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Horreur/Épouvante
Angieblue : L'horreur au bord du village
 Publié le 27/03/22  -  11 commentaires  -  7983 caractères  -  94 lectures    Autres textes du même auteur

Dans une autre dimension…


L'horreur au bord du village


Extrait du journal de Jenny Hope retrouvé dans son manoir quelque temps après sa disparition.


J'habite un village à superstitions où l'on trouve un sourcier, un coupeur de feu, une médium et même un apothicaire-guérisseur. On y vit un peu coupé du monde et des grandes villes en perpétuel mouvement. Ici, tout est immobile et silencieux. Seuls le vent et la pluie viennent parfois perturber la paix apparente des villageois. L'horizon n'est constitué que de champs et de bois à perte de vue. On dirait une mer verdoyante sur laquelle veille la vieille église gothique du village.

Je m'appelle Jenny Hope. Mes parents sont le médecin et l'institutrice de ce vieux bourg. Suite à la disparition de ma sœur, il y a une dizaine d'années, je me suis mise à croire à l'existence du surnaturel. Un matin, Lirazel n'était plus dans sa chambre. On n'a jamais su ce qui lui était arrivé, aucune hypothèse rationnelle n'a pu être établie, et une fugue, je n'y ai jamais cru. Par ailleurs, depuis cette tragédie, d'autres disparitions aussi mystérieuses sont venues hanter les maisons de briques rouges. J'en ai recensé environ une par an.

Je sais qu'il existe d'autres dimensions, je le ressens. Le soir, juste avant de m'endormir, j'entrevois souvent comme des visages ayant l'apparence de reflets dans un miroir déformant. Je sais que la porte de cet autre monde se situe entre le sommeil et l'éveil, à la lisière du rêve et de la réalité, et je la découvrirai, car je pense que c'est dans cet ailleurs qu'est retenue ma sœur.

Je dois trouver le moyen de prolonger cet instant juste avant l'endormissement, ce moment où l'obscurité ondule comme les vagues, où le temps semble se dissoudre et se fondre dans l'éternité.

Je décide de me rendre chez l'apothicaire. Il passe tout son temps à expérimenter, dans son laboratoire, des remèdes capables de guérir toutes sortes de maux. Il saura peut-être m’aider.

Monsieur Robert m'accueille courtoisement. C'est un petit homme tout rond, dégarni, qui a de gros yeux noirs saillants. Avec son front bas et ses lèvres charnues, je trouve qu'il ressemble un peu à un crapaud. Il porte toujours une blouse de laborantin bien trop longue pour lui. Elle traîne sur le sol et lui recouvre les pieds.

Je lui fais part de ma requête, ne me sentant pas trop mal à l'aise vu l'excentricité du personnage. Une lumière rouge semble s'allumer dans son regard au moment où il me tend la minuscule fiole contenant un liquide vert un peu phosphorescent : « Tenez, mademoiselle Hope, avec cette potion, vous allez chevaucher dans les contrées de l'entre-deux mondes et peut-être trouver la porte que vous cherchez. Mais seulement trois gouttes dans un verre d'eau avant de vous coucher ou vous ne pourrez plus revenir. »

Je le remercie et prends congé de mon hôte.

Dehors, un crépuscule violet annonce un violent orage. Les nuages sombres dessinent, dans le ciel, des formes monstrueuses. Je traverse le petit bois qui est le chemin le plus court pour arriver au manoir familial que je partage avec mes parents. Les arbres projettent des ombres livides et semblent se prosterner sur mon passage. Ils se courbent et se balancent sous le vent sifflant de plus en plus fort.

À peine rentrée chez moi, j'entends le ciel se fendre et déverser des cascades de pluie.

Mes parents sont déjà couchés. J'attrape un verre et une bouteille d'eau, glisse la main dans la poche de mon manteau pour m'assurer que la petite fiole est toujours présente et monte directement dans ma chambre.

Au moment de me mettre au lit, j'avale une partie de la préparation. Assez rapidement, ma vue se trouble, les murs de la pièce se mettent à gondoler, j'entends un bourdonnement confus, comme si des centaines de voix chuchotaient, et j'aperçois, au loin, des formes floues tournoyer, puis disparaître derrière une lumière verte aveuglante. Je me sens comme happée par ce rayonnement et me retrouve à l'entrée d'une immense ville aux allures de cité antique.

Je marche sur du sable blanc et longe des temples titanesques semblant être des constructions de porphyre vert et de lapis-lazuli. Les colonnes et les piliers sont tellement hauts qu'ils transpercent le ciel. Chaque porte est surmontée d'une sculpture faisant penser à une tête de Gorgone.

À mesure que j'avance, une odeur salée d'océan se fait de plus en plus forte. J'arrive, au bout de quelques minutes, face à une mer recouverte d'un lit d'algues d'une épaisseur ne laissant entrevoir aucune parcelle d'eau.

J'essaie de regarder le plus loin possible, mais la végétation aquatique s'étend à perte de vue.

Soudain, à une centaine de mètres, la nappe verdâtre s'agite comme si elle était soulevée par quelque courant venu des profondeurs. Des bouquets d'algues sont violemment projetés dans tous les sens et de gigantesques tentacules se mettent à onduler dans les airs.

Horrifiée, je me retourne pour fuir, mais surgit une autre abomination. Une monstrueuse procession s’avance dans ma direction. Elle se compose de créatures hybrides portant toutes un couvre-chef ressemblant à une coiffe de fou du roi avec des tentacules à la place des cornes. La tête et les mains sont celles d'un homme alors que le reste du corps est celui d'un crabe, à l'exception du tronc et des bras qui semblent recouverts d'une peau de crapaud.

Mon cœur semble s'arrêter. Mon Dieu ! si c'est un cauchemar, je n'imaginais pas mon inconscient être capable de créer une scène aussi terrifiante ! Après quelques secondes, je recouvre mes esprits et réalise que je suis piégée au milieu du comble de l'horreur. C'est alors que me croyant perdue et condamnée à une mort des plus atroces, je sens le sol se mouvoir sous mes pieds. Je m'enfonce et suis comme aspirée dans une sorte de tunnel à une vitesse vertigineuse.

Je ne saurais dire combien de temps a duré la descente, mais quand je rouvre enfin les yeux, je suis en train de flotter dans l'espace. Je me dis que je dois être morte et ressens comme un soulagement. Tandis que cette pensée me traverse, j'aperçois loin devant moi un minuscule globe de lumière bleue voguant dans l'obscure immensité. Sur sa gauche, une boule de feu éclaire les ténèbres en projetant une lumière blanche flamboyante. Je me retourne et vois s'éloigner et disparaître dans le néant une grande étoile verte.

Je me sens légère et réalise que je me dirige vers la Terre car la sphère bleue me paraît de plus en plus volumineuse. J'arrive si près que j'aperçois les océans. Ensuite, je me sens plonger dans une grande mer de nuages, et lorsque j'en ressors enfin, je vois mon village, puis le manoir.

Je me retrouve dans ma chambre. Le miroir est brisé.

Je ne peux garder cette expérience pour moi et décide de me rendre immédiatement chez l'apothicaire.

Il fait encore nuit. La lueur spectrale de la lune éclaire faiblement le bois et donne aux arbres un aspect effrayant. J'ai l'impression que les branches sont d'immenses bras de pieuvres prêts à s'enrouler autour de moi.

J'arrive devant la maison de l'apothicaire et frappe à sa porte en l'appelant.

J'entends un bruit tel un claquement. La porte s'ouvre et je me retrouve à nouveau face à mon cauchemar. Monsieur Robert est coiffé d'un chapeau à tentacules, et sous sa blouse, je vois dépasser une énorme pince de crabe. Je sens un frisson parcourir tout mon corps, mais surmontant la terreur qui me fige, je m'enfuis et cours aussi vite que je peux. Cette fois-ci, je ne m'aventure pas dans les bois et fais un long détour par le village pour regagner le manoir.


Je n'ai parlé de cette histoire à personne. Peu de temps après, je me suis installée dans la capitale pour terminer les études que j'avais commencées par correspondance.

Je sais que je ne resterai pas éloignée du village bien longtemps, car il me relie à ma sœur. Je conserve précieusement la petite fiole avec le reste de son contenu…

Mes parents m'ont appris la disparition de l'apothicaire. Je vous laisse deviner où l'abominable créature a bien pu se réfugier…


 
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   socque   
28/2/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Eh bien, si ça ce n'est pas une ambiance lovecraftienne !… Le titre et la première phrase m'y jettent tout de suite, le village isolé aux mentalités arriérées, accablé de disparitions mystérieuses, m'ancre dans l'étrangeté pesamment quotidienne caractéristique de plusieurs nouvelles de Lovecraft (cf. Dunwich), et l'apothicaire-crabe-crapaud m'évoque furieusement un habitant d'Innsmouth. La ville côtière aussi m'apparaît dans le droit fil de cet univers si particulier, l'errance cosmique de la narratrice entre veille et sommeil idem.

C'est à mes yeux le charme mais aussi la limite de votre nouvelle : j'ai l'impression de me promener en charentaises dans un paysage familier et bien balisé, je crois que j'aurais préféré avoir un aperçu d'un univers que j'aurais perçu plus personnel, dérivé de votre imaginaire unique, quitte à lire un récit moins maîtrisé que celui-ci.

   Robot   
27/3/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Voilà un texte qui ne fait pas dans la dentelle pour susciter une atmosphère angoissante. Tout est mis en place pour nous absorber dans ce monde d'une autre dimension et ses frayeurs.

J'ai apprécié le séjour dans les cauchemars de la narratrice.

Par contre, je pense que la structure du récit aurait pu être différente si nous étions plongé d'emblée dans la noirceur plutôt que de nous expliquer le contexte dans les deux alinéas du début. Si le récit avait commencé au troisième alinéa : "Je sais qu'il existe d'autres dimensions..." l'immersion aurait été immédiate.

   AnnaPanizzi   
22/4/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Angieblue,

C'est tout ce que j'aime, cette ambiance du Dartmoor à la Conan Doyle, un zeste de Poe et même un peu des sœurs Brontë qui sont pour moi des références ultimes. Je ne sais pas ce que le crapaud a mis comme schnouffe dans la fiole de la petite Jenny mais woufff, c'est du violent !

Bravo à vous pour ce texte superbement maîtrisé de bout en bout qui me donne soudainement envie de relire Les Envoûtés de Witold Gombrowicz et vive les novellistes !

Anna

   IsaD   
27/3/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour

Le tout premier paragraphe m'a donné envie de lire la suite. En peu de mots, le cadre est, je trouve, bien posé.

Hélas, plus j'ai avancé dans ma lecture, moins je me suis sentie happée par l'histoire dite "surnaturelle" qui m'a, à vrai dire, plutôt ennuyée. Peut-être est-ce dû à la répétition des phrases commençant par "je"

"Je m'appelle Jenny Hope"
"Je sais qu'il existe d'autres dimensions"
"Je dois trouver le moyen"
"Je décide de me rendre"
"Je lui fais part de"
"Je le remercie"
"Je marche sur du sable blanc"
"A mesure que j'avance"
"J'essaie de regarder"
"Horrifiée, je me retourne pour fuir"
"Je me sens légère"
"Je me retrouve dans ma chambre"
"Je ne peux garder cette expérience"

Trop de je, je, je...

J'avoue aussi, j'en suis désolée, que j'ai trouvé la description du passage dans une autre dimension, et la fin, pas assez fouillées, vraiment trop simplistes... Du coup, aucun sentiment d'angoisse, aucun frisson...

Pour moi, ça manque de quelque chose, mais c'est bien sûr un avis personnel.

   Malitorne   
28/3/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
Malgré toute ma bonne volonté je n’ai pas été happé par une histoire qui m’a semblé fade, guère attractive, tant par son intrigue que par son style que je qualifierai d’élémentaire. Pourtant avec ce titre j’espérais un récit bien glauque, terrifiant, et je n’ai eu droit qu’à « Monsieur Robert coiffé de son chapeau à tentacules ». Tout ceci fait un peu naïf, enfantin, il manque un niveau supérieur dans la maîtrise des canons de l’horreur et dans la maturité de l’écriture. Ça se laisse lire mais je n'y vois aucune originalité particulière.

   papipoete   
28/3/2022
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Angie
Il y a longtemps que je n'ai plus peur du loup, et pourtant j'hésiterais à porter de la confiture à Mémé dans cette contrée !
Entre apothicaire déjanté et cette mer où ça grouille de tout côté... Et ce produit censé guérir de tous les maux ; sûr que je prierais Jenny d'aller " ne m'attends pas, je viendrai plus tard ! "
NB plutôt versé sur les contes de fée, même si un méchant montre les dents, il finira terrassé par un prince charmant !
Il m'arrive de remercier Morphée de me délivrer de ses bras, quand je pars dans de tels cauchemars !
Pour les férus du genre, je pense que tentacules et pinces de crabe, dépassant d'une blouse... feront des heureux !
Un univers des monstres des " pirates des Caraïbes ", ce ceux du " Seigneur des anneaux ", propice à compter nombre de moutons avant de s'endormir !

   Angieblue   
29/3/2022

   Vilmon   
8/4/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour, le cauchemar devient réalité ! Assez inquiétant. Malheureusement, qu’est-il arrivé à la soeur de Jenny ? Je suis resté sur ma faim. Mais j’ai bien aimé la description des lieux et des situations. Merci pour ce cauchemar !

   widjet   
3/5/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
Le titre promettait beaucoup.

Comme le rire, provoquer la peur ou le malaise n'est pas chose aisée (plus simple de faire pleurer dans les chaumières) ; cela nécessite une écriture non seulement très maitrisée mais surtout une capacité à suggérer, à distiller (pour faire travailler l'imaginaire du lecteur qui se chargera ainsi de s'auto stimuler pour créer le sentiment attendu par l'auteur) plutot qu'à (dé)montrer.

Si ici, l'écriture est plutôt soignée, elle demeure globalement académique et donc sans guère d'originalité ni de mystère pour créer ce climax et cet inconfort.

Mais le texte se lit sans effort.

W

   Donaldo75   
9/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Salut Angie,

Décidémment, Lovecraft a la côte chez les auteurs d'Oniris. Ici, je trouve l'ambiance bien rendue. Le mode journal est à mon goût adapté à ce récit et permet d'éviter les effets de bord entre l'horreur et la narration. Certes, je ne suis pas un spécialiste de Lovecraft mais en l'état je ne peux que lire cette nouvelle comme un hommage au genre, hommage bien porté par une écriture accomplie. Je n'aurais qu'un bémol: la dernière phrase. Elle casse un peu l'atmosphère dispensée jusque là.

   chVlu   
9/6/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Le tome 2 m'a emmené à cette nouvelle.
Une lecture que j'ai eu la sensation de faire en courant derrière l'auteur comme si il était pressé de m'emmener à la chute. Le monde parallèle comme le village n'ont pas le temps de s'installer dans mon imaginaire que le voyage est fini.
La répétition des JE est un peu lourde et pourrai surement s'alléger sans changer l'histoire.
Exemple :
"J'habite un village à superstitions où l'on trouve un sourcier, un coupeur de feu, une médium et même un apothicaire-guérisseur."
Dans mon village vivent un sourcier, un coupeur de feu, une médium et même un apothicaire-guérisseur, la superstition est omniprésente.

L'inventivité de l'auteur dans la construction de deux mondes parallèle m'a plu et vaut bien un "j'aime bien".


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