Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réalisme/Historique
Ananas : Différend domestique
 Publié le 08/10/17  -  14 commentaires  -  25080 caractères  -  153 lectures    Autres textes du même auteur

Il était près de dix-huit heures, mais il aurait tout aussi bien pu être minuit en ce qui me concerne.

Je venais de tuer mon mari.


Différend domestique


*** Prologue ***


– J’ai pas toujours été renfermée et triste, seule et paranoïaque.

À une époque, j’étais extravertie. J’avais une bande d’amis, nous étions soudés depuis l’école secondaire, on sortait tous les week-ends…


– C’était y a longtemps…


Ce n’était pas une question. Tout au plus un constat banal, lâché entre le fromage et le dessert. C’était anodin et pourtant, les mots m’ont transpercée un à un, chacun enfonçant plus profondément que le précédent leur pointe insidieuse dans mon amour-propre.

Sur le moment, je pourrais jurer avoir senti mourir Jiminy Cricket au fond de mon thorax. J’ignore même si l’amour-propre se situe là, mais ça me plaît de l’imaginer près du cœur.

C’est amusant les analogies.

Je pensais à ma Conscience, qui s’éteignait dans mon thorax, et une seconde plus tard, je me rendis compte que ma main baignait dans le sang de Stéphane. Abasourdie, je vis cette main tenir un couteau – celui dont je me sers habituellement pour éplucher et découper les courges, ce qui me sembla surprenant parce que ce n’était pas la saison du butternut – enfoncé profondément dans la cage thoracique de mon mari. Un flot de sang jaillissait par les bords de la plaie alors que je reculais lentement la main.


Stéphane avait sur le visage cet air surpris que je déteste, celui qu’il prenait avant de me sermonner quand d’aventure j’oubliais quelque chose d’important. Je pense que mon manque de réaction a dû l’agacer, parce qu’il a agrippé fermement mon chemisier – je pourrais le jeter, il était couvert de sang – et a rapproché son visage assez près pour que je puisse sentir les relents de whisky et de cacahuètes au pickles quand il a lâché une énorme goulée d’air avant de s’effondrer sur le sol.

Le couteau, lui, m’était resté dans la main.


C’était un vendredi après-midi, au mois de mai.

Nous avions prévu d’aller manger au restaurant ce soir-là, pour fêter la naissance du fils de ma sœur, « entre nous » comme il disait.

J’étais en train de dérouler mes bigoudis quand il était rentré, énervé, bougon, désagréable. Il m’avait tout de suite prise à parti, me demandant comment il était possible d’être heureux de rentrer chez soi quand on était confronté à cette tête-là au retour.

Ça avait dégénéré en dispute, comme toutes nos discussions finissaient par le faire, depuis… depuis trop longtemps déjà.

Il était près de dix-huit heures, mais il aurait tout aussi bien pu être minuit en ce qui me concerne.

Je venais de tuer mon mari.


*** Chapitre I. : La rumeur publique ***


Quand vous tuez votre époux, vous êtes majoritairement confrontée à deux genres de réactions :

Les uns vous réconfortent, tentent de comprendre comment vous en êtes arrivée là.

Les autres vous accusent, vous insultent, vous jugent sans savoir ce qui s’est passé.

Les parents de mon mari font partie de la seconde catégorie. Je n’ai pas assisté à ses obsèques.

Il n’y a pas de demi-mesure quand vous tuez quelqu’un.

Même quand on vous laisse en liberté, même quand vous invoquez la légitime défense.


Par contre, tout le monde est curieux. Certains se posent des questions sur votre sexualité, votre intimité, d’autres sur vos dettes financières, ou vos habitudes cachées. Vous devenez d’un coup, d’un seul, un mystère que tout le monde tente d’éclaircir, une rumeur publique.


On vous déshumanise, on fait de vous le porte-drapeau de tel groupuscule ou telle minorité, le bouc émissaire d’autres. Une cause à défendre ou un problème à entériner.


Les médias campent sur vos rosiers, envahissent votre propriété, vous n’y êtes plus vraiment chez vous.

Votre téléphone sonne sans arrêt, vous finissez par prendre une carte prépayée et n’en donner le numéro qu’aux gens de confiance, vous vous rendez compte qu’il n’y en a en définitive que très peu.


Votre avocat devient une personne ressource. Vous l’appelez, il vous appelle, vous lui envoyez des mails, il vous répond, vous passez devant le tribunal, vous recevez une facture et votre monde s’écroule parce que chaque mot est comptabilisé et transformé en honoraires.


Vous ne pouvez plus aller travailler.

Déjà, les collègues changent, comme le reste de votre monde. Impossible de ne pas souffrir des murmures, des silences sur votre passage, des racontars qui vous reviennent, des regards méfiants, des comportements versatiles…

Ensuite, vous êtes une mauvaise publicité pour votre entreprise. Vous comprenez, ce n’est pas que vous soyez une mauvaise employée, c’est qu’on vous a vue aux infos internationales, que vous allez comparaître dans un procès hyper médiatisé et que votre nom est forcément associé à celui de votre employeur, d’une manière ou d’une autre.

Alors on vous fait gentiment comprendre, avec les formes, une jolie boîte de déménagement vide et un paquet de Kleenex entamé, que vous seriez mieux chez vous… qu’on va vous payer votre préavis, qu’on vous fera un motif de licenciement acceptable pour l’ONEM… qu’on regrette sincèrement, mais que les choses étant ce qu’elles sont, avec les journalistes, les suspicions…

Et vous vous retrouvez avec un procès sur le dos, plus de revenu, et une perspective très mince de voir des employeurs se bousculer à votre portillon pavé de camionnettes de correspondants des grandes chaînes mondiales.


Vous aimeriez partir, mais pour aller où ? Tout le monde vous a vue, tout le monde finira par vous reconnaître.


*** Chapitre II. : Nouveau départ ? ***


J’ai vendu la maison.

J’ai longtemps hésité et puis, quand ma sœur m’a proposé de m’installer dans la maison du jardinier – un nom bien pompeux pour désigner un ancien garage transformé en studio dans le fond de la propriété familiale de mon beau-frère –, j’ai accepté. Jean-Louis, son mari, diplomate, avait un système de sécurité qui me gardait à l’abri des curieux.


Officiellement, pour payer les frais liés à mon procès. C’était un mensonge, j’avais un peu partout des personnes qui me contactaient, je croulais sous les propositions d’aide en tous genre, on m’envoyait des chèques, de l’argent en liquide, une femme avait même ouvert un crowdfunding pour m’aider à payer ces frais, je ne manquais de rien.


Officieusement, parce que je ne supportais plus de vivre dans les décombres de ma vie de femme mariée, dans les ombres de mon mari. J’ai pris quelques vêtements, les photos des enfants, et je suis partie. Jean-Louis a fait le nécessaire auprès de l’agence immobilière. Les gens aiment visiter la maison du crime.


Ensuite, une fois que je me suis sentie prête, j’ai fait revenir Lilla.

Notre fille était au pensionnat en Suisse depuis ses huit ans, elle en avait treize quand j’ai tué son père. On la voyait aux vacances, quand elle n’allait pas chez ses grands-parents.

Notre relation avait toujours été assez difficile, surtout depuis la mort de Teo.


Lilla avait tout juste huit ans, son frère jouait dans son parc et elle faisait la majorette, ce qui faisait hurler Teo de rire à chaque fois que le bâton s’envolait, il applaudissait quand elle le rattrapait.

Stéphane était rentré, de méchante humeur, en claquant la porte, ce qui avait surpris Teo qui s’était mis à pleurer. Pour essayer de le faire arrêter – elle connaissait bien son père déjà – Lilla avait recommencé à lancer son bâton et sa technique semblait fonctionner puisque son frère se calmait doucement et souriait même un peu.


– Lilla, arrête avec ce bâton !


Lilla avait fait cette moue espiègle qu’elle prenait quand elle mettait son père au défi et avait relancé le bâton, plus haut, tellement haut que ce dernier avait tapé dans le lustre qui avait éclaté.

Teo s’était remis à hurler et l’une des chaises du salon avait traversé la pièce pour terminer sa course en plein visage de notre fils qui s’était écroulé dans son parc, le visage couvert de sang…


Notre fils était mort sur le coup. L’hôpital avait appelé la police, pour suspicion de maltraitance. Lilla refusait de se retrouver dans la même pièce que son père… j’ai demandé à ma sœur de s’occuper de Lilla, de lui trouver un pensionnat, loin, et de faire le nécessaire pour qu’elle soit à l’abri.

Stéphane m’avait suppliée.

J’ai dit que c’était un accident.


*** Chapitre III. : Causes accidentelles ***


– Est-ce que c’était un accident ?


J’avais envie de vomir.


– Madame Boyer… ?


Je voyais des lucioles. Il fallait que je respire, sinon j’allais m’évanouir.


– Madame Boyer, est-ce que vous voulez qu’on fasse une pause ?


J’étais incapable de répondre. J’ai entendu le juge donner des coups de maillet. J’ai entendu les clameurs du public, j’ai senti les mains des gardes sur mes chevilles et sur mes bras, je me suis vue remonter le couloir jusqu’à cette pièce où mon avocat me briefe avant les audiences.


Je savais que si je ne m’asseyais pas rapidement j’allais tourner de l’œil, j’avais l’habitude en quelque sorte, des syncopes inopinées.

La première fois, c’était au cours du troisième mois de ma première grossesse.


À l’époque, nous vivions encore dans l’appartement que les parents de Stéphane lui avaient acheté pour son entrée à l’université, nous cherchions une maison mais nous voulions prendre le temps de trouver un coup de cœur commun. La grossesse était inopinée, bouleversait les plans de Stéphane. Il n’était pas prêt à se caser, pas prêt à devenir père, mais il ne voulait pas non plus entendre parler d’avortement. Alors il avait fait la seule chose qui lui paraissait logique en la circonstance : il avait pris rendez-vous avec mon père, et en rentrant de chez mes parents, m’avait demandée en mariage.

Je l’aimais.

Je l’aimais tellement fort que la perspective de passer ma vie avec lui me semblait l’apogée d’une vie sentimentale parfaite. Alors, j’ai dit oui.


Comme on fait tout dans la démesure dans la famille Boyer, il en a été de même pour notre fête de fiançailles. J’ai vu couler plus d’alcool ce jour-là que les États-Unis le jour où on a levé la prohibition. À part moi, tout le monde était fin saoul. Quand les invités sont partis, j’ai eu envie de prendre un bain pour me délasser, je suis donc allé faire couler l’eau et me préparer.

Stéphane est arrivé en titubant, a attrapé mon bras avant de hurler :


– Salope, et devant toute ma famille, tous mes amis, je passe pour quoi, moi ?


Il me secouait, fort, je ne comprenais pas du tout de quoi il parlait, et j’avais la nausée à cause de son haleine chargée de whisky. J’ai demandé qu’il arrête, j’ai dit que j’étais enceinte et qu’il me faisait mal, mais on aurait dit qu’il ne m’entendait pas. Son regard était vide, noir, il criait et les mots qui sortaient de sa bouche s’adressaient à moi sans que je ne puisse jurer que ce soit vraiment le cas. Et puis, sans que je ne comprenne comment, je me suis retrouvé la tête dans la baignoire, à lutter pour reprendre ma respiration, la main de Stéphane appuyant fermement sur ma tête.


J’ai vu les lucioles.

Quand j’ai rouvert les yeux, il dormait, à même le sol de la salle de bains.

Au réveil, il m’a préparé et apporté le petit-déjeuner au lit en me jurant qu’il ne comprenait pas, qu’il avait dû faire une crise de boisson.

Que ça ne se reproduirait plus.

Que c’était un accident.


Je l’ai cru.


*** Chapitre IV. : Souvenirs, souvenirs ***


Les procès d’envergure ressemblent à des files d’attente dans les grandes surfaces.

Tout dépend de votre juge/caissière, ça peut aller vite, ça peut être plutôt cordial, tout comme ça peut être lent et désagréable.

Ce qui fait la différence, ce sont les témoins/gens qui se trouvent dans la même file que vous.


Mon procès a littéralement réuni toutes les sortes de témoins, qu’ils soient à charge ou à décharge.


– Mon fils n’a jamais, jamais levé la main sur sa femme ou sur ses enfants ! La mort de Teo est un horrible accident ! J’ai perdu mon petit-fils, ne croyez-vous pas qu’en tant que mère j’aurais fait condamner son assassin si cela n’avait été le cas ? Mon Stéphane était un homme prévenant, qui travaillait dur pour sa famille. Et cette femme essaie de salir sa mémoire après l’avoir froidement tué !


– Madame Boyer ne sortait pas souvent. Quand elle le faisait, elle portait des vêtements amples, des cols roulés, de longues robes. Avec les autres mamans on s’est souvent posé la question, mais monsieur Boyer était un homme de bonne famille, et les gens bien élevés ne battent pas leur femme.


– J’ai constaté chez Élise Boyer un syndrome post-traumatique assez marqué… je ne peux, à ce stade de mon expertise, exclure l’hypothèse de maltraitances pour le moins psychologiques… la patiente relate lors des séances des épisodes violents et répétitifs qui correspondent avec ses réactions à la violence… viol… torture psychologique… l’homicide perpétré sur le petit Teo… l’éloignement d’avec sa fille Lilla… son isolement notoire… personnalité effacée… syndrome de Stockholm…


– Élise n’a jamais, nous aurions réagi, évoqué de maltraitance conjugale ! Nous ne les voyions pas souvent, le métier de Stéphane est tellement prenant, mais lorsqu’ils étaient en notre compagnie, ils avaient l’air parfaitement heureux. Élise a toujours eu tendance à exagérer. Déjà enfant, elle déformait la taille des choses.


– Madame Boyer n’a rien d’une victime de maltraitances. Elle sait que si on la reconnaît coupable, elle n’héritera pas du pactole que laisse son mari. Alors que si on l’acquitte, elle partira avec une somme considérable. A-t-on produit des rapports de police, des plaintes, des témoignages de violence ? Aucun. Il est bien pratique, à la dernière minute, de sortir la circonstance atténuante de la femme maltraitée de nulle part pour justifier d’un meurtre froid et prémédité. Qui reste avec son mari aussi longtemps dans ces circonstances ? Quel genre de femme reste avec un homme qui tue son enfant délibérément ?


– Docteur Gibons, médecin de famille d’Élise Boyer – née Develoure – depuis sa naissance… En effet, j’ai été amené suite au décès de monsieur Boyer à vérifier le DMG de madame Boyer. Globalement une excellente condition physique… appendicite lors de son adolescence… soucis d’eczéma… depuis son mariage : fracture du poignet droit en trois occasions différentes… contusions multiples dues à des chutes en six occasions différentes… fracture de la pommette droite… explications confuses… deux hospitalisations pour difficultés respiratoires… anxiété… dépression… anorexie ayant mené par deux fois aux urgences… insomnies…


– … c’est bien simple, je ne reconnaissais plus mon amie. C’était quelqu’un de vivant, d’expansif. Elle avait plus d’amis que nous tous dans cette salle réunis. Et du jour au lendemain, plus rien. Elle a coupé les ponts avec tout le monde, a fermé ses réseaux sociaux, a changé d’adresse, de numéro de téléphone… on a même jamais vu ses enfants. Ça a duré dix ans. Une décennie pendant laquelle mon amie était en fait séquestrée, abusée par un malade ! Et on va la juger pour son meurtre ?


– Stéphane Boyer était non seulement un notable, un homme d’influence, un mécène mais c’était aussi un ami. Un homme fiable, fidèle, audacieux. Vous pouvez demander à tout le monde, il était agréable, volubile, tout le monde l’appréciait pour son humanité et sa justesse. Je ne peux pas croire que dans l’ombre c’était un bourreau. Je l’ai connu vingt ans, et je n’ai jamais soupçonné la moindre violence chez lui. Il était combatif, dur, intransigeant, parfois borné, mais certainement pas violent.


– C’était un soir de kermesse, la musique allait fort dans le quartier et tous les voisins prenaient le frais dans leur jardin. Monsieur Boyer est passé en courant devant chez nous. Quelques minutes après on a entendu les hurlements. On n’a pas vraiment réagi. Ça criait souvent chez les Boyer.


– Stéphane s’était fait piéger, c’est tout. Elle voulait des gosses, il lui en a fait, avec les résultats tragiques qu’on connaît. Certaines personnes s’acharnent. Si Stéphane a eu un tort envers sa femme c’est d’avoir refusé de la remettre dans le caniveau d’où elle venait au lieu de s’entêter à rester marié avec elle. Vous comprenez, dans un divorce, la veuve joyeuse aurait tout perdu ! Il faut la condamner, elle a tué un homme qui aurait pu devenir ministre ! Un grand homme !


– Lilla a mis des mois pour s’acclimater. Elle était triste, taciturne, hyper protectrice envers les enfants plus jeunes. Elle faisait des cauchemars, elle avait peur des adultes en général. On l’a fait suivre par notre psychopédagogue. Sur son conseil on a demandé à ses parents d’arrêter tout contact sorti des vacances. À chaque retour elle nous revenait dévastée. Madame Boyer semblait charmante pourtant, on sentait qu’elle aimait sa fille. C’était triste à vivre, à voir. Mais elle va beaucoup mieux, elle allait mieux quand sa mère est venue la rechercher.


*** Chapitre V. : Mais qui êtes-vous pour me juger ? ***


Il faisait chaud, le lundi trois juillet, jour de plaidoyer de la partie requérante (les autres). Stéphane aurait eu trente-quatre ans ce jour-là, le jour où j’ai appris que j’attendais mon troisième enfant. Notre troisième enfant. Trop tard pour avorter. Et puis à qui je mentais… ? J’avais envie de garder cet enfant.


Stéphane était rentré plus tôt du travail, une bouteille de Moët & Chandon à la main, un sourire guilleret aux lèvres. Je ne l’avais pas vu d’aussi belle humeur depuis des années. Il semblait avoir bu, mais pas à outrance. Il avait posé les yeux sur moi, m’avait déshabillée du regard avant de m’attirer à lui pour m’entraîner dans une version BCBG du slow dans Dirty Dancing. Je sentais L’Eau d’Issey pour Homme sur sa peau. D’un coup, les poils de ma nuque et de mes avant-bras se sont hérissés. Je me suis raidie.


– Une petite bulle pour détendre l’atmosphère, ma chère ?


Il y avait quelque chose dans sa voix.

Il a fait sauter le bouchon du champagne et nous a rempli deux coupes, m’a tendu la mienne et a levé la sienne pour porter un toast.


– Madame Boyer, vous avez devant vous le nouveau président de Lorcorp., et très certainement le prochain bourgmestre de notre charmante petite ville !

– Je suis ravie pour toi ! Bravo. C’est très bien.


Ce regard. J’ai compris instantanément qu’il n’était pas content. Que j’aurais dû m’extasier plus.


Ça a duré en tout et pour tout au plus trois minutes : m’assommer contre la table de la salle à manger, me soulever la jupe, arracher ma culotte, me violer, refermer son pantalon et me demander de ramasser tout le bordel avant de claquer la porte en partant.

Je suis restée assise là, au pied de la table et après ce qui m’a semblé être des heures, je suis montée prendre une douche à l’étage.


Je dormais depuis longtemps quand Stéphane est rentré, mais il a fait tellement de bruit que je me suis réveillée.

Il s’est assis au bord du lit, a soulevé le drap et s’est mis à caresser ma poitrine, fort, mal.


– Tu sais Élise, si tu pleures, c’est encore mieux… ça m’excite à mort !


C’est la dernière fois que j’ai eu une relation sexuelle avec mon mari.

Trois jours plus tard, je lui plantais le couteau à éplucher les courges en plein cœur.


*** Chapitre VI. : Et après… ? ***


Lilla avait tellement grandi.

Elle m’en voulait. Terriblement. Violemment. Comme seule une ado pouvait haïr.

En même temps, elle se sentait soulagée.

Un soir, alors que nous regardions un film du Splendid, elle s’est tournée vers moi.


– Te rate pas avec le dernier.


J’ai cru avoir mal compris.


– Laisse personne le détruire celui-là !


On a dû réapprendre à se connaître, et cela n’a pas été facile. Surtout dans les conditions qui entouraient nos retrouvailles.

On avait peur tout le temps.

Les parents de Stéphane attendaient la fin du procès avec impatience et inondaient Lilla de messages sur Facebook, lui enjoignant de mettre « les manipulations de sa mère de côté » et de les contacter au plus vite afin d’entendre leur version de l’histoire.

Ils oubliaient qu’elle savait mieux que personne à quoi s’en tenir.


Les médias ne lâchaient rien, et Jean-Louis avait dû engager quelques gardes du corps pour nous conduire partout.


– Ne t’en fais pas pour les frais. On se débrouillera. Concentre-toi sur le procès, sur ta grossesse, sur Lilla.


Plusieurs employeurs m’avaient contactée par le biais de mon beau-frère ou de mes parents pour me proposer un emploi une fois mon innocence signifiée.

J’avais de la chance au final.


On peut dire ça je crois quand le monde entier croit en vous plus que vous ne le faites vous-même.


Le procès touchait à sa fin. Les dés étaient jetés.


Moi, je restais persuadée que j’allais finir mes jours en prison. Comment pourrait-il en être autrement ?

J’entendais au journal que j’avais choisi la solution de facilité. J’ai reçu des emails m’enjoignant à me suicider. Des insultes dans la rue, une femme m’a giflée chez le boucher en hurlant que j’avais privé la Belgique de son meilleur candidat au poste de Premier Ministre, une autre a craché sur les vitres de ma voiture.

Lilla prend des cours avec une gouvernante, parce que les enfants sont cruels et que l’école est devenue invivable au bout de quelques jours à peine. Fille de meurtrière ou de pervers, dans les deux cas, elle est issue d’un monstre.


Qu’est-ce qu’on va devenir ?

Quel que soit le verdict, qu’est-ce qu’on va faire de notre vie ?


*** Épilogue ***


– Madame Boyer, c’est le moment. Le jury a fini de délibérer. La cour va rendre son verdict.

– Je serai au tribunal dans vingt minutes.


Le regard inquiet mais déterminé de Lilla.


– C’est trop tard pour t’inquiéter maintenant, maman. On y va, on prend le verdict la tête haute et on reste digne quoi qu’il arrive.


Ce sentiment d’amour et de confiance m’a submergée et m’a portée jusqu’au tribunal.

Lilla m’a embrassée avant de rejoindre le public présent pour assister à l’issue ou à la suite de mon calvaire. J’ai attendu dans la pièce réservée à cet effet, avec un avocat concentré, confiant.

Le greffier qui vient nous chercher.

Le silence dans le prétoire.

Les visages impassibles des jurés, du procureur. Les regards implorants de nos familles, du public. Ma mère qui tient la main de Lilla, la mère de Stéphane qui serre un mouchoir monogrammé compulsivement entre ses doigts…


– Mesdames et messieurs, la Cour.

– Accusée, levez-vous !

Dans l’affaire qui oppose le ministère public à Élise Boyer, au sujet du différend domestique ayant mené à la mort de Stéphane Boyer, les chefs d’accusation soumis au délibéré du jury sont les suivants : meurtre avec préméditation, homicide volontaire, homicide involontaire. Le jury a eu à sa disposition toutes les circonstances de la mort de monsieur Boyer, aggravantes, ou atténuantes, une retranscription des minutes d’audience ainsi que tous les rapports détaillés des différents experts des deux parties.

La Cour rappelle que leur verdict doit nous être transmis en leur âme et conscience, que pour ce faire, ces derniers doivent avoir la certitude qu’il n’y a pas de doute quant à la présomption d’innocence et en connaissance des peines assorties à leur sentence. Si l’une des parties devait s’opposer à mon jugement en cette affaire, il lui est loisible d’interjeter appel, pour peu que les motivations du jury soient juridiquement contestables.


J’ai l’impression d’assister à la mise à mort d’Angélique…


– Madame Boyer, concernant l’accusation de meurtre avec préméditation, le jury vous a reconnue non coupable. Concernant l’accusation d’homicide volontaire, le jury vous a reconnue non coupable. Concernant l’accusation d’homicide involontaire, le jury vous a reconnue non coupable.

Le jury souligne les circonstances atténuantes de la personnalité particulière de monsieur Boyer et des différents sévices subis par sa famille au fil des années, et plus spécifiquement la mort de leur fils Teo et les témoignages des experts médicaux concernant les maltraitances physiques.


Les sons s’atténuent peu à peu. Je vois le public s’agiter, le maillet frapper, la sécurité m’entourer.

Lilla pleure.

Mon père et ma mère pleurent.

Les parents de Stéphane aussi.

La main de mon avocat qui me serre le bras, je lis sur ses lèvres : je vous retrouve de l’autre côté.

L’autre côté.

Je presse les mains sur mon ventre rebondi. Tout ira très bien à présent !


Les lucioles sont revenues.

Le passage est difficile vers la sortie des accusés. Le public s’est agglutiné devant les issues, la sécurité est complètement dépassée. S’ils ne font pas vite, je vais perdre conscience, ce qui clôturera sans nul doute de manière fort divertissante ce procès qui a secoué tout le pays, mon procès.

Les flashes crépitent tout autour de moi.



Et puis comme venu d’ailleurs, le coup de feu, la douleur dans l’abdomen, … l’arme dans la main du père de Stéphane qui tombe quand les gardes le ceinturent…


***



Ce texte a été publié avec des mots protégés par PTS.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Dupark   
16/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
- Le thorax est évoqué trois fois en trois lignes.
- "Ça avait dégénéré en dispute, comme toutes nos discussions finissaient par le faire, depuis… depuis trop longtemps déjà." La partie "finissaient par le faire" alourdit la phrase, qui vivrait très bien sans elle.
- J'ai trouvé deux fois le mot "inopinée", en deux lignes, et deux fois "psychologique" dans la même phrase.

Au-delà de ces maladresses, l'intérêt du récit est mince. Une femme a tué son mari. Elle est acquittée car il était violent. La fin nous dit qu'elle reçoit une balle dans son ventre rebondi. Elle n'aura pas son 3e enfant mais elle survivra puisqu'elle écrit son récit.

L'histoire ne m'a pas emballé. Le style est hésitant. On croit déceler quelque humour au début, et puis non. Je note un effort, au début aussi, pour les métaphores.

Dupark

   SQUEEN   
16/9/2017
 a aimé ce texte 
Pas
J'ai beaucoup aimé le début, le style simple dépouillé restant dans le factuel. Le premier chapitre m'a vraiment beaucoup plu le ton détaché, explications simples pas trop d'émotion. A partir du deuxième chapitre, tout change je me suis sentie dérangée par l’énumération des sévices, crime et horreurs qui sont décrits, il y a une espèce de déséquilibre qui se crée. Et je n’arrive plus à me projeter dans votre récit, je crois qu’il m’est totalement impossible d’imaginer pouvoir continuer à vivre avec l’assassin d’un enfant d’autant plus si cet enfant est le mien, du coup la magie a disparut je ne crois plus à rien. Je peux éventuellement concevoir intellectuellement que cela existe, mais toute formes d’empathie et de sympathie (au sens premier) m’ont quittées, la lecture devient plus compliquée et même ardue à certain moment. Se lever tout les jours aux côtés du meurtrier de son enfant, pendant cinq, alors qu’il y a moyen de faire autrement, même avec une capacité d’appréhension du réel altéré me semble incompatible avec l’acquittement ; En effet, votre narratrice est coupable de complicité au minimum ; De plus je ne pense pas qu’elle puisse comme vous l’indiquez être jugée non-coupable pour homicide volontaire ou pas, puisque homicide il y a eu et qu’elle ne l’a jamais contesté, qu’elle puisse être acquittée pour circonstances atténuantes serait plus concevable. Bref, beaucoup d’incohérence et un personnage principal qui aurait pu être attachant, à trop en faire vous avez je pense perdu votre héroïne : la mort d’un enfant est impardonnable et ne rien faire pour que cette mort ne soit punie pendant cinq ans est simplement invraisemblable, vous n’en donnez d’ailleurs aucune justification.L'écriture est malgré tout agréable.

   Asrya   
19/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Le résumé est bien choisi, il fait envie ; et le prologue est très réussi.
Vous m'avez pris en tant que lecteur dès le début, difficile de s'échapper par la suite.
On ne peut qu'être intrigué par ce qu'il va se passer autour de votre personnage, son avenir, les raisons de cet acte (etc.).
L'ensemble est bien détaillé, les émotions sont présentes, les méfaits, l'horreur, le dégoût : tout ; on a de quoi se forger une ambiance digne de votre récit, c'est agréable.

Malgré tout... je trouve que l'ensemble est un peu "gros" et... vraiment limite niveau crédibilité. Je ne dis pas que ce n'est pas possible (tant de choses arrivent que bon... ça ne me surprendrait même pas que ce soit le cas...) ; je doute qu'on est pu gober cette histoire d'accident concernant leur fils. Je ne vois pas du tout. Quel accident ? Il s'est pris accidentellement une chaise en pleine tronche ? Autre chose ? Il aurait peut-être été judicieux de le rajouter.
Je ne suis pas certain que vous étiez obligé de rajouter cette partie ; les malheurs de votre personnage auraient largement pu suffire à commettre un tel acte.

L'ensemble est intéressant mais beaucoup de choses m'ont chiffonné.
Je ne m'y connais pas en affaire criminel, les jugements, les droits des uns et des autres avant le procès, tout comme le déroulement de ce dernier ; mais... ça ne va pas un peu trop vite tout ça ?
La mise en liberté, les journalistes, la télé, les associations (etc.) ; je ne sais pas, j'ai des doutes, mais je le répète, je n'y connais rien...

Les témoignages ensuite, un peu listing, tous n'étaient peut-être pas nécessaire ; vous essayez de noyer le poisson en donnant tous les avis possibles, bons comme mauvais pour l'un et l'autre (un peu trop carré pour moi).

Le reste m'a davantage séduit, le jour où il revient et qu'il annonce sa nouvelle, que sa compagne ne réagit pas suffisamment comme il le voudrait, l'alcool, le viol, l'excitation des pleurs : c'est écrit avec noirceur mais sans chercher à en rajouter je trouve, c'est bien fait.

Le verdit final également, les termes sont bien utilisés, bien choisis ; bon... qu'elle soit libérée, cela me paraît étrange (elle a quand même commis un meurtre de manière délibérée, mais passons) ; et... la fin par contre... très déçu !
Trop simple, trop bâclé, je trouve que cela gâche tout.
J'aurais nettement préféré en rester là avec les lucioles et les flash des journalistes et hop, fini.
Enfin... c'est votre histoire !

Merci en tout cas pour le partage,
J'ai trouvé l'ensemble bien écrit, fluide, agréable, on se laisse aller confortablement,
Quelques points m'ont fait un peu sortir de votre écrit mais, dans l'ensemble, j'ai apprécié.
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   Tadiou   
23/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
(Lu et commenté en EL)

Ce récit est d’autant plus percutant que l’écriture en est sobre, distanciée, chirurgicale.

Pas plainte, pas de pathos; des faits sont exposés, par petites touches, de façon ordonnée dans des chapitres bien différenciés et titrés : j’ai apprécié cette structuration.

Différents points de vue, témoignages, sont rapportés, parfois contradictoires. Sans jugement : ce qui décuple la force de la narration.

La relation forte entre Elise et sa fille est évoquée avec une pudeur émouvante.

J’ai apprécié les va-et-vient dans le temps, qui donnent l’éclairage nécessaire avec un juste tempo.

On apprend ainsi peu à peu la raison de cette immense médiatisation du meurtre (« votre portillon pavé de camionnettes de correspondants des grandes chaines mondiales. » ) qui surprend au début.

On comprend du coup aussi l’immense élan de solidarité autour d’Elise Boyer. (« j’avais un peu partout des personnes qui me contactaient, je croulais sous les propositions d’aide »)


J’ai détesté la fin ; je trouve qu’il était inutile d’en rajouter une couche, Stéphane étant suffisamment monstrueux sans que son père s’en mêle. Il me semble peu crédible aussi que celui-ci ait pu entrer dans le tribunal avec une arme. (Mais, cela se passe en Belgique, alors……)

Mon manque de culture ( belge ???) m’empêche de comprendre les deux phrases suivantes :

« je pourrais jurer avoir senti mourir Jiminy Cricket au fond de mon thorax. » : Jiminy Cricket????

« J’ai l’impression d’assister à la mise à mort d’Angélique… » : Angélique????

L’auteur(e) apportera sans doute son éclairage….


Le fait que le genre choisi soit "Réalisme/Historique" donne un éclairage cruel à la dureté et la monstruosité des faits. (Véracité?)

J’ai tout lu d’une traite, en étant kidnappé du début à la (presque) fin par cette nouvelle : BRAVO !!!

Tadiou

   Thimul   
26/9/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Splendide !
Un récit passionnant, poignant et surtout terriblement bien écrit.
Le trouve le cheminement psychologique du personnage d'une grande crédibilité
J'ai beau chercher je ne vois pas de réserve concernant ce texte.
Certes le sujet n'est pas nouveau, mais le traitement que vous en faites est particulier et donne toute la puissance au récit.
Un grand merci pour cette découverte.

   Louison   
8/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'ai beaucoup aimé ce texte et la façon dont vous l'avez traité.

C'est crédible. La fin est inattendue mais tout est possible, alors pourquoi pas.

Merci pour cette lecture

   Cat   
8/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Salut Ananas,

Tout fonctionne bien pour moi, grâce à une écriture efficace, jusqu’à la mort de Téo.

Après, il m’est difficile de croire à l’histoire. C’est trop énorme. Comment une mère peut-elle continuer à nier la violence de son mari après cette atrocité ? Je n’y crois pas une seconde. De victime, elle passe à être aussi coupable que lui.

Perdre son enfant dans des circonstances aussi dramatiques aurait dû lui faire éclater les tripes et rompre ce syndrome bizarre qui la relie à son bourreau.

C’est le maillon de trop dans cette nouvelle où, je pense qu’il y a matière pour deux nouvelles, en fait.
La première partie, celle du crime, est bien menée, ainsi qu’en deuxième partie, le déroulé du procès. Tout y est crédible, même si le coup de feu final du beau-papa est un peu too much dans le mélo, à mon avis.

A une prochaine lecture


Cat

   Ananas   
8/10/2017

   Tahar_Tampion   
9/10/2017
Pas emballé du tout par cette histoire. J’avoue que les nombreuses maladresses qui ponctuent le récit m’ont vite agacé et que ça a influencé mon avis final. J’ai trouvé le style lourd et empesé, avec un vocabulaire pas toujours précis et mal maîtrisé. Trop de mots, pas toujours à la bonne place. Quelques virgules qui manque aussi.
Pourtant, j’ai noté aussi des passages vivants et agréables, lors de certains dialogues par exemple, ou des passages phrases courtes, quand ça percute, comme ici :
« Le greffier qui vient nous chercher.
Le silence dans le prétoire. »

Exemple de fautes de syntaxe : « chacun enfonçant plus profondément que le précédent leur pointe insidieuse dans mon amour-propre. » (Au lieu de chacun enfonçant sa pointe.)

Au rayon des maladresses  : « comment il était possible d’être heureux de rentrer chez soi quand on était confronté à cette tête-là au retour. » (c’est la superposition des notions de « retour » et de « rentrer chez soi » qui passe mal, comme une sorte de répétition d’idée indigeste.)

« Sur le moment, je pourrais jurer avoir senti mourir Jiminy Cricket au fond de mon thorax. »
Ici, manifestement, il aurait mieux valu écrire « sur le moment, j’aurais pu jurer... »

Quand je suis arrivé à cette phrase : « Quand vous tuez votre époux, vous êtes majoritairement confrontée à deux genres de réactions : », le côté décalé/humoir noir m’a dit que ça devenait enfin intéressant. Fausse alerte.

Plus loin : « un problème à entériner ». Entériner ? Résoudre un problème, le surmonter, l’évaluer, ok. Mais entériner, c’est bizarre.

« La grossesse était inopinée » : on comprend le sens, mais ce mot dans cette circonstance ne sonne pas tout à fait juste. On aurait compris encore mieux si vous aviez écrit que « la grossesse n’était pas désirée ». C’est sûr que ce serait moins chic, mais tellement plus juste !

Dans la série des mots pas à la bonne place ou en trop j’ai trouvé ceci : « Mon procès a littéralement réuni toutes les sortes de témoins ». Pourquoi littéralement ? Le mot littéralement n’a aucun sens ici.

Une petite faute ici « Et puis, sans que je ne comprenne comment, je me suis retrouvé la tête dans la baignoire, à lutter pour reprendre ma respiration, la main de Stéphane appuyant fermement sur ma tête.  »
-> retrouvée doit être au féminin. La répétition de « tête » est beaucoup plus gênante.

Bon voila, j’arrête là, je n’ai pas tout noté parce que c’est très long ces copiés-collés.
Donc ce texte est très moyen selon moi. Apprenez à vous faire confiance, à éviter les fioritures inutiles et compliquées et à écrire un poil plus simple.

   papipoete   
10/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Ananas,
Différend domestique pourrait prêter à sourire, quand on découvre au fil des lignes ce que fut la vie de couple de Madame Boyer, les coups, l'humiliation, et la mort " accidentelle " de Teo . Le déroulement du procès est fidèlement " retransmis ", comme s'il y avait un reporter dans chaque personnage .
NB on pense à Gisèle Halimi en écoutant l'héroïne ( victime et assassin ) que l'avocate défend contre la bien-pensante morale, cet homme au-dessus de tout soupçon qu'on veut salir !
Ca bataille, ça ferraille du côté de l'hommicidé ; ça rétorque, ça hurle, ça prie du côté de l'accusé, jusqu'à la victoire, l'acquittement !
Et la fin me renvoie dans ce film dont la fin pouvait être heureuse, et réconfortante, " Retour à Cold Moutain " où le héros après avoir tant souffert, va enfin goûter au bonheur et ... trouve la mort contre le cours de l'histoire !
Ce récit est fort long, mais le lecteur ne s'ennuie pas un instant, en écoutant tous ces acteurs aimés, comme ceux détestés !

   Jean-Claude   
11/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Ananas,

J'ai eu du mal au démarrage, j'ai dû relire, puis ça a coulé tout seul, suffisamment pour que je sois insensible aux éventuels détails...

C'est assez sobre pour une histoire malheureusement classique, pas banale grâce à certaines variations et à la chute.

Je suis mitigé quant à la cascade de témoignages, mais je ne vois pas de moyen plus efficace.

Au plaisir de vous (re)lire.

   vb   
18/10/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Ananas,
Je ne voulais pas lire ton texte. Parce que j'avais été trop actif sur oniris ces derniers temps. Parce que tu avais la grâce de fraîche lauréate qui trouble toute faculté de jugement objectif.
Et puis voilà tu as donné un commentaire très gentil à propos de mon récit sur l'enfer. Ca ne devrait pas compter, mais oui qu'on le veuille ou non ca compte. Tout de même.
J'ai donc aimé ton texte avec passion. C'est tout à fait le genre de récit que j'aime. Une analyse psychologique toute en nuance, une intrigue tendue comme de l'acier.
C'est donc le deuxième passionnément dont je te qualifie en un temps très court. C'est d'ailleur un passionèment plus fougueux que l'autre parce que j'ai moins de remarques négatives à faire...
* "les mots m'ont transpercé un à un" J'aurais écrit "les mots que je prononcais me transpercaient un à un" parce qu'il s'agit de la transcription d'un état d'esprit au moment du coup de couteau et pas d'une action en soi. L'action c'est le coup de couteau.
* A posteriori, maintenant que je relis, je me demande si l'incipit ne devrait pas être retravaillé car le monologue intérieur "-J'ai pas... paranoiaque" ne m'apparaît pas être vraiment la cause du coup de couteau. Mais, au moment de la première lecture, cela ne m'avais pas choqué.
* J'ai bien aimé le discours indirect libre "Ensuite, vous ... une autre"
* ONEM m'a fait sourire. Tu vis dans le même monde que le mien. Moi aussi je ne me suis jamais habitué au Forem.
* J'ai adoré l'effet de style qui consiste à séparer deux arguments en deux phrases sans verbes sur deux paragraphes symétriques "Officiellement / Officieusement"
* "elle connaissait bien son père déjà" J'ai trouvé cette phrase un peu décalée. A posteriori, je comprends ce que tu veux dire mais au moment même j'ai cru que tu avais écrit père pour frère car Lilla démontre ici qu'elle sait bien comment calmer son frère.
* "juge/caissière" de même que "témoins/gens" se lit mal. J'aime prononcer mentalement ce que je lis et ici ca ne colle vraiment pas!
* J'ai adoré la succession de répliques qui ne sont pas attribuées directement à leurs auteurs. On comprend toujours qui dit quoi et une description des participants aurait été superflue. C'est un beau procédé pour condenser l'information de manière très vivante.
* "Il est bien pratique, à la dernière minute, de sortir la circonstance atténuante de la femme maltraitée de nulle part pour justifier d'un meurtre froid et prémédité." n'est pas claire. J'écrirais plutôt "Il est bien pratique, à la dernière minute, de sortir de nulle part la circonstance atténuante de la femme maltraitée pour justifier un meurtre froid et prémédité."
* "sorti des vacances" m'a paru non idiomatique. Est-ce un helvétisme?
* "(les autres)" Je n'ai pas compris. N'est-ce pas superflu?
* "-Madame Boyer, c'est le moment ... -Je serai au tribunal dans vingt minutes" J'ai eu ici difficile de comprendre qui parlait. A posteriori il me semble que c'est l'avocat.
* "Les lucioles sont revenues." Merveilleux. J'adore quand les textes font référence à eux-même. Ca rend l'ensemble rond.
* "de manière fort divertisante" C'est décalé. D'habitude je n'aime pas, mais ici ca m'a plu. C'est bien, c'est léger.
* J'ai bien aimé la chute. Elle n'était pas nécessaire. On peut s'en passer, mais quand même elle m'a bien plu.

   bipol   
18/10/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
bonjour Ananas

je ne vais jamais me perdre dans les nouvelles

d"abord parce que elles ne m'attirent pas beaucoup

je ne lis pas de romans mais des essais et de la poésie

et surtout je ne suis pas littéraire

je me suis dirigé par erreur vers votre texte

et j'ai été happé par le côté sucré salé de celui-ci

son sérieux car l'histoire est grave

et en même temps (comme on dit en ce moment) par ce petit rien de rigolo

lié au rocambolesque du déroulement

et contrairement à d'autres commentateurs une femme aimante peut rester avec le meurtrier de son fils

voilà voilà j'ai adoré

   mimosa   
25/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Ananas,

j'ai aimé votre texte parce que je crois que, contrairement à certains, tout est possible à la fois dans la cruauté et dans la peur comme dans l'espoir, hélas très féminin à mon avis, que "tout va s'arranger". les interviews ou documentaires sur la violence conjugale ou la maltraitance sur des enfants font que affirmer "on ne reste pas avec un homme qui tue son fils" n'est rien d'autre que de la théorie.
Concernant le style, des remarques judicieuses ont été faites dans d'autres commentaires, je trouve également que le nombre de témoignages cités lors du procès est trop important, une "synthèse" me semblerait plus approprié et ne couperait pas l'enchainement des faits.
En résumé, j'ai apprécié votre nouvelle, elle gagnerait, à mon avis, à tenir compte de tout cela.


Oniris Copyright © 2007-2017