Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réflexions/Dissertations
alvinabec : Phototaxie
 Publié le 05/02/16  -  9 commentaires  -  5909 caractères  -  67 lectures    Autres textes du même auteur

De l'éblouissement chez les nyctalopes.


Phototaxie


Toutes antennes dressées, le phasme et la luciole se dévoraient déjà du regard, si plein chacun du désir de l’autre. On devinait leur impatience à travers leurs carapaces ondulantes. Trop dissemblables pour se prétendre complémentaires, ils s’étaient pourtant pris au jeu d’une danse d’apparat qui l’un l’autre les fascinait chaque soir. Lui, d’une immobilité confondue à la tige sur laquelle il se tenait, la regardait s’approcher, reculer, s’approcher à nouveau, se détourner, revenir bruisser, voleter sans jamais se poser près de lui, les ailes en alerte. Lumineuse.


N’était leur antinomie on aurait cru assister à une joute de séduction affolée entre un passe-muraille et Betty Boop. Cet effet en miroir les aimantait quand, étourdis à contempler leur opposition, ils songeaient, malgré eux, à un rapprochement. Avec une réciprocité qui leur faisait honneur, ils étaient hantés par un seul mot d’ordre ‘moi vouloir toi’ quel qu’en fût le prix, sans concession aucune. Lâches tout de même, ils restaient en deçà de ce que commandait leur pulsion. Cet enivrement de l’autre projetait l’esprit de chacun au-delà de lui-même si bien qu’ils vivaient leur existence propre comme un vide, un manque, chacun bientôt essoufflé du désir de ce manque.


Une nuit, au comble de l’excitation, ils parvinrent à se confondre. Thorax en avant le phasme se sentit luciole, quand la luciole, abdomen rentré, se crut phasme dans une attraction vertigineuse. On observa alors une émulsion résiduelle de phéromones.


Ce bref orgasme eut l’apparence d’une fusion nucléaire. Médusé, un scarabée assista à la scène. Il trembla puis trotta jusqu’à sa bouse de prédilection, l’esprit occupé de cette rencontre hors nature. Il y avait matière à versification.


Quand les amants réintégrèrent chacun leur enveloppe, cette extase leur parut aussi étrange qu’une psychanalyse virtuelle. Soudain mus par une réflexion phylogénique, ils voulurent marquer leur différence à la suite de cette saillie. Paroxysme érotomaniaque. Ils se devaient d’entretenir leur capital initial afin d’éblouir encore leur vis-à-vis, gagner s’ils le pouvaient en représentativité. Leur attirance commune revêtit l’aspect d’un impératif catégorique, celui d’un souci de perfection. Ils fétichisèrent sans vergogne leurs caractères distinctifs ce qui radicalisa leurs regards croisés, l’immobilité forte du phasme répondant à la pure diffraction de la luciole. Elle avait le thorax sentimental…


Luminescente, elle virevoltait autour de la silhouette ranimée du phasme qui crépitait sous les assauts de sa belle. Elle en jouait, il en demandait encore. Elle dansait de façon désordonnée jusqu’à s’étourdir d’elle-même comme une toupie échappant aux lois de la physique la plus élémentaire. Un ballet d’ombre et de lumière.


Portés par cette stylistique bien à eux, ils allèrent à l’excès tant pour sublimer leur Geste que pour s’en défaire. Le phasme se dépouilla de tout, elle exagéra la déflexion voulant du ‘toujours plus’. L’égarement spéculaire pointait au bout de la nuit.


À ce moment incertain où le jour défait l’obscurité, l’illusion se brisa en petits copeaux de terre. Ce coin de champ ne fut plus tout à fait le même comme une rupture dans l’ordre du monde selon le scarabée qui le spécifia dans son carnet de bord à l’encre noire.


La surenchère ne suffit plus à combler la luciole. Elle s’épuisa de cette bioluminescence qui lui causait des maux d’abdomen. Après tout, cette parade n’était qu’un leurre, un artifice. Subitement elle se trouva nymphomane à exprimer une telle débauche de photons pour un message unique : quelqu’un est là qui se pavane et s’échauffe une heure dans la nuit et puis qu’on n’entend plus… Cela en valait-il la peine ? Où était la complicité attendue de ces effets de manche qui ne valaient rien en eux-mêmes si ce n’est une pauvre mise en scène ?


De s’être fourvoyée lui donna des idées mortifères, elle envisagea de phagocyter, grignoter tout cru le phasme, malaxer sa chair pauvre jusqu’à complète absorption. Son désir d’incorporer le corps de l’autre l’obsédait. Elle délirait à l’idée d’une pénétration transcendantale. Elle gonflait au point de se croire mante.


Lui ne soupçonnait pas que sa dulcinée lui enviât sa médiocrité au point de vouloir l’avaler. On ne peut pas dire qu’il ne ressemblait à rien, il savait se fondre tel un fantôme sur la ligne d’une brindille. Il tirait une modeste gloire de ce talent mimétique tant de fois utilisé avec une précision de faussaire. Mais cela manquait de panache. Il commença à douter. De lui, de tout, d’elle surtout. Il la regarda autrement, par en dessous, se méfia, tira des interprétations maussades. Trop d’illumination nuit, se persuada-t-il.

L’intranquillité s’installa comme un ver dans le fruit. L’inquiétude lui succéda, bientôt remplacée par l’angoisse de voir leur échapper, comme à des imposteurs, le bénéfice de cette double adoration fantasmée.


Pendant le repos diurne, chacun dans son coin devint douloureux : d’une douleur indicible, celle que l’on n’ose s’avouer, celle du rejet comme un ‘je t’aime moi non plus’ définitif. D’aucuns le pensaient, dont le bousier scribouillard était. Il analysa tout ceci dans ses écrits. Les amants sentaient la précarité les envahir. Après leur ébahissement fulgurant, puis le tourbillon d’une valse, la peur de l’abandon les mua en scrutateurs et le phasme guettait les prémisses du mépris dans le regard de sa partenaire. Mais c’était sa propre disgrâce qui obnubilait la luciole se croyant enfermée dans une chambre noire. Une paralysie à bas bruit s’insinua sous leurs carapaces jusqu’à les figer. Ils se statufièrent de façon irrévocable.


Grâce aux notes prises par le scarabée qui, soir après soir, observa la déliquescence de cet amour, surgit plus tard, pour remédier à cette impasse ontologique, une invention humaine baptisée selfie où s’admirer à plusieurs.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   hersen   
15/1/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
j'adhère à fond, j'adhère à tout.

C'est plein d'esprit, c'est drôle, c'est érudit. Et c'est super bien écrit.

Se plonger dans le monde des insectes, quelle idée géniale. Et installer le bousier comme scribe.

Allez, je vais en vouloir d'autres, des histoires comme ça. Plein d'autres.

Au boulot l'auteur.

Merci merci

   carbona   
15/1/2016
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Bonjour,

Je ne suis pas emballée par ce texte dont je n'ai pas trouvé le sujet passionnant ou peut-être est-ce également dû au style employé un peu trop peaufiné, aux allures scientifiques.

Désolée,

Carbona

   Donaldo75   
20/1/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Au début, ce texte est marrant, par sa situation son vocabulaire riche, ses termes de zoologie, et son décalage dans le rouge. Puis, l'ennui vient de la surcharge syntaxique, du trop plein de vocable, d'une écriture dédiée à l'auteur qui veut se faire mousser dans un déluge de mots. On perd alors le fil de la narration.

La fin ne sauve rien, bien au contraire. Trop de style tue le style.

Dommage, il y avait de l'idée.

Merci pour la lecture.

   vendularge   
5/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Tout cela me paraît être une métaphore des rencontres amoureuses chez nous les humains où la rigidité toute masculine tend indéfiniment vers quelque étoile filante..la même fougue, la même suspicion et bientôt le même ennui...bon nous n'avons pas tous un scarabée biographe mais nous sommes aussi entourés de personnages ombreux qui du fond de leur "obscur" nous mate pour mieux sourire de nos désillusions.

C'est vrai que l'écriture est très soignée, c'est à dire qu'elle paraît extrêmement travaillée, plusieurs fois revue et corrigée. Ce n'est pas gênant me concernant même si la fantaisie de l'histoire se serait largement accommodée de mailles un peu plus larges.

La chute ne me comble pas vraiment

Merci du partage

   Pepito   
6/2/2016
Hé, ho ! nyctalope toi même, d'abord ! Non, mais ?!!

Sacrée Alvinabec, on s'est pas déplacé pour rien !

Forme : là, quand même, j'imagine le boulot et c'est pas rien... Du haut vol (oups !) dans le vocabulaire, pas moyen de prendre un mot à contre pied, félicitations !
Juste la virgulation en panne par moments :

"Elle avait le thorax sentimental…" yééééh ! ;=)
"dans son carnet de bord à l’encre noire." vice versa plutôt, non ?
"fait le même (virgoule) comme une rupture"
"en eux-mêmes (virgoule) si ce n’est"

"comme un "je t’aime moi non plus’ définitif"... que c'est bô ! (psssit, j'ai adoré le clin d'oeil, un grand merci ;=) !!

"le repos diurne, chacun dans son coin (virgoule) devint douloureux " et hmmm, kekecé ké douloureux ?
"D’aucuns le pensaient, dont le bousier scribouillard était." rien que pour le malaxage en bouche, celle là vaut 10 ! ;=)
"Les amants sentaient la précarité les envahir." marrant, pour un phasme, je voyais ce coté là, au contraire, disons... plutôt perpétuel. ;=)
"paralysie à bas bruit " et parapluie... quand on commence, dur de s’arrêter... ;=)

Fond : J'ai imaginé le "plaisir d'écrire" et je me suis marré par contagion. "même si le sujet ne fait pas preuve d'originalité outrancière...*" l’écriture jouissive (oups !) valait largement le déplacement. Sans parler de la chute, qui a pour moi et quelques récipiendaires de mes photos de vacances, une saveur toute particulière.

Ha, j'oubliai : ben alors, je trouve que la catégorie, ben là elle est mal choisie, je voyais plutôt ce texte en sentimental/romaneeeeesque, même que d'abooooord..." ;=))))

Au grand plaisir de vous relire !

Pepito

* fallait bien que je la replace celle_là ! ;=)

   Walid   
7/2/2016
Bon, l'utilisation de mots complexe rend la nouvelle moins accessible et moins fluide à la lecture.
Mais la concept reste poignant, il en faudrait plus des comme ça.

Le manque de chute rend le texte moins intéressant.

Mais,bonne continuation!! :)

   Coline-Dé   
9/2/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tout d'abord, je n'ai pas aimé, soûlée par le vocabulaire hyper recherché ( et pourtant, j'aime ça !)
Puis j'ai relu... et là, j'ai été frappée par l'intelligence de ce texte, par ses métaphores, par l'humour qu'il recèle:
Il y avait matière à versification.
Elle avait le thorax sentimental…
une invention humaine baptisée selfie où s’admirer à plusieurs.
Après avoir fustigé ma paresse intellectuelle, j'ai rendu les armes : Bra-vo !
Je pense que je le relirai : il m'offre matière à réflexion pour un bon moment . La transposition à l'humain est délectable .

   Perle-Hingaud   
10/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour alvinabec,

Autant vous le dire tout de suite, j'ai moins aimé ce texte-ci que le précédent (enfin, celui des deux femmes au café). Il me manque de l'humain, il n'y a pas à tortiller... :)
J'aime le vocabulaire et l'humour, l'intelligence du texte, les trouvailles en feu d'artifice.
Le style donc, est très chouette. (haha)
Sur le fond, pour ma part, je n'ai pas apprécié l'irruption du selfie dans cet univers animalier.

A vous relire bientôt !

   alvinabec   
10/2/2016


Oniris Copyright © 2007-2019