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Réalisme/Historique
ANIMAL : Le capharnaüm [Sélection GL]
 Publié le 20/08/20  -  18 commentaires  -  5712 caractères  -  87 lectures    Autres textes du même auteur

Un partage de territoire.


Le capharnaüm [Sélection GL]


Ce jour-là j'avais décidé de m'attaquer au capharnaüm au fond du jardin. Depuis quatre ans j'entassais contre le mur nord, là-bas dans ce coin caché à la vue des visiteurs, tout ce que je ne savais pas où ranger mais que, bien sûr, il ne me serait pas venu à l'idée de jeter. Bois de récupération, pots de fleurs en attente de locataire, tuteurs, bâches, vieux tuyaux d'arrosage…


Bref, une soif de rangement m'était venue, surtout attisée par quelques remarques en apparence anodines de mon mari. Il y avait là un nid de mauvaises herbes qui s’étendait chaque année, l’air de rien, au détriment de notre modeste jardin.


Persuadée depuis toujours que la réflexion est supérieure à la précipitation, je fis escale dans notre petite serre d'où j'avais une vue directe sur le mur nord. Bien calée dans un des fauteuils en osier au milieu des plantons, je sirotais un thé en observant le tas litigieux.

Par où allais-je commencer ? Allais-je avoir besoin de l'aide de mon cher et tendre pour bouger ces deux grosses poutres destinées à finir, un jour, en bois de chauffage ? Où avais-je donc rangé la serpette qui me semblait nécessaire pour venir à bout de cette forêt d’orties ?


Un plan de bataille se dessinait peu à peu dans mon esprit lorsque je captai un mouvement du coin de l'œil. Intriguée, je redoublai d'attention et ma patience fut très vite récompensée. Une forme sautillante surgit de sous une longue planche vermoulue recouverte d'une couche impressionnante de champignons xylophages.

La merlette rondelette au plumage d'un brun neutre qui venait d'émerger de cette cachette jeta de son œil vif un regard attentif alentour. Après s'être assurée de l'absence de tout danger, elle s'éloigna d'un coup d'aile, se posa au milieu de la pelouse et s'absorba dans une quête intensive entre les brins d'herbe. Dès qu'elle piochait quelque chose, elle s'en retournait vivement au mur nord, disparaissait sous la planche et en ressortait quelques instants plus tard, toujours aussi alerte et méfiante. Puis le manège reprenait.


De temps en temps, l’infatigable merlette jetait un coup d'œil vers la serre, située à moins de quatre mètres de son terrain de chasse. Je ne faisais guère de mouvements, à part soulever ma tasse et boire une gorgée de thé de temps à autre. Mais je suis certaine qu'elle m'avait repérée depuis le début. Et sans doute classée dans la catégorie « non prédateur » ou « hors zone de sécurité », allez savoir ce qui se passe dans le cerveau d'une merlette.


Je restai un bon moment à la regarder faire, un sourire niais au coin des lèvres. Mon thé bu, je n'avais plus aucune excuse pour rester là à paresser. Plus aucune envie non plus d'aller tripatouiller le capharnaüm.


À moins d'être complètement idiote, il suffisait d'observer quelques secondes le manège de l'oiselle affairée pour comprendre qu'elle avait fait son nid quelque part là-dessous. Et à moins d'être non seulement idiote mais de surcroît méchante, je n'avais aucune vraie raison d'aller la déranger.


Pour ma part, le rangement pouvait attendre « ad vitam æternam » puisque je venais de trouver un excellent motif pour y surseoir.


Trois ans ont passé et le tas est toujours là, enrichi de quelques rebuts supplémentaires. Je me contente, à l'automne, d'arracher le surplus d’orties, lierres et autres mauvaises herbes sous peine de voir tout le jardin envahi au printemps suivant. Ma merlette est fidèle au poste.


Parfois les soirs d'été, lorsque mon mari et moi prenons le frais dans la serre, elle s'approche de la vitre et nous regarde en penchant la tête d'une façon tout ce qu'il y a de comique. Elle semble se demander « quelles sont ces drôles de bêtes ? » puis repart en sautillant.


Je n'ai jamais essayé de l'apprivoiser ou de la nourrir ; elle se débrouille très bien toute seule pour élever ses nichées.

Curieusement, je n'ai jamais vu le mâle, bien que j'aie souvent entendu ses trilles mélodieux, pas plus que les oisillons. Ma merlette est d'une discrétion exemplaire, condition indispensable à sa survie étant donné le nombre de chats, fouines, milans et autres prédateurs qui rôdent dans les environs.


Depuis qu'elle habite sous mon tas de rebuts, j'ai changé quelques habitudes de jardinage. Je laisse sur place les pommes et prunes tombées à terre au lieu de les rassembler dans le compost avec les autres résidus du jardin. On n'imagine pas le nombre d'animaux qui s'en nourrissent. Oiseaux, insectes, hérissons, limaces (soit dit en passant, depuis que je laisse les fruits à terre, elles ne dévorent plus mes légumes car visiblement elles préfèrent les prunes mûres…), toute une faune profite des largesses de mes arbres fruitiers.


Et à la mauvaise saison, fouillant sous la neige à la recherche de quoi manger, les oiseaux sédentaires découvrent avec ravissement des pommes gâtées qui leur font aussi bon profit que les quelques boules de graisse que je parsème ça et là.


En respectant ces autres locataires qui habitent au même endroit que moi (ou l'inverse), j'y ai aussi trouvé mon compte. Tout d'abord j'ai beaucoup moins de travail de ramassage (croyez-moi c'est épuisant) et, surtout, j'éprouve un plaisir infini à savoir mon jardin vivant en toutes saisons.


Chants d'oiseaux, pépiements, zonzons variés, traces de pattes diverses dans la boue ou la neige… C'est un enchantement sans cesse renouvelé et c'est volontiers que je partage les ressources de mon petit terrain avec ses autres habitants, même si pour la plupart je ne les ai jamais vus.


Mon mari sourit sans répondre en tirant sur sa pipe lorsque chaque année, à la même époque, je lui suggère en essayant de prendre un air sérieux : « Et si je rangeais le capharnaüm ? »


 
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   socque   
28/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
C'est vrai qu'on redécouvre de plus en plus largement les bienfaits de la cohabitation pacifique avec la faune modeste de nos jardins, sans intervention humaine indue... Votre texte les rappelle avec simplicité, et cela m'a fait plaisir de le lire. Une manière apaisée de côtoyer la nature.

   Anonyme   
28/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Cette nouvelle rédigée avec un style quasi-épistolaire (on pourrait imaginer une lettre écrite à un·e ami·e) est un ravissement pour moi.
Je ne sais s'il s'agit d'une narratrice de convention ou de l'autrice mais c'est tout à fait ce que j'aime. Une écriture toute de simplicité apparente mais ne négligeant aucun des ressorts nécessaires pour susciter l'intérêt des lecteurs.

J'aime beaucoup !

   Dugenou   
29/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Le capharnaüm, bordel inqualifiable s'est installé dans le fond du jardin. Et pourtant, plutot que le ranger, la narratrice a choisi de le laisser tel quel.

Car là, la nature, symbolisée par la merlette, a repris ses droits. Et la cohabitation entre humains et nichée, tout comme les autres hôtes du verger, se fait sans heurts. La solution était simple : il ne faut pas le ranger, ce capharnaüm...

Merci pour cet instant de vie en accord avec la nature.

En Espace Lecture.

   plumette   
30/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
un texte que je trouve très sympathique et dans lequel je me projette avec plaisir parce qu'il me fait voir le capharnaüm qui colonise mon jardin d'une manière différente.

un récit bien écrit et bien mené, avec ce qu'il faut de lenteur pour que le lecteur se représente le décor.

il n'en reste pas moins qu'il peut y avoir aussi du plaisir à dépiauter le capharnaüm!

Plumette

   Donaldo75   
5/8/2020
 a aimé ce texte 
Pas
Quelle aventure ! Ce texte m'a inspiré cette phrase de fin prononcée par Jean-Paul Belmondo dans "L'homme de Rio", un film mouvementé de Philippe de Broca où le personnage principal affronte de dangereux méchants, déjoue un complot, se sort de situations inextricables et frôle la mort toutes les cinq minutes. Alors, quand son camarade de contingent lui raconte une banale histoire du quotidien des gens qui s'emmerdent dans leur vie, il ne peut que s'en tirer par cette pirouette, une réplique utile pour mettre un râteau sans vexer.

Pourquoi faire référence à cette réplique culte ? Parce que ce texte m’a surpris par le manque de pitch dramatique qu’il révèle. J’ai cherché un second degré, une dimension cachée, un signifiant inconnu de ma petite cervelle de lecteur et je ne l’ai pas trouvé. Je ne me suis pas ennuyé car c’est pas mal écrit mais d’histoire je n’ai point vue. Rien. Nada. Est-ce que ça m’intéresse de lire ce type de texte ici, en Espace Lecture ou plus globalement sur Oniris ? La réponse est non.

Une autre fois.

   maria   
20/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour ANIMAL,

J'ai particulièrement aimé la relation femme/merlette.
Un peu comme une mère avec sa fille, désormais en âge de faire sa vie, "qui se débrouille bien toute seule".

L'idée que la nature n'a pas (toujours) besoin de l'intervention de l'homme est bien illustrée.
Le style simple, d'observation est efficace dans ce "capharnaüm".

Merci du partage, ANIMAL.

   dream   
20/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une intrigue plutôt convenue, certes, mais tellement pleine de douceur. Pas de rebondissements ni rien d’extraordinaire sans doute, mais une sorte de plaisir à lire cette petite bluette si bien écrite. Merci à l’auteur pour ces instants d’un bonheur tranquille et tendre.

dream

   Tiramisu   
20/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Animal,

J'aime bien cette histoire simple. Car elle est délicate.
Cette femme qui s'arrête et regarde, observe avant d'agir, qui voit le vivant derrière le capharnaüm et qui le respecte. Oui c'est délicat, combien l'humain y va à coups de bulldozer, il suffit de voir les énormes machines qui déforestent l'Amazonie, oui l'humain agit bien trop souvent sans délicatesse avec la nature (à coup de pesticides, à coup de hache, à coup de broyeuse et de fusil), et cette délicatesse est rare et pourtant pleine de promesse pour l'environnement. Etre attentif et respecter.

J'aime aussi cette façon de faire AVEC la nature et pas contre elle, donner une vieille pomme pour sauvegarder le potager, comme une communication sans mot parfaitement compris de part et d'autre.

Merci pour cette histoire pas si simple au fond avec un joli message ...

   Corto   
20/8/2020
 a aimé ce texte 
Pas
Il m'a été difficile de m'intéresser à cette nouvelle.
Je n'ai trouvé aucun piment, aucune surprise, aucun rebond, aucun aboutissement.
De plus le style adopté est vraiment très plat, convenu, à la limite ennuyeux.

Un récit de vie quotidienne non sublimé par quelque image poétique. La situation la plus extraordinaire est la découverte d'une merlette dans le jardin !

De plus des expressions comme "À moins d'être complètement idiote" sont pour moi rédhibitoires.

Je n'ai pas eu de plaisir à lire ce texte.

Avec mes regrets.

   poldutor   
20/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour ANIMAL
Belle petite nouvelle. Laisser en friche un petit bout de son jardin pour le bonheur des petites bestioles qui y vivent, c'est généreux et utile car le jardin devient vivant, et les petits invités sont vite familiers, et sans se laisser approcher de trop près, ne fuient plus systématiquement dès qu'ils nous aperçoivent, ils ne nous perdent pas de vue mais vaquent tranquillement à leurs affaires.

L'écriture est agréable et simple, on imagine un parent montrant cette oiselle à des enfants et leurs faisant sentir le plaisir de regarder les petits êtres de nos jardins sans volonté de leur nuire.
Merci pour la merlette et pour ses couvées.
Cordialement.
poldutor

   Robertus   
20/8/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai tout aimé dans cette nouvelle. Rien à jeter. C'est à me faire regretter de ne pas avoir de jardin.

Ce paragraphe est tout simplement d é l i c i e u x : " De temps en temps, l’infatigable merlette jetait un coup d'œil vers la serre, située à moins de quatre mètres de son terrain de chasse. Je ne faisais guère de mouvements, à part soulever ma tasse et boire une gorgée de thé de temps à autre. Mais je suis certaine qu'elle m'avait repérée depuis le début. Et sans doute classée dans la catégorie « non prédateur » ou « hors zone de sécurité », allez savoir ce qui se passe dans le cerveau d'une merlette. "

On imagine bien la narratrice en contemplatrice espiègle et très humaine dans le bon sens du terme.

Au plaisir de vous relire.

   ours   
20/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir Animal,

"Nous appartenons aussi au règne animal, et nous ne faisons rien d'autre que nous en souvenir lorsque nous prêtons aux autres animaux des affects, des émotions..." Voici ce que je lisais il y a quelque temps dans mon mensuel favori, citation extraite d'un article signé Isabelle Sorente : L’hôte de mon hôte.

Je trouve que votre nouvelle en est une belle illustration, observer la vie autour de nous, dans nos jardins, dans nos maisons (j'ai accueilli moi même une nichée dans les combles de ma maison) ... me semble être une philosophie nécessaire.

J'ai aimé la narration qui semble très personnelle et comme l'a souligné un autre commentaire, cela aurait pu être une lettre envoyée à un proche. La réflexion sur la notion de propriété du lieu est également très intéressante.

Au final j'ai passé un bon moment de lecture, même si j'aurais aimé que la réflexion soit poussée plus avant. Ce n'était certainement pas l'objet de l'auteure.

Au plaisir de vous lire

   ANIMAL   
21/8/2020

   Annick   
21/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai aimé ce récit où je me suis retrouvée dans le personnage principal, respectueuse de la vie, qu'elle soit humaine, animale ou végétale, d'ailleurs.
En fait, la narratrice a redonné un peu de territoire que l'on "vole" chaque jour aux animaux. Je veux parler plus largement de la forêt amazonienne et bien d'autres espaces encore.
Ici, la narratrice a opté pour la cohabitation harmonieuse mais en sacrifiant un peu de son territoire puisqu'elle renonce à ranger son capharnaüm
Comme je suis plutôt méticuleuse, personnellement, je l'aurais rangé en dehors de la période de nidation, tout en laissant intact ce petit sanctuaire où la merlette couve ses œufs. Mais pour l'intérêt de l'histoire, il vaut mieux que ce capharnaüm reste en l'état.

Merci.

   Arsinor   
23/8/2020
Une histoire sans histoire, c'est original mais assez ennuyeux. Rien ici n'accroche vraiment, l'ordinaire s'y étale sans pudeur. Je ne peux noter un texte qui n'est n'y une histoire ni un poème, encore qu'il ne soit pas désagréable.

   Alfin   
25/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Animal,
Comme toujours, beaucoup de subtilité dans ton écriture, je ne m’en lasse pas. Une phrase comme : « surtout attisée par quelques remarques en apparence anodine de mon mari. » Là, j’imagine la discussion, certes anodine, mais cela donne un relief à l’histoire que j’aime beaucoup.

J’aime la procrastination qui est décrite au début et ensuite la justification de cette procrastination.
Le rapport à la nature n’est évidemment pas pour me déplaire, imaginez seulement qu’au début du Moyen Âge la majeure partie des champs de fermage actuels étaient des forêts. En 1000 ans de temps, nous avons déforesté presque entièrement notre continent. Donc s’il est possible de laisser un emplacement de nidification pour une merlette, j’applaudis !

Merci pour cette très douce nouvelle, qui, n’en déplaise à certains, me semble pleine de matière et constitue une source d’inspiration !
Au plaisir de te lire,

   Louis   
28/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce court récit repose sur la distinction entre deux espaces : celui du « jardin », celui du « capharnaüm ».

Ce dernier est l’espace non arrangé : « j’entassais contre le mur nord, là-bas dans ce coin caché à la vue des visiteurs, tout ce que je ne savais pas où ranger »
Il est constitué de tout ce qui ne trouve pas de place dans un "arrangement", dans une mise en rang, dans un ordonnancement. C’est le fouillis où règnent désordre et confusion ; le fatras où s’entassent pêle-mêle des objets hétéroclites, non pas les objets d’un rebut, mais ceux, provisoirement inusités, destinés à de futurs usages, ou à des arrangements nouveaux, à d’éventuelles dispositions futures, de futurs réaménagements.

Lieu résiduel de l’agencement d’un espace ordonné, il se distingue donc du jardin, domaine qui porte la marque de l’humain, par la géométrisation de l’espace, par la sélection des plantes, arbustes et arbres que l’on y cultive, par les critères plus ou moins esthétiques de son aménagement, révélateurs non seulement de l’humain en général dans sa maîtrise de l’espace naturel, mais aussi des goûts plus personnels, des aspects de la personnalité des maîtres et propriétaires des lieux. Jardin spectacle, jardin tableau, exposé à la vue des « visiteurs », auxquels ne doit donc pas apparaître « le capharnaüm », témoignage probable d’un manque de savoir-faire, d’un manque de goût, d’un laisser-aller, d’un renoncement à l’action sur l’environnement : autant de défaillances honteuses, dans nos croyances, des caractéristiques de l’humain dans son universalité et sa singularité.

Un espace inverse dans lequel le capharnaüm occuperait une place prépondérante ne serait plus un jardin, ne serait plus une nature domestiquée, mais un immense débarras, un entassement désordonné d’objets divers, qui serait perçu comme le reflet d’un esprit troublé, d’un esprit lui-même "dérangé’’.

Si la distinction entre le jardin et le capharnaüm recoupe celle entre l’ordre et le désordre, elle recoupe aussi celle entre le ’’domestique’’ et le ’’sauvage ’’.
Le désordre du capharnaüm permet l’invasion d’une végétation débridée : « il y avait là un nid de mauvaises herbes », « une forêt d’orties » : intrusion d’une végétation non désirée, non choisie, ’’sauvage ’’.

Cet espace du "sauvage" est occupé par un oiseau, une « merlette », qui, sous une planche de bois, y a construit son nid.
La narratrice se trouve face à un choix :
soit éliminer le capharnaüm, la part de désordre, la part de nature sauvage et ne laisser subsister que la seule nature maîtrisée, la terre humanisée, réservée exclusivement aux hommes ;
soit ne rien changer, accepter de renoncer à une part de son territoire pour laisser vivre et s’épanouir une faune et une flore sauvages, non domestiquées, non domesticables.
Accepter en somme une coexistence avec l’altérité d’autres êtres vivants, dans un partage de territoire, ou bien exclure le ‘’sauvage’’ hors du monde humain, culturel et civilisé, conformément à la division occidentale entre nature et culture.

Le « jardin », dans ce récit, peut être vu comme le modèle réduit de la planète. Or le choix actuel de l’humanité est celui de restreindre toujours plus l’espace qui paraît sauvage et désordonné ; il est celui d’imposer partout la domination de l’homme, poursuivant toujours et encore depuis le début de l’époque moderne, l’idéal de se rendre «maître et possesseur de la nature », selon l’expression de Descartes. Si bien que la croissance rapide de l’urbanisme, l’extension des terres destinées à l’agriculture intensive, les exploitations forestières et minières privent la flore et la faune sauvages de tout habitat, de tout espace vital. S’il y a une extériorité du « jardin », il n’y en a pas pour la planète.
La conséquence est connue, résumée ainsi par Aurélien Barrau, scientifique, philosophe et poète :
« La beauté, la magie, l'enchantement et la grâce du vivant périclite sous nos yeux et par notre décision. Non seulement les populations s'affaissent (environ 60 % des animaux sauvages ont disparu en quelques décennies) mais, de plus, les espèces sont en effet menacées. Un récent rapport de l'ONU estime qu'un million d’espèces pourraient disparaître à court ou moyen terme. C'est une situation littéralement catastrophique. Les individus meurent massivement, même quand il s'agit d'animaux banals. La vie est en crise majeure sur Terre. »

La narratrice de cette courte nouvelle fait un autre choix, celui de la cohabitation avec le « sauvage », celui de réserver une place pour le non-humain dans l’espace de vie, et indique une autre voie dans le rapport de l’homme au vivant, qui participe moins de ‘’ la sixième extinction massive’’ en cours, des vivants sur terre.
Elle découvre, à cette occasion, que le monde ‘’sauvage’’ ne se réduit pas à des nuisibles, que la cohabitation peut être profitable pour tous.

Par des moyens modestes, ce texte traite un sujet d’importance, et indique un chemin qui pourrait permettre d’éviter que la situation actuelle ne devienne encore plus catastrophique pour le monde du vivant, ce monde auquel l’homme appartient, dont il dépend, et auquel mille liens le lient, sans en avoir toujours conscience.

Merci Animal, au pseudo, cette fois, très adapté au texte !

   Lulu   
30/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Animal,

Je me suis d'abord demandé ce qui pouvait se cacher derrière ou dans ce titre. Je n'imaginais pas y découvrir un jardin et un regard tranquille porté sur lui.

Il m'a semblé que l'écriture était très simple, proche du parler, comme si l'on suivait un chemin de pensées et de ce point de vue, je trouve cela très réussi en regard de l'ensemble.

J'ai aussi eu le sentiment de lire dans ce regard un peu d'humour dans ce passage : "La merlette rondelette au plumage d'un brun neutre qui venait d'émerger de cette cachette". Ce sont les suffixes en -ette auquel je n'avais d'abord pas prêté attention qui m'ont sur cette voie. "merlette" ; "rondelette" ; "cachette". Le personnage m'a donc paru observer, réfléchir tranquillement, tout en portant un regard quelque peu amusé ; un regard qui lui permet, au bout, de décider de faire de ce jardin ce qui lui va, quoi qu'en penserait son mari.

J'ai beaucoup moins aimé ce passage :
"À moins d'être complètement idiote, il suffisait d'observer quelques secondes le manège de l'oiselle affairée pour comprendre qu'elle avait fait son nid quelque part là-dessous. Et à moins d'être non seulement idiote mais de surcroît méchante, je n'avais aucune vraie raison d'aller la déranger."
"Je l'ai trouvé assez lourd dans sa formulation, du fait de "A moins d'être complètement idiote, il suffisait ..." et de la presque répétition "Et à moins d'être non seulement idiote, mais de surcroît méchante". C'est dommage, car ce passage nuit à la fluidité d'ensemble, même s'il n'a pas remis en question l'ensemble de ma lecture.

Ce texte est par ailleurs très visuel. On voit autant le regard du personnage qui observe son jardin que celui, tout aussi tranquille de son hôte à plumes. Les mots en exergue me semblent alors très bien choisis au terme de ma lecture.

Merci et bonne continuation.


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