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Policier/Noir/Thriller
ANIMAL : Cercle mortel
 Publié le 05/06/20  -  15 commentaires  -  13740 caractères  -  108 lectures    Autres textes du même auteur

Paris, France, novembre 1994.


Cercle mortel


L'enveloppe contenait le minimum d'instructions : lieu, identité, nature de la mission. C'était amplement suffisant pour la mener à bien.


Il regarda une dernière fois la photo de la femme, trouvée dans l'enveloppe avec un feuillet dactylographié, puis déchira l'ensemble. Il avait tout mémorisé. Il reconnaîtrait désormais entre mille cette brune au visage quelconque dont les yeux ternes disaient l'ennui d'une vie sans attrait. Une pauvre fille.


Après avoir brûlé chaque papier avec un soin maniaque et éparpillé les cendres dans le vent, il regagna sa voiture. Il prit une carte dans le vide-poche et la consulta longuement. Sa destination : la Vendée. Entre quatre et cinq heures de belle route depuis Paris.


***


Pour un samedi matin, l'autoroute A11 n'était guère fréquentée. Il s'arrêta sur l'aire de repos des Portes d'Angers. Il lui restait à prendre la nouvelle portion qui le conduirait aux Essarts, puis un bout de nationale jusqu'à La-Roche-sur-Yon, but du voyage.

Encore 1 h 30 de trajet d'après ses estimations, ce qui le ferait arriver en fin de matinée. Il aurait largement le temps de reconnaître les lieux avant d'agir, le soir même si possible. Mieux valait ne pas trop traîner dans ces villes de province où tout le monde se connaissait plus ou moins et où, hors-saison, l'étranger était vite repéré.


Pour être sûr de ne pas trouver porte close, il lui restait une dernière démarche à accomplir avant de reprendre le volant. Il s'assura d'un coup d'œil qu'il était toujours seul sur l'aire d'autoroute avant de gagner l'unique cabine téléphonique. À carte, bien sûr. Mais il ne commit pas l'erreur d'utiliser sa carte Pastel pour payer, pas plus qu'il ne prendrait sa Visa pour régler le péage et l'essence. Pas de trace, telle était sa devise. Surtout que les termes de la mission exigeaient qu'il utilise sa voiture personnelle ; c'était déjà un handicap suffisant.


Il sortit la carte Telecom toute neuve achetée pour l'occasion et l'introduisit dans la fente de l'appareil. Après trois sonneries, on décrocha.


– Allô oui ?


Il devina immédiatement que c'était la femme de la photo. Cette voix morne collait tout à fait avec son physique sans attrait, ses cheveux plats et ses yeux tristes.


– Allô Janine ? dit-il, suivant son plan.

– Il n'y a pas de Janine ici. Vous avez dû vous tromper de numéro.

– Ah… Excusez-moi madame. Désolé. Au revoir.


Il raccrocha avec satisfaction. Être tombé sur elle du premier coup était bon signe. Il allait pouvoir expédier l'affaire très vite. Une fois encore, il brûla la carte de téléphone utilisée afin de ne laisser aucun indice puis reprit la route en récapitulant mentalement la suite des opérations.


***


Il arriva comme prévu à La-Roche-sur-Yon sur le coup de midi. Première étape : découvrir la ville pour repérer l'adresse de la femme. Elle habitait rue d'Iéna, un grand ensemble HLM d'un quartier appelé « La Garenne ». Qui avait eu assez de cynisme pour baptiser cet endroit d’un nom aussi symboliquement réservé aux victimes ? Cette réflexion lui remit soudain en mémoire les parties de chasse avec son grand-père dans les coteaux chalonnais, ces terriers qui pullulaient de lapins affolés débusqués par les furets et bondissant au grand jour pour se faire tuer. Puis la myxomatose était venue et avait décimé les garennes. Le grand-père aussi était mort, la propriété familiale vendue.


Il secoua la tête pour chasser les souvenirs. Ce passé-là n’avait plus rien à lui apporter. Les clés de son avenir étaient dans sa mission actuelle et il ne devait pas se déconcentrer. Il se rendit donc au Syndicat d'Initiative après avoir laissé sa voiture sur le parking d'un supermarché et se procura un plan de la ville. Il remarqua que de nombreux bus sillonnaient les rues et s'en réjouit. Plus besoin de sa voiture pour l'instant. Voilà qui lui ôtait une grosse épine du pied car, en novembre, sa plaque parisienne pouvait être un peu trop remarquée.


Il localisa sur le plan l'adresse qu'il cherchait, ainsi qu'une ligne de bus qui desservait l'endroit. La nuit tombant assez tôt, il pourrait établir son timing en démarrant à 18 h 30. Cela lui laisserait le loisir de voyager à l’aller et au retour dans un bus assez fréquenté pour ne pas attirer l’attention.


Par contre, il descendrait au centre ville, place Napoléon, et irait à pied récupérer sa voiture, parquée entre temps sur la contre-allée extérieure du boulevard d'Angleterre. Il ne pouvait rester trop longtemps garé au supermarché et, d’une rapide reconnaissance, s’était assuré d’un nouveau lieu de stationnement. Non payant, bien sûr. Pas de risque de récolter une contravention ni d’obligation d'acheter un ticket de parking compromettant.


Tout ceci s’agençait à merveille et renforça son optimisme pour la suite. Il décida d’attendre l’heure propice en allant manger un morceau, puis il irait au cinéma. On ne devait pas le voir traîner en ville.


***


La cage d'escalier était obscure mais il n'alluma pas la minuterie. Seule la phosphorescence discrète de sa montre faisait tache dans le noir. Il était 18 h 52.


Évitant l'ascenseur, il gravit en silence les trois étages envahis d'odeurs de cuisine. Sur chaque palier, il s'arrêta un moment pour écouter les bruits de l'immeuble. Tintements de casseroles et hurlements de télé, brouhaha confus de voix entre cris de bébés et disputes d'enfants, bruits de chasses d'eau... Rien qui annonçait qu'un des locataires s'apprêtait à sortir. On préparait le souper dans les familles et c’était l’une des raisons pour lesquelles il avait choisi cette heure.


Le palier du troisième était désert. À la lueur de son briquet, il chercha le numéro de l'appartement repéré dans l'après-midi : le 312. C'était le second au fond du couloir.


D'après ses observations de la journée, trois personnes vivaient là : la femme, son mari et un enfant en bas âge. Ils étaient sortis ensemble vers 15 h, puis il les avait vus rentrer les bras chargés de courses deux heures plus tard. Il aurait préféré que la femme soit seule avec le marmot, bien sûr, mais tous les scénarios étaient envisagés.


Si l'homme ouvrait en premier, il l'assommerait d'un coup de matraque puis s'occuperait de la femme. Si c'était elle qui ouvrait, il demanderait à parler au mari et enchaînerait de la même façon. Il avait même prévu une arme à feu pour neutraliser le mari si quelque chose allait de travers, mais il espérait éviter cela. Ce serait considéré comme une tricherie et donc un échec.


Si par contre personne n'ouvrait et qu'on demandait qui c'était à travers la porte, il dirait…


Un bruit de verrou interrompit brusquement ses réflexions. Il sursauta, eut tout juste le temps de se reculer à l'angle du corridor alors qu'un grand carré de lumière jaune crevait l'obscurité du palier. La porte du 312 venait de s'ouvrir.


Le mari sortit et alluma la minuterie avant de se retourner vers sa femme :


– Je ne rentrerai pas avant minuit ; pas la peine de m'attendre, ma puce…

– Oh je ne serai pas couchée, dit-elle de sa voix fatiguée. Il y a plusieurs émissions intéressantes à la télé, ce soir.

– Comme tu veux. À tout à l'heure, alors, bijou.


Ils s'embrassèrent du bout des lèvres et le mari prit l'ascenseur. La femme referma la porte palière puis le calme revint, troublé seulement par les bruits du quotidien.


Dans son recoin, l'homme jubilait : impossible d'avoir plus de chance que cela. S'il y allait tout de suite, elle croirait à un retour inopiné de son mari… Allez, un peu d'audace !


D'un index moite enrobé d'un mouchoir, il pressa la sonnette du 312. Au bruit de la clenche, il sentit ses nerfs se nouer et eut un instant le sentiment qu'il allait commettre un acte irréparable, aussi lâche qu'injuste, et qu'après plus jamais il ne serait le même homme.


Mais cela ne dura qu'une infime seconde. Déjà, il reprenait son sang-froid, se souvenait de l'enjeu et de tous les efforts déployés pour atteindre son but. Il ne renoncerait pas.

Sa matraque s'abattit brutalement alors que la femme de la photo, au visage aussi effacé que sa voix, ouvrait en grommelant :


– Tu as encore oublié ta clé ?


Elle ne vit même pas venir le coup qui l'assomma net. Il tira à la hâte le corps à l'intérieur, referma derrière lui, écouta une seconde l'obscurité alors que son cœur cognait à cent à l'heure dans sa poitrine.


Il s'agenouilla auprès de la jeune femme évanouie, commença à déboutonner le col de son corsage. Sa peau d'une pâleur laiteuse ressortait dans la pénombre de l'entrée. Il n'aurait pas besoin de lumière et c'était mieux ainsi. Il préférait œuvrer sans voir son visage.


Dans sa poche gauche, sa main saisit une fine cordelette tressée qu'il déroula d'un tour de poignet. Il souleva alors la tête de la femme, passa la cordelette autour de sa gorge et, d'un geste inexorable, se mit à serrer de toutes ses forces en essayant de ne penser à rien d'autre qu'à son objectif final.


Le corps eut soudain une série d'horribles soubresauts mais la femme ne reprit pas conscience. Le cœur battant à tout rompre et une sueur visqueuse lui perlant aux tempes, l'assassin maintint sa prise de vive force jusqu'à ce qu'elle ne remue plus du tout. Il lui prit le pouls pour s'assurer de sa mort puis dénoua la cordelette, la rempocha et s'en alla comme il était venu.


Il laissait derrière lui le cadavre encore tiède de Barbara Davie, une jeune femme de 24 ans qu'il ne connaissait même pas.


***


« CRIME PASSIONNEL À LA-ROCHE-SUR-YON

Une mère de famille assassinée !

Dans la soirée de samedi, Jean-Jacques Davie, employé SNCF à la conduite jusque-là irréprochable, a sauvagement étranglé sa jeune épouse pour des raisons encore indéterminées. On reste confondu devant le cynisme de cet assassin qui, abandonnant son bébé de huit mois seul avec le corps de sa femme morte, s'est rendu comme si de rien n'était à son club de football pour passer une soirée entre amis.

Ce sont les pleurs incessants de l'enfant qui ont fini par alarmer les voisins, aux alentours de 22 heures. Mme Davie ne répondant pas à leurs coups de sonnette insistants, ils ont alerté le gardien de l'immeuble qui a découvert le drame.

L'enquête policière s'est aussitôt orientée vers les proches de la victime. Son mari, après avoir été longuement entendu, a été mis en examen malgré ses protestations d'innocence. Il ne semble pas en mesure de fournir un alibi pour l'heure du crime.

Drame de la jalousie ? Coup de folie inexplicable ? Seule l'enquête permettra de découvrir ce qui a pu, en ce samedi soir comme les autres, faire basculer une famille sans histoires dans l'horreur… »


Tranquillement installé dans son luxueux appartement parisien dont les baies vitrées donnaient sur la tour Montparnasse, l'homme lut jusqu'à la dernière ligne l'article d'Ouest-France qui relatait le drame dès le lundi suivant. Le mari faisait un coupable parfait tombant tout rôti entre les griffes de la police. Du solide. Jamais les enquêteurs n'iraient chercher ailleurs un assassin fantôme sans mobile apparent.


Le coup de fil qu'il attendait avec impatience vint le tirer de ses pensées.


– Allô ?

– EIRES…


D'un réflexe automatique, il répondit au code bien connu par le mot de passe :


– ERION.

– Vous êtes élu, révéla alors une voix feutrée à l'autre bout du fil. Rendez-vous ce soir à l'endroit habituel.


L'homme raccrocha avec une intense jubilation. Pour un peu, il aurait esquissé un pas de danse sur son parquet de chêne ciré. Élu !!!

Il se servit un solide whisky « on the rocks » et s’affala dans son fauteuil club. Il avait encore un peu de peine à se faire à l’idée qu’à dater de ce soir, et pour deux ans, il devenait le Président du Cercle EIRES ERION. Après trois postulats infructueux et six ans d'attente.


Il but son whisky cul sec en laissant son regard errer sur sa bibliothèque. Elle contenait l’intégralité des célèbres romans à tranche noire et écriture jaune en format de poche. Sa réussite était là.


EIRES ERION… SÉRIE NOIRE…


Sa vie avait changé depuis qu'il avait intégré, parrainé par un ami de son père, ce Cercle très fermé réservé aux vrais passionnés de romans noirs. Les membres se réunissaient chaque semaine pour préparer les challenges trimestriels : quatre fois par an, une équipe tirée au sort reproduisait, dans de fantastiques jeux de rôles, les intrigues les plus scabreuses tirées de certains polars de la célèbre Série Noire. Les mises en scène, filmées en décors naturels, étaient d’un réalisme qui frisait souvent l'illégalité. Mais qu'importait, du moment que le frisson était au rendez-vous. Les films, projetés ensuite lors de séances spéciales, remportaient toujours un franc succès et le comité élisait le meilleur. Les récompenses valaient leur pesant d’or.


L’affaire se corsait pour celui qui ambitionnait la présidence du Cercle, avec tout le prestige et les avantages supplémentaires que cela comportait. Mais pour candidater, il ne suffisait plus de jouer des rôles ; il fallait du vécu.

C'est pourquoi on avait imposé aux postulants à cette charge hautement honorifique une épreuve-choc : d'un numéro de la Série Noire choisi au hasard dans la collection complète en possession de chaque membre du Cercle, on prenait le nom d'une victime. Puis, par Minitel ou Internet, on cherchait quelque part en Europe un homonyme... que le candidat-président était chargé de tuer de la même façon que dans le livre. Sans se faire prendre, bien entendu. On appréciait ensuite son talent selon les résultats obtenus.


Cette fois, le sort était tombé sur une certaine Barbara Davie, morte étranglée dans le roman de Série Noire portant le n° 1855.


 
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   maria   
23/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

j'ai essayé de me convaincre que je n'aimais pas cette histoire amorale. Rien à faire, je l'adore.

J'ai laissé de côté ce Cercle de passionnés de romans noirs car j'ai tout de suite pensé à une grande entreprise (maison d'édition, pour ce cas). Pour réussir, elle a besoin d'un PDG compétent (connaissance parfaite de l'activité, du terrain) et surtout prêt à tout pour sa société.
Je suis peut-être loin des intentions de l'auteur(e) mais j’ai lu son texte comme un exemple de méthode de recrutement.

Un style neutre, un personnage sans émotion, un début un peu lent, mais j'ai beaucoup aimé la fin glaciale et absurde.

Merci pour le partage et à bientôt.
Maria en E.L.

   cherbiacuespe   
23/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Morbide, autant que devait être ennuyeuse la vie de cette pauvre madame Davie...

Un style d'écriture épurée, pas de fioritures inutiles, c'est précis, concis, direct, aucune description inutile. On ne risque pas de s'éloigner du but ultime, et c'est peut-être le seul reproche à faire, car cela anesthésie toute chance d'être surpris par un dénouement sans morale.

On aurait du mal à trouver dans ce scénario, débarrassé de tout superflu, une faute de rigueur quelconque.

Cherbi Acuéspè
En EL

   Eclaircie   
24/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Lectrice à temps plus que partiel de nouvelles, j'ai cliqué sur celle-ci, pour voir. Peut-être parce que j'aime les nouvelles de cette catégorie, thriller en particulier.
En début de lecture, j'ai trouvé l'écriture bonne mais le sujet ne m'a pas semblé original. Alors j'avoue avoir poursuivi un peu en diagonale pour confirmer mon impression.
Et je suis arrivée à l'article de journal. Là j'ai été bluffée, je suis remontée et j'ai tout lu.
Ceci n'est pas une critique, désolée, mais juste un ressenti de lecture.

Merci du partage.
Éclaircie

   Donaldo75   
5/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Ce qui est bien avec cette nouvelle, c'est qu'elle se lit toute seule; en plus, elle explique tout bien comme il faut à la fin, de quoi s'assurer le soutien de beaucoup de lecteurs. De ce fait, je n'ai pas eu à interpréter le récit, à en chercher un sens caché ou que sais-je encore de bien fatigant pour mes neurones. Et comme le style est propre, c'est encore plus facile à lire.

Que demander de plus ?

   Harvester   
5/6/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
C'est fluide et bien construit en ce qui concerne l'expression écrite mais il y a des faiblesses scénaristiques :

La mission est dévoilée via un courrier rapidement détruit pour les raisons d'anonymat et de discrétion qu'on imagine, soit !
En revanche, c'est un appel téléphonique qui informe le personnage principal de sa nomination à la présidence d'un club d'assassins (pour le dire sobrement.)

Ce qui veut dire en clair que les commanditaires restent dans le secret d'un anonymat absolu tandis que l'assassin en puissance leur est connu et n'est pas anonyme du tout pour ceux-ci ! C'est accorder beaucoup de confiance à ces gens-là ! Le tout pour une nomination à un poste fantôme dont on voit mal l'intérêt ! Cherche à qui le crime profite mais ici je ne vois aucun profit capable d'engager qui que ce soit à prendre de tels risques.

Inutile de dire que si je postulais un tel poste, ce serait dans l'anonymat le plus complet et que je ne laisserai jamais un numéro de téléphone à qui que ce soit ni la moindre occasion de connaître mon identité.

Etre mandaté pour un crime par voie de courrier anonyme passe encore (dans la fiction j'entends), mais laisser un numéro de téléphone qui puisse faire l'objet d'un repérage jamais ! Même les petites frappes qui tuent pour quelques euros connaissent les dangers du téléphone portable (ou pas d'ailleurs), autant dire que d'un personnage lecteur de la Série Noire on attend un peu plus de maturité pour ne jamais consentir une chose pareille.

L'utilisation de la voiture personnelle pour accomplir la "mission" ? On est sérieux là ? Et qui plus est c'est une condition imposée et nécessaire ? Donc vérifiable par on ne sait quel zozo commanditaire ? Hou la la mais quel mic-mac ! Faut vraiment pas avoir peur des dénonciations.

En outre, je m'étonne de la fadeur de la victime choisie seulement sur une question d'homonymie. Même pas le plaisir de descendre un salopard qui puisse mériter une fin brutale (je reste dans l'idée de fiction hein nous sommes bien d'accord!)

Bref, c'est mignon mais vraiment primaire de chez primaire comme scénario, quant à l'idée que l'enquête se satisfasse de la culpabilité du mari sur des présomptions aussi faibles c'est n'accorder que bien peu de crédit au capacités des enquêteurs.

En tout cas j'aurais bien vu une fin plus intéressante où le personnage principal — tellement content de lui — serait dénoncé par ses commanditaires trop heureux d'avoir manipulé un "benêt", ce qu'est ce personnage au final !


Pour l'écriture un "bien" et "vraiment pas" pour le scénario qui pêche vraiment par trop d'inepties.

   Tiramisu   
5/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

J'ai bien aimé, l'écriture et le scénario qui nous tiennent en haleine. A chaque ligne, je me suis interrogée, qui et pourquoi ?

La chute est féroce, ce club fermé obsessionnel du roman noir va jusqu'à vérifier dans la réalité que le crime parfait existe.

Et le crime est parfait et même plus que parfait dans ce cas, les femmes tuées par leur compagnon sont dans les médias plusieurs fois par semaine (une femme tous les trois jours en France). Il est évident que c'est le mari qui allait se faire accuser.

Ceci dit notre meurtrier a eu beaucoup de chances, le mari aurait pu avoir un réel alibi. Car une chose que n'a pas anticipé notre criminel, il ne sait pas si le mari serait à la maison. Il pensait l'assommer si c'était le cas, entre temps, la femme aurait eu le temps de crier, il y aurait pu avoir un ami à la maison etc ... Donc, je dirais qu'il a eu surtout beaucoup de chance, et qu'il est loin d'exceller dans le domaine. Même si le mari n'était pas accusé, c'est vrai que peu importe, ne laissant aucune trace, n'ayant aucun lien avec la victime, le criminel ne risquait rien.

Et puis, c'est vraiment amoral, car non seulement une innocente est tuée, un innocent inculpé, et un bébé se retrouve seul.

J'aurais aimé que cela se corse un peu pour lui, qu'il y ait un retournement de dernière minute. Et les coupables soient inquiétés ...
Merci pour cette lecture.

   Dugenou   
5/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Animal,

Dès le début de votre texte, j'ai assimilé votre tueur à un sociopathe. Il est itinérant... sait profiter de chaque occasions... il improvise... mais, problème, il est trop prévoyant, trop méticuleux, et cela nuit à la crédibilité du personnage. Il vit l'instant, certes, mais projette trop à long terme.

Le roman de série noire dont il s'inspire ne devait pas être très documenté sur ce type de personnage, alors...

Dugenou.

   Shepard   
5/6/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
J'aime l'idée de fond, d'un cercle qui cherche à reproduire des crimes par délire pervers, mais l'exécution ne m'a pas convaincu... Bon, je suis aussi assez exigeant avec le genre polar.

Remarque :
- Quel est le but du coup de fil initial ? Alors que l'assassin passe ensuite son temps à observer sa victime, vérifiant alors son identité. Là, il se base uniquement sur le ton de sa voix qu'il n'a jamais entendu...?

- Le meurtre lui-même est ok

- L’interprétation de la police est tordue, bien que je ne dis pas que ça ne pourrait jamais se produire... L'homme n'a aussi aucun mobile pour tuer sa femme. Et quid de l'arme du crime ? Qui se trouve nulle part ? Un peu trop facile...

- Le twist final, un peu trop explicatif à mon goût personnel. Je ne comprends quand même pas ce que l'assassin retire de tout ça ? L'enjeu devrait être plus clair. Je pense que la révélation finale aurait pu être réalisée d'une autre façon, mettant en image le rôle de ce fameux "poste".

Écriture autrement de qualité, qui n'en fait pas trop, ça colle au genre. Cela rattrape le tout, car même si je n'ai pas été porté par l'intrigue je n'ai eu aucun mal à finir.

   hersen   
7/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je trouve ton scénario très intéressant, à savoir cette faculté à se persuader soi-même que tuer une inconnue va te propulser dans une sphère qui t'attire... qui sera forcément délétère, puisque basée sur une perte totale des repères humains les plus élémentaires.
J'aime aussi beaucoup l'idée de passionnés, au sens le plus noir du terme, qui vont finalement élaborer concrètement ce qui à la base n'est qu'une lecture. Il y a là une transposition intéressante. Peut-être que j'aurais aimé un plus important développement psychologique contrebalançant ce récit où le factuel prend un peu trop de place. Je ne dis pas qu'il y en a en trop, mais je pense que les motivations du prétendant au titre mériteraient d'être plus mises en avant, car c'est finalement cela qui donnerait toute la résonance de l'acte qu'il va commettre.
J'ai aimé aussi comment finalement le meurtrier s'en sort avec les honneurs de son "clan" puisque non seulement il ne sera pas pris, mais on ne cherchera sans doute pas plus loin puisque le mari est le premier suspect, le plus plausible, alors qu'on vient de nous décrire une scène sur le palier qui prouve le contraire.
La spirale policière, judiciaire, tient à peu de chose.

merci pour cette nouvelle intéressante qui, en l'état, manque de percutant au moment de la lecture, mais qui est intéressante dans sa conception.

   ANIMAL   
7/6/2020

   ecritvain   
7/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Merci pour ce moment de lecture. J'ai apprécié la précision chirurgicale de l'écriture, ainsi que la profusion de noms et de détails géographiques, qui a participé pour moi à donner une vraie ambiance de "polar" à ce récit, ce qui n'est pas aisé pour une nouvelle. Tout est expliqué et compréhensible, ce qui procure un sentiment de satisfaction bienvenu au lecteur qui se demande tout au long de sa lecture ce qu'il en est de cette fameuse "mission" morbide. Quelques bizarreries d'écritures ("écouter l'obscurité", "un solide whisky") m'ont parfois fait tiquer mais avec du recul participent au charme du texte.

La véritable star du récit est finalement son scénario, ce qui se justifie au vu de son originalité. J'aurais peut-être aimé un peu plus de développement de la personnalité du tueur, à peine effleurée par le passage sur les parties de chasse avec son grand-père, ainsi que des sentiments que lui inspirent son acte. Ressent-il de l'excitation ? A-t-il des doutes ? Remet-il en question ne serait-ce qu'un instant son acte, ou est-il totalement pris par le "jeu" ? Il me paraît peu aisé de croire qu'il n'a pas de sentiments ambivalents au moment de commettre un tel acte, à moins d'avoir une personnalité de sociopathe complet.

Bref, merci encore, et bravo !

   Louis   
7/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Cette nouvelle présente un rapport intéressant entre la fiction et le réel, l’écrit et le vécu.

Le primat revient d’abord à l’écrit.
L’activité du Cercle est significative : « une équipe tirée au sort reproduisait, dans de fantastiques jeux de rôles, les intrigues les plus scabreuses tirées de certains polars de la célèbre Série Noire »
Il s’agit d’imiter, dans la vie, ce qui est d’abord écrit dans les romans, mais pas n’importe quels romans, exclusivement ceux de la Série noire.
Le scénario, d’abord écrit, se trouve mis en scène et joué par des acteurs. Des épisodes de vie sont théâtralisés à partir d’un scénario romanesque.
Le texte du roman dicte ce qui est à jouer dans la vie.
C’est aussi un message écrit qui commande l’épisode de vie du personnage narrateur : «L’enveloppe contenait un minimum d’instructions : lieu, identité, nature de la mission ».
Le personnage narrateur cherche une prééminence dans le Cercle, il lui faut pour cela porter la logique du groupe de « passionnés » de romans noirs jusqu’à son extrême. Plus qu’une imitation théâtrale, l’écrit devra se faire pur vécu. Le roman noir ne se lit pas seulement, il se vit.
Il se trouve toutefois réduit à ce qu’il comporte de plus transgressif : la transgression criminelle.

Don Quichotte calquait sa vie sur les écrits des épopées chevaleresques du Moyen-âge, le personnage, narrateur de cette nouvelle, fait de sa vie une histoire de roman noir.
Un bovarysme s’exprime ici, qui consiste à construire la vie à partir de la lecture de romans. Mais de romans noirs, et non de récits romantiques, ni de narrations épiques.

Ce n’est donc pas l’écrit qui imite la vie, mais l’inverse. Pourtant, le roman noir s’inspire du réel, d’un aspect du réel. Un cercle se constitue, que l’on peut bien ici qualifier de « vicieux », entre le réel et l’écrit, l’un faisant écho à l’autre. Le nom du groupe des passionnés se nomme aussi le Cercle. Ce caractère circulaire s’avère plus vaste qu’il n’y paraît d’abord. Les jeux de rôle organisés, en effet, sont filmés : « Les mises en scène, filmées en décor naturel, étaient d’un réalisme qui frisait souvent l’illégalité ». Le texte donne lieu à une ‘’re-présentation’’ théâtrale qui, elle-même, se trouve représentée par l’image. On tourne dans le cercle de la représentation. La vie réelle se trouve diffractée entre le texte, l’image et le jeu scénique. La vie elle-même devient représentation.

Pourtant cette représentation n’est pas destinée à un large public, le caractère transgressif des scènes « frisant l’illégalité » ne l’autorisant pas. Seul un cercle restreint de « passionnés », un monde en miniature, peut en être spectateur : « Les films, projetés ensuite lors de séances spéciales, remportaient toujours un franc succès »
Il est alors remarquable que l’acte meurtrier, commis par le personnage narrateur, doit être, lui, parfaitement invisible, tout à fait irreprésentable. Il doit être connu et reconnu en son sein, par les membres du Cercle, mais ne laisser aucune trace dans le monde extérieur. Au-delà de la représentation, l’acte dicté par un texte, doit devenir du vécu, doit se faire réalité. Le passage réussi de l’écrit à la vie réelle, par-dessus le cercle de la représentation, vaut bien à son auteur la place éminente au sommet du Cercle, en ce qu’il accomplit totalement sa finalité, « il ne suffisait pas de jouer des rôles ; il fallait du vécu »

Le cercle premier entre le roman et le réel, lui, bien sûr, n’est pas vraiment brisé.
Mais pourquoi le passage par le roman noir, et non un roman qui offre des modèles d’actes héroïques ?
Le crime commis ressemble fort à cet « acte gratuit » que veut commettre Lafcadio dans le roman d’André Gide, Les caves du Vatican. Le crime du narrateur, en effet, comme celui de Lafcadio, est immotivé ( les victimes sont inconnues de leurs auteurs et ne peuvent présenter des raisons et motifs de meurtre), illégal et immoral.
Lafcadio croit agir par pure liberté d’un acte indéterminé, le narrateur par la gratuité d’un jeu.
Tous deux s’illusionnent, parce qu’il est clair que le narrateur, en particulier, est poussé à commettre son acte par ses désirs de prestige et de pouvoir à réaliser au sein du Cercle, de puissantes motivations, mais aussi parce que tous deux obéissent à des motifs qu’ils ignorent.
Quel est l’impensé, l’inconnu, l’ignoré mobile du personnage narrateur ? Cette raison ou ces causes que lui-même ignore ?
Le texte reste assez muet sur cette question.
Néanmoins, quelques indices sont proposés. Le narrateur réside dans « un luxueux appartement parisien dont les baies vitrées donnaient sur la tour Montparnasse », il fait partie d’une classe sociale aisée, dont les besoins et la plupart des désirs sont satisfaits. Il ne réussit plus à trouver de « sensations fortes » dans la vie que dans les scènes de roman noir, que dans le transgressif, violent et criminel.
Pour tromper son ennui, l’aventure de vivre ne trouve d’autre couleur que celle du noir.

Ou bien le narrateur serait-il à ce point amoureux des livres, qu’il en vient à se transformer en un livre vivant ?
Serait-il atteint, par son bovarysme particulier, de ce que l’on a pu appeler « une pathologie de la lecture » ? Ou d’une « maladie textuellement transmissible » : comme dit Daniel Pennac ?

Merci Animal.

   plumette   
9/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
j'ai beaucoup aimé la façon dont est racontée la mission. L'entrée en matière plonge immédiatement le lecteur dans une interrogation: qui a pu mettre un contrat sur la tête de cette pauvre fille?
le déroulement de la mission est sans incident, l'assassin a une sacrée veine, ça roule! Et alors que cela pourrait être un peu ennuyeux, il y a dans le luxe de détails quelque chose qui a continué de m'accrocher.

j'ai loupé un petit maillon à propos de la "planque" de l'après midi où l'assassin est censé avoir fait des repérages qui vont lui permettre de mener à bien sa mission. N'est-il pas allé au cinéma?

le dénouement est tout à fait singulier et donne un relief particulier à cette nouvelle.
La folie du polar qui s'insinue dans la vraie vie!

un tout petit regret: l'assassin est assez peu incarné.on apprend qu'il a déjà tenté sa chance pour la présidence; On sait qu'il est riche ( l'appartement luxueux) et qu'il ne veut pas s'attarder à ses souvenirs d'enfance. Sans doute était-ce nécessaire de livrer peu pour laisser l'imaginaire du lecteur faire le reste...

un bon moment de lecture, une habileté certaine à maintenir le suspens.

   clarix   
20/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J aime beaucoup ce texte, immoral et cynique à souhait. Le recit nous tient en haleine et on s interroge sur ce curieux tueur à gages.. ( " curieux" , c une façon de parler car je ne m y connais pas vraiment en tueur gages). Le pire moment de cett e aventure se trouve à la fin lorsque le héros semble avoir un sursaut d humanité et de pitié pour la jeune femme ,empathie qu il surmonte rapidement en se remémorant l importance de l enjeu...
J ai été surprise par les allusions un peu datées, carte routière en papier, emploi du minitel. Peut-être est ce volontaire et je n ai pas saisi la raison.
Félicitations pour ce " bonheur dans le crime" !

   Sylvaine   
22/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Nouvelle habilement menée, où l'on ne s'ennuie pas une seconde et dont la chute parvient à surprendre malgré l'indice laissé au passage qui évoque la possibilité d'une "tricherie", donc d'un jeu. L'écriture est efficace et sans fioriture. Je regrette, cependant, la formule "son cœur battait à cent à l'heure", qui fait un peu "roman de gare", alors que le texte vaut beaucoup mieux, et je me demande si le mot "postulat" peut être employé au sens de "postulation".


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