Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Ananas : Drive like Al, move like Jackson... [concours]
 Publié le 21/09/17  -  18 commentaires  -  22482 caractères  -  159 lectures    Autres textes du même auteur

Le thème choisi est Renouvellement.


Drive like Al, move like Jackson... [concours]


Ce texte est une participation au concours n°22 : Inversons-nous !

(informations sur ce concours).




Renaissance.


J’ai mal.

Je ne sais pas trop ce qu’il m’est arrivé. Je me souviens de la maison, de Jen qui m’embrasse, de son signe de la main, je me souviens avoir déverrouillé la voiture, puis d’avoir ouvert la portière.

Trop de bruit.

Trop de lumière.

Trop de mouvement.

Et la douleur.


Je me suis cassé un bras un jour, je devais avoir dans les sept huit ans. Je me souviens du bruit affreux de l’os qui se brise, de la peau qui se fend, je me souviens de l’odeur du sang, de l’odeur de mon propre corps qui envahissait mes narines à me faire vomir.

Là c’est pareil, mais en pire, en un million de fois pire.

J’ai l’impression qu’elle ne s’arrêtera jamais, la douleur, j’ai l’impression qu’elle va me rendre fou, qu’elle va me tuer, quand brusquement elle cesse.


– Est-ce qu’il nous entend ?

– C’est possible. Nous ne sommes pas parfaitement au fait de ce qu’entendent ou perçoivent les patients dans le coma.


Jen qui se met à pleurer. Jen qui hurle comme une louve agonisante. J’ai envie de lui prendre la main. J’ai envie de lui dire que tout ira bien, que ça ne peut pas être si grave que ça puisque je l’entends.


– Oh, mon Dieu, mais qu’est-ce qui s’est passé ? Comment… ?


Je me souviens d’avoir ouvert la portière. Je partais travailler, et comme tous les vendredis, je commençais un peu plus tard parce que le magasin restait ouvert jusque vingt heures. J’étais de bonne humeur.

Mon boss, monsieur Avello, m’avait appelé pour me demander d’arriver à onze heures au lieu de midi, il voulait – et je cite – m’entretenir de mon avenir au sein de l’entreprise.

Ça faisait quelques mois que le vieux me formait à reprendre la gérance. Il aimait mon boulot, je rapportais le double, parfois le triple de mes collègues au niveau ventes. Tout le monde m’appréciait. Tout le monde m’apprécie.


– Nous n’en savons encore rien. L’ambulance l’a déposé, la police est passée nous informer qu’ils devaient encore interroger les témoins.

– Mais tout allait bien. Je lui ai fait signe.


Je me souviens des effluves de fruits de la passion dans ses cheveux quand nos langues se sont frôlées. De ma main sur sa fesse, de sa main dans ma nuque. J’avais flashé sur ses fesses, la première fois que je l’avais vue. C’est honteux, mais c’est la vérité. Elle se tenait debout dans une vitrine, sur un escabeau, en train d’accrocher un tableau derrière un mannequin nu. Elle portait une jupe tellement serrée qu’on devinait le galbe de son corps sous le tissu. Je me souviens avoir eu une réaction physique involontaire immédiate. J’ai su…


– Docteur ? C’est normal ça ?

– C’est intéressant. Ça arrive parfois, notamment pendant la toilette, ou lors de stimuli externes divers. Une odeur. Un bruit. Le corps humain est une machine exceptionnellement complexe.

– Je suis sûre qu’il peut nous entendre. C’est le son de ma voix…

– Madame Jung. Asseyez-vous s’il vous plaît.


Je me souviens du soleil filtrant au travers des arbres. Des oiseaux et de leur chant, des enfants qui riaient dans la rue, en contrebas, des klaxons de voitures au loin, et peut-être aussi des aboiements d’un chien. J’étais à l’avance, j’avais le temps, j’avais envie de flâner, de profiter de ma dernière matinée de tranquillité avant la naissance de notre petit. On a décidé de ne pas connaître le sexe, on veut la surprise. Jen est persuadée que ce sera une fille, j’ai plus l’impression que ce sera un petit gars. Peu importe, en définitive.


– Votre mari, madame Jung, s’est fait percuter à grande vitesse. Ses blessures sont sévères. Nous avons pu stopper les diverses hémorragies internes, les orthopédistes ont pu sauver ses jambes, son bassin et son bras gauche, mais il a été plongé dans le coma depuis la sortie de la salle d’opération. À ce stade, nous ignorons encore quelle sera l’évolution de son état, mais il nous semble critique. Chacune des opérations qu’il a subies comporte son propre lot de complications possibles, ajoutons à cela la douleur intense…

– Critique ? Vous voulez dire qu’il risque de mourir ?

– C’est une option que nous ne pouvons écarter en l’état actuel des choses. Naturellement, nous faisons notre possible pour atténuer ses souffrances et nous ferons le point demain matin. Cette nuit est cruciale, s’il la passe sans encombres, la moitié du chemin sera faite.


Je me souviens du bruit du verrouillage central, des phares qui clignotent, de ma main sur la poignée, de la portière qui s’ouvre. Il y avait un petit vent frais agréable. J’apercevais quelqu’un au loin. Une tache sombre qui se rapprochait assez vite à l’horizon. C’était un moment d’absolue plénitude. J’ai pris une grosse goulée d’air. La forme titubante de Jackson se dessina dans mon champ de vision. C’était lui que j’avais vu plus tôt. Il semblait ivre, ou malade, parce qu’il marchait bizarrement, en formant de grands cercles au lieu d’aller tout droit, dépassant du trottoir sur la route et sur les jardins privés des voisins. Il n’avait pas l’air bien.


J’ai dû dormir un peu. Parce que j’ai rêvé. C’était un rêve agréable, où nous mangions tous autour d’une table, nos deux familles, Jen, moi, le bébé, nos amis. Les verres s’entrechoquaient, les rires fusaient de toutes parts, et Nirvana hurlait Rape Me dans nos oreilles. Ça ressemblait un peu à la soirée de nos fiançailles, sauf qu’il y avait un barbecue, un gâteau avec une seule bougie dessus, et que je me sentais étrangement étranger à tout cela, quand un homme s’est approché de moi. Il tenait un foie cru sur une assiette de pierre noire, ses dents transpiraient des vapeurs de café. Sur son t-shirt je pouvais lire : « Vous devriez penser à la manière dont vous pouvez sauver votre âme », et en sous-titre : « Rein n’est poumon cœur » dans une bulle au-dessus de la bouche d’un ourson estropié.

Cela ne voulait rien dire. Mais d’un coup, chaque parcelle de ma peau s’éveilla, libérant un tsunami de douleur qui envahit jusqu’à ma conscience.


J’ai envie de hurler !

Sortez de ma chambre. Laissez-moi seul ! J’ai besoin d’être seul.


– Ça arrive des fois. Ses constantes s’améliorent. Il est probable qu’il se réveille.

– Oh, mon Dieu ! Merci.

– Ne vous enflammez pas, madame Jung. Certes, un réveil est une bonne chose. Cependant, d’après ma longue expérience, les victimes en état de mort imminente, et principalement suite à un choc violent ou une maladie terrassante, ont parfois juste ce que l’on appelle un regain. Il faut vous préparer à cette éventualité, bien que nous souhaitions tous qu’il guérisse rapidement.

– Qu’est-ce que…

– Quand le corps a subi tellement de dommages que c’est le cas pour celui de votre mari, il se met sur pause. Le coma permet aux fonctions vitales de se « recharger », de guérir. Parfois, le patient a une telle volonté de vivre, une telle envie de continuer, qu’il puise dans ce qui lui reste de forces. C’est rarement bon signe. C’est souvent le dernier sursaut avant l’arrêt complet. L’ultime regain d’énergie.

– Mais… il y a deux minutes, vous me disiez qu’il allait mieux. Que vous aviez pu le débrancher du respirateur et qu’il y avait une chance qu’il se réveille !

– C’est vrai. Il est possible qu’il se réveille et guérisse. Tout comme il est possible qu’il se réveille et replonge dans un coma plus profond encore. Nous devons nous préparer à tout.


Je me souviens de nos éclats de rires. Jen est très mauvaise perdante, il arrivait souvent qu’elle boude après avoir perdu à un jeu de société. J’adore la voir rire. J’ai envie de continuer à la voir rire.


Il y avait Al et sa camionnette. Pour changer il roulait beaucoup trop vite et écoutait beaucoup trop fort un morceau de grindcore. La tache à l’horizon se rapprochait dangereusement vite. Je me rappelle m’être dit qu’il allait choper ce con de Jackson s’il ne faisait pas gaffe. C’est exactement à ce moment que la camionnette a fait une embardée, puis…


– Monsieur Jung, bonjour. N’essayez pas de parler, vous avez été intubé. Buvez un peu d’eau, doucement. Très bien. Je suis le docteur Nagelmans, je dirige le département des soins intensifs du CHU de Soignies, c’est moi qui vous ai pris en charge lors de votre arrivée.

– Je…


Je bois une gorgée d’eau, une seconde, le médecin me laisse le temps de prendre mon temps.


– Vous ne devriez pas parler. Votre femme va arriver. Vous devriez en profiter et garder vos forces pour quand elle reviendra.

– J’ai tout entendu… Je sais… regain… j’ai pas mal… combien ?

– Combien de temps ? Un jour, deux maximum.

– Vous… êtes… certain ?

– Oui. Je peux me tromper, naturellement, mais je ne pense pas.

– Bien.

– Est-ce que je peux faire quoi que ce soit pour vous, monsieur Jung ?


Je lui ai parlé. Enfin, je lui ai écrit, puisque ma main droite fonctionne correctement.

Je peux voir qu’il me prend pour un fou, mais je lis autre chose aussi sur son visage, une sorte de soulagement. Je l’aime bien, il est honnête et parfois un rien trop direct, mais j’ai confiance en lui.


– Très bien monsieur Jung. Reposez-vous, je vais voir si je peux trouver votre épouse.


Je veux me souvenir de cet instant précis pour l’éternité. L’impression de ne rien avoir à regretter. Je m’inquiète pour Jen, pour le bébé, pour ma sœur qui va littéralement perdre la tête, pour mon frère qui va passer le reste de sa vie à m’en vouloir. Je pense à ma mère, qui a donné toute son énergie à faire de moi un homme. À mon père qui m’a inculqué des valeurs saines et honorables. J’ai l’impression que je suis en train de faire les comptes de ma vie. J’ai l’impression d’être enfin en accord avec l’univers qui m’entoure, avec ce que je veux qu’on retienne de moi.


Jen. Elle porte ce tour de ventre fuchsia qui dit « papa peut pas, il a aqualicorne ». Quand elle voit que je la fixe elle laisse tomber la tasse de thé qu’elle tient à la main, elle se répand sur le linoléum abîmé du service. Jen met la main devant la bouche, balaie une larme du revers du poignet.


– Tu n’es pas mort ! Oh, Alex, tu n’es pas mort ! J’ai eu si peur.


Elle s’assied sur le fauteuil à côté de mon lit, je peux lui serrer la main, elle embrasse chacun de mes doigts, l’un après l’autre, puis mes lèvres. J’ai envie que ce baiser dure toujours, mais j’ai tellement de choses à lui dire. Tellement de recommandations. Tellement d’amour.


Je n’ai plus mal. Du tout. C’est comme si la douleur s’était éteinte avec mon réveil.

Je n’arrive pas à bien parler, ma gorge est encore trop sèche, pourtant il faudrait. Ma magnifique femme fait la conversation.

Elle a vu la police. Al sortait d’un brunch le jour de l’accident. Son taux d’alcoolémie était beaucoup plus élevé que le taux autorisé. Il a perdu sa cigarette, allumée, et il s’est baissé pour la ramasser de peur qu’elle ne mette le feu à l’habitacle tout entier. La camionnette a fait une embardée. Quand il a relevé la tête, il a vu Jackson. Jackson c’est notre idiot du village à nous. On ne sait plus qui est le cousin issu de germain de son arrière-grand-père mais il a des liens de parenté avec toutes les plus anciennes familles de la région. Al, c’est son neveu, le fils cadet de sa sœur.

Pour l’éviter il a fallu qu’Al donne un sérieux coup de volant. C’est lourd une camionnette, et ça ne tient pas spécialement bien la route quand on la pousse au-delà des limites de vitesse autorisées.


– Ils ont dit que la camionnette s’est retournée, qu’elle a fait plusieurs tonneaux avant de venir percuter ta voiture de l’autre côté de la rue. Ils ont dit que tu étais devant, que la portière ne t’avait que partiellement protégé. Tes jambes…

– Chut. Pas… parler… demain… rentre.

– Mais, et toi ? Tu vas rester tout seul ?

– Dormir !


Je n’ai pas sommeil. Je n’ai pas envie qu’elle parte, nous n’avons plus de temps. Mais il est tard, et Jen est épuisée.

J’ai peur.

Je me souviens du bruit de la tôle contre la tôle, de la tôle contre le verre qui explose, de la tôle contre mon corps qui éclate en mille morceaux. De la sensation des os pulvérisés qui se plantent dans les muscles. Du goût métallique qui envahit tout. De Franklin assis en plein milieu de la rue, le regard braqué sur moi. De sa voix haut perchée quand il a appelé les secours depuis son ancestral Nokia 3210, de la voix apaisante de la fille de l’ambulance, de ses seins qui rebondissaient à chaque aspérité de la route. Je me souviens de mots que je ne comprends pas : Glasgow, canule, résection… et puis l’autre mot, coma, que j’aurais préféré ne pas entendre.

Je me souviens la panique à l’idée de mourir. Les médecins qui courent, les poches de sang.

Ma première dent à tomber.

Le sourire de Régina Pasquale en primaire.

Les arbres fruitiers dans le verger de grand-maman.

Les batailles d’eau à l’internat, les chewing-gums qu’on collait sous nos bancs, les GI Joe dans le tiroir de Tom, la première fois que j’ai pris l’avion, le produit contre l’acné – celui qui te brûle la face que tu peux plus t’exposer au soleil – les dauphins en Égypte, le goût écœurant et enivrant à la fois de ma première bière, mon premier colocataire Ben qui avait dressé un mausolée à la gloire de Cindy Crawford, la mort de Spike, l’odeur entêtante de la mouille de Cynthia Devos sur mes doigts, la sensation de satiété quand tu bois l’eau à même la fontaine un jour de canicule, les fesses de Jen, les battements du cœur de l’héritier, le bruit de l’arceau de sécurité qui se plie et s’enfonce contre mon torse…


– Monsieur Jung !

– Docteur.

– Votre voix s’améliore à ce que j’entends.

– Qu’est-ce que ça donne ?

– Les résultats sont mauvais, comme nous le craignions. Ce n’est plus qu’une question d’heures à présent.

– Vous avez pu… ?

– Le docteur Everts compile tout ça, ça devrait être prêt d’ici une petite heure maximum. Nous serons prêts.

– Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

– Nous pensons que la douleur va revenir, petit à petit, par vagues de plus en plus intenses. Dès que je quitte la pièce le docteur Dyong qui attend derrière la porte armé d’une seringue vous fera une injection pour atténuer la déferlante. Vous serez encore conscient quelques heures, tout au plus, et puis vous retomberez dans le coma, progressivement. Il sera plus profond cette fois. Vos organes vont lentement se dégrader, un à un, jusqu’à ce que votre cerveau, vos poumons, puis votre cœur lâchent. Ça peut prendre du temps. Quelques jours à plusieurs semaines en fonction de vos ressources, et de ce que j’en ai vu, elles sont impressionnantes.

– Je ne veux pas. Rester branché, je veux dire, je ne veux pas rester branché à une multitude de machines. Je veux signer un document pour qu’on ne me garde pas rattaché à une illusion de vie. Je vous en prie.

– Le docteur Dyong va vous apporter les décharges après votre piqûre. À quelle heure revient Jen ?

– Elle m’a dit huit heures.

– Bien, elle ne devrait plus tarder. Vous allez pouvoir passer vos derniers moments ensemble.


La rumeur se propage, les médecins se suivent à mon chevet. Ils veulent tous savoir si j’ai besoin de quelque chose.


Il y a bien…

Ce matin-là, je suis parti. Jen m’a accompagné jusqu’au jardin, elle m’a embrassé devant notre clôture à la peinture écaillée, j’ai posé ma main sur son ventre et l’héritier a donné un coup. Je l’ai regardée s’éloigner, je me souviens m’être dit qu’elle n’avait rien perdu de sa superbe de ce point de vue, elle m’a fait signe depuis le porche, j’ai vu la porte se fermer et j’ai éclaté de rire quand je me suis rendu compte – après avoir fouillé mes poches et mon attaché-case – que mes clés devaient encore être suspendues au crochet dans l’entrée.

J’aurais bien besoin de revenir sur cette matinée. J’aurais bien besoin de penser à ces clés, de les prendre avant d’embrasser Jen. De réussir à ouvrir cette satanée portière directement, et de partir avant que cet abruti d’Al ne dévale la rue résidentielle à plus de quatre-vingts kilomètres heure.

S’ils pouvaient m’offrir ça.


– T’as mauvaise mine.

– Il faut qu’on parle, Jen.

– Arrête. Je te préviens, Alex, si tu continues sur ce ton, je me barre, moi et l’héritier que j’incube.

– Tu ne vas aller nulle part. Je suis en train de mourir.

– Ne dis pas de conneries.

– Je vais tomber dans le coma, d’ici peu de temps. Quand ça va arriver, il faudra que tu sois forte. Le docteur Everts va te parler. C’est important que tu l’écoutes, attentivement, et que tu comprennes bien ce qu’il t’explique. J’ai fait ce qu’il fallait pour que tu n’aies aucune inquiétude à te faire. Toi et l’héritier serez à l’abri. Tu n’auras pas à prendre de décisions difficiles, j’ai donné toutes les instructions au docteur Nagelmans.

– Alex… arrête, s’il te plaît…

– Il y a une boîte dans mon côté de la garde-robe… au-dessus des pulls d’hiver… Dedans, des photos, de l’argent, des choses qui vous feront penser à moi. Mais aussi les papiers de mon assurance-vie.

– Tu n’as pas d’assurance-vie.

– Il y a longtemps, quand mon cousin Dic est mort, ma tante m’a désigné comme son unique légataire. Je sais pas pourquoi. Une partie de l’héritage est la maison dans laquelle nous vivons, elle a une histoire. Tu verras. Les caisses dans le grenier. Le reste est placé sur une assurance-vie. L’héritier est le bénéficiaire unique de la prime, et comme tu en es la mère, tu auras l’usufruit du montant jusqu’à sa majorité. Fais en sorte que vous soyez bien.

– Mais, je ne…

– Tu es…


Je me souviens les couchers de soleil à Curaçao, les cocktails aux rhums arrangés, le string de Jen dans ma poche à l’avant-première de « 12 Years a Slave » dans la salle de cinéma surchauffée, ses gémissements quand elle se cambre, ses ronflements quand elle a bu, ses larmes devant les films où les animaux meurent à la fin, la douceur de ses mains sur ma peau, la douceur de sa peau sous les miennes.

Je n’oublierai jamais son sourire extatique quand elle m’a annoncé qu’elle était enceinte, la délicatesse de ses chevilles, sa manière de sourire en faisant la moue quand elle danse, la courbe de ses seins, la teinte de ses tétons, la manière dont son cœur s’est brisé quand je l’ai quittée pour du rire un premier avril.


– Je t’aime Jen.

– Alex.

– J’ai mal.

– Je t’aime ! Ne meurs pas je t’en supplie ! Je ferai tout ce que tu veux, mais ne pars pas, ne me laisse pas. Qu’est-ce qu’on va devenir sans toi ?

– Vous allez survivre au début, puis doucement, vous serez capables de vivre… Puis, un jour, tu rencontreras quelqu’un… un mec bien… pas le genre qui se fait… broyer par un abruti le plus beau jour de sa vie… Je… vous… il sera… il aura envie de s’occuper… de vous… et tu le… vous le laisserez… faire…

– Je t’en supplie, Alex, pourquoi tu me fais ça ? Tu peux pas mourir.

– Si… je… suis déjà… mort…

– Arrête.


Elle se lève d’un bond.

Tigresse.

On commençait à peine.

On est sortis de l’école, elle avait fait La Cambre, j’avais fait Solvay. Nous n’avions aucun ami en commun, aucun lien familial proche ou éloigné (pas même Jackson). Nous venons de deux mondes disparates, j’ai grandi dans l’opulence d’une dynastie de financiers, elle a été élevée par une famille d’agriculteurs modestes. Rien ne nous prédestinait à être ensemble, nous ne partagions aucun intérêt commun. Pourtant, un jour, en brossant les cours, j’avais marché le long de la rue Neuve à la recherche d’un cadeau d’anniversaire pour ma mère. Désespéré, j’avais opté pour une gaufre et dans la file d’attente, j’avais aperçu du coin de l’œil un tissu bordeaux qui remuait de manière fort plaisante.


– Promets… moi… Jen…


Elle a promis, et puis la montée fulgurante de la douleur, intense, brûlante, me transperçant de part en part.

Le noir absolu.


Les sanglots de Jen, distillés au compte-goutte au travers d’un nuage de coton, l’odeur du jasmin, la voix chevrotante de mon père. Le calme malgré le chaos. Plus aucune douleur.


– Je suis le docteur Everts, l’assistant du docteur Nagelmans. Alexandre, votre fils, votre époux, votre frère, m’a demandé de régler les derniers détails pour lui. Il voulait ce faisant vous épargner la charge de devoir prendre des décisions difficiles dans un moment où votre jugement pourrait être faussé par vos émotions.

– Je ne comprends pas…

– Nelly, laisse-le parler, j’ai promis…

– Merci mesdames. Alexandre refuse l’acharnement thérapeutique. Il nous a demandé de débrancher les machines qui le maintiennent en vie au bout de vingt-quatre heures.

– Non !

– Nelly, calme-toi, laisse finir le docteur.

– Mon fils, je ne peux pas…

– Il est mort, Nelly, il est mort et ce sont ses dernières volontés.

– Je comprends que tout ceci soit chargé en émotion. Nous pouvons faire une pause, et reprendre dans quelques minutes ?


Les sanglots conjugués de toute ma famille. J’entendais d’autres voix dans le couloir, des voix familières, trop lointaines pour être reconnues. Elle ne sera pas seule. Ils ne la laisseront pas.


– Non. Continuez.

– Bien. Alexandre souhaitait faire don de ses organes.

– Quoi ?

– Il vous avait parlé de ça Jenifer ?

– Non. Jamais. On avait évoqué… mais… je ne…

– Nous avons trouvé des preneurs pour chacun d’entre eux. Les rétines iront à un enfant de 4 ans, aveugle. Son cœur permettra à un père de famille de voir grandir ses trois bambins. Ses poumons sauveront un adolescent atteint de mucoviscidose. Son foie est destiné à une jeune femme de vingt ans, prodige de la gymnastique. Ses reins amélioreront la qualité de vie de deux hommes d’une petite trentaine d’années.

– Oh mon Dieu !

– Sa mort va sauver six personnes, chacune de ces personnes est l’enfant, le père, l’amie de quelqu’un. En faisant ça il rend un nombre incalculable de gens heureux. Vous devez penser à ça à chaque fois que vous sentirez monter le chagrin.


Voilà, ils vont m’emmener en chirurgie, quelques ablations, je serai de l’histoire ancienne. Une histoire toute bête. Une histoire injuste. Une belle histoire aussi, un peu j’espère. Une histoire à suivre.


Pouvoir laisser quelque chose derrière moi dont l’héritier puisse être fier.


J’entends les sanglots, les mouvements des infirmières, les machines dont le bruit s’arrête.

Le silence.


Je me demande si mes organes se souviendront de moi.


Je me rappelle m’être dit qu’il allait choper ce con de Jackson s’il ne faisait pas gaffe.


Et puis plus rien…


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Bidis   
19/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une histoire très touchante et bien écrite que j'ai lue d'une traite.
Pour le style, j'ai juste une petite remarque :
- « Jen qui hurle comme une louve agonisante. »: trop mélodramatique comme comparaison. Et pourquoi une comparaison d’ailleurs ? Pour moi, « Jen qui se met à pleurer » était suffisant.
Et j'ai dû me renseigner sur le Net quant à "il a aqualicorne". On s'instruit tous les jours...

   vb   
25/8/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour,
Ce texte est excellent. J'ai pensé aux Choses de la vie de Claude Sautet. En comparaison, il est un peu dommage que l'auteur n'ai pas introduit de retournement de situation au cours du récit (comme par exemple dans Parle avec elle d'Almodovar, qui traite aussi d'un sujet similaire). C'est la raison pour laquelle je n'ai pas mis de petite flèche vers le haut en posant mon jugement. La petite flèche vers le bas est due aux quelques remarques ci-dessous...

* Le surnom Jen était pour moi imprononcable (Je lisais avec yot pour j. J'ai seulement compris plus tard qu'il s'agissait de Jennifer et qu'il fallait prononcer Genn.) Les prénoms anglais ont souvent gêné ma lecture. Je comprends bien leur utilité (il permettent de situer plus ou moins le milieu social) mais tout de même.
* "formait à reprendre" Je pense que "former à" doit être suivi d'un substantitf.
* Dans le paragraphe qui commence par "Je me souviens" jusqu'à "définitive" il y a un problème de concordance de temps. On passe dans une même phrase du passé composé au présent.
* "elle se répand sur le linoléum" J'avais cru qu'elle (Jen) perdait les eaux!
* Nelly est-elle la mère du narrateur? Qui est Franklin? Il y a quelques personnages secondaires qui sont soit de trop soit trop peu décrits pour qu'on puisse comprendre leur rôle dans cet histoire.

Pour ce qui est du concours, j'ai l'impression que le texte passe légèrement à côté du sujet, car comme l'auteur semble lui-même le suggérer "renaissance" est plus approprié que "renouvellement" pour qualifier ce très beau récit.

   Asrya   
26/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai eu du mal à entrer dans votre nouvelle.
Le début ne m'a pas convaincu. Certains passages n'apportent pas grand chose et auraient mieux fait d'être écourtés (ou enlevés).
En quoi est-ce honteux de flasher sur les fesses d'une femme ?
Le mâle que je suis jubile à l'idée d'être happé par les fesses d'une femme ; je le dis, je le clame et je serai prêt à courir dans la rue avec un haut parleur, sonner à toutes les portes pour le faire entendre.
Pas sûr qu'un homme avoue qu'il s'agisse de quelque chose de honteux. S'il parlait à sa femme, peut-être. A tester.

La femme que vous êtes (puisque votre personnage est un homme) a dû prendre bien du plaisir à sonder la part de féminité de cet homme dans le coma ; tous ces sentiments... ça fait beaucoup.
Mine de rien, ça m'a plu. Je me suis laissé absorbé par votre récit, les émotions que vous nous offrez à travers ses réflexions.
J'ai beaucoup aimé les rappels de sa vie, l'enchaînement entre le présent et le passé.
Je ne suis pas certain revanche qu'il faille insister autant sur l'épisode tragique de sa vie, la camionnette, la portière, les clefs... mouais. L'histoire de Al et Jackson étaient suffisantes.
Du coup, le titre m'a séduit ; même si au début, je n'en était pas du tout convaincu.

C'est vraiment bizarre... je pensais ne pas apprécié votre nouvelle, et finalement, j'ai plutôt un bon ressenti.
Le blabla du médecin à la fin par contre... trop fleur bleue pour moi. Je me suis cru dans Grey's Anatomy... Prenez cela comme vous le sentez !

J'ai plutôt apprécié votre vision de la "Renaissance" ; ça a son côté intéressant.

Merci beaucoup pour cette lecture,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   Cat   
28/8/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Waouh ! Je sors scotchée de ma lecture.

L'histoire, le point de vue pris pour la raconter. Tout est extrêmement original. On suit pas à pas le film qui se déroule à l'envers, avec une intensité qui jamais ne faiblit.

C'est magistral. Je n'ai pas d'autres mots pour mieux dire mon ressenti.

L'écriture est superbe. Nette et sans bavure.

Bravo à l'auteur ! Il me tarde de découvrir votre identité.


Cat

   Louison   
21/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte bien ficelé et qui m'a emportée jusqu'à la fin.
J'ai bien aimé les "je me souviens" du narrateur en parallèle avec l'histoire qui se déroule dans cet chambre d'hôpital.

Peut-être que Alex explique trop à Jen ce qui va se passer, je ne suis pas sûre qu'il en ait la possibilité physique.

Ma magnifique femme fait la conversation. C'est bizarre comme phrase, l'adjectif me paraît inutile, pas de circonstance.

Le docteur Dyong qui attend derrière la porte armé d’une seringue : Armé: bof! avec aurait suffit

il voulait – et je cite – m’entretenir de mon avenir : Et je cite freine un peu la lecture et me semble inutile

Quand le corps a subi tellement de dommages QUE c’est le cas pour celui de votre mari, : et c'est le cas serait peut-être plus correct.

Je trouve le médecin un peu pénible, un coup, il donne l'espoir, puis est pessimiste, puis redonne l'espoir, tout ça si froidement. Je sais qu'ils sont parfois (souvent) très directs, mais là, il est trop en dent de scie: ça va, ça va pas.

Une très belle lecture cependant et je vous en remercie.

   SQUEEN   
21/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
L'histoire et le point de vue m'ont plus. Par-contre beaucoup de petites choses m’ont dérangée dans l’écriture.
« J’avais flashé sur ses fesses, la première fois que je l’avais vue. C’est honteux, mais c’est la vérité. » Je ne vois pas ce qu’il y a d’honteux.
« – C’est intéressant. Ça arrive parfois, notamment pendant la toilette, ou lors de stimuli externes divers. Une odeur. Un bruit. Le corps humain est une machine exceptionnellement complexe. » Je ne vois pas ce qu’il y a ici d’intéressant, et n’arrive pas à imaginer un médecin faire ce commentaire sur l’érection de son patient.
« On a décidé de ne pas connaître le sexe, on veut la surprise. »
«…ses dents transpiraient des vapeurs de café. » bizarre les dents qui transpirent.
« … le médecin me laisse le temps de prendre mon temps. »
« Je veux me souvenir de cet instant précis pour l’éternité » ici, je ne comprends pas de quel instant précis on parle.
« On ne sait plus qui est le cousin issu de germain de son arrière-grand-père mais il a des liens de parenté avec toutes les plus anciennes familles de la région. Al, c’est son neveu, le fils cadet de sa sœur. » Incompréhensible, et peut-être inutile ?
« … l’odeur entêtante de la mouille de Cynthia Devos sur mes doigts,… » je ne sais pas, j’ai trouvé ça pas très fin et incongru
« À quelle heure revient Jen ? » Dit par le médecin, j’ai trouvé ça étrangement familier.
« Une partie de l’héritage est la maison dans laquelle nous vivons, elle a une histoire. Tu verras. Les caisses dans le grenier. Le reste est placé sur une assurance-vie. L’héritier est le bénéficiaire unique de la prime, et comme tu en es la mère, tu auras l’usufruit du montant jusqu’à sa majorité. » j’ai été étonnée que sa femme ne soit au courant de rien, même pas de l’origine de la maison dans laquelle ils habitent.
« On est sortis de l’école, elle avait fait La Cambre, j’avais fait Solvay. » Ne comprends pas le « On est sortis de l’école »
« Nous venons de deux mondes disparates,… » j’aurais dit « différents »
« – Nous avons trouvé des preneurs pour chacun d’entre eux. Les rétines iront à un enfant de 4 ans, aveugle. Son cœur permettra à un père de famille de voir grandir ses trois bambins. Ses poumons sauveront un adolescent atteint de mucoviscidose. Son foie est destiné à une jeune femme de vingt ans, prodige de la gymnastique. Ses reins amélioreront la qualité de vie de deux hommes d’une petite trentaine d’années.
– Oh mon Dieu !
– Sa mort va sauver six personnes, chacune de ces personnes est l’enfant, le père, l’amie de quelqu’un. En faisant ça il rend un nombre incalculable de gens heureux. Vous devez penser à ça à chaque fois que vous sentirez monter le chagrin. » Je n’arrive pas à trouver crédible ce discours du médecin. Il donne trop dans le sensationnalisme. Trop de détails, je pense.
Je n’aime pas l’idée d’appeler son futur enfant « l’héritier », avis, qui comme tout ce commentaire est très personnel.
L’incarnation du genre opposé de celui de l’auteur est réussi. Mais à cause de la quantité de ce que j’estime être des maladresses, ma lecture à été compliquée, je suis restée à l’extérieur du récit, tout le côté poignant m’a donc quelque peu échappé. Je me répète l’idée et le point de vue sont à mon sens ce qu’il y a de plus fort dans cette nouvelle. Merci.

   Marite   
21/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un extraordinaire récit qui m'a littéralement entraînée dans l'esprit d'Alex ... je l'ai suivi dans son coma, ses retours-éclairs à notre réalité, ses souvenirs hachurés dans une succession qui m'est apparue très réaliste. Tout ceci servi par une écriture fluide et d'une telle sincérité qu'il est impossible de s'arrêter avant " Et puis plus rien ..."
Cela dit, je ne sais pas du tout si le fond de cette nouvelle respecte les critères imposés pour le concours, seul le titre me semble avoir été choisi dans ce but.

   plumette   
21/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Côté concours, comme nous avons un narrateur, nous avons une auteure, et de ce point de vue , j'ai bien aimé la manière dont le récit nous place dans les pensées de cet homme qui voit défiler des moments de sa vie présente et passée.
Sur le thème du renouvellement, je suis également séduite par cette idée du don d'organes.
Mais, car il y a un mais de taille: pour moi l'histoire n'a pas fonctionné car je n'ai pas pu croire un instant à ce parcours après l'accident, à cette mort annoncée, à cette certitude médicale, à la gestion de crise mise en place par cet homme aux portes de la mort.
l'histoire est bien écrite ( j'adhère à ce qui a pu être relevé ici ou là sur quelques exagérations langagières) elle serait même assez touchante dans ce qu'elle dit des rapports entre cet homme et sa femme qui est sur le point de mettre au monde leur enfant.
Avec ces ingrédients, on aurait pu avoir du tire-larmes, mais non !
je ne remets pas en cause l'idée selon laquelle les personnes dans le coma ont une perception de ce qui se passe autour , je ne crois pas cependant que cette perception soit si semblable à la nôtre, je ne crois pas non plus à l'omniscience médicale. Voilà, ça m'a gênée et la question de la crédibilité m'a empêchée d'apprécier pleinement ce texte.

un intéressant travail d'écriture, une narration bien construite (alternance entre présent, passé proche et souvenirs désordonnés) plus le respect des règles du concours, cela me permet de mettre une appréciation positive et de dire mon grand regret d'être resté en rade.

Plumette

   Jean-Claude   
21/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Comme l'indique mon appréciation, j'aime ce texte.

J'ai oublié les détails, ce qui est bon signe, sauf un : "Quand elle voit que je la fixe elle laisse tomber la tasse de thé qu’elle tient à la main, elle se répand sur le linoléum abîmé du service." Là, c'est Jen qui se répand.

Personnellement, la formulation "l'héritier" me dérange. peut-être est-ce l'usage en Belgique.

J'ai toutefois un doute : le respect du thème me paraît bien marginal. En lisant, j'ai forcément cherché où serait le renouvellement. J'ai été déçu, ce qui n'altère pas mon appréciation du texte en lui-même mais pourrait influer sur mes votes à venir.

   hersen   
21/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je ressens qu'il y a beaucoup trop de développement, à un moment, j'ai eu un peu l'impression d'un épisode sans fin d'un feuilleton sans fin. Le fait de trop s'appesantir donne quelquefois l'effet inverse et quand on arrive au don d'organes, que je lis que le médecin dit « je comprends que tout ceci soit chargé en émotion », là, je n'y crois plus, surtout après l'épisode de l'assurance vie.
Je n'ai pas apprécié non plus qu'il soit dit à qui iraient les organes, avec encore une couche dans la « sensiblerie ». Il est sous-jacent qu'un organe va à quelqu'un qui en a expressément besoin, que ces dons sauvent des vies. Pourquoi s'étendre ?

Quelques petites choses comme :
« il a été plongé dans le coma » artificiellement, donc, puisque c'est la forme passive ?
« étrangement étranger »:/
« tellement de dommages que c'est le cas de votre mari » plutôt « comme » c'est le cas de votre mari ?

Donc, pour moi, une nouvelle qui en « fait trop » et je le regrette, le sujet est intéressant.
Côté contraintes concours, l'auteure 'est bien débrouillée dans la peau d'un mec, je pense, et le renouvellement...oui, sauf qu'il n'en profitera pas. C'est plus « renaissance », comme dit au début, mais je verrais davantage « continuité »

   Thimul   
25/9/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Magnifique.
Passionnant.
Intelligent.
Très bien construit et bien écrit.
Le genre de nouvelle qui peut rendre jaloux.

   aldenor   
4/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J’ai beaucoup aimé le flot des souvenirs qui arrive par bouffées, les personnages inattendus d’Al et Jackson, l’absurdité de l’accident, la manière de le rapporter, par bribes. Et le titre dansant !
Les sauts des pensées du narrateur à la perception comateuse : une construction astucieuse qui entretient l’intérêt du lecteur.

Je trouve par contre que la fin est trop longue et verse dans le mélo et dans des détails cliniques et pratiques superflus.
Sujet concours, je ne vois pas bien dans ce texte le thème du renouvellement... Le don d’organes ?

   GillesP   
6/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Ananas,
J'ai bien aimé le point de vue choisi pour raconter cette histoire. Dans l'ensemble, cette nouvelle m'a emporté. Mais dans le détail, certains détails ont gêné ma lecture: le fait d'appeler l'enfant "l'héritier", le "et je cite", la comparaison à la louve, la référence à "la mouille" d'une femme qu'Alexandre a connue, "ma magnifique femme", etc. Et surtout, j'ai eu du mal à comprendre à quel moment se situaient certains dialogues: au début, je comprends qu'Alexandre entends, alors qu'il est dans le coma, les paroles des gens qui l'entourent. Mais à quel moment parle-t-il au médecin? A sa femme? Il est donc temporairement sorti du coma? Enfin, peut-être que cela vient de moi et que j'ai lu certains passages trop vite...
Au plaisir de vous relire.
GillesP

   papipoete   
7/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Ananas,
A descendre l'ascenceur le long de votre texte, on se dit que l'on n'ira pas jusqu'au bout, tant il semble long ; et puis, au fil du récit où parle le héros, quand il songe réveillé, quand il parle à Jen qui pleure, nous tendons l'oreille nous aussi, pour qu'il ne fasse pas un trop gros effort !
L'émotion nous étreint quand il sait ce qui l'attend, souffrance au paroxysme et mort inéluctable !
Il ne veut pas de tout cela, et nous voici dans les pas d'Anne Bert préparant son ultime valise !
Il " servira " à quelqu'un après sa mort, avec son foie, ses reins qui sont intacts alors que sa machinerie est HS , et nous voici transportés face au miroir de notre conscience qui nous dira << t'as prévu quoi dans ce cas-là ? >>
Une longue lecture pour un petit bout de vie qui reste au héros, et des flashs de bonheur, d'élans charnels, de " la belle vie ", jalonnent ce récit passionnant, pathétique, tragiquement romantique !

   ladymuse   
6/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Oui, l'émotion vient au fur et à mesure de la lecture. On se laisse toujours prendre aux récits de la mort qui approche, de l'espoir qui disparaît.

Ceci fait oublier certaines maladresses.

J'ai bien aimé le "tout le monde m'appréciait, tout le monde m'apprécie", comme si le temps était inversé.

La renaissance : l'enfant à naître?

   Ananas   
6/11/2017

   matcauth   
7/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai eu la mauvaise idée de lire votre texte, puis les commentaires.

Mais j'avais une excuse. J'avais trouvé votre texte très bon et très bien écrit, et je me demandais ce qu'on pouvait bien lui reprocher.

Pris dans l'histoire, j'ai mis de côté les défauts de celle-ci. Je les ai manifestement notés, mais un peu inconsciemment. C'est vrai que le début est difficile, on a du mal à accrocher avec les changements permanents de perspective, qu'il y a des choses étranges, comme le fait que le héros entend les conversations, que le côté "conscient" du coma est étonnant...

mais le plus important est d'être emporté par une histoire, comme je l'ai été. Et à quoi ça tient, je ne sais pas, d'autant qu'il y a vraiment deux types de lecteurs, ceux qui sont comme moi et ceux qui ont buté sur les défauts.

Je n'ai pas vu le côté tire-larme, au contraire, je me suis mis dans la peau du héros et à ce contexte.

Pour le reste, quoi qu'il en soit, c'est bien écrit, il n'y a pas un mot de trop et la contrainte de temps due au concours renforce cette qualité.

   Jano   
21/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Je prends enfin le temps de lire ce texte qui a remporté les suffrages. À la fin de ma lecture je me dis quand même que la différence de genre n'est pas une donnée mise en avant dans l'histoire. Tu as été plus récompensée pour la dramaturgie de l'histoire, à mon avis, que pour la bonne conformité au concours. Le narrateur pouvant être indifféremment homme ou femme.
Autre point que je range du côté négatif, et de taille, cet étrange coma qui autorise un réveil avant de replonger pour de bon. Mazette, ça existe ça ? M'étonnerait beaucoup...
Hormis ces deux aspects, je suis impressionné par la construction du récit. Ce n'est jamais évident de naviguer entre le passé et le présent mais tu t'en sors très bien. La qualité de ton écriture y aide.
C'est enfin une bonne trouvaille d'avoir orienté la conclusion sur le don d'organes, on ne s'attend pas à ça et il n'est jamais facile de surprendre le lecteur.


Oniris Copyright © 2007-2017