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Aventure/Epopée
aristee : Madame de Sévigné m'écrit
 Publié le 31/03/07  -  4 commentaires  -  12961 caractères  -  27 lectures    Autres textes du même auteur

De son Secteur du Ciel, l'esprit de Madame de Sévigné adresse des messages à sa fille, qui par erreur arrivent sur mon bureau.


Madame de Sévigné m'écrit


Avant-propos


Non, ne craignez rien. Je n'entame pas une autobiographie. Mais il m'est arrivé il y a quatre jours une chose tellement extraordinaire, que je ne peux que la relier à mon enfance.


Nous habitions dans un petit village du Vaucluse dont le canton (Valréas) est bien connu pour être enclavé dans la Drome. À quatre kilomètres de chez moi se trouve le château de Grignan, où Madame de Sévigné venait souvent voir sa fille, la comtesse de Grignan.

Madame de Sévigné faisait partie de la famille. Ma mère disait que c'était la maîtresse de mon père. En effet mon père, qui aimait fouiller dans les vieilles archives, connaissait tout de Madame de Sévigné, et je me revois dans la grande cour du château, fièrement planté à côté de mon père qui faisait des conférences sur la Grande Dame.


Y a-t-il un lien avec ce qui m'est arrivé il y a quatre jours ? Pour reprendre les expressions ampoulées de certains scientifiques : s'agit-il d'une interférence de séries causales indépendantes (plus simplement : du hasard) ou sommes-nous en présence d'un problème de relations concomitantes (simplement : cause à effet) ? Je vous laisse juge.






Il y a quatre jours donc, en me levant, je me rendis dans mon bureau. Les volets étaient fermés, je n'avais pas encore allumé la lumière, lorsque je vis sur mon bureau une sorte de plaque luminescente, verdâtre et de consistance cotonneuse.

En m'approchant, je constatai qu'en me tenant à la verticale, je pouvais parfaitement lire une lettre écrite d'une écriture régulière.

J'ai lu, relu, re-relu cette lettre. C'était une lettre que Madame de Sévigné envoyait à sa chère fille la comtesse de Grignan. Elle expliquait qu'elle venait d'être promue Transcendante et que pour la première fois, elle pouvait transmettre un message mental en dehors de son secteur.

Madame de Sévigné expliquait qu'après avoir quitté la Terre, elle avait été envoyée dans un Secteur où elle se trouvait avec des personnes qui avaient vécu sur Terre à diverses époques. Elle ignorait selon quels critères était basée cette répartition. Elle faisait d'ailleurs le portrait de plusieurs personnages historiques. Mais j'y reviendrai.


Elle expliquait que dans ce nouvel Univers, les personnages conservaient les caractéristiques mentales et morales qu'ils avaient sur Terre, qu'ils se souvenaient de tout ce qu'ils avaient fait sur Terre, et que le temps existait encore, bien qu'il n'ait rien de commun avec celui que l'on connaît sur Terre. Il faut au moins dix cosmos (unité de temps) pour accéder au rang de Transcendant ou Transcendante.

Dans ce nouvel Univers, il n'y a rien de matériel. Des esprits se meuvent librement dans un Secteur. Le stade après Transcendant est celui de Libre Esprit, qui permet de se déplacer d'un Secteur à l'autre.

Madame de Sévigné précise qu'elle ignore d'où émanent ces nominations. Que de toutes ses discussions avec d'autres Esprits, il ressort qu'il doit exister un Principe suprême dont ils ne savent rien.


Je reproduis de mémoire la fin de sa communication avec sa fille :


Je ne sais dans quel Secteur vous êtes, mais j'espère que mon message transcendantal vous parviendra. Il paraît que les premières fois, il peut arriver que les messages s'égarent, car il y a une concentration de pensée à acquérir. Je souhaite vivement que je réussirai dès le début à vous transmettre toute mon affection, qui reste absolument identique à celle que je vous portais sur Terre.

J'ai rencontré dans mon Secteur des personnages assez extraordinaires, et surtout, j'ai pu constater que certaines célébrités sur Terre sont très différentes de ce que nous pensions d'elles. Par exemple, je suis très liée avec Ravaillac, qui est un homme absolument charmant, sensible, instruit, je vous en parlerai dans mon prochain message.


Votre très affectionnée Maman. »



Je veux maintenant m'adresser à ceux qui veulent bien me lire. Je comprendrais qu'ils ne veuillent pas croire ce que je viens d'écrire. Si j'étais à votre place, je penserais aussi que ce sont des divagations. C'est tellement extraordinaire que je n'en ai pas parlé à Marie le jour-même.


Le lendemain de cette première réception, je recevais un deuxième message de Madame de Sévigné. Et là, j'ai appelé Marie pour le lui faire lire. Depuis, plus rien. Mais le matin, quand je viens à mon bureau, j'ai le cœur battant, espérant toujours un nouveau message.


Pourquoi, oui, pourquoi ses deux premiers messages ont-ils atterri sur mon bureau ? Pourquoi moi ? Je ne suis plus à un mystère près. C'est à la fois affolant et tellement merveilleux !


Dans ses deux lettres, Madame de Sévigné a parlé de divers Esprits, et en particulier de quatre ou cinq avec lesquels elle entretenait d'excellents rapports.


En premier lieu Ravaillac, qui était loin d'être la brute illuminée que l'on nous présente dans l'Histoire de France. Ravaillac était un homme cultivé. Il fit des études de médecine à Montpellier (l'Université la plus célèbre dans ce domaine), puis il alla à Lyon où il fit des études de Lettres. Marié à une jeune femme extrêmement jolie, ils s'étaient fixés dans la région d'Angoulême et ils eurent une fille aussi belle que la mère. Le bon roi Henri IV passait un jour dans sa bonne ville d'Angoulême lorsque dans la foule, il remarqua les beautés de Madame et Mademoiselle Ravaillac, alors âgée de treize ans.

Il demanda à son chef de police de trouver le domicile de ces dames et le soir-même, trois hommes de main forcèrent la porte des Ravaillac. Le chef de famille était absent, s'étant rendu à pied à Paris. La femme et la fille furent attachées et le roi (celui qui disait que jusqu'à quarante ans, il crut que son organe sexuel était un os) les viola.

De retour à Angoulême, Ravaillac trouva une femme folle et une fille muette et indifférente à tout ce qui l'entourait. Il résolut de se venger. Les cris des femmes avaient alerté de nombreux voisins. Il y avait donc de nombreux témoins. Mais aucun ne voulut témoigner contre le roi. Il était impossible d'intenter un procès contre le roi devant un tribunal. Ravaillac se constitua en Tribunal et décréta la mort du roi violeur. Il soutint qu'il ne s'agissait pas d'un assassinat mais d'un acte de justice.

Henri IV, c'est regrettable, n'était pas dans le même secteur que Madame de Sévigné et Ravaillac. Il aurait pu faire connaître sa version des faits.


Madame de Sévigné appréciait beaucoup également un druide breton qui vivait au premier siècle. C'était un esprit qui selon Madame de Sévigné possédait des connaissances stupéfiantes pour son époque. Il présageait l'utilisation de l'électricité, et possédait des secrets perdus aujourd'hui, comme l'utilisation des sons, c'est-à-dire des vibrations, pour déplacer des objets lourds.


Dans "la petite Cour" de Madame de Sévigné" se trouvait aussi l'esprit de l'impératrice Joséphine, qui avait vécu sur Terre bien après elle. Joséphine, pas très intelligente, était d'un caractère enjoué, pas méchante pour deux sous. Contrairement à ce qui avait été dit, si elle avait eu en effet quelques aventures extraconjugales elle n'avait jamais cessé d'idolâtrer Napoléon, et malgré son caractère heureux, avait été très touchée par sa répudiation. Très touchée, mais très bonne, elle n'en avait pas voulu à Napoléon, comprenant la nécessité pour lui d'assurer une descendance. Il est certain que cette répudiation a abrégé son séjour sur Terre.


Madame de Sévigné parla encore d'un homme qu'elle détestait : c'était Louis XI. À lire Madame de Sévigné, ce monarque réunissait à peu près tous les défauts : menteur, sans scrupule, coléreux et sadique, Tartuffe (avant l'heure), il ne considérait en toutes choses que son intérêt propre, et n'hésitait pas à sacrifier un ami si cela servait ses desseins.


Chaque matin je guette l'arrivée sur mon bureau d'un nouveau message de Madame de Sévigné qui se serait égaré.

Hélas, je crois bien qu'elle "a pris le coup" et que ses transmissions de pensée arrivent désormais à destination. Quand je pense qu'il ne me reste rien, absolument rien, aucune trace de ces messages venus de l'au-delà, j'en suis bien triste. En effet la luminescence verte, les deux fois, s'est dissipée après environ deux heures, et avec elle les lettres s'effaçaient.

Certains d'entre vous ont-ils connus des phénomènes analogues ?


J'avais dit n'avoir rien reçu après mon second message. J'étais très embêté.

Le lendemain de la réception du deuxième message de Madame de Sévigné, j'ai bien reçu un troisième message. Je n'ai pas osé le dire. Comme les précédents, il avait dû s'égarer, la chère Marquise n'ayant sans doute pas "pris le coup" pour transmettre ses pensées à sa fille. La seule différence avec les deux précédents, c'est que sur mon bureau, la plaque nuageuse luminescente était rose.

Et j'ai beaucoup hésité avant de le rendre public. La raison en est simple. Madame de Sévigné a consacré la quasi-totalité de son message à un personnage que nous avons tous connu, un personnage qui suscite des réactions diverses et qui n'est pas encore entré dans l'histoire, puisqu'il était avec nous sur Terre il n'y a pas si longtemps.

En fin de compte, j'ai pensé que les petites considérations d'option politique de l'un ou de l'autre, devaient s'effacer devant ce nouveau témoignage de ce qui se passe dans l'au-delà. C'est la première fois que l'on peut disposer d'un tel témoignage. (Jésus est bien revenu de l'au-delà, mais il ne nous en a pas parlé).


Les Esprits, dans le secteur de Madame de Sévigné, sont innombrables, bien sûr. Et pourtant, elle consacre tout un message adressé à sa fille, à ce seul Esprit. Il a fait dans le secteur une entrée remarquée.


Encore habitué à sa vie terrestre, il a commencé par exiger des uns et des autres un respect qui n'est pas de mise là-haut. En homme intelligent, il s'est vite aperçu de son erreur et pendant un certain temps, il s'est noyé dans la masse, et tous pensaient qu'il avait renoncé à ses prétendues prérogatives.

Mais peu à peu, il parvint à constituer autour de lui une phalange d'esprits qui lui étaient tout dévoués. Au nom de ce groupe, il finit par exiger certaines choses.

Un pâtre pyrénéen qui avait vécu sur Terre durant le premier siècle de l'ère chrétienne (donc là depuis longtemps) et qui était très lié avec Madame de Sévigné, avait dit à notre marquise qu'il avait toujours connu le droit de Libre Pensée.


Or le nouveau venu et son groupe, voulaient instituer des réunions de "Pensées concordantes" quelque chose qui ressemblait un peu aux partis politiques sur Terre.

La grande majorité des Esprits s'élevèrent contre cette entorse à la traditionnelle Liberté de pensée des Esprits, et l'on pouvait croire, que jamais ce nouveau ne pourrait modifier une règle qui avait toujours existé et donnait satisfaction à tous.


À tous ? Non. Car peu à peu, insidieusement il parvint à convaincre de plus en plus d'Esprit, que l'Unité de Pensée d'un grand nombre, permettrait d'effacer les différences qui subsistaient entre les Esprits. Et c'est vrai, dit Madame de Sévigné, que le poids d'un Esprit de Louis XIV n’était pas le même que celui d'un paysan du Caucase. La liberté de Penser existait, mais dans les faits, les idées de ceux qui sur Terre avaient eu une position de premier plan, ces idées prenaient le pas sur celles des autres.


Dans ses messages télépathiques à sa fille, qui se transformaient en écrits sur mon bureau, Madame de Sévigné disait qu'une grande effervescence existait donc dans son secteur, depuis l'arrivée de l'Esprit de François Mitterrand.


Et elle se demandait si l'ordre qui avait toujours régné dans le secteur n'allait pas être remis en cause.


Il paraît que l'esprit de Mitterrand prêchait une sorte de "révolution permanente" qui seule pourrait faire évoluer cette société spirituelle qui n'avait pas bougé depuis la nuit des temps.


Et Madame de Sévigné, terminait son ainsi son message :


Je n'ai bien entendu pas connu sur Terre ce Mitterrand. Je n'en avais jamais entendu parler puisqu'il a fait son passage terrestre après moi. Mais ses contemporains ont dû être bien divisés sur son compte. D'un côté il a un Esprit raffiné et cultivé. D'autre part, alors qu'il semble posé, il prêche des idées qui paraissent opposées à sa propre nature. Il parle très souvent d'un certain De Gaulle, qui a dû vivre à son époque, mais cet Esprit qu'il cherche n'est pas dans notre secteur. Et j'ai le pressentiment, ma fille, que c'est heureux pour nous et notre tranquillité.


Ces divers messages venant de l'au-delà par un concours de circonstances heureux, semblent établir d'une façon irréfutable, qu'en quittant cette Terre, nous perdons notre enveloppe charnelle, mais que notre Esprit, inchangé, poursuit sa vie dans un Secteur de l'immensité céleste.


 
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   Jeff   
3/4/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Curiosité... Ce texte pourrait bien appartenir à un "cabinet de curiosités"... Il a même failli être crédible mais sa fin vient en ternir l'image et c'est bien dommage...
Pourtant, j'ai bien aimé et me suis laissé prendre par cette histoire... qu'il faut aborder l'esprit ouvert et plein d'admirations pour la Marquise...

   Maëlle   
3/4/2007
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est assez drôle, l'idée est charmante, et j'aurais bien aimé qu'elle tourne autrement, pour lire une vrai histoire. Un peu brusque dans les enchainements, par ailleurs.

   Ama   
28/3/2008
j'adore l'idée, celle d'inventer l'histoire. C'est ce qu'on fait tous, plus ou moins... J'aime bien la dernière phrase et je trouve l'ensemble rigolo. Mitterrand n'est pas gênant en soi mais il est amené un peu maladroitement. D'un coup, on dirait que tu as fait cette histoire, rien que pour pouvoir dire ce que tu penses de lui et ça c'est dommage. Il faudrait qu'il soit introduit de façon à se former complètement au moule de la narration.

   xuanvincent   
19/7/2008
L'idée qu'un auteur puisse intercepter, deux siècles (et quelques années) après sa mort, la correspondance de Madame de Sévigné, m'a intéressée.

Pour la suite, j'ai vite lu le récit car je n'ai que moyennement accroché à l'histoire, telle qu'elle est racontée, en particulier aux considérations de transcendance. Je ne laisserai donc pas d'évaluation.


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