ou alors c'est parce qu'il remonte par à coup, par tranches, au lieu de s'écouler de façon continue ? En tous cas je n'ai pas bien saisi l'idée.





Edit : oups, en fait j’ai écrit le commentaire plusieurs jours après avoir lu la nouvelle, et sans l'avoir relue depuis non plus, du coup je viens de m’apercevoir que le narrateur parle quand même pas mal de ses ressentis et est même conscient de ne plus s’étonner de rien, donc en fait il n’est pas tellement « presque externe », autant pour moi (mais bien sûr ça n'enlève rien à mon appréciation).

   Acratopege   
16/2/2013
Au sujet de la position du narrateur et de la cohérence de la régression temporelle dans ma nouvelle, j'ai ouvert un espace forum à la suite des divers commentaires reçus:

http://www.oniris.be/forum/a-propos-de-lausanne-1900-t16643s0.html

   brabant   
22/2/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Acratopège,


Ah ! Si le héros de cette nouvelle avait eu une femme et non une épouse sa vie eût été bien moins compliquée ! Ceci dit je jalouse la qualité d'écriture de l'auteur, façon Courteline certes (voire d'Allais) mais pas courtelinesque. Le sujet de thèse de Madame va de soi comme tout sujet de thèse qui se respecte, mais pour pesé qu'il soit il ne me semble pas devoir peupler l'écho des alpages ; bon le mari de l'histoire n'a pas l'air dans le besoin. Quant à l'histoire elle devient véritablement courtelinesque à mi-pente, avec un final à la Feydeau (si mes souvenirs sont bons c'est bien lui qui se prenait pour une chèvre et broutait de l'herbe à la fin de ses jours...).

Beaucoup d'humour dans l'anticipation avec notamment ce "pont des suicidés" (pont des soupirs). La pirouette finale, pour habile et bien tricotée qu'elle soit, m'a paru plus redondante (le motif de trop) - à l'envers - que nécessaire. Le retournement de trop AMHA ; sans doute le narrateur n'a-t-il pas réussi à échapper à son bagage type malle cabine Louis Vuitton, a-t-il eu trop envie de briller, de surprendre encore, briller jusqu'au bout, sortir sur une rebondissante mort d'opéra, montrer un savoir-faire qui se joue des ressources, tiré d'un sac trop rempli. Pourquoi le héros de ce récit ne se contente-t-il pas d'être un héros ordinaire ? Il n'en serait que plus extraordinaire !


p s : Pourquoi "le choix de Sophie" ? Pure coïncidence ? L'auteur sait bien que cela n'existe pas... :D

   Anonyme   
7/3/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
cette nouvelle est bien trop courte... elle nous laisse clairement sur notre faim... et notre soif

le style est parfait, efficace, j'ai juste à vous proposer certaines choses qui pourrait vous permettre de rendre la nouvelles bien plus marquante : par exemple il y a plusieurs dimensions qui pourraient être explorées.

*s'attarder sur la thèse de l'épouse du narrateur, la relier plus spécifiquement au mécanisme lié au temps. comme si au plus elle lisait sur le sujet au plus elle refond et mélange graduellement les deux époques... décrire les moeurs et les nombreuses différences entre celle du narrateur et celle dans laquelle sa femme le plonge... aussi comme il a été dit plus haut le narrateur semble n'avoir pas conscience de ce qu'il lui arrive ou semble s'adonner à tout celà avec légéreté.

rallonger la partie entre le départ de l'épouse avec son amant et l'errance de narrateur avant l'épisode du lac... lui faire explorer cet univers qu'il vous faudra peindre au couteau de l'oeil moderne.

réaliser une opposition dualiste au fur et mesure du texte grace au vocabulaire comme dans la partie sur la transition temporelle sur le lieu de travail du narrateur. ce serait plaisant de se voir expliquer de manière simple et rafraichissante des dizaines de mots usuels qui font désormais partie du passé et qui demandent aujourd'hui un dictionnaire ou un savoir antédiluvien.

par contre la fin de la relation entre le narrateur et son épouse est formidablement évoqué. vous pourriez encore plus l'accentué en renforçant cette transformation en mari mollasson ayant déja perdu sa femme en renforçant le coté dynamique et moderne de l'homme au début de la nouvelle.

merci pour cette lecture !

   aldenor   
28/3/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bien écrit avec légèreté, bien documenté.
L’humour est surtout dans l’énormité de la situation, mais aussi dans le mari aveuglé, dans la recherche du détail.
Le renversement de la fin fait une très bonne chute.
Là où je ne suis pas convaincu, c’est dans la transition (importante, puisque le délire y déborde du couple a la ville puis la terre entière...) : « la contagion a bientôt gagné le quartier, puis la ville entière ». Jusque-là amusé et curieux de voir où l’auteur m’emmenait, cette phrase a stoppé net mon élan : on passe d’un développement, dans son énormité, soigneusement justifié, avec un enchainement d’arguments rationnels à cette « contagion » qui est bien mince, même (ou surtout !) dans le raisonnement d’un fou.

   Anonyme   
14/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je ne m'attendais pas du tout à cette chute. La construction est très soignée. On se laisse guider facilement. La lecture fluide. Le vocabulaire recherché.
Bravo!

   Anonyme   
16/4/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je me suis tout simplement régalée en tant que lectrice !

(Le seul soucis ne venant que de mon matériel : j'ai encore du mal à lire sur un écran d'ordi. Du coup, et à l'aune du plaisir de lecture que votre nouvelle m'a procuré, je pense investir dans une tablette, plus au format "livre";o)

   widjet   
9/7/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Assurément une belle et fine écriture, un rien désuète qui colle parfaitement à ce récit mâtiné d’un fantastique de bon aloi qui s’insère délicatement dans la trame.

J’aime beaucoup le ton décalé, cette douce folie dans lequel l’auteur plonge son personnage cocufié et nous du même coup avec une certaine jubilation communicative (le style riche sans être pédant y est pour beaucoup). C’est plutôt tragique comme récit quand on y pense, mais la forme le rend souvent comique, saugrenu. Le plan de la femme perfide et adultère est tellement original, si énorme qu’il passe pourtant comme une lettre à la poste.

Merci à celui que me l’a conseillé, c’est un joli moment et une plume de qualité que je viens de découvrir.

Il y a d'autres nouvelles ? Cool !

W

   Anonyme   
24/12/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bien, j'avoue et je l'ai déjà dit ne pas être fan de ces histoires hors réalité, hors là, parce que souvent, trop souvent, je leur trouve des faiblesses, des accents de téléfilms grand public et ça ne me plaît pas. Mais chez Acratopege, c'est différent. J'aime toujours en général la modernité, sauf pour le fantastique. On m'annonce quelque chose de 1900, donc je suis curieuse.

Et pas déçue. Un texte so french pour un auteur suisse qui sait manier la langue de Maupassant, les clins d'oeil d'Edgar Poe avec une belle dextérité. Partie dans l'idée que ce serait, comme souvent avec ce genre de textes chez les auteurs, un fiasco, je me retrouve à goûter les délices d'une histoire dans les règles de l'art. Oui, c'est 1900, oui ça rend mal à l'aise, oui, tout se passe dans la tête d'un protagoniste (n'ai-je pas, dans un jeu de mots, parlé du Horla ?), c'est proche de l'univers de Mérimée, aussi.

Pour ce tour de force, chapeau !


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