Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réalisme/Historique
AnnaPanizzi : Mésange
 Publié le 22/06/22  -  14 commentaires  -  15252 caractères  -  585 lectures    Autres textes du même auteur

Un oiseau dans la tempête.


Mésange


Paris, février 1942

Je tends le bras pour soulever le bas du rideau. Hormis une silhouette courbée qui trottine vers Notre-Dame-de-Lorette, la rue des Martyrs est déserte. Je tourne doucement la crémone pour faire passer un peu d’air frais. La ville est silencieuse. Que sont devenus les babillages d’enfants sur le chemin de l’école, les moteurs qui peinent à démarrer, la gouaille des crieurs de journaux, la cloche des tramways et le ramdam du marteau sur l’enclume ?


Paris ne chante plus. Paris est sans voix.


Je choisis une robe de lin, vert jade, des chaussures plates, pas de bas, cela attire trop l’attention. On n’en trouve quasiment plus dans la capitale. Les Parisiennes se dessinent une fausse couture au crayon à l’arrière de la jambe pour faire croire qu’elles en portent. C’est lundi. Et comme chaque lundi, j’ai le trac. Je me répète mentalement la consigne fondamentale : adopter la démarche assurée des gens qui n’ont rien à se reprocher. Il faut apprendre vite ce genre de combine si l’on veut survivre, m’a dit Rossignol, le chef de section que je n’ai rencontré qu’une seule fois. Mon nom de code à moi, c’est Mésange.


La démarche assurée des gens qui n’ont rien à se reprocher…


Combien en reste-t-il en France, aujourd’hui, de ces gens-là ?


Sans doute davantage que les Allemands ne le pensent. Dans la salle d’eau, je prends appui sur la faïence du lavabo. Ce que me renvoie le miroir n’est pas glorieux. Traits lourds. Teint d’omelette baveuse. Pas le courage de me maquiller, mon chapeau à voilette fera office de cache-misère. Je pique le revers de ma veste d’une épingle à tête de chat en argent, j’ajuste mon chapeau et décroche mon pardessus de la patère. J’entends mon père ronfler alors que je traverse notre couloir. Une dernière vérification de ma besace et des courriers que je dois distribuer. Avec d’infinies précautions, je tourne ma clef dans la serrure. Une grande respiration et je sors. La rue est vide. Ça me bouffe les entrailles quand je pense à ce que ma ville était hier encore. Les doryphores ont grimpé sur son dos puis l’ont profanée en la barbouillant de rouge, de blanc et de noir, comme une putain de bas étage. Partout leur supériorité est affichée, de la tour Eiffel au Sacré-Cœur, de Montparnasse à la Butte-aux-Cailles, flottent leurs oriflammes. Je crois que Rossignol a raison, la mécanisation des corps et des esprits, voilà le vrai visage du national-socialisme. Une mâchoire d’acier qui a broyé nos danses et leurs parfums de légèreté, le fossoyeur des Années folles et des grands rêves du Front populaire. J’arrive rue de Provence. Une vieille balaye son bout de trottoir en houspillant un corniaud qui profane ses poubelles. Deux fillettes pouffent en regardant le cabot refluer sous le vigoureux balai. Je stoppe devant le 58. La familière camionnette rouge prune avec son lettrage doré rococo est stationnée à cheval sur la chaussée. C’est celle de la mercerie Baucheron. Personne ne me regarde. Je glisse les enveloppes par la vitre entrouverte du fourgon. Mission remplie. Mon bracelet-montre marque huit heures moins dix. Je prends le temps de me poser sur un banc pour fumer une cigarette. À travers ma musette, je sens, dans ma hanche droite, s’enfoncer un des angles du colis que je dois livrer dans le quartier de l’Opéra. L’inconfort me brûle moins que la curiosité. Qu’est-ce qu’il peut bien contenir, ce satané paquet ? Huit heures, les haut-parleurs se mettent à crachoter de la musique et des conseils rassurants aux Parisiens. Notre occupant sait comment peigner les moutons dans le sens de la laine. J’ai un sacré coup de pompe. Ma nuit a été courte comme chaque dimanche soir. Huit heures et quart. J’allume une autre gauloise. La fatigue me rend atrabilaire. Je voulais faire du sabotage, moi, pas livrer des paquets et des lettres ! Le soleil monte au-dessus des immeubles, révélant la silhouette d’une batterie de la FLAK qui, dépassant d’un toit, évoque un vilain oiseau préhistorique. J’ai froid aux pieds. Je ne devrais pas m’éterniser ici. D’une chiquenaude, je lance mon mégot en direction du caniveau, une saute de vent l’envoie atterrir sur le bas de la robe d’une infirmière de la Croix-Rouge qui passe au même moment. Elle me lapide du regard.


— Ce sont les horreurs de la guerre ! lui dis-je en filant vers la rue La Fayette.


Au moment de traverser le boulevard Haussmann, mon cœur saute un battement. Sortis de l’hôtel Commodore, deux officiers du MBF viennent dans ma direction à grandes enjambées. La consigne, bon sang, la consigne ! Me ressaisir à tout prix sinon je suis foutue !

La démarche assurée… Rien à se reprocher…

Je suis pétrifiée. Ils sont à moins de cinq mètres de moi. Ils paraissent si jeunes ! Un film passe dans ma tête. J’ai été démasquée. Ils vont m’entraîner vers un sous-sol et me passer à tabac jusqu’à ce que j’avoue ce que je sais. Ensuite, je serai pendue ou fusillée. Voire pire. Mes doigts palpent la musette à la recherche de la douille qui renferme ma capsule de cyanure. L’un des deux se plante devant moi, relève le bord de mon chapeau et s’incline avec raideur.


— Bitte, Mateumoizelle, könnten Sie ein photo von uns machen ?*


Je fais celle qui n’a rien compris. Le boche baragouine de nouveau en me désignant son comparse. Cette langue est abominable, on dirait des chiens qui aboient.


— Je…

— Fräulein ?


J’ai la nausée, je sens que je vais balancer une peau de renard sur leurs bottes cirées à la perfection. S’apercevant de mon malaise, le second vient à ma rescousse.


— Gustav foudrait que fous photographiez nous, si ça déranche pas fous ? C’est pour zouvenirs familie, kinder, vous foulez bien ?

— Oh… Oui, bien sûr…

— Danke schön.


Il me tend un Leica en me montrant où il faut appuyer. J’ai la tremblote des mains. Il hausse les sourcils.


— Fous afoir peur de nous ?


Je hoche la tête, incapable de mentir. Ils s’esclaffent. Le premier me soulève le menton et m’emprisonne dans l’étau de ses yeux gris.


— Wir essen, wir trinken, wir träumen, was denken Sie wir sind ?**

— Je… Nicht comprendre…


L’autre écarte les mains en souriant :


— Gustav juste dire que nous pareils que fous. Keine Angst, Mateumoizelle.

— Ah…

— Bitte.


Je fais de gros efforts pour que mes mains ne me trahissent pas. J’arrive tant bien que mal à immortaliser les deux soldats avec le palais Garnier en toile de fond. Tout sourire, ils me remercient, me saluent en claquant des talons, puis s’éloignent du côté du musée Grévin. Comment peuvent-ils avoir le cœur au badinage ? Je ne sais plus qui je suis ni où j’habite, une pauvre mésange qui ne comprend plus la condition humaine. Je suis obligée de me raccrocher à un réverbère. Je ferme les yeux. Shoshanna Markowicz, petite héroïne juive de la Résistance, tirant le portrait à deux hommes du Militärbefehlshaber in Frankreich***, quelle savoureuse, quelle cruelle ironie. Voilà bien quelque chose que je ne raconterai jamais à ma famille. Ni à personne. Si mon chef de section savait ça… Peut-être qu’il me féliciterait après tout, n’ai-je pas tenu bon sans m’effondrer ? La bonne blague ! Les deux boches auraient pu me faire lécher leurs bottes, je n’aurais pas émis la moindre protestation. Je les aurais peut-être même remerciés. J’ai rendu service à l’occupant comme d’autres vont jusqu’à s’offrir elles-mêmes. Je n’en suis pas fière mais l’idée de courir un risque supplémentaire m’a rendue faussement veule et complaisante.


Qu’es-tu devenue, Shoshanna ?

T’es plus rien.

Tu vaux rien.


Peut-être, mais j’ai réussi ma mission. Je m’efforce de retrouver un semblant de dignité pour décamper vers la rue des Mathurins. Sans affolement. Je n’ose croiser le regard des passants ni mon reflet dans les vitrines. Tout ce que j’aperçois, c’est un couple de vieillards, le nez collé sur le mur. Ils lisent quelque chose. Ils repartent, têtes basses. J’approche à mon tour. C’est le dernier placard de Vichy. Pierre Laval formule ses vœux en faveur de la victoire allemande. Il met au service de l’ennemi les ouvriers français déportés par ses soins. Il décrète qu’à compter d’aujourd’hui, la famille d’un auteur d’attentat contre un membre de l’armée d’occupation portera la responsabilité de cet attentat. Les hommes âgés de plus de dix-sept ans seront fusillés, les femmes âgées de plus de dix-sept ans condamnées aux travaux forcés. Pour les enfants, ce sera l’enfermement dans une maison d’éducation surveillée. La révolte me commande de cracher sur cette saloperie d’affiche, les précautions inculquées par le réseau de refermer ma gueule.


Le régime de Vichy nous appelle « L’Armée du crime ».


Les salauds !


Quelle emphase de la part de gens avachis sur les convenances, si débordants d’amour patriotique pour leurs concitoyens, tellement soucieux de leur douce France. Main dans la main avec l’appareil nazi, ils ont beau nous traquer de toutes parts, nous n’avons ni domiciles, ni visages. Nous traçons des signes sur les murs. Nos mains anonymes glissent des journaux dans des boîtes aux lettres, lancent des tracts à la volée. Comment pourraient-ils nous vaincre ? C’est « L’Armée des ombres » que nous sommes. On ne peut s’emparer d’une ombre. Même Peter Pan a renoncé. Je le sais, maman me l’avait lu quand j’avais quatre ans. J’arrive enfin à l’endroit où je dois livrer le paquet. Je sonne. Je pousse la cochère. Un clac sourd. Je m’engage dans le couloir jusqu’au fond de la cour avec l’espoir de rencontrer enfin le docteur Lardieu. Je n’ai eu affaire qu’à sa secrétaire jusqu’à présent. À ce que j’ai compris, il serait assez haut placé dans l’organisation. Je monte trois marches et tambourine au carreau de la porte. Sans surprise, c’est Paulette qui m’ouvre : mirettes bleu pastel sous des anglaises. En un éclair, le paquet change de mains. Elle me serre le bras, nous échangeons ce regard soutenu qui n’appartient qu’à ceux qui flirtent avec le danger. Des secondes indéfinissables où, même si je n’ai encore qu’un maigre rôle dans mon réseau, je me sens utile, je me sens vivante. Je rebrousse chemin, n’ayant toujours pas eu l’honneur d’apercevoir le docteur Lardieu.


— On n’attrape pas le pompon à tous les tours de manège ! dis-je à un groupe de moineaux qui jouent les funambules sur les grilles du métro Richelieu-Drouot. Mais qu’est-ce que ces oiseaux des villes pourraient comprendre aux paroles d’une mésange ?


L’affaire est pliée. Je me sens à la fois vidée, chanceuse et plus résistante, si j’ose dire. Comme à chaque fois. Maintenant empreinte de cette « démarche assurée », je retourne vers la rue des Martyrs, grillant gauloise sur gauloise. J’ai aussi en tête que dans une grande ville, il vaut mieux marcher d'un pas décidé, l'air de savoir où l'on va, parce que ça diminue les risques d’être importunée, agressée. C’est une Shoshanna détendue, sifflotante, flâneuse, qui remonte le boulevard Malesherbes. Le soleil commence à zébrer d’un bronze violacé les toits de Paris. Le temps va tourner à l’orage. C’est bien, ça lavera les lourdeurs d’une paix trompeuse. Je replie mes ailes de mésange et rentre à notre appartement. Le front soucieux au-dessus de son journal, Jakub Markowicz, mon père, m’apprend que sept résistants du réseau du musée de l'Homme ont été fusillés hier. Je lui réponds que tout cela est bien trop compliqué pour moi, qu’il faut laisser la guerre et la politique à ceux que ça regarde. Il hoche la tête pour me signifier que mon opinion lui importe autant que ses cors aux pieds. Avant la guerre, il soulignait, tranchait, opinait. Il ne le fait plus, il s’est retranché dans une aphasie bougonnante. Je file dans la cuisine. Zofia Markowicz, ma mère, prépare une soupe de rutabaga. Sur le plan de travail, il y a une douzaine d’œufs qu’elle a obtenue de madame Risser dont le frère tient une ferme du côté de Meaux. Je ne sais pas ce que nous ferions sans elle. Alors que j’essaye d’en chiper un pour le gober, je récolte un coup de cuillère en bois sur les doigts.


— Va donc te laver les mains, Shoshanna. Où est-ce que tu étais encore passée ?

— Je suis allée donner des vieux journaux pour les Kratz avec Suzanne.

— Quelle Suzanne ?

— Suzanne Akerman, la sœur de Maurice, le ferblantier de la rue Condorcet.

— Celle qui a la voix haut perchée ?


Je hoche la tête. Ma mère me dévisage, les yeux plissés.


— C’est très bien ce que vous faites pour ces pauvres Kratz, Shosh, mais ce n’est pas le moment de vous faire remarquer. Le gouvernement de Vichy, l’Éternel ait pitié d’eux, veut nous faire porter l’étoile de David, papa l’a entendu sur Radio-Paris.

— Ils ne le feront jamais, mame, c’est pour nous faire peur. Et ce n’est pas marqué sur mon visage que je suis juive, j’ai les yeux bleus…


Ma mère hausse les épaules et relève la mèche qui me tombe sur le nez.


— Il y a quelque chose de changé en toi, Shoshanna, depuis quelque temps, je ne sais pas quoi, mais ça me cause du souci.

— Il ne faut pas, mame, je vais bien.


J’essaye de soutenir le regard de ma mère. C’est compliqué, ses yeux bruns me serrent comme dans un étau. Je finis pas baisser les miens.


— File mettre la table, tu sais bien que papa tient absolument à ce que nous prenions les repas à midi pile.

— Je sais, mame, il doit croire que nous sommes encore du temps… d’avant, je veux dire avant tout ça quoi…

— Oy vaï, veux-tu faire ce que je te demande ?


Je souris en l’embrassant sur les joues. Même si une mère devine tout, elle ne peut pas savoir qu’avant-hier, j’ai fait l’amour avec Marcel, dans son garni de la rue Soufflot. Je voulais attendre d’avoir vingt ans. Je n’ai pas eu mal, mais j’ai ressenti comme une sorte de tristesse, de vide, que je n’ai pas compris. Ce n’est pas grave, nous recommencerons. En mettant le couvert, je pense aux sept résistants exécutés. Ont-ils été torturés par la Gestapo ? Ont-ils résisté jusqu’au bout sans dénoncer leur réseau ? Est-ce que des amis, des connaissances se trouvent en danger en ce moment même ? Et moi, saurais-je résister, si j’étais arrêtée ? Je sais comment les femmes sont torturées dans les caves de la rue Lauriston. J’en fais régulièrement des cauchemars. Le pire est quand je me vois livrer les identités de ceux qui m’ont fait confiance et grâce auxquels je ne me suis jamais sentie aussi vivante. Je peux voir, dans l’imperceptible tremblement de mes mains qui disposent les fourchettes, toute la nature du danger que je pourrais encourir. Cependant, je crois que ma jeunesse et mon apparence ordinaire sont mes meilleures protections. Rester Shoshanna Markowicz, la fille ordinaire du non moins banal Jakub Markowicz, petit chapelier de la rue des Martyrs, est sûrement mon plus grand défi.


Après tout, ne dit-on pas que mieux vaut une mésange dans la main qu’une grue dans le ciel ?


----------------------------------------------------------------------------

* S’il vous plaît, mademoiselle, pourriez-vous nous prendre en photo ?

** Nous mangeons, nous buvons, nous rêvons, que croyez-vous que nous sommes ?

*** Commandement militaire allemand en France, le Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF) était installé à l’hôtel Majestic à Paris.

____________________________________________

Ce texte fait partie d’une série à épisodes indépendants.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Vilmon   
28/5/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Très bien écrit pour conserver l’ambiance de l’époque. Je n’ai pas vérifier les références géographique, ne connaissant pas assez Paris. J’apprécie ces clins d’oeil qui brossent le tableau de l’époque, la recherche du détail pour immerger le lecteur dans le récit, comme cette petite remarque à propos des femmes qui se dessinent la couture des bas. J’avoue que je me suis dit : enfin, on va savoir ce qui lui tourne dans la tête depuis qu’elle est à New York ! Maintenant, c’est : comment a-t-elle abouti à New York ? J’ai vécu l’angoisse avec le personnage, la rencontre avec les deux soldats fait réfléchir. Il y a là beaucoup de recherche pour souvent que quelques passages, mais c’est ce qui donne un contexte authentique. Bravo !

   plumette   
31/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
une écriture alerte au service d'un récit vif . Je sens bien l'énergie de la plume de l'auteure et une vraie facilité narrative qui s'empare d'un pan de la grande histoire pour l'illustrer avec ce personnage récurrent de jeune fille juive dont la lucidité est tout de même un peu trop influencée par ce que nous avons appris après-coup.

c'est là où le bas blesse à mon avis: pas facile de recréer un vécu du moment et des pensées du moment. Sosh a trop de capacité d'analyse de ce qui se passe! et sans doute trop de connaissances d'une réalité qui n'a été découverte que très progressivement.

L'anecdote de la photo ne m'a pas convaincue et j'ai eu un petit désagrément à la lecture du dialogue " avec l'accent" mais pour autant, je n'ai pas de solution à proposer!!

Parfois, il me semble que l'autrice se regarde trop écrire
ex: "L’affaire est pliée. Je me sens à la fois vidée, chanceuse et plus résistante, si j’ose dire." Ce trait d'humour est une facilité qui n'apporte rien, au contraire! Elle sort le lecteur du récit, c'est dommage.

Bonne continuation!

Plumette

   Donaldo75   
3/6/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Rien à dire, c'est très bien écrit, même si je n'aime pas les phrases courtes qui interrompent le rythme de lecture comme des publicités pendant les films à la télévision. La tension est palpable, le récit progresse dans ce sens pendant la première partie et le décor en rajoute une bonne dose. C'est visuel, presque cinématographique, un peu comme dans le film de Jean-Pierre Melville intitulé "l'Armée des ombres" où le spectateur a peur à chaque instant tellement cette époque est sombre et l'homme un loup pour l'homme dans un peuple de barbares colonisés par d'autres barbares. Je digresse mais c'est quand même mon impression de lecture. Evidemment, cette héroïne, je sais qu'elle va se retrouver dans un camp de concentration et survivre, vu que c'est une série à épisodes et que d'autres ont déjà été publiés ici. Toujours est-il que cette histoire donne envie d'en savoir plus, du genre comment va-t-elle tomber ? J'arrête là les questions à deux balles.

   poldutor   
22/6/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Anna
J'ai vraiment aimé cette nouvelle.
En vous lisant on a l'impression d'un épisode vécu, et pourtant vos parents n'étaient sans doute pas nés (moi si!) à cette époque. On pourrait croire que Shoshanna c'est vous, vous décrivez avec justesse l'ambiance "occupation" et les affres de ces courageux, surtout les juifs, qui risquaient leur vie pour faire passer une lettre.
J'aime votre style d'écriture (en prose), sans fioriture mais avec un je ne sais quoi de familier qui rend la lecture si agréable, même si le sujet est dramatique.
Vous êtes réellement douée pour la prose.
Continuez a nous raconter des histoires bien ficelées.
Cordialement.
poldutor

   socque   
22/6/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je crois que, pendant que je lisais la nouvelle en Espace Lecture, c'est à ce point :
Teint d’omelette baveuse.
que je me suis dit « AnnaPanizzi, les chroniques de Shoshanna Markowicz » et que j'ai donc refermé la page.

Alors bon, que dire après avoir lu ? Je trouve l'ensemble bien écrit, pour sûr, je ne sais pas trop si la désinvolture de ton, même avec l'angoisse sous-jacente, me fait me sentir dans la tête d'une très jeune femme juive résistante à Paris sous l'Occupation. À aucun moment je n'oublie que je lis une histoire, qu'il n'y a aucun enjeu véritable devant moi. En d'autres termes, je ne suis pas « dedans », j'ai presque l'impression que la Résistance, pour Shoshanna, représente une formidable occasion de « développement personnel », comme on ne devait pas dire à l'époque. Cette phrase surtout m'a fait tiquer :
ceux qui m’ont fait confiance et grâce auxquels je ne me suis jamais sentie aussi vivante.

Alors je reste assez mitigée, l'écriture est leste, précise, mais je ne parviens pas vraiment à m'immerger dans le récit. Bizarre.

   Dugenou   
2/7/2022
Commentaire auto-modéré.

   senglar   
22/6/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour AnnaPanizzi,


J'ai lu avec un intérêt appuyé cette journée de tous les dangers pour votre "mésange" sans y trouver aucune fausse note dans son parcours de jeune résistante parisienne (lieux, atmosphère, habillement et objets, événements... jusqu'à la gentille politesse collaborationniste des officiers allemands du début).

Ma lecture, encadrée par l'exergue heureux "Un oiseau dans la tempête" et l'habile final "Après tout, ne dit-on pas que mieux vaut une mésange dans la main qu'une grue dans le ciel ?", emportée par l'envol à hauts risques de cette petite mésange, a été très "approbative". Que voilà du travail solide, bien "acheminé", sérieux ! C'est très bon tout ça !


Puis je me suis dit qu'il n'était pas facile de se mettre dans la tête d'une jeune fille de 1942 (Est-il possible de se mettre par exemple dans la peau d'une Anne Frank ?... Dans la tête d'une Sophie Scholl ?) et qu'il aurait peut-être mieux valu porter un oeil extérieur sur toute cette histoire, un oeil extérieur comme le fait l'archi documenté Slocombe avec sa série des Sadorski. Les pensées de cette jeune mésange qui semble en connaître beaucoup sur les caves de l'hôtel de la rue Lauriston semblant bien naïves quant aux méthodes d'interrogatoire et aux risques réellement encourus. Un oeil extérieur aurait permis de varier les points de vue et d'éviter peut-être que l'héroïne et les personnages n'aient une pensée trop monolithique.


Si je tentais de me résumer je dirais que j'ai lu ici un très bon texte (solide, sérieux, bien documenté, exotique) qu'il aurait peut-être été préférable d'aborder avec un oeil extérieur, d'écrire à la troisième personne plutôt qu'à la première.

Mais bon, hein, Bravo !

   chVlu   
22/6/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'écriture m'a plu elle installe parfaitement une ambiance un décor. La vie intérieure de l'héroïne est très bien suggérée, pour ma part je me suis senti en empathie avec elle. Belle idée cette rencontre fortuite avec l'ennemi qui donne l'occasion de creuser la psychologie de la Mésange. Une lecture fluide qui est agréable tout le long.
j'ai juste accroché sur la façon dont son nommé les parents, par leur nom prénom. Alors que j'étais proche de Mésange cette distance que j'ai ressenti dans cette façon de nommer les parents m'a paru détonner, et encore plus quand l'auteur fait relate les dialogues familiaux.
La dernière phrase reste une mystère pour moi, il doit me manquer une référence mais je n"ai pas compris ce qu'avait à me dire cette opposition mésange / grue.

   Corto   
23/6/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Anna,
Paris 1942. On est immédiatement plongé dans une certaine angoisse. Comme le sentiment que rien de bon ou de facile ne peut sortir de ce lieu en cette période, hormis l'engagement clandestin.
Dès la lecture on sent que vous avez travaillé votre sujet, les lieux, les dates, les comportements sont décrits avec justesse.
Une notion qui se répète m'a frappé: "il vaut mieux marcher d'un pas décidé, l'air de savoir où l'on va, parce que ça diminue les risques d’être importunée". Oui c'est très juste et tout petit Parisien, quelle que soit l'époque, intègre vite ce principe.

Le déroulement de votre séquence est bien construite, crédible, mais...à mon goût un peu trop rapidement racontée. Il me manque une certaine 'épaisseur'. Ce n'est pas forcément un reproche puisque vous décrivez une mission qui doit être aussi rapide qu'invisible.

Vos références de lieux et de temps sont précises et vérifiables. Vous n'avez donc pas cédé à la facilité, ni en prenant la photo boulevard Haussmann, ni en faisant dire au père "que sept résistants du réseau du musée de l'Homme ont été fusillés hier."

A mes yeux il y a dans ce texte une rigueur et une précision louables, un rythme soutenu qui essouffle un peu le lecteur qui prendrait volontiers du temps pour avoir plus de détails, mais... ce n'est peut-être pas le moment ni conforme au thème développé.

Au retour à l'appartement, la mue entre la militante clandestine et la jeune fille de la maison est bien décrite, et l'on comprend volontiers que seule la mère ressente "Il y a quelque chose de changé en toi, Shoshanna, depuis quelque temps, je ne sais pas quoi, mais ça me cause du souci."

Au total vous nous présentez un texte de qualité, précis sur les événements, crédibles en tous points, très bien écrit et rythmé.

Vous nous annoncez d'autres épisodes et je m'en réjouis.

   Ingles   
24/6/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Anna,

Je trouve que le récit est bien mené, le vécu et le ressenti d'une jeune femme participant à la résistance dans un Paris occupé. Le rôle d’un petit engrenage dans un réseau qui se bat pour des valeurs. La scène avec les Allemands rappelle le danger, augmente la tension du récit, notre coeur bat aussi fort que celui de Shoshanna. Je suis moins sensible aux détails de la période, souvent déjà employés, Paris occupé ayant servi de décors à tant d’histoires, de romans, de films. C’est un aspect difficile à renouveler. La part de mystère ma plaît bien, comment est-elle entrée en résistance ? qui lui donne le courrier et le colis ?

Il y a plusieurs références historiques, mais c'est un peu difficile de s'y retrouver, l'arrestation des résistants du réseau du Musée de l'homme revoient peut-être au printemps 1942 comme l'obligation du port de l'étoile jaune, mais l'armée des ombres, mis entre guillemets, évoque sans doute le roman de Kessel publié en 1943 en Algérie. Il y a également des contraintes contre les juifs en zone occupée, le recensement, l'aryanisation des biens, et déjà des arrestations à Paris par les Allemands, Shoshanna et sa famille semblent un peu éloigné de ce contexte. Mais après tout pourquoi pas, on est dans l'Histoire du récit.

Au plaisir de te lire,
Inglès

   Angieblue   
25/6/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cet épisode est extrêmement bien écrit. Tu arrives à nous plonger dans l'atmosphère de Paris sous l'occupation.
On suit Shoshanna qui s'est engagée dans la résistance, et on angoisse pour elle comme lors de sa rencontre avec les deux allemands.
Il est également intéressant de mieux connaître son environnement familial.
J'apprécie comme toujours cette écriture riche en détails qui nous plonge à l'intérieur de l'histoire. On arrive également à percevoir les émotions de la narratrice, on s'identifie à elle, par exemple quand elle essaie d'adopter "la démarche assurée des gens qui n'ont rien à se reprocher".
Tu as réalisé un tableau très réaliste d'une jeune femme qui essaie de paraître normale dans une ville et une époque où plus rien n'est normal.
Tu es une vraie écrivaine!

   papipoete   
1/7/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément
bonjour Anna
" la démarche assurée des gens qui n'ont rien à se reprocher " leitmotiv pour ce brin de femme, " titi féminin "...Mésange, nom de code pour distribuer des tracts ou relever des plis secrets.
Le dialogue en allemand des officiers de MBF est savoureux... Shoshanna Markowicz a de nouveau tremblé de tout son être.
Shoshanna Markowicz a livré son paquet ; ouf, Mésange chantonne retrouve son appartement ; son père lui demande où elle traînait encore...
NB une fois encore, dans cette histoire de la jeune juive, dans sa vie d'avant, on tremble, on sourit ; on marche à ses côtés, on voudrait traduire ce que les officiers " gentils " lui demandent.
On lit avec elle ce qui est placardé sur les murs, pour qui appartient à la famille d'auteur d'un attentat !
On est les " moineaux " à qui Mésange lance une blague.
Rien n'est écrit au hasard ; tout sonne juste dans lle moindre détail ! Récit tellement vivant qu'on est... Mésange

   Lariviere   
8/7/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salult Anna,

J'ai beaucoup aimé ce voyage dans le Paris de la résistance...

Sur le fond, les références nombreuses et le dépliant d'itinéraire de ce Paris pendant la guerre fonctionnent bien. Le personnage de shoshannah résistante avec son moi et ses émois sont touchants.

Sur la forme, l'écriture est toujours aussi ciselée, capable d'amener là où il faut l'émotion...

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   Babefaon   
20/7/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Anna,

Une nouvelle très bien écrite et construite, qui nous amène, à travers le parcours de votre héroïne, à revivre les heures sombres de l'histoire.

Le fait que celle soit écrite à la première personne et au présent rend le récit encore plus vivant et m'a donné l'impression de suivre cette trajectoire sur grand écran. On a peur pour elle, tout en se disant que, forcément, elle va y arriver, car elle semble avoir assimilé les règles pour rester insoupçonnable et, à moins d'une dénonciation.

Beaucoup de réflexions dans votre récit. Le rapport qu'elle entretient avec ses parents en tant que jeune adulte et auxquels elle n'ose avouer son activité, son premier rapport avec Marcel certainement entaché par les événements qui ne peuvent qu'impacter indirectement le plaisir et l'insouciance de ce qui aurait dû être un moment fort pour elle, mais qui a laissé aussitôt place "à la tristesse et au vide", comme vous l'écrivez. Enfin, les conséquences de ses actes de bravoure qui pourraient lui coûter cher, ainsi qu'à sa famille.

Cette partie de l'histoire semble être un de vos sujets de prédilection. Les écrits restent, les paroles s'envolent. Alors merci pour ces écrits qui nous permettent de ne pas oublier. Ne pas oublier que des horreurs ont été et sont hélas toujours commises. Au nom de quoi ???


Oniris Copyright © 2007-2022