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Réalisme/Historique
AhmedElMarsao : Le Hérisson
 Publié le 19/02/10  -  10 commentaires  -  28656 caractères  -  130 lectures    Autres textes du même auteur

Deux camarades ayant fréquenté le même lycée se retrouvent des années plus tard.
Alors remontent en mémoire non seulement les agréables souvenirs communs, mais surtout les mauvais souvenirs faits de rivalités et de plaies mal guéries.
Qui est victime de qui ?
Où est le mal, où est le bien?
Des questions difficiles à simplifier.


Le Hérisson


Nous étions en train d’effectuer les dernières retouches d’avant le tirage lorsque la porte de la salle de réunion s’ouvrit : Nisrine, la secrétaire, apparut dans l’embrasure de la porte. Derrière elle, se profila la silhouette du Hérisson qui, pour avoir le passage, la bouscula, sans ménagement. Elle nous regarda d’un air désolé en y joignant le geste. Apparemment, elle avait fait tout son possible pour empêcher cette intrusion. Vainement. Le visiteur me fit signe de la main qu’il voulait me voir.

J’entendis le maquettiste, assis à ma droite, grommeler entre ses dents :


- Ça ne peut pas attendre ?


Je demandai alors aux collègues de m’excuser un instant ; je fermai la porte et rejoignis le Hérisson.


- Rien de grave, j’espère ?

- Enfin, oui et non. J’ai besoin de te parler.

- Il y a l’édition de la revue que je dois boucler. Mais…


Nous convînmes de nous revoir dans un café à deux rues des bureaux. Je lui promis de l’y rejoindre dans trente minutes, le temps de boucler la réunion.

De retour dans la salle, je trouvai le Directeur, debout. Quelqu’un l’aurait-il prévenu pendant mon absence de quelques minutes ou était-il venu dans la salle par hasard ? Au moment où j’allais m’asseoir, après lui avoir adressé un bref salut, il me fit cette réflexion :


- Il devient envahissant, ton ami, à ce que je vois.

- Il a peut-être ses raisons, répondis-je, une pointe de sécheresse dans la voix.

- Quelles qu’elles soient, ces raisons, elles restent les siennes. Cela ne l’autorise pas pour autant à venir déranger les gens qui travaillent.


Je préférai jouer les abonnés absents pour ne pas répondre à ces reproches ni aggraver notre désaccord. Le Directeur prit une chaise et s’assit à la place que, par respect, lui céda le maquettiste qui alla se rasseoir, trois chaises plus loin.


- Bon. Reprenez votre travail, s’il vous plaît.


Apparemment, lui non plus ne tenait pas à poursuivre cet échange à fleurets mouchetés. Mais à la fin de la séance, au moment où j’allais sortir pour rejoindre le Hérisson, il posa sa main sur mon bras pour me retenir. Il attendit que les collègues fussent tous partis pour revenir à la charge :


- Écoute. Je ne veux pas m’immiscer dans tes fréquentations. Tu es assez lucide pour en décider en toute liberté, mais je dois t’avouer ceci : j’ai horreur des gens qui s’incrustent, sous prétexte d’avoir rendu service. Ton ami a bien travaillé. Il a même très bien travaillé. Or ce travail pour lequel il a été sollicité est terminé. Débrouille-toi comme tu veux. Je ne veux plus le voir dans les environs. Et dis-toi que je ne suis pas le seul. Tous tes collègues le pensent, même s’ils n’osent pas te le dire tout haut.


Et après un silence, il ajouta, à voix basse, comme pour lui-même :


- D’ailleurs, je ne comprends pas ce que tu lui trouves d’intéressant. Tout vous oppose. À vous deux, vous formez une antithèse parfaite.


Je ne pouvais lui dévoiler la vérité. J’esquivai :


- Justement monsieur le Directeur, comme vous dites. Tout nous oppose. Je vous le concède : ce n’est pas un homme dont la compagnie est de tout repos. Mais, pour ma part, je trouve cet antagonisme assez stimulant…


J’allais me lancer dans un exposé improvisé sur les conjonctions mystérieuses entre des caractères que les apparences opposent quand le directeur haussa les épaules et me dit au revoir. Je me levai à mon tour pour aller au rendez-vous.


Directeur et collègues avaient peut-être raison, mais ils ignoraient mes desseins cachés. Lesquels desseins appartenaient au genre de secret qu’on ne partage avec personne d’autre. Ils ne savaient pas non plus que ma relation avec le Hérisson ne datait pas d’hier. Elle remontait plus précisément aux années du collège puis du lycée. Nous avions usé, pendant six ans, nos fonds de culottes sur les mêmes bancs. Comment oublier alors ? Dès qu’il réapparut de nouveau, d’anciennes plaies se rouvrirent. Plus virulentes que jamais. De vieilles haines remontèrent à la surface. Plus violentes. Plus vivaces. J’avais attendu si longtemps, une année après l’autre. Il fallait que justice fût faite. Du moment que je le tenais dans mon étau, il n’était pas question de le lâcher. Je n’aurais de cesse avant qu’il n’eût payé pour toutes les violences physiques et morales qu’il m’avait fait subir.


J’avais douze ans et j’étais en première année du collège. Hamid, c’était son vrai nom, débarqua un jour dans notre classe. Nous étions deux camarades à nous disputer les premières notes aux devoirs de français ainsi que les faveurs de Mme Murat, notre professeur. Cette charmante femme occupait studieusement nos journées et hantait nos rêves nocturnes. Nous l’aimions en silence comme seuls savent le faire une ribambelle d’adolescents confiés à une dame fort belle et sympathique. Nous dévorions avec une avidité insatiable albums de bandes dessinées et romans de poche et étions capables de soutenir une conversation correcte dans cette langue qui nous était étrangère. Cette langue étrangère, nous avions mis un point d’honneur à la maîtriser, surtout pour plaire à notre professeur.


Il arriva donc, bouscula l’ordre établi et brilla particulièrement dans les exercices de grammaire en général et l’orthographe en particulier où il devint incollable. Nous trouvions la chose inexplicable : un cul-terreux qui sentait l’étable, un bouseux qui parcourait, quotidiennement et en toutes saisons, une vingtaine de kilomètres sur un vélo déglingué, pour se rendre au lycée, avec deux ou trois cahiers écornés qu’il cachait, soigneusement, sous sa chemise, à même la peau. Lui qui n’était même pas capable de prononcer correctement une phrase, s’adjugeait souvent la première note à l’écrit : voilà qui relevait de l’inacceptable.

Hamid avait fini par gagner l’affection de Mme Murat. Elle le surnomma « le Hérisson ». Il faut reconnaître que notre professeur, en plus de ses talents en phrénologie, avait le sens de l’humour. En effet, jamais surnom ne colla si bien à la peau d’une personne. En ce mot dont elle affubla Hamid, elle condensa le portrait tant physique que moral de notre condisciple : un petit visage d’où émergeaient un nez mince, court et retroussé au bout, des yeux rapprochés. Des pommettes osseuses, légèrement proéminentes et un menton fuyant. Sans oublier cette timidité maladroite, presque maladive, qu’il s’efforçait néanmoins de pallier par une agressivité qu’il opposait à quiconque se frottait à lui. Maigre comme un clou, il était néanmoins aussi solide qu’un bloc de granit. Sa force ne venait pas de sa musculature, très modeste du reste, mais d’une constante tension interne : il était tout en nerfs. Toutes épines dehors, il était prêt à bondir sur quiconque osait le provoquer, quoique ces apparences trompeuses cachassent en réalité beaucoup de délicatesse ainsi qu’une faiblesse certaine.

N’était-ce pas là, en somme, la loi de la nature ? Les créatures fragiles ne se protègent-elles pas des agressivités extérieures par divers stratagèmes, dont les piquants et les épines, alors que les plantes vénéneuses, par contre, déploient d’infinies stratégies de séduction, de splendeur et de magnificence afin d’attirer leurs éventuelles proies vers le poison fatal qu’elles dissimulent avec tant d’ingéniosité.

À force d’être continuellement tourné en dérision par nos quolibets et nos plaisanteries, il s’aigrit, devint fermé et hargneux. Pendant les cours de sport, il était la terreur des parties de football que ses fureurs transformaient immanquablement en batailles.


Nous étions en classe de terminale du baccalauréat. C’était la dernière année avant que nos chemins ne se séparent après six années de scolarité commune. Je me souviens particulièrement cette année-là d’un après-midi où nous disputions un match qui était si important qu’il draina une grande affluence sur les bords du terrain. Même les filles, d’habitude peu intéressées par le foot, étaient venues nombreuses encourager leurs Jules. Kenza, la fille du libraire, pour qui le Hérisson vouait une folle passion, était là aussi. Cette présence féminine comptait énormément pour les adolescents que nous étions. Le Hérisson était aligné dans le camp adverse. Pour lui, jouer n’était pas taper sur le ballon rond pour le faire avancer vers les filets opposés et quand c’était possible, l’y faire pénétrer ; non, une partie de foot était, pour lui, d’abord et avant tout, une bataille. Une petite guerre de tranchées qu’il lui fallait mener et emporter coûte que coûte. S’approcher de son poste de défense était de tous les dangers. Dès que vous dépassiez la ligne du centre, il vous tombait dessus. Poings, coudes et genoux, tous les moyens lui étaient bons pour stopper votre progression, tous les coups permis. D’autant plus que nos matchs se disputaient sans arbitre attitré.

Je m’apprêtais ce jour-là à recevoir une passe décisive d’un coéquipier. Le Hérisson me bouscula. Je l’insultai. Il prit la mouche, se rua sur moi avec une brutalité à laquelle je ne m’attendais pas et m’asséna une dérouillée inoubliable. Humilié, le visage tuméfié, les côtes endolories, le nez fracassé, j’abandonnai la partie sous les sifflements des supporters et les ricanements moqueurs des joueurs. Les aiguilles des larmes retenues me picotaient les yeux ; les pleurs réprimés m’étouffaient la gorge. Néanmoins, je redressai la tête et, avec le peu de dignité qui me restait, je me dirigeai vers le banc de touche. Un ou deux coéquipiers essayèrent de me retenir mais je n’avais plus ni le cœur ni les jambes au jeu.


Et comme si cela ne lui avait pas suffi, il devint une terreur avec laquelle je dus vivre quotidiennement pendant les semaines qui suivirent. Chaque fois que je le rencontrais dans un couloir vide, il me sautait à la gorge, comme un molosse enragé. Je devins la risée des cancres qui, dépités et rongés par l’envie, ne demandaient qu’à se venger pour les meilleures notes que je leur raflais. Ils m’affublèrent de tous les surnoms dégradants possibles et ne manquaient jamais l’occasion pour me rappeler l’humiliation que le Hérisson m’avait fait subir.

Je vivais chaque jour avec l’angoisse perpétuelle de le rencontrer dans un couloir ou dans les escaliers. Pis : comme s’il ne lui avait pas suffi de hanter mes journées, le Hérisson squatta même mes nuits. Il m’était souvent arrivé de me réveiller en sueur, au milieu de la nuit, la bouche sèche comme si j’avais mastiqué de la craie, avec le vague souvenir d’avoir fait un cauchemar. Profitant de mon sommeil, lorsque j’étais diminué et sans défense, ma mémoire, en vraie traîtresse, projetait de terribles images pour me torturer. Je rêvais de braises ardentes, de tessons de verre, de couteaux dégoulinant de sang, de serpents sifflant, de scorpions dressant leurs dards menaçants. D’autres nuits, je rêvais qu’une ombre opaque et gigantesque me poursuivait et que je ne pouvais courir, tant mes jambes étaient lourdes, comme lestées de plomb.


La semaine après la proclamation des résultats du bac, Kenza vint frapper à notre porte pour récupérer des livres que je lui avais empruntés.


- Tu as quelque chose qui m’appartient. Tu te rappelles ? me dit-elle, le sourire malicieux.

- Ah, oui, tes livres ? J’allais justement te les rapporter. Entre donc un moment. Ne reste pas à la porte.

- Tu es seul ? s’assura-t-elle.

- Oui. Mes parents sont partis ce matin en voyage pour une semaine. Entre donc, m’enhardis-je.


Elle s’exécuta de bon gré.

Il faut dire qu’elle m’avait fait des avances à plusieurs reprises. Je feignais de ne pas m’en apercevoir. Elle m’envoyait des billets aguichants par l’intermédiaire d’une amie commune. Je cultivais l’indifférence pour cacher en vérité ma peur. J’avais peur que le Hérisson le sût. Cependant, ce jour-là, je ne pus résister au charme de ses yeux de chatte sauvage, à ses lèvres ardentes, aux effluves qu’irradiait son corps aux rondeurs provocantes. Cette visite impromptue parvint à briser l’écorce dont je me protégeais. Nous vécûmes deux mois d’amours furtives et passionnées. Kenza était tellement excitée de tromper le Hérisson qui lui menait la vie dure à ce qu’elle m’avoua. Moi, je profitai de cette opportunité pour me venger de lui, d’une certaine manière.


- Il va nous tuer s’il l’apprend, me répétait-elle en succombant dans mes bras. Tu sais qu’il est jaloux, impulsif et imprévisible.

- Pourquoi tu restes avec lui alors ?

- Parce qu’il me terrorise.


Cette relation fut brève, mais fort torride. Je pensais sérieusement au meilleur moyen d’y mettre un terme, par peur non seulement de lui mais d’elle aussi. Cette fille insatiable était une bombe de sensualité qu’on ne pouvait manipuler impunément.

Deux mois plus tard, j’apprenais qu’on m’avait accordé une bourse pour aller étudier le journalisme à Paris. Je partis en catastrophe, sans prévenir Kenza. Le Hérisson fit une carrière dans l’enseignement. Je les perdis de vue tous les deux, depuis longtemps.

Cependant, ma rancune pour le Hérisson et mon désir de vengeance restèrent vivaces à travers les années qui passaient. Chaque fois que le souvenir de cette humiliation remontait à la surface de ma mémoire, les larmes m’en venaient aux yeux. La vengeance, ça pousse comme une mauvaise herbe : il est dur de l’arracher une fois qu’elle a pris racine et commencé à vous travailler.

Les surprises du hasard ont voulu que nos chemins se rencontrent de nouveau aujourd’hui, une vingtaine d’années plus tard.

La revue dont j’assurais la rédaction en chef préparait un dossier sur l’enseignement de la littérature dans les classes terminales du baccalauréat. Pour mener à terme cette tâche, le directeur avait pris contact avec les gens du métier, c'est-à-dire les enseignants et le corps de l’inspectorat. Sur la liste des gens à contacter qu’on lui avait recommandés, le nom de Hamid venait en tête en sa qualité d’inspecteur provincial de l’éducation. Je ne savais pas jusqu’à notre rencontre que nous habitions la même ville.

Je lui téléphonai et il me promit qu’il viendrait le lendemain même.

Quand il se présenta à mon bureau, j’eus de la peine à le reconnaître, tellement sa mise était élégante et soignée. Nous restâmes un instant à nous dévisager. Il portait des vêtements d’une coupe excellente, taillés dans un tissu de belle qualité : une veste marron clair, un pantalon beige, une chemise et une cravate assorties, des chaussures bien luisantes. Était-ce là le bouseux dépenaillé d’autrefois qui, à longueur d’année, portait la même chemise et le même pantalon si bien que je me demandais quand il trouvait le temps de les laver ? C’était là, visiblement, une revanche sur les années de misère de son enfance et de sa jeunesse en guenilles.

Après avoir bavardé ensemble pendant quelques minutes, je m’aperçus que, hormis l’élégance de la mise, il n’avait pas beaucoup changé : son débit de parole était toujours aussi haché et saccadé, ses gestes toujours aussi gauches. Son sourire cachait à peine le désarroi d’un être extrêmement sensible et vulnérable. Tout cela, c’était encore le Hérisson de nos jeunes années. Mais comble d’insolence, il semblait tout à la joie de ces retrouvailles, après tant d’années d’absence. Je m’efforçai de mettre ma haine sous le boisseau. Provisoirement. Nous convînmes d’un plan de travail pour la conception et la réalisation du dossier. Il prit la tâche à cœur et fit preuve d’un zèle et d’une compétence indéniables. Nous continuâmes à nous voir assez fréquemment et l’idée qui germa dans mon esprit lors de notre première entrevue fut mûrement réfléchie.


- Dis. Tu te rappelles des années du collège ?

- Ah, oui. Et comment !


Ce fut alors le lâcher des souvenirs qui commença par l’évocation du lycée bâti à l’orée de la ville, là où se terminaient les villas du quartier résidentiel européen, avec leurs toits de tuiles rouges en pente dans une ville où il ne neigeait jamais, leurs jardins gorgés de fleurs et d’arbres qui, par-delà les basses clôtures, tendaient leurs branches chargées de fruits prêts à être cueillis.

Le personnel administratif et les professeurs défilèrent ensuite en une chevauchée de profils, chacun éclaboussé du surnom qu’on lui avait inventé.

Je l’écoutais, dissimulant mon agacement sous un large sourire de convenance. Qui l’eût cru ? Ennemis d’hier, nous restions de longues heures à deviser calmement et à nous remémorer les souvenirs communs du bon vieux temps. Je bouillonnais de rage. Le Hérisson était assis là devant moi, à égrener son chapelet de souvenirs heureux, complètement étranger au fait d’avoir été un jour le cauchemar qui dévasta mes journées et mes nuits. Lui, il parlait « paradis ». Moi, je pensais « enfer ». Pouvais-je gommer, d’un seul trait, vingt années de rancœur refoulée ? Comment était-ce possible qu’il eût passé sous silence les violences qu’il m’avait fait subir ? J’attendais au moins qu’il s’excusât. La pensée ne l’en effleura même pas. Aurait-il oublié ? En tout cas, moi, je n’avais pas oublié. Rien oublié.


Au fil de ces rencontres, le désir de vengeance que je croyais éteint, rejaillissait, plus fort, plus bouillonnant, plus dévastateur que jamais. Il n’était qu’enfoui sous la cendre des ans. Comment en serait-il autrement alors que chaque fibre de mon corps en était marquée au fer rouge ?

Ce désir de vengeance se réveilla donc, aussi ravageur que les laves incandescentes du Vésuve. Comme un essaim d’abeilles meurtrières, une centaine d’idées bourdonnaient dans ma tête. Elles se résumaient toutes à ceci : comment me venger ?


Notre conversation roula sur le mariage. Il s’aventura à me poser la question qui me brûlait les lèvres et que je m’apprêtai moi-même à lui poser. Il me devança :


- Au fait, tu es marié ? Excuse-moi si tu trouves ma question indiscrète.

- Les questions ne sont jamais indiscrètes. Les réponses, peut-être.

- Ah ! Oscar Wilde ! commenta-t-il, admiratif.

- Dans le mille.

- Tu n’as toujours pas répondu à ma question.

- C’est que je cherche encore la perle rare. Je n’ai pas encore trouvé collier à mon goût. Et toi ?

- Moi ? Je suis marié pour le moment. Mais pas pour longtemps.


Il se tut un long moment avant d’ajouter :


- J’ai épousé une femme que tu connais bien, je crois. Elle a fréquenté le même lycée que nous. Tu te rappelles de Kenza ?

- Ah, oui. Kenza la fille du libraire ?

- Elle-même. Elle enseigne l’anglais dans un lycée. Si tu es libre demain, je t’invite à dîner. Kenza sera contente de recevoir à table un ancien camarade de classe.


Je faillis basculer de mon siège. Le hasard a de ces tours dans son sac ! Voilà que les chemins se chevauchaient de nouveau. Ils ne bifurquaient que pour pouvoir se rencontrer à nouveau. J’aurais bien aimé revoir Kenza. Mais dîner avec un couple dont le ménage battait de l’aile ? Par prudence, je déclinai l’invitation :


- Demain, je serai pris. Une autre fois peut-être…


Je me retins, car je réalisai, vaguement mais en un éclair, l’aubaine qui se présentait à moi pour prendre ma revanche. Cette vengeance que je ruminais depuis le temps. Je cherchais une prise, voici qu’il me l’offrait à son insu. Il venait de dénuder son talon d’Achille.

Mon plan de vengeance : lui envoyer une série de lettres anonymes, espacées les unes des autres de trois ou quatre jours chacune dans lesquelles je lui distillerai des informations sur l’infidélité imaginaire de sa femme que j’appuierai d’indications anatomiques fort précises sur les parties les plus intimes du corps de celle-ci, particulièrement l’emplacement d’une marque de naissance à l’intérieur de la cuisse droite, près de la fourche, des grains de beauté ainsi que leur nombre. L’avoir précédé dans le lit de la fille du libraire me servait donc à quelque chose.


Le soir même, je commençai à rédiger la première lettre que j’avais décidé de lui faire parvenir par poste dès le lendemain. Obnubilé par la rage de me venger, je veillais chaque nuit pour rédiger cette série de lettres accusatrices. Je les écrivais et les réécrivais sans cesse, donnant libre cours à ma vindicte hargneuse pour imaginer et détailler les circonstances de la prétendue infidélité de Kenza. Mais, chaque matin, je repoussais l’échéance de l’envoi à plus tard. Je ne rejoignais ma couche que tard dans la nuit. Le sommeil me faussa compagnie. Je restais à me tourner et me retourner dans mon lit jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Le matin, je me levais, courbatu par mes nuits blanches mais décidé à mener mon entreprise jusqu’au bout.



***


La réunion bouclée, je partis donc le rejoindre au café où il m’attendait depuis une quarantaine de minutes déjà. Je le trouvai installé dans le coin le plus sombre, le regard perdu dans le vide. Nous parlâmes de choses et d’autres. Je savais qu’il avait quelque chose d’important à m’annoncer, sinon il n’aurait jamais insisté pour me voir en pleine réunion. Il resta silencieux. Seule sa pomme d’Adam s’agitait comme pour refouler avec force ce que sa gorge eût voulu crier. Je décidai de le travailler davantage, de ne pas lui faciliter la tâche.

Je commençai par lui couper l’herbe sous les pieds en aiguillant la conversation sur un sujet de traverse : les épreuves de littérature qu’on venait de proposer lors de la dernière session du baccalauréat. Il mordit à l’appât et se lança dans une vive diatribe contre les concepteurs des épreuves. Il attendait mon approbation pour passer à autre chose. Mais j’étais décidé à frustrer cette attente, à le priver de ce qu’il attendait de moi. Je lui demandai, non sans malveillance, ce qui justifiait cette condamnation prononcée sans appel. Il donna une réponse vague. Je revins à la charge, l’acculant à m’expliquer son point de vue et les raisons de son insatisfaction. Il s’embrouilla, pâlit, injuria les auteurs des épreuves et leur incompétence. Moi, en revanche, quoiqu’un peu agacé, je me sentais à l’aise puisque j’étais sûr que le stratagème que je préparais s’acheminerait avec certitude vers la réussite. J’allais ouvrir une brèche dans la tour inexpugnable. Ce n’était pas le moment de lever le siège. D’abord, le laisser mariner dans son chagrin. Tendre patiemment le cordon Bickford et, le moment opportun, gratter l’allumette en lui balançant mes mensonges cruels dans des lettres anonymes, sans anesthésie, lui raconter en boucle les coucheries supposées de sa femme dépravée et laisser le feu faire sa course pour atteindre la dynamite.

Autant ses critiques étaient nébuleuses, autant mes questions devenaient insistantes et précises. Je jubilais en mon for intérieur mais ne laissais rien paraître, bien sûr. J’ignorais ce qui le tourmentait. Je voyais bien que dans l’état où il était, il ne pouvait soutenir une conversation. Il sautait du coq à l’âne comme s’il voulait éviter les questions gênantes ou comme s’il avait peur, par manque de temps, de ne pouvoir terminer ce qu’il avait à dire. Contre son habitude, il ne cessait de déballer des enfantillages. Il s’exprimait par phrases tronquées, au rythme saccadé et à l’enchaînement embrouillé, acculant celui qui l’écoutait, non seulement à deviner ce qu’il voulait dire mais aussi à lui souffler les mots qu’il ne trouvait pas et surtout à acquiescer à ce qu’il disait ou plus exactement à ce qu’il ne parvenait pas à exprimer clairement.

Il était visiblement agité, l’esprit battu de vagues en furie qui s’élevaient et s’abaissaient. Comme un noyé à qui on avait retiré sa planche de salut. C’était à coup sûr le moment propice pour passer à l’attaque. Pour porter le coup fatal.

Je lisais dans ses yeux le désarroi dont il voulait peut-être me parler et qu’il n’arrivait pas à dire, ne sachant comment le dire. Par moments, je sentais qu’il allait s’effondrer. Je le voyais à sa mine atterrée. Le piège se refermait donc sur la bête traquée. Aucune esquive n’était plus possible, aucune issue. Juste avant qu’il ne s’effondrât, je pris congé en lui fixant un rendez-vous pour le lendemain après-midi.


Le lendemain matin, vers neuf heures quinze, on m’annonça encore une fois sa visite. Il n’avait pas pu attendre jusqu’à l’heure convenue. J’avais envie de lui crier dès qu’il aurait franchi la porte :


- Va-t-en, abject et sinistre personnage. Je ne veux plus te voir. Tu m’exaspères.


Comment ne s’était-il pas rendu compte de la répulsion qu’il m’inspirait, de la haine viscérale que je lui portais, que je lui avais toujours portée ?

Dans l’interphone, je répondis à la secrétaire de le faire entrer. User de circonlocutions pour entamer la conversation. J’allais commettre l’irréparable, enclencher un processus irréversible. Il fallait le mener à terme. Je ne pouvais garder cachées dans mon tiroir ces lettres qui m’avaient coûtées tant de nuits blanches. Il devait boire le calice jusqu’à la lie. Et moi je devais vider la rancœur accumulée qui pourrissait dans mon âme et ne laissait place à aucun sentiment de culpabilité, à aucun remords. Je bouillais d’impatience. Mais puisqu’il était là, le faire entrer, lui parler mécaniquement, fastidieusement jusqu’à ce qu’il décide de s’en aller.

Dès qu’il s’installa, je lui lançai, avec un fiel consommé :


- Alors ! Quoi de neuf ?


Il ne me répondit pas. Quelque chose de grave devait le préoccuper. Je me penchai en avant, mettant mes bras sur le bureau.


- Allez ! Raconte-moi ce qui te tracasse.


C’était suffisant pour qu’il se recroquevillât comme une huître sur laquelle on avait déposé une goutte de citron. Puis les mots franchirent péniblement la barrière de ses lèvres.


- Je suis malheureux. Tellement malheureux. Je ne comprends pas pourquoi le malheur s’acharne sur moi. Moi, parmi tant d’autres. Moi qui n’ai jamais causé du mal à quiconque. Du moins délibérément...


« Tu parles ! » pensais-je en mon for intérieur.


- … Au contraire, j’ai toujours cherché à venir en aide aux autres.


Puis, après un bref silence :


- … J’ai des doutes sur la fidélité de Kenza. Si mes soupçons s’avèrent justifiés, je la tuerai, cette garce, laissa-t-il finalement tomber d’entre ses commissures crispées.

- Que racontes-tu là ? Tu parles sérieusement ?

- Crois-moi, je lui ouvrirai le ventre avec un couteau de cuisine comme un vulgaire assassin. Je lui enfouirai la lame dans la chair jusqu’à ce qu’elle bute sur l’os. Le sang dégoulinera partout.

- Écoute. Il faut être raisonnable.

- Tu parles. Je lui ai demandé. Elle a nié. Mais lorsque j’aurais des preuves…


Il s’était difficilement contenu jusque-là. Mais comme un pneu à qui on avait enlevé sa valve après l’avoir surgonflé, il s’effondra, tout en pleurs. Je ne pouvais plus distinguer les mots qu’il grommelait. Je me levai, fis le tour du bureau et restai debout en face de lui.


- Tu es sûr qu’elle te trompe ?


Il continua comme s’il n’avait pas entendu ma question :


- Après tout ce que j’ai fait pour elle, la salope ! Après l’immense amour que je lui ai porté, oser me tromper ? J’ai longuement réfléchi. Entre la supprimer ou me suicider. Je choisirai d’abord la première solution… Ensuite…


Il se ressaisit, s’essuya le visage de ses deux mains.


- … Excuse-moi si je t’ennuie avec mes problèmes personnels.


J’allai lui proposer de venir le soir même leur rendre visite à la maison et parler de tout cela. Je me retins au dernier moment.


- Tu ne m’ennuies point. Les amis c’est fait pour ça. Mais promets-moi de rester raisonnable.


Il se leva, me fit l’accolade en une brève étreinte puis me tourna le dos et se dirigea d’un pas ferme vers la porte. Je lui emboîtai le pas mais je restai debout sur le seuil à le voir s’éloigner de sa démarche de pantin dégingandé. Le Hérisson était un homme fini. Il n’était plus qu’une épave que les vents forts et incléments du doute et de la jalousie ballotaient à leur gré, de gauche et de droite.

Je le suivis du regard. Tout en le regardant s’éloigner, je me demandais : quel démon m’avait soufflé ce calcul diabolique à l’oreille ? La haine m’avait-elle avili à ce point ? C’était affreux ce que j’allais faire. Les scrupules mêlés à un sentiment de compréhension tardive pour cet homme malheureux avaient fini par vaincre ma vindicte. J’allais commettre l’irréparable. Certes, me venger, je le voulais de toutes mes forces. J’y tenais. Mais pas au prix d’un crime. Pas au prix d’un assassinat de la femme dont j’étreignis le corps, autrefois, avec passion. Il me fallait déchirer les toiles d’araignée que la haine avait tissées autour de mon corps et de mon esprit. Il existe bien des manières de vaincre, à commencer par vaincre son ressentiment.


Je revins vers le bureau, pris la pile de lettres que j’avais préparées et les passai, une à une, au broyeur de documents.


 
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   Anonyme   
19/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Quel dommage! Sans cette chute là l'histoire aurait été bonne, pas géniale mais bonne.
Mais là le coup du remord ça ne prend pas pour moi, pas du tout.

J'aurai aimé une chute plus longue où le doute le dispute un peu plus à la réfléxion pure.

Le style n'est pas désagréable bien qu'un peu trop soutenu, les personnages sont bien campés, le déroulement narratif assez sympathique.

Bref, plutôt bien si ce n'est cette fin...

   Anonyme   
24/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour ! 28500 caractères sur écran, je dois avouer que ça m'a un peu effrayé, et pourtant j'avais tort ; je me suis régalé d'un bout à l'autre avec cette histoire somme toute plausible et bien écrite... Seule la chute m'a légèrement déçu car inconsciemment je m'attendais à autre chose d'un peu moins conventionnel mais, ne boudons pas notre plaisir d'autant que la morale est sauve !

   Maëlle   
27/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai été vraiment prise par ma lecture. J'ai tout de même relevé quelques incohérence (notamment dans la relation du narrateur à Kenza), mais en fait elle se justifie tout à fait par la narration interne (impossible dans le monde réel de raconter une histoire - surtout émotionellement chargée - sans la réécrire en partie).

Un beau texte sur la rancune et ses dérives.

   Anonyme   
6/2/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est un récit intéressant bien mené, avec une étude des caractères des personnages que j'ai apprécié

Quelques petites remarques :
Curieuse l'ambiance de la salle de rédac : elle me parait un peu trop studieuse, également paisible et avec en plus un rapport à la hiérarchie très convenable. Moi j'imaginais tout le contraire (mais je n'ai jamais fréquenté de salle de rédac) j'imaginais un truc très enfiévré où les gens se tutoyaient bref.

Phrénologie : je comprends pas ce que cela vient faire ici.

Pour la scène de l'humiliation du narrateur, je me suis un peu sentie en-dehors: c'est le narrateur qui est agressé et c'est lui qui se sent humilié ? D'avoir pris une raclée devant tout le monde ?
( Parce que là avec des côtes cassées et tout je me demande comment l'arbitre n'est pas intervenu, comment d'autres personnes n'ont pas pris le parti du narrateur)

Après j'ai eu aussi un petit problème : le narrateur sort avec Kenza qui "est " avec Le hérisson (au point d'avoir peur de lui) et dans la suite il est dit :
L’avoir précédé dans le lit de la fille du libraire me servait donc à quelque chose

Sinon ce que j'ai trouvé très juste c'est que le narrateur et le Hérisson n'aient pas la même perception de leurs années collège.

Pour la fin j'ai eu un doute a t il envoyé ou non la première lettre ou est ce un concours de circonstances qui fait que le Hérisson a des soupçons juste à ce moment là . j'ai l'impression que c'est la seconde hypothèse et dans ce cas je trouve l'idée intéressante. Par contre il faudrait que le Herisson ne dise pas cela un peu plus haut:
Moi ? Je suis marié pour le moment. Mais pas pour longtemps.
Parce que sa réaction par la suite serait plus crédible s'il tenait encore à cette femme or avec cette phrase on a l'impression que non

Au final malgré ces petites incohérences (mais peut être est ce seulement de mauvaises interprétations de ma part) c'est un récit que j'aime bien qui me semble assez réussi dans l'étude des personnages.
Le style me parait adapté, la nouvelle se lit facilement.

   Anonyme   
26/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai senti moi aussi, plus que je ne les ai notées, quelques petites incohérences. Je regrette aussi que la fin ne soit pas plus développée, complexifiée, alors que le corps du texte l'était très bien.

Par contre, j'ai vraiment été conduit jusqu'à la fin par le plaisir de lire cette écriture très bien maîtrisée. Malgré le désir de vengeance très tenace du narrateur et ma curiosité quant au dénouement, j'ai vécu cette lecture dans le calme et sans désir de me précipiter vers les dernières lignes.

J'ai noté une toute petite chose :
"Je lui promis de l’y rejoindre dans trente minutes..."
"dans tente minutes" me parait inapproprié pour une conjugaison au passé. Par contre "trente minutes plus tard" devrait être correct.

J'ai passé un bon moment en vous lisant. Merci.

   florilange   
19/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai trouvé que le récit se déroulait bien, se lisait aisément. À part l'usage de certaines prépositions, son écriture est excellente.
Portraits des personnages très réussis. Moi, j'apprécie surtout la fin car il est devenu adulte, enfin. Il laissera derrière lui cette rage stérile pour regarder l'avenir, non + en mioche revanchard mais en homme normal, équilibré, sachant faire la part des choses.
Bien aimé cette nouvelle.
Florilange.

   Anonyme   
20/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Comment dire ? Je suis un peu partagé.
Dans l'ensemble j'ai aimé, et le sentiment qui prédomine est plus que positif.

L'écriture est simple (dans le bon sens du terme) et permet un bon déroulement du récit; l'architecture aussi est bonne, avec ce retour en arrière, bien intercalé dans le présent; les personnages sont crédibles, fort bien décrit, les dialogues sonnent justes, et l'histoire tient la route;
Cependant il y a, comme certains commentaires précédents le soulignent, quelques incohérences, des parts d'ombres et surtout une fin un peu bâclée.
Voici en détails quelques de ces points :
- Le début de la relation entre Kenza et le Hérisson ; on parle d’abord du hérisson qui est semble être intéressé par la fille du libraire, puis on retrouve quelques lignes plus loin, celle-ci faisant des avances au narrateur, alors qu’elle semble être avec le hérisson, sans qu’on nous l’ai précisé.
- La violence du hérisson envers le narrateur pour une simple partie de football ; une violence qui perdure dans le temps ; on aurait compris cette rage pour un fait plus marqué ; une trahison, un coup bas, mais là pour de simples mots au cours d’une partie de football, cela semble un rien disproportionné.
- La rencontre entre le narrateur et le hérisson au café, quand ce dernier semble ne pas aller bien ; cette scène m’a parue longue, lourde, et sans but réelle, puisqu’il ne s’y passe rien de décisif, si ce n’est de mettre l’accent sur le malaise qui habite le hérisson
- la réplique du hérisson à propos de son mariage qu’il annonce comme prochainement en danger ; cette réplique arrive un peu tôt et trouble un peu le lecteur ;
Enfin si l’idée de semer le trouble dans l’esprit du Hérisson en lui envoyant des lettres anonymes évoquant l’infidélité de sa femme est un bon moyen de se venger, j’ai trouvé en revanche, que vis à vis de la jeune femme visée, en l’occurrence Kenza, cela manquait d’élégance de la part du narrateur ; lui qui fut proche de celle-ci, et qui semble avoir gardé d’agréables souvenirs de leur relation. La démarche aurait été plus crédible avec une autre femme, même si la possibilité de donner des détails sur l’anatomie de l’épouse n’était plus possible.

Au final, bon moment de lecture.
Merci

   Automnale   
21/2/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je me souvenais des portes de Mélilla du même auteur. Tout naturellement, je suis donc venue lire - deux fois- "Le Hérisson".

Pour ce qui concerne l'écriture, le style, il n'y a strictement rien à dire. C'est plus que parfait.

J'ai donc essayé de comprendre pourquoi le narrateur éprouvait tant de haine à l'égard du Hérisson. Le malheureux a eu le tort de briller dans des exercices de grammaire et en orthographe. Ah ! Oui, et de sentir l'étable ! Pour si peu (c'est du moins ce que je lis), il fut tourné, par des quolibets, continuellement en dérision... Alors, pendant les cours de sport, il se montra violent, à ce point que le narrateur reçut une dérouillée (visage tuméfié, côtes endolories, nez fracassé...). Or, le récit évoque de nombreuses violences physiques et morales... Lesquelles ?

La justice étant parfois ou souvent (ou toujours !) immanente, le narrateur obtint les faveurs de Kenza, la fille du libraire, qui entretenait des relations identiques avec le Hérisson... Or, je lis que le narrateur avait précédé le Hérisson dans le lit de Kenza... Ce qui n'est donc pas exact.

Vingt années plus tard, les deux amis-ennemis se retrouvent. Le narrateur éprouve toujours une haine féroce envers le Hérisson qui a épousé Kenza. Je note, en souriant, que le narrateur (nous ne connaissons pas son prénom !) n'a "pas encore trouvé collier à son goût" ! Le narrateur se refuse de dîner avec un couple battant de l'aile. Or, à cet instant du récit, nous ne savons pas que le couple bat de l'aile... Pareillement, le narrateur laisse mariner le Hérisson dans son chagrin. Et, à cet instant du récit également, le lecteur ignore tout des problèmes du Hérisson...

Hormis ces légères anticipations, j'ai noté l'extraordinaire mémoire des hommes qui, vingt ans après, se souviennent d'un grain de beauté à l'intérieur d'une cuisse droite, certes, mais aussi d'un nombre précis de grains de beauté ! Par ailleurs, ce n'est qu'à la fin du texte que le lecteur (ou la lectrice !) se rend compte de la violence du Hérisson lorsqu'il déclare : "Je la tuerai, cette garce... Je lui ouvrirai le ventre avec un couteau de cuisine... La salope...".

Heureusemenht que madame Murat était charmante parce que je trouve que la Femme, au fil de ce récit, n'attire pas vraiment le romantisme !

Pour l'excellence de l'écriture, je vais noter "Très bien", assorti d'un "moins" compte tenu des petites incohérences.

Et jamais deux sans trois, Ahmed ! Je reviendrai !

   Bidis   
22/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien
La catégorie « Réalisme/Historique » laisse penser qu’il s’agit d’un cas vécu. Or, cette soif de revanche jusqu’à l’âge adulte pour des faits de l’enfance que nous avons tous connus peu ou prou, ne me semble pas totalement crédible ou alors elle a été mal racontée. Ici, on dirait qu’il s’agit de simples bagarres. La torture – celle pour laquelle on garde des cicatrices et des envies de vengeance – c’est quelque chose de beaucoup plus subtil et d’ailleurs un excellent thème pour une nouvelle. Je ne dis pas que cette souffrance et ce qu’elle engendre n’est pas plausible. Je trouve qu’ici, cela ne passe pas, en tout cas je ne l’ai pas ressentie du tout et c’est très dommage.

Car la lecture est palpitante. L’auteur sait si bien emmener son lecteur que, même en considérant donc au passage qu’il y avait de l’ invraisemblance et de l’exagération dans cette soif de vengeance provoquée par des choses de l’enfance présentées de façon relativement anodine, je passais outre et continuais sur ma lancée avec l’envie gourmande de connaître le fin mot de l’histoire.
Hélas, la fin m’a déçue d’autant plus que j’avais été intriguée. J’attendais une vengeance originale et bien construite, je n’ai trouvé que sentiments exagérés et lieux communs qui finissent par se diluer dans de l’indifférence.

Les personnages sont extrêmement bien campés.

Dans l’écriture, simple et agréable à lire, ainsi que dans le traitement de l’histoire, j’ai relevé quelques maladresses.
- « C’était la dernière année avant que nos chemins ne se séparent après six années de scolarité commune. Je me souviens particulièrement cette année-là… » répétition du mot « année » et un « avant que » très rapidement suivi par « après ».
- « Kenza, la fille du libraire, pour qui le Hérisson vouait une folle passion, était là aussi. Cette présence féminine comptait énormément pour les adolescents que nous étions » : « cette présence féminine » semble se rapporter à Kenza, alors qu’elle se rapporte en fait aux « filles » qui venaient voir le match.
- « Les aiguilles des larmes retenues me picotaient les yeux » : les « aiguilles » me semblent exagérées comme métaphore, dans les yeux cela ferait vraiment mal. J’aurais préféré : « Les larmes retenues me picotaient les yeux » tout simplement.
- « Je devins la risée des cancres qui, dépités et rongés par l’envie, ne demandaient qu’à se venger pour les meilleures notes que je leur raflais. » : rafler des notes aux cancres ne me semble pas être un tel exploit. « à se venger de mes notes bien meilleures que les leurs » me semblerait plus juste.
- « Ils m’affublèrent de tous les surnoms dégradants possibles » : lesquels ? Cela eût rendu le texte plus vivant d’en citer quelques uns et de les faire jaillir de la gorge des enfants
- « Il s’aventura à me poser la question qui me brûlait les lèvres et que je m’apprêtai moi-même à lui poser. Il me devança » : « il me devança » aurait été bon si le héros s’apprêtait à poser la question. Mais ici l’autre s’aventure déjà à poser la question Donc « il me devança » fait une répétition d’action.

   Anonyme   
17/3/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Tiens me dis-je un stakhanoviste de la virgule :
Citation :
Derrière elle, se profila la silhouette du Hérisson qui, pour avoir le passage, la bouscula, sans ménagement.
J’entendis le maquettiste, assis à ma droite, grommeler entre ses dents.
De retour dans la salle, je trouvai le Directeur, debout.
Le Directeur prit une chaise et s’assit à la place que, par respect, lui céda le maquettiste qui alla se rasseoir, trois chaises plus loin.
etc...


Bon il s'agit d'une atteinte grave de "virgulite" ; ça se soigne par la pratique mais il faut du temps. Je n'arrête pas de me cogner à ces maudites virgules. Je vais mettre mon casque.

phrénologie : Théorie formulée par Gall, très répandue au xixes., qui supposait que les instincts, le caractère, les aptitudes, les facultés mentales et affectives étaient, en vertu des localisations cérébrales, conditionnées par la conformation externe du crâne.
Que vient-elle faire là ? Quant à l'humour de cette enseignante si jolie mais manifestement avec un sens de la psychologie des plus réduit.

Citation :
Cette relation fut brève, mais fort torride.
comme toujours chez les ado mais cela tiens plus à l'imaginaire qu'à autre chose.

Citation :
Je les perdis de vue tous les deux, depuis longtemps.
: pourquoi depuis longtemps qui ne cadre pas avec ce qui précède ?

La revue dont j’assurais la rédaction en chef la phrase est curieuse, plutôt dont j'étais le rédacteur en cher ?

à ces quelques observations près le texte est bon, la chute certes un peu parachutée mais on ne va pas bouder son plaisir pour si peu.

Pensez au virgules car comme vous le dites si bien
Citation :
son débit de parole était toujours aussi haché et saccadé,
c'est aussi valable pour la lecture.


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