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Sentimental/Romanesque
Annick : La couleur de l'âme
 Publié le 17/09/21  -  12 commentaires  -  14061 caractères  -  82 lectures    Autres textes du même auteur


La couleur de l'âme


Sœur Pauline retroussa ses manches et découvrit ses bras graciles. Elle déboutonna le col de sa robe de serge grise et passa une main lasse sur son front. Elle caressa du regard les objets sacrés, laissés à l’abandon depuis de nombreuses années. Dans la nef désertée, trônaient pêle-mêle des chasubles décolorées, des ciboires ternis, des calices remplis de poussière. Elle eut un mouvement de recul à la vue de ce fatras hétéroclite. Elle trempa un chiffon dans un seau d’eau mousseuse et commença à savonner, à l’aide d’une éponge, un reposoir dont il manquait un pied. Il lui faudrait quelques semaines pour remettre en ordre ce lieu de culte.

Pauline, malgré une apparence fragile, avait l’étoffe d’une battante pour mener à bien tout ce qu’elle entreprenait. Pourtant sa vie n’avait pas été facile. Pupille de la Nation, elle n’avait jamais connu la douceur d’un foyer. Aussi, s’était-elle tournée très tôt vers Dieu car elle avait trouvé en Lui le réconfort souhaité, l'Amour et la force nécessaire pour aller de l’avant. Il la guidait, la consolait…

Elle aimait suivre du regard la courbure gracieuse de l’épaule d’un angelot, sous la voûte de l’abside. Il lui arrivait de poser ses brosses contre une colonnette et de se mettre à prier ardemment, presque fébrilement. Les prunelles de ses yeux s’élargissaient alors, ses petites mains repliées sur sa poitrine lui donnaient l’air d’une sainte. On aurait pu la confondre avec la statue d’Eulalie, près du baptistère.

Elle ouvrit la porte de la sacristie et rangea avec soin les objets liturgiques qu’elle avait dépoussiérés. Elle les serra un instant contre elle, avec passion. Soudain, la cloche située sur l’un des frontons de l'église fit entendre un son mat. Il lui fallait partir, rejoindre la mère supérieure qu’elle détestait, dans le couvent des Grands Carmes, à quelques pas d'ici.

Que n'aurait-elle donné pour rester seule avec Celui à qui elle vouait sa vie. Mère Mathilde était une femme austère et sans cœur et sous sa férule, Pauline se desséchait. Mais aussitôt qu’elle était seule, la jeune fille se ressourçait dans la prière et le secret d’une chapelle…

Elle se savait créature imparfaite, mais elle rejetait tous les faux-semblants. Elle s'appliquait de son mieux à devenir meilleure tout en demandant à Dieu de l'accueillir telle qu'elle était, petite herbe sauvage, dans un champ de fleurs. La miséricorde était sa récompense.

Au réfectoire, la prieure fit tinter une petite cloche qui mit fin à l’oraison. Les sœurs prirent leur déjeuner, debout, alignées devant une table de bois qui n’en finissait pas de s’allonger. Pauline fut la première à s’éclipser de la salle car sa décision était prise. Elle devait partir, persuadée que sa mission était ailleurs, du moins pour un temps, pensait-elle. Elle la concevait comme un appel du Divin qui s’imposait à elle, de manière impérieuse. La jeune femme regroupa quelques affaires dans un sac de toile, seulement l'essentiel : deux chemises en lin, deux jupes en calicot, un gilet de laine, du linge de corps, des bottines. Elle resterait quelques semaines absente, loin du couvent, peut-être plus. « Je ne fuis pas, se dit-elle, je poursuis mon chemin. »

La mère supérieure lui reprochait d’aimer Dieu d’une manière trop passionnée et mystique. Mais la religieuse voyait en Lui le moyen d’étancher sa soif d’absolu et d'Amour. Mère Mathilde faisait partie de ces femmes qui s’épanouissaient dans le devoir et la reconnaissance. Tout en elle était réfléchi, mesuré. Ses prières étaient raisonnables tandis que celles de Pauline s’exprimaient toujours dans le désir.

Pourtant, parfois, la petite sœur se sentait si coupable qu'il lui semblait porter tous les péchés du monde. Elle se devait de se repentir de fautes qu'elle ignorait avoir commises, se jetant dans des prières interminables, refusant de se nourrir et de boire. Elle multipliait les mortifications pour briser cette partie d'elle-même qui se rebellait contre l'ordre établi.

Elle décida de partir à pied vers sa destination, comme on entreprend un pèlerinage, un cheminement intérieur, avant tout. Le soleil serait son compagnon, il l’aiderait à poursuivre sa route, malgré les cailloux, les ronces qui lui écorchaient les pieds. Ses sandales trop fines ne la protégeaient ni des orties, ni des flaques d’eau. Mais elle n’était pas mécontente que le trajet fût aussi difficile car le corps, disait-elle, devait s’effacer au profit de l’âme.

À la fin de la journée, elle fit une halte dans une ferme. Elle demanda l’hospitalité, en échange d’un service qu’elle pourrait rendre. On lui proposa de participer à la traite des vaches. C’était justement la pleine période de vêlage. Elle accepta volontiers. Au moment de s’endormir, elle se rappela tous les événements de cette première journée de marche : sa rencontre avec le prêtre d’Augustin-sur-Orge, le déjeuner en compagnie du sacristain si dévoué et de la dame du catéchisme. Ils avaient discuté gaiement jusqu’au moment où ils avaient abordé l’épineuse question des nombreuses églises et chapelles à l’abandon, en cette période d’après-guerre. Pauline avait évoqué cette association catholique où elle était bénévole et qui permettait la sauvegarde de bien des édifices en péril. Elle se souvint également du petit chien, lui emboîtant le pas, sans doute attiré par l’odeur des galettes dans une poche de son sac à dos. Elle avait aimé ces arbres aux troncs immenses surmontés d’une voûte de feuillages. Ils lui rappelaient singulièrement les longs piliers de la nef de sa chère église. Elle s’était même agenouillée devant chaque calvaire, aux croisées des chemins, et avait prié avec ferveur, au milieu des oiseaux et des fleurs.

Le deuxième jour de marche fut épuisant. La pluie ne cessa de tomber, rendant le chemin boueux. Elle se réfugia quelques minutes sous un chêne pour faire le point sur son périple. Elle avait dépassé le village de Saint-Martin. Bientôt elle apercevrait le hameau d’Anglets. Tous ces endroits pittoresques, elle les connaissait parfaitement. Chaque rue, chaque habitation évoquait pour elle tant de souvenirs ! Ici, près du grand chêne séculaire, la maison au toit de chaume d’un ancien camarade de classe. Hélas, elle avait appris avec tristesse la mort de ce gentil garçon, au champ d’honneur. Là, telle autre masure, cachée sous un feuillage envahissant, lui rappelait la blonde Jeanne, au teint translucide, une amie si chère, trop tôt disparue. Pourquoi fallait-il que tous les attachements de la vie fussent anéantis ? Aimer et renoncer toujours ! Seul Dieu lui semblait un appui solide et éternel sur lequel elle pouvait compter.

Elle chercha dans sa poche la médaille de saint Christophe que Jeanne lui avait offerte pour sa première communion. Elle s’aperçut qu’elle n’était plus là où elle l’avait mise. Elle fouilla fébrilement dans son sac de toile mais dut se résigner à l’idée que celle-ci avait disparu. Elle se sentit désemparée, comme seule au monde. Malgré tout, il lui fallait trouver un endroit où dormir et reprendre la route car la chapelle de Marlotte était encore loin.

Le troisième jour, sœur Pauline parvint à Saint-Antoine, un joli village de deux cents âmes. Le soleil jouait à cache-cache avec les nuages. Mais la marcheuse n’avait plus le cœur d’aller plus loin depuis qu’elle avait perdu sa médaille pieuse à laquelle elle tenait tant. Elle décida de se diriger vers la chapelle jouxtant l’église. Elle se rappela que celle-ci renfermait les reliques du saint et désirait l’invoquer pour espérer retrouver sa pièce en argent. À peine était-elle arrivée devant l’édifice qu’elle remarqua, assis contre le porche, un mendiant. Son visage, pourtant jeune encore, portait les traces d’une vie erratique. Les mains tendues, le pauvre homme semblait supplier les passants de ne pas l’oublier. Pauline retira de sa poche une pièce de deux francs qu’elle lui tendit. Le regard de l’homme s’illumina. Pour la remercier, il ouvrit une cassette posée sur ses genoux dans laquelle il prit une médaille, en tous points semblable au bijou qu’elle avait perdu. C’est alors qu’elle la reconnut ! « Merci, lui dit-elle. Dieu vous récompensera. » Il lui sourit. Elle sut qu'il était beau.

La petite religieuse entra dans la chapelle, rassérénée. C’était la première fois que Dieu l’exauçait sans qu’elle le lui demandât ! Quand elle ressortit, le soleil rayonnait. Mais le vagabond avait disparu !

Elle se dirigea vers l’épicerie du village pour qu’on lui indiquât la route de Marlotte-sur-Loing. « C’est à moins de deux heures de marche », dit l’épicier. Elle repartit, ragaillardie, serrant le bijou contre son cœur. Un léger parfum de lilas flottait dans l’air du soir.

Elle aperçut enfin le presbytère. Parvenue devant la grille, elle tira énergiquement sur la corde de la petite cloche en bronze. Celle-ci teinta, cristalline. Le vieux curé s'avança à pas traînants. Il souhaita la bienvenue à la visiteuse et la pria de s’asseoir pour se reposer et boire un thé. Ils évoquèrent l’église dévastée par les obus. Pauline proposa son aide pour nettoyer la chapelle encore solide sur ses contreforts, mais désertée. Armantine, la servante dévouée du père Marie prépara la chambre de Pauline. Après avoir dîné et discuté sur la vie, la mort, la guerre, la paix, la religieuse prit congé et dormit d'un sommeil sans rêve…

Le lendemain, quand elle ouvrit la porte de la chapelle de Marlotte-sur-Loing, et qu’elle eut fait quelques pas à l’intérieur de la nef, une odeur âcre de fleurs fanées la prit à la gorge. Sur le sol carrelé, dans la semi-obscurité, elle pouvait distinguer des pots de fleurs remplis d’une végétation squelettique. Elle fut saisie par le froid glacial de ce lieu qui disait son abandon de mille façons : des fragments de vases poussiéreux, des encensoirs couverts de moisissures et une statue en plâtre décapitée jonchaient le sol. Toute chose portait en elle l’empreinte de la Grande Guerre. Sœur Pauline entreprit de vider les vases de leur contenu, de débarrasser le sol de tous ces détritus comme dans un rituel de purification, avant la cérémonie de dimanche, celle de la première communion des enfants du village. L’église avait été partiellement détruite en 1917, ainsi la chapelle allait-elle devenir un lieu de culte où les croyants pourraient continuer à suivre les offices. Pauline disposa, dans des vases neufs remplis d'eau, des lupins fraîchement cueillis, des astilbes au feuillage aérien et des roses blanches encore en boutons, tout un monde végétal, rose de plaisir, prêt à embaumer ce lieu de prières de son parfum délicat…

Le jour tant attendu arriva. Le père Marie dit d'une voix qui semblait venir du ciel : « Avancez les enfants… » Le cortège s’ébranla. La file de gauche était composée de communiantes drapées dans un nuage de mousseline. Chacune d’elles portait avec solennité le cierge que leur avait confié le prêtre. À droite, les communiants en costumes sombres arboraient fièrement leur brassard blanc. On aurait cru des petits couples de fiancés, allant par un beau jour de mai, se promettre fidélité devant Dieu. Derrière eux, les villageois endimanchés marchaient silencieusement vers la chapelle. Sœur Pauline fermait le cortège, la démarche décidée.

Parvenus à l'intérieur de la nef, les enfants aux visages graves prirent place juste devant l’autel. Dans l’assemblée, les gens s’agitaient un peu, toussotaient, quelques larmes furtives étaient vite essuyées. Pauline, du haut de la tribune, pouvait observer dans chaque regard une émotion palpable. Tous attendaient le moment où les lèvres des petits communiants s’ouvriraient pour recevoir des mains du prêtre l’hostie consacrée. La religieuse se souvint alors de sa première communion comme d’une promesse. Un rayon de soleil perça à travers le vitrail et balaya de son faisceau bleu le mur blanchi de l’abside. « Bleu…, murmura Pauline, la couleur de l’âme. »

Elle prit congé par un matin frileux. Le père Marie la remercia chaleureusement en la priant de bien vouloir être prudente par ces sentiers écartés. Les nuages aux formes rebondies ressemblaient à s'y méprendre à des angelots. Les rayons d'un soleil printanier auréolaient d'une gloire la forêt frissonnante. Une brume légère prenait en écharpe la cime des sapins bleus.

Arrivée à la croisée des chemins, elle sut alors qu'elle devait prendre une importante décision. Elle s'assit sur une pierre et réfléchit : à droite, la route menant au couvent des Grands Carmes et à la promesse de ses vœux qui l'emprisonneraient pour toujours, dans une vie faite de soumissions, de contraintes, d'expiations ; à gauche, la liberté. Elle désirait plus que tout aimer Dieu mais seulement dans la joie, la jubilation de chaque instant, cette passion inextinguible et possessive.

Elle se leva, prit un bâton de marche et se dirigea vers la gauche… Elle se rappela sa rencontre avec le vagabond et pensa qu'elle lui ressemblait. Tous deux étaient pétris de ce même idéal d'abandon. Elle se souvint aussi de son regard intense, sans le filtre du masque social, cette sorte de regard où l'on peut facilement sonder le cœur. Elle savait que l’Esprit saint se nichait dans les petits riens comme dans les grands événements de la vie, qu’il était présent au creux de cette main qu’on avait tendue vers elle, à la fois comme une demande et une offrande.

Elle sortit de sa poche la médaille, baisa avec ferveur le relief de l'image pieuse et partit d'un pas alerte vers le béguinage* de Trémont, un ordre mendiant, où elle savait trouver la liberté d'aimer…


_______________________________

* Béguinage : c'est une communauté composée de religieuses et de laïques, issue de la fin du XIIe siècle. Ces dernières ne sont ni soumises à l'autorité de l'Église, ni à la société patriarcale.

Elles partagent l'idéal de pauvreté évangélique des ordres mendiants et ne prononcent pas de vœux. Elles pratiquent leur religion en toute liberté. Elles prêchent, travaillent, prient, s'entraident, vivent dans des petites maisons individuelles et prennent leurs décisions de manière collégiale.


 
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   socque   
27/8/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est aussi pour cela que j'apprécie Oniris : j'y ai l'occasion de lire en dehors de mes habitudes et même de mes goûts. Ainsi, un texte comme celui-ci n'a a priori rien à voir avec mon univers fictionnel imprégné de tueurs, d'angoisse et de violence jubilante.
Mais j'ai parcouru cette histoire simple et douce comme on boit une citronnade légère. C'est frais, un peu sucré, ensuite on se sent plutôt bien (cela dit, je me verrais mal ne plus avoir que cela dans mon verre jusqu'à la fin de mes jours). J'ai bien aimé aussi la figure christique du vagabond qui donne à voir un menu miracle. Bon, l'intention n'est pas super discrète non plus, mais je trouve touchante cette idée de la divinité présente partout dans le quotidien.

Je remercie donc Oniris pour la variété que j'y découvre jour après jour, comme ici avec ce joli texte, et l'auteur ou l'autrice qui m'a permis de quitter un instant ma peau de matérialiste convaincue !

   plumette   
17/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ce texte m'a émue car la "figure " de Pauline est très touchante.

j'ai beaucoup apprécié l'adéquation entre l'écriture et l'époque, une écriture cependant simple, limpide comme cette jeune fille qui est "à la croisée des chemins " et dont le coeur empli de désir a trouvé qui aimer.

Ce joli texte fait du bien dans notre période si tourmentée!

j'aurai la curiosité de connaître la réaction de Mère Mathilde suite au départ de Pauline ( qui parait clandestin?)
et je me suis demandé l'utilité de la phrase " elle sut qu'il était beau" à propos du mendiant. N'est-ce pas un surlignage un peu lourd ?

Dans la narration, je n'avais pas compris que le voyage de Pauline s'était interrompu à Marlotte-sur-Loing, je la croyais partie sans véritable but, or il semble qu' elle sait exactement où elle va et dans quel but.

Mais ces petits accrocs dans ma lecture n'enlève rien à la douceur de ce texte qui m'a fait du bien!

   Robot   
17/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une recherche de l'absolu divin qui semble être refusé à Pauline du fait de la sévérité organique d'un ordre religieux qui ne la satisfait pas. On la suit dans ses doutes et son parcours, sorte de sainte Thérèse de Lisieux insatisfaite d'une condition dans laquelle elle n'a pas trouvé la satisfaction de son engagement religieux.

Je ne suis qu'un mécréant mais j'admire surtout dans cette nouvelle ce fond qui nous montre qu'ont peut être croyant et garder un libre arbitre.
L'écriture décrit avec une justesse de style les états d'âme de l'héroïne.
Tout finit bien, comme dans un conte de fée puisque les aspirations de Pauline trouve leur aboutissement.

   papipoete   
17/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Annick
On est dans les pas, dans l'ombre de Soeur Pauline, aimant Dieu par-dessus tout, avec la promesse de le servir sans rien attendre en retour. Elle n'est que bonté et veut la semer sans compter ; mais trouve dans le regard de ce mendiant, le sens de sa vie ; non point prier aux nues, mais venir en aide à ceux qui n'ont rien, comme nus...
NB nul doute que ce cheminement à travers chapelles, couvents et presbytères, écarteront certains lecteurs que le monde chrétien abhorre ? Moi, qui fus baptisé et vécus auprès de gens pieux, Maman en particulier ( mais aucunement grenouille de bénitier ), me promène avec bonheur dans le dédale de cette destinée de religieuse, loin d'une Mère Supérieure acariâtre mais qu'un athée put faire également sans déplaisir !
Je songe à Albert Jacquard ou Coluche qui aimèrent tant leur prochain !
Je me suis vu aller vers l'autel, le jour de la communion, une fille en aube blanche et son cierge sur ma gauche, et moi au brassard blanc, tel un couple de fiancés allant devant le prêtre se marier...
Un récit tout simple, avec son côté de mystère, quand le mendiant offre à Pauline, la médaille qu'elle avait perdue... aux airs de miracle.
Un moment souvenir dans ce temps d'avant...aux effluves d'encens

   Corto   
18/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le titre, le thème, les premières lignes avaient tout pour me faire fuir cette nouvelle dont l'imprégnation religieuse est débordante.
Mais...racontée comme ici l'aventure humaine et spirituelle de Pauline a quelque chose de touchant.
Située dans l'immédiat après Grande Guerre on y trouve une ambiance et des réalités de l'époque. Touchante aussi la force de vie qui habite Pauline, enflammée par sa foi, bloquée dans un environnement-carcan qui ne lui convient pas.
Touchante enfin l'énergie désintéressée d'une jeune femme qui décide de prendre en main son destin, vraiment se chercher et réussir à se trouver.

Le texte est prenant, bien construit, bien écrit. Rythmé par des événements quotidiens comme l'accueil dans les presbytères, la remise en état de chapelles, la marche, et bien sûr la foi omniprésente, ce texte dégage une force très intéressante.
Bravo

   Malitorne   
20/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte reposant, facile à lire, rédigé d’une écriture simple à l’image du périple de cette femme pieuse. Il ne se passe pas grand-chose mais on suit quand même ses pas, histoire de voir où ils vont mener. La liberté dans l’amour de Dieu, soit, même si pour ma part il ne peut y avoir de vraie liberté quand on se soumet de quelque façon que ce soit à une autorité supérieure. Un esprit libre trace son chemin sans assistance aucune, avec son « je » pour seul bagage.
Petite réserve sur la rencontre du vagabond idéalisé, sorte de voyageur romantique, tant l’on sait que c’est une condition tristement subie.
Mais dans l’ensemble je le répète le texte reste plaisant, une certaine sérénité s’en dégage.

   Donaldo75   
20/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Annick,

Je dois dire que ce type de sujet n'est pas ma tasse de thé au peyotl mais l'écriture est de qualité et il y a une réelle tonalité dans ce texte. En lisant cette nouvelle, j'ai eu l'impression de regarder un film de Robert Bresson, du genre en noir et blanc avec une économie de mouvement et de la voix-off laconique. Il y a dans cette narration une forme d'appel à la spiritualité, de ce qui rend noble la sobriété et l'abandon des considérations matérielles, comme le montrent les ordres religieux les plus stricts, du moins dans ce qu'ils veulent bien nous laisser voir. Je dirais, en conclusion, que plus que le thème, c'est la manière de l'exposer qui m'a rendu le texte agréable, parce que cette écriture et ce mode narratif posent bien le sujet, le rendent incarné.

   placebo   
20/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pour le coup c'est un sujet que j'aime bien, je me démarque d'autres commentateurs :)

Ça me rappelle plein de choses, ma grand-mère qui a été élevée par les sœurs, une biographie de St François d'Assise par Julien Green, un film sur Sœur sourire qui avait aussi du mal avec la hiérarchie, ou encore un article récent sur les religieuses qui "voyageaient" au moyen-âge en "vivant" le récit de pèlerinage écrit par d'autres https://www.courrierinternational.com/article/immersion-pelerinages-virtuels-au-moyen-age

Style simple et pur comme Pauline.
La rencontre avec le mendiant pourrait presque laisser entendre qu'elle a croisé Dieu.

Bonne continuation,
placebo

   Pepito   
20/9/2021
Bonsoir Annick !

Ben dis donc, je suis méchamment à la bourre. ^^
Bon, tu me connais, le sujet et surtout, son traitement, n'est pas ma tasse de thé. Je suis assez d'accord avec la cheffe de la secte locale et je trouve que cette brave Pauline frise le fanatisme.
Pas de soucis sur l'écriture, la forme roule sans problème.
Deux petites questions :
- Comment une fille de l'AP passée directe dans les ordres connait autant de lieux et de gens dans le coin ?
- Comment imaginer que, si elle n'était pas intervenue, les gens du village allait fêter la communion dans une église en vrac et cradingue ?

Sur ce, ce n'est pas plus incohérent que ce qui est écrit dans le best-seller célébré par la communauté décrite. ^^

Merci pour la lecture !

Pepito

   Annick   
21/9/2021

   Louis   
23/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pauline vit sa foi comme une passion. Elle a trouvé dans le divin un substitut aux parents qu’elle n’a pas connus ; en Dieu, elle a trouvé le Père éternel, le père idéalisé, le père aimant, jamais absent pour l’éternité, toujours présent dans la vie de chaque jour, de chaque instant : « Pupille de la Nation, elle n’avait jamais connu la douceur d’un foyer. Aussi, s’était-elle tournée très tôt vers Dieu… »
Face à l’absence de toux ceux trop tôt disparus : « Seul Dieu lui semblait un appui solide et éternel sur lequel elle pouvait compter »

Pourtant, le substitut à la famille au sein de l’ordre des carmélites, dans lequel elle est entrée, n’a pas « la douceur d’un foyer ». La «mère supérieure » du couvent des Grands Carmes, Mère Mathilde, est « une femme austère et sans cœur ».

Austère, elle ne favorise pas la vie, rejette tout plaisir et toute joie de vivre, favorisant la contemplation plutôt que l’action, pratiquant un rigorisme strict : « Mère Mathilde faisait partie de ces femmes qui s’épanouissaient dans le devoir et la reconnaissance », alors que Pauline est plus active que contemplative, opposant au triste et sévère devoir la passion pour le divin, l’élan exubérant, spontané, et plein de ferveur.
Pauline obéit à ses « désirs », quand Mathilde obéit à la raison, « Tout en elle était réfléchi, mesuré. Ses prières étaient raisonnables tandis que celles de Pauline s’exprimaient toujours dans le désir »

Sœur Pauline décide donc de quitter le couvent des carmélites, dans une volonté d’éviter de se « dessécher », sous la « férule » de Mathilde ; résolue est-elle à ne pas s’étioler, ne pas dépérir et perdre sa vitalité, ne pas laisser se tarir tous les élans passionnés de son cœur dans une foi appauvrie, inerte et sans ampleur.

Elle décide de suivre sa route, le chemin initiatique qui la mènera vers elle-même : « Elle décida de partir à pied vers sa destination, comme on entreprend un pèlerinage, un cheminement intérieur, avant tout. »
Il lui faut d’abord se libérer du sentiment de culpabilité qui l’envahit. Quitter son ordre monastique lui apparaît une faute, une infidélité comme si elle avait commis, par son départ, un grave péché : « Pourtant, parfois, la petite sœur se sentait si coupable qu’il lui semblait porter tous les péchés du monde ».
Elle tente par des mortifications de « briser cette partie d’elle-même qui se rebellait contre l’ordre établi ».
Elle trouvera une issue pourtant à ce conflit intérieur qui s’instaure en elle, en comprenant que sa voie est celle de l’amour, et non celle du devoir ; que l’amour est au-dessus de tout avec la liberté qui lui est inhérente.

Son chemin ne la détourne pas de sa foi, mais au contraire il la ravive.
Elle découvre dans la nature profane une absence d’opposition avec l’intérieur du lieu sacré de l’église : « Elle avait aimé ces arbres aux troncs immenses surmontés d’une voûte de feuillage. Ils lui rappelaient singulièrement les longs piliers de la nef de sa chère église ».
Ainsi la nature, et l’église qui renvoie au ciel, méritent toutes deux soin et respect.
Les rapports aux personnes qu’elle rencontre sont empreints de gaieté et non de tristesse et de froideur : « Ils avaient discuté gaiement… »
Sa foi est dans la « joie, la jubilation de chaque instant », et non dans la rigueur austère, le silence, les pleurs et les lamentations. Elle découvre que Dieu est partout, dans une sorte de panthéisme, et que « l’Esprit saint se nichait dans les petits riens et les grands événements de la vie »

La perte de la médaille pieuse est un épisode très symbolique de son cheminement. Elle la retrouve par l’intermédiaire du geste de charité à l’égard d’un mendiant. En retrouvant ainsi sa médaille, elle retrouve l’authenticité originelle des Carmélites, qui constituait un ordre ’’mendiant’’, comme les Franciscains, devant vivre d’aumône et de charité.

Elle se retrouve elle-même, semblable à cet homme errant : « Elle se rappela la rencontre avec le vagabond et pensa qu’elle lui ressemblait »
Ce mendiant lumineux, « Elle sut qu’il était beau », indique la voie, celle de l’errance et non de l’enfermement ; celle aussi de l’abandon : « Tous deux étaient pétris de ce même idéal d’abandon ».

Son idéal est donc trouvé là, chez le vagabond magnifique, dans l’«abandon »
Elle lutte sans cesse pourtant contre l’abandon, compris en particulier comme délaissement et manque de soin des lieux de culte, endommagés par la Grande Guerre : « Elle caressa du regard les objets sacrés, laissés à l’abandon depuis de nombreuses années.»
Elle lutte contre l’abandon, consacre du temps au cours de son périple initiatique à remettre en bon état les lieux de culte, et, paradoxalement, trouve dans l’abandon son idéal.

Il n’y a pourtant pas là de véritable paradoxe.
L’abandon en tant qu’idéal se comprend comme détachement du monde et surtout de soi, dans
« une âme qui se repousse de toutes choses » comme écrit Marguerite Porète, cette femme étonnante, hors du commun, rattachée au mouvement du Libre Esprit et des béguines, – et c’est bien vers un béguinage que sœur Pauline choisira de s’orienter ; féministe dès le Moyen Âge, victime de l’Inquisition, brûlée avec son livre en place de Grève, le 1er juin 1310, auteure de ce qui est désormais considéré par les spécialistes comme l’un des chefs d’œuvre de la littérature médiévale.
Ce livre possède un titre très éloquent quant à son contenu : « Le miroir des âmes simples et anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d'amour »
L’abandon, au sens que lui donne sœur Pauline, semble correspondre à ce que M. Porète nomme un anéantissement, par lequel l’âme s’annihile en Dieu. L’âme s’affranchit et se ''désencombre" d’elle-même dans le cheminement spirituel proposé. Elle ne veut plus qu’en Dieu, à son terme ; en Dieu qui est amour.
L’anéantissement de l’âme prône moins l’abnégation que la substitution, librement consentie, du vouloir divin au vouloir de la créature. L’Amour annule et conserve à la fois le vouloir de la créature en abolissant toute limite comme toute sujétion. Dans l’élision de l’âme se trouve la liberté divine.

Amour et liberté se trouvent liés. Une inspiration, peut-être trouvée chez Saint Augustin, qui avait formulé le fameux précepte : « Aime et fais ce que tu veux ».
Marguerite Porète le répète : « Amour est Dieu et Dieu est Amour ».
Et quand on aime d’un amour "divin", amour désintéressé, exempt de tout calcul, purifié de l’appât du gain, on est au-delà des règles, du devoir et de la morale.
C’est cet amour que choisit Pauline, en s’abandonnant à Dieu, un amour extatique qui est aussi un amour pour la vie, pour autrui, et pour soi-même de façon non égoïste.

Sœur Pauline choisit donc le béguinage, si différent des ordres religieux habituels, et choisit donc la liberté liée à l’amour. Un beau choix de vie. Et un beau personnage qui, sous couvert du langage de l’abandon, ne renonce à rien d’essentiel, et conserve sa puissance de vie et de joie.

   Bandini   
25/10/2021
En acceptant d’entamer le récit du parcours de cette demoiselle, je ne m’attendais pas à suivre une histoire très rock’n roll. J’étais donc prévenu, mais j’ai été surpris tout de même. Je pensais que je serais récompensé d’une longue lecture ennuyeuse par quelque événement remarquable, ce qui ne fut pas le cas. Je n’ai rien trouvé non plus de littérairement significatif qui puisse créer un peu de relief dans une morne plaine.

Je pense avoir compris qu’il s’agit de montrer qu’une vie spirituelle, voire de dévotion, ne doit pas nécessairement s’inscrire dans une institution particulière. Ce texte établit donc clairement la distinction entre trois notions pouvant exister séparément (ou ne pas exister, donc) : foi, religion et église. Je pense même très courant que la foi ait été absente de membres de l’église. La foi peut exister sans religion ni église.

La vie de cette jeune-femme sera faite de foi, ne sera pas faite d’église, et sera peut-être faite de religion, mais d’une religion libre. C’est ce que j’ai compris, ce que j’en retiendrai, mais, et j’en suis bien désolé, n’en retiendrai rien de littéraire.


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