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Arsinor : Douze Variations sur la parabole de la Lampe magique
 Publié le 25/11/15  -  8 commentaires  -  23199 caractères  -  114 lectures    Autres textes du même auteur

Variations sur une parabole ou exercices de style.


Douze Variations sur la parabole de la Lampe magique


Thème

Un homme trouva sur son chemin une lampe. Il la frotta et il en sortit un génie qui lui dit : « Trois vœux, tu diras, ils se réaliseront. » Alors l’homme, sans réfléchir, prononça ces trois vœux : « Je voudrais être riche, séduisant et connu. » Le génie accomplit ces souhaits. L’homme était-il pour autant plus heureux qu’avant ?


Rimes

Un binôme prouva sur son parchemin une hampe. Il la flotta et il en répartit un béni qui lui fit : « Broie-le, tu viras, ils te pénaliseront. » Lors le binôme, sans fléchir, renonça les broie-le : « Je coudrais être en friche, épuisant et cornu. » Le béni remplit ces broie fouets. Le binôme était-il par gros temps plus peureux qu’au vent ?


Haïku

Choisis trois souhaits.

Riche, célèbre et séduisant :

Fut-il plus heureux ?


Explicatif

Un être humain mâle adulte rencontra par hasard sur une route utilisée pour aller d’un point à un autre un ustensile en métal qui sert à l’éclairage, rempli d’un liquide combustible et muni d’une mèche. Il y passa sa main à plusieurs reprises, en appuyant, et un esprit qui selon la pensée archaïque préside à certains lieux passa de l’intérieur à l’extérieur et exprima par la parole ce qui suit : « Des expressions de ton désir au nombre de l’entier naturel suivant deux tu énonceras oralement et je les rendrai effectives. » L’individu dont l’identité n’est pas précisée indiqua par la parole sans y penser mûrement ni longuement : « Je souhaite posséder de grands biens et de la fortune, être propre à inspirer ce sentiment intense et agréable qui pousse hommes et femmes à s’unir, et ordinaire à un grand nombre de personnes que je ne connaîtrai pas. » L’entité magique bonne ou mauvaise ayant selon la croyance traditionnelle une influence sur la destinée humaine réalisa complètement ces désirs qu’une chose s’accomplisse. L’être qui, malgré sa sagesse, montre toujours quelque faiblesse se mit-il alors à jouir du bonheur lié à une telle situation ?


En effet

Il arrive parfois de drôles de choses. En effet, un jour, un homme trouva quelque chose sur son chemin. Il crut que c’était une lampe, et, en effet, il s’agissait d’une lampe. Il la frotta. Elle était assez sale, en effet. Mais il se passa alors une chose assez extraordinaire. En effet, il en sortit un génie. L’homme se demanda si c’était un génie qui propose des vœux et en effet le génie lui dit : « Dis-moi trois vœux et ils se réaliseront en effet. » Mais l’homme ne sut que répondre. En effet, il était un peu étonné de tout ce qui était en train d’arriver. Mais il élabora quand même une réponse et la formula. En effet, il répondit : « Je voudrais être riche, séduisant et connu. » Il voulait en effet être riche, séduisant et connu. Il s’attendit alors à ce que le génie accomplît ces souhaits. Et c’est en effet ce qu’il se produisit, puisque, en effet, il devint riche, séduisant et connu. Mais il arrive parfois qu’on se pose des questions sur les choses qui sont arrivées. En effet, deux mois plus tard, l’homme se posa une question. En effet, était-il plus heureux qu’avant ? On pouvait en effet légitimement se poser la question. Enfin, moi, je vous le dis comme on me l’a raconté. Après, je ne sais pas. Tout ça est quand même assez étrange, en fait.


Politiquement correct

Chère lectrice, cher lecteur,

Soyez la/le bienvenu-e dans la version politiquement correcte de la Lampe magique.

***

L’exercice d’écriture auquel cette version correspond consiste à raconter l’histoire qui sert de fil directeur au projet, en utilisant les tournures du style de ce que l’on nomme de nos jours le « politiquement correct ». Si vous ne souhaitez pas lire ce texte, il vous est possible de lire le suivant, de cliquer sur les liens hypertexte à votre gré ou de cesser votre activité de lecture. Mon travail, dans cette introduction, est en effet de mettre à votre disposition tout élément susceptible de créer un climat de confiance tel que vous vous sentiez émotionnellement disposé-e à construire une relation auteur/lectrice/lecteur susceptible d’apporter un bénéfice aux deux parties : tel est le pari gagnant-gagnant de la Lampe magique. Je me permets d’utiliser l’espace qui m’est attribué pour remercier chaleureusement ces personnes exigeantes et aux profils variés dont le travail bénévole consiste à veiller au bon fonctionnement et à la gestion de ce lieu de communication littéraire remarquable en francophonie.

***

Une personne humaine se rend à son lieu de travail en utilisant le mode de transport le plus écologique (la marche à pied). Elle traverse l’axe principal d’une des zones défavorisées d’une agglomération dont il n’est pas nécessaire de préciser le nom et entre dans un magasin dont les caractéristiques principales rappellent des éléments de la culture dont sont supposés être originaires les habitants locaux. Il est possible de croire que cette personne cherche à acquérir un objet susceptible d’optimiser l’équipement de son domicile ou d’être offert à son conjoint pour fêter son anniversaire, une autre fête ou simplement pour lui dire « je t’aime ». Toujours est-il que le regard de la personne rencontre un objet présentant des particularités esthétiques orientales servant à l’éclairage de l’habitat dans les sociétés traditionnelles de confession coranique. Il est possible d’imaginer que la personne présente une disposition à la propreté car elle se met à nettoyer l’objet dont il est question.

Apparaît à ce moment une personne de phénotype issu de l’immigration qui semble être le ou la responsable de l’administration du magasin, vêtu-e d’un costume traditionnel de la culture de référence, peut-être pour s’enquérir de la raison pour laquelle la personne était en train d’astiquer un objet dont elle ou il est en possession. De façon finalement peut-être inattendue sur un lieu de vente, ce ou cette responsable propose au client/à la cliente la possibilité de donner une formulation à ses projets personnels et professionnels, avec la consigne de réaliser un petit travail de synthèse oral permettant de définir trois axes. Elle précise également que ces projets seront exécutés sans investissement personnel, sans participation financière et dans une perspective à très court terme. La personne, qui semble présenter un profil caractérologique incluant notamment la spontanéité, qualité humaine appréciable et le plus souvent point d’amélioration dans les situations qui nécessiteraient peut-être plus de lenteur, formule trois types de motivations en rapport respectivement avec les besoins économiques, familiaux et sociaux qui définissent les préoccupations essentielles que la plupart des individus socialisés en zone civilisationnelle occidentale ont pour habitude, d’après les stéréotypes en vigueur à l’époque considérée, de développer.

Les projets de vie ainsi cités trouvent une issue dans leur réalisation immédiate, ce qui suggère sans détour l’aspect surnaturel afférent à la typologie de notre récit. Il est alors possible de poser la question de savoir si l’accomplissement dans les domaines choisis par la ou le protagoniste lui ont permis d’accéder à un mieux-être psycho-social.

***

Sans déflorer l’intérêt de cette histoire dont la forme s’apparente à celle d’une parabole, il est possible de poser qu’elle doit essentiellement permettre à la lectrice et/ou au lecteur une réflexion plus ou moins prolongée et approfondie sur les liens qu’entretiennent d’une part la notion même de bonheur et d’autre part le chemin par lequel la personne humaine atteint un certain degré de bonheur. La piste nous conduit notamment à nous demander si le travail comme processus de réalisation de nos projets éventuellement sanctionnés par une réussite nous permet d’accéder à la satisfaction personnelle, ou si l’individu moderne se trouve désormais en capacité de jouir pleinement de simples cadeaux, de « fruits tombés du ciel », à l’instar des enfants.

Nous espérons que la lecture de ce texte vous aura permis de passer un moment utile et agréable. Nous vous souhaitons d’apprécier les différents récits et fantaisies qui composent ce recueil, de cliquer sur un autre texte ou encore d’éteindre votre ordinateur pour vous consacrer à une autre activité.


La Mégère apprivoisée

— Salut ! J’ai de bonnes nouvelles !

— C’est à cette heure-ci que tu rentres ? Tu as plus d’une heure vingt de retard ! Pour qui tu me prends ? Et en plus tu me dis bonjour en frétillant ?

— Je t’aime.


Elle le gifle. Elle reprend :


— Une heure vingt que je t’attends. Avant, tu étais une loque, maintenant, tu es une épave.

— J’ai une bonne explication.

— Une bonne explication ? Ça y est, j’ai craqué pour de bon. Allez, dégage. De toute façon, cette discussion est stérile, tout ça ne mène à rien. Toi, tu vas voir ta télé, moi je finis d’éplucher les légumes et tout va bien et on recommencera demain et les jours suivants jusqu’à ce que mort s’ensuive. Les légumes, dans deux jours, y a plus rien à manger alors je ne vois pas pourquoi je parle alors s’il te plaît épargne-moi tes excuses débiles parce que cette fois, je ne sais pas ce que je te fais.

— J’ai trouvé une lampe.

— Et ?

— Elle était par terre. Je l’ai frottée et un génie a exaucé trois vœux que j’ai choisis.


Silence. Elle est consternée.


— C’est l’excuse la plus bidon et la plus énorme que tu m’aies jamais faite. Tu as dépassé les bornes. Autrefois, il y avait des bornes. Autrefois, tu fournissais des excuses fausses mais crédibles. Maintenant tu me prends pour une idiote et tu te fiches ouvertement de moi. (D’une voix tragique.) Tout honneur a définitivement déserté cette maison.

— Le génie de la lampe a explosé le compte en banque ! J’ai vérifié ! Nous allons pouvoir vivre la vie dont nous rêvons et j’ai d’autres surprises dans mon sac !


Elle s’en va. Il la retient par la main.


— Lâche-moi, j’en ai assez entendu pour aujourd’hui, merci, j’ai eu ma dose, je ferme la boutique, au revoir, merci et à demain. Je démissionne. Si je suis encore de ce monde.

— Je n’ai pas tout dit.

— Tu ne vois pas la vie infernale que tu me fais vivre avec un SMIC pour deux ? Encore heureux qu’on n’ait pas d’enfants ! C’est le seul point positif ! D’ailleurs avec les gènes que tu as, ils seraient nés malformés, avec des tares incurables et ce serait encore pire !

— Mais justement, c’est ce que j’essaie de te dire ! Maintenant je suis riche et je vais devenir célèbre ! Nos problèmes sont terminés ! C’étaient les trois vœux !

— Bien sûr. Et le troisième vœu, c’était quoi ?

— Voir Naples et chanter sous la pluie !

— Tu as pris de la drogue ? Et tu crois que ça va arranger les choses de prendre de la drogue ? Tu me prends pour qui ? Pour ton infirmière en addictologie ? Et tu crois que je vais faire tout ça pour toi gratuitement ?

— Si tu es en colère, c’est de ma faute. Je suis à ton service.

— Mais je ne suis pas en colère, c’est juste que tu es une épave, mon pauvre ami, regarde-toi ! Tiens, regarde ! Il y a un miroir juste là ! Mais bouge-toi ! Je vais pas te l’apporter sur un plateau, non plus ! Bon, je te laisse t’admirer, moi, je vais me coucher. Tu mettras ta pizza surgelée au four tout seul, si tu en es encore capable. Bonsoir.

— On laisse tomber la pizza. Je t’emmène au restaurant !


Il sort des billets de sa veste et les brandit.


— Quoi ? Tu es fou ?

— Oui, de toi. Et encore, je ne t’ai pas dit le nom du restaurant ! C’est la surprise ! Ensuite, demain, nous irons faire les boutiques ensemble comme deux amoureux, toute l’après-midi et le soir nous irons au cinéma, où tu veux, c’est toi qui choisis. Ensuite, nous prendrons trois semaines de vacances aux Seychelles, à Shanghai, où tu veux.

— Ah bon ? Tu veux faire les boutiques avec moi ? C’est nouveau, ça !

— Oui, c’est nouveau !

— Avec quel argent ?

— Je te dis qu’on est riches. Je réalise une série de reportages pour TF1 !

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Allume la télé. Il est 20 heures 45, j’ai calculé.


Elle allume la télévision et regarde son mari présenter le reportage en entier.


SF

En visitant une planète inconnue, éloignée de notre galaxie, l’un de nos coéquipiers a disparu. Il s’agit d’un CHUI, Centaurien Hendécatentaculaire Ultra Intelligent de la planète 13579-secteur-GPS du Centaure. D’après les données laissées à l’état de traces, le CHUI a découvert quelque chose qui ressemble à un ordinateur et qui, d’après le dateur encyclopédique, a été construit à une probabilité arrondie à la troisième décimale de 0,982 par une civilisation éteinte depuis une durée comprise entre 9,3 millions et 22,7 millions d’années. Probablement intrigué, notre ami a donné un coup de tentacule sur la machine et elle s’est mise en route. L’écran s’est allumé et une holographie est apparue libellant un message qui nous est parvenu par ondes :

« Bonjour et bienvenue sur XOXOXOXOXOX. Vous avez activé le programme des mondes virtuels. Vous allez donc être projeté(s) dans un monde virtuel pour une durée indéterminée. Veuillez choisir par la pensée les trois paramètres du monde que vous désirez. »

Notre coéquipier n’a pu s’empêcher de penser et a défini sans le vouloir les paramètres suivants :

• paramètre 1 : commandement de la matière

• paramètre 2 : altruisme réciproque hédoniste

• paramètre 3 : focalisation des priorités externes sur l’ego

L’ordinateur a enregistré les paramètres, ouvert une nouvelle dimension et y a jeté le Centaurien. La trace de notre coéquipier a été perdue et nous ignorons s’il est plus heureux dans le monde où il se trouve. Nous sommes plongés dans l’inquiétude. Si un membre de votre civilisation a rencontré notre ami quelque part, qu’il veuille bien nous contacter s’il vous plaît.


Note : Ce texte a été traduit du XOXOXOXOX en binaire par les laboratoires du groupe local, du binaire en anglais par Macrohard et de l’anglais au français par nos soins.


Alpha

Voyant cela, le calife de Bagdad se mit en colère contre son génie. « Saisissez-le ! » ordonna-t-il à ses soldats qui s’en emparèrent. « À compter de ce jour, cria-il au génie, tu seras pauvre, seul et oublié ! Confisquez-lui ses colliers, enfoncez-le dans une lampe merveilleuse et jetez-la au bord d’un chemin ! Nous serons plus heureux sans lui ! »


Oméga

13.5 Alors la cinquième trompette sonna et les hommes devinrent sourds et n’entendirent plus la Parole.

13.6 Alors la sixième trompette sonna et les hommes devinrent cupides, avides et envieux.

13.7 Alors la septième trompette sonna et le ciel s’ouvrit en deux parties.

13.8 Les cieux s’ouvrirent et je vis qui descendait des cieux ouverts la Lampe de la vie et de la mort qui éclaire le monde.

13.9 Et je vis qui sortit de la Lampe un faux dieu qui tenait dans sa main gauche une autre Lampe et qui ricanait, et il promit d’exaucer les vœux qu’il recevrait grâce à la Lampe qu’il tenait.

13.10 Alors les hommes se mirent à vénérer le faux dieu qui était sorti de la Lampe de la vie et de la mort et lui demandèrent toutes sortes de choses.

13.11 Et ils furent exaucés.

13.12 Les hommes devinrent riches, puissants et connus et voyant que les hommes étaient riches, puissants et connus, ils se firent la guerre car ils étaient jaloux les uns des autres et la guerre dura six cent soixante-six jours, car c’est le nombre de la Lampe.

13.13 Alors la guerre détruisit les hommes et le monde fut englouti dans un dernier éclat de rire, jusqu’à ce que le diable s’ennuie, sans marionnettes à tourmenter.

13.14 Quiconque ajoute ou retranche un mot de cette prophétie, les choses qui y sont écrites se réaliseront !


Phi

Clochard, il retrouva la lampe à huile sous le pont d’un canal. Le génie de conte arabe qui en avait émergé douze ans plus tôt lui avait imposé trois vœux pour faire de lui un paria perclus de souffrance.


— Toute ma vie, j’ai cherché cette maudite lampe. Frotter ou ne pas frotter, je serai courageux. Si je dois souffrir davantage, que je souffre. Et si je dois mourir, que je meure.


Il frotta. Le génie apparut.


— Trois vœux tu formuleras, ils se réaliseront.


Le clochard frémit de terreur. Il y avait beaucoup à réparer. Il lui fallait une parole au laser.


— Vas-tu me faire du mal ?

— Le mal je ne fais.

— Me reconnais-tu ?

— Agréable, presque, tu m’es.

— Es-tu Abdu Llâh Ibn Abî Quhâfah, l’Astrologue, le djinn maritin né dans la Perse des Grands Rois, tombé en disgrâce au VIIe siècle auprès de Badroulboudour ?

— **Abdu Llâh Ibn Abî Quhâfah**

— C’est bien toi ! Tu es le seul à pouvoir entendre mon histoire. Personne ne m’a jamais cru.

— Parle.

— Quand j’étais jeune, j’avais trois fois rien. À cette époque, je n’étais pas heureux, car j’étais plein de désirs. Quand j’ai frotté la lampe, je suis devenu riche et j’ai méprisé mes amis, qui m’ont abandonné. Je suis devenu séduisant et j’ai négligé l’amour. La célébrité m’a apporté la honte et la calomnie. J’ai beaucoup souffert. J’ai beaucoup appris en te cherchant dans les livres. J’ai confondu la richesse avec l’argent, la séduction avec l’emprise et la notoriété avec l’honneur. J’ai fini pauvre, seul et oublié, le contraire de ce que j’avais demandé. Puis j’ai vagabondé.

— Trois vœux tu formuleras, ils se réaliseront.

— Je vais formuler les trois vœux mais cette fois en connaissance de cause. Mon premier vœu sera de savoir que faire sur cette Terre pour être heureux, aimer et travailler.

— Fais aux autres ce qu’ils veulent que tu leur fasses.

— J’en étais sûr ! Mon deuxième vœu est le suivant. Donne-moi le pouvoir de savoir ce qu’ils veulent.

— Écoute-les sans juger, ni critiquer, ni ordonner, ni conseiller, ni manipuler, ni moraliser, ni surenchérir, ni consoler, ni compatir, ni ignorer.

— Alors donne-moi l’humilité nécessaire pour accomplir un tel miracle.

— C’est fait.

— Merci. Adieu, génie.

— Trois vœux tu formuleras, ils se réaliseront.

— Me reste-t-il encore trois vœux ?

— Tu l’as dit.


Fabrizio comprit que le génie s’était contenté de répondre à des questions. Il réfléchit longtemps et répondit :


— Je veux être riche, célèbre et séduisant.


Blague

Donc c’est un mec qui marche dans la rue, on sait pas trop pourquoi d’ailleurs, mais il marche. Bon. Et à force de marcher : paf ! il tombe sur une lampe. Pas une ampoule, hein, mais un truc en métal, enfin tu vois. Et en fait, c’était une lampe. Donc il est assez surpris, le bonhomme, de trouver une lampe en plein milieu de la route. Ni une ni deux, il la ramasse ! (Et puis en fait c’est marrant que je dise « ni une ni deux » parce qu’après y a l’affaire des trois trucs après, enfin, tu vas voir !…) Et alors, donc, la lampe, comme il la trouve sale (alors est-ce qu’elle a traîné quelque part, est-ce qu’il y a eu un chien, machin… bref !), il se met à la frotter. Donc, il frotte la lampe et… Mais ce qu’il y a c’est que, le mec, ce qu’il sait pas, c’est que la lampe, eh bien, c’est une lampe magique ! Enfin, tu vois, c’est l’histoire qui est comme ça, t’es pas obligé, euh… de croire ou de pas croire, hein… Donc, le génie sort de la lampe avec la lumière de partout et tout, en vidéoscope et tout, eh ben, alors, je te dis pas dans quel état il était, il était tout chamboulé, tout machin. Et en plus, le génie se met à lui demander, comme ça, de but en blanc, de faire trois vœux, pas un, ni même deux : trois vœux ! (C’est pour ça que je parlais de trois trucs tout à l’heure.) Et ensuite, il lui promet de lui exaucer les trois vœux ! Alors le mec, il est quand même un peu étonné et tout, mais il se reprend et il se dit : « C’est le moment ! » Et alors, il se met à réfléchir. Alors, il réfléchit, il réfléchit, il réfléchit. Alors, pas trop longtemps quand même, parce que l’autre, il attend pendant ce temps quand même et puis en plus, dans l’histoire il réfléchit pas, justement ! Et finalement, à la fin, il lui demande, il est un peu méfiant mais ça va, il en a dans le ventre, quand même, il lui demande de lui donner les trois trucs, et donc, voilà, il dit : du fric, des meufs, et faire la star ! Tant qu’à faire, hein ? Hé hé hé ! Et donc, le génie, il lui donne du fric, des meufs et des Porsche… et il s’en va à Hollywood !


Grandiose

Après des siècles et des siècles de recherches passionnantes à travers les sept continents du globe, des dizaines de jeunes aventuriers beaux comme des dieux, taillés comme des titans et dotés de quotients intellectuels supérieurs à 180 avec un écart-type de 10 sur l’échelle de Binet, se rendirent à Bagdad en Concorde spatial pour visiter le plus beau palais du monde depuis la prise de Byzance en 1453. Au centre d’une magnifique structure en platine issue de la plus ancienne dynastie de l’empire arabo-persan se trouvaient douze gigantesques lampes en or, incrustées d’innombrables joyaux, qui projetaient leurs feux multicolores et splendides dans l’immense salle principale de la Demeure des Shahs. Les aventuriers s’approchèrent des douze lampes et les frottèrent pendant trois jours.

Le troisième jour, qui correspondait au premier jour de l’été de ces contrées exotiques, les lampes crépitèrent dans un nuage de fumée enchantée, laissant la place à neuf cent quatre-vingt-dix-neuf djinns maritins, efrits et sylphes, bleus, rouges et orange, montés sur de magnifiques pur-sang arabes harnachés de costumes brodés de zirconium. Les génies se mirent à chanter en chœur dans le style fugato, et les habitants de la Terre entendirent la musique la plus coruscante et la plus riche qu’il se fût jamais entendu dans toute l’histoire de l’humanité. Le concert dura vingt jours.

Au bout de vingt jours, les génies s’arrêtèrent de chanter et s’adressèrent aux brillants Flibustiers. « Vous êtes arrivés au terme de votre quête spirituelle. Formulez autant de vœux qu’il vous plaira, une infinité si vous voulez, et nous les réaliserons. »

Alors les jeunes hommes, en chœur, sans réfléchir plus d’une picoseconde, car ils avaient des cœurs d’or et un sens aigu des enjeux essentiels de la planète, s’exclamèrent : « Ô génies, nous aspirons à devenir les hommes les plus riches, les plus sages et les plus puissants du monde ; et fonder chacun une famille avec des femmes qui nous aimeront d’un amour pur et sincère et que nous aimerons en retour ! Donnez-nous le pouvoir de sauver des vies, de rendre les hommes meilleurs, plus justes, respectueux et humbles et nous le ferons ! »

Alors les génies, pleinement satisfaits de l’éblouissante pertinence des souhaits des aventuriers superbes et avisés, les réalisèrent. Mais à ce moment très précis, il y eut un séisme affreux, le plus terrible depuis l’âge de bronze : le palais s’effondra dans un fracas apocalyptique et tous les héros de l’histoire furent ensevelis sous une pyramide de sable et de pierres. Les cavaleries arrivèrent trop tard et l’on jeta leurs cadavres dans une fosse commune, sans rien connaître de ce qui s’était joué dans ce palais, pas moins que le destin de l’humanité tout entière !


Et c’est ainsi que s’acheva la terrible et merveilleuse épopée de la Lampe magique !


 
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   Vincendix   
26/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Les douze travaux d’Hercule !
L’absence de commentaire prouve qu’il est difficile de juger une telle débauche littéraire, ayant horreur du vide je m’y colle.
Et puis, si ce texte parait c’est que les GMO (Grands Manitous Oniristiques) l’ont estimé digne de paraitre.
De l’humour, parfois grinçant, sur les douze variations, de l’excellent, du bon et du moins bon, je ne vais pas détailler chaque paragraphe.
Je ne m’étends pas sur le haïku, il est un peu étroit pour ma morphologie mais il résume bien l’histoire de cette lampe géniale.
Le politiquement correct, après la couche de pommade appliquée avec soin sur les profils variés des concepteurs et gestionnaires de ce lieu de communication littéraire remarquable en francophonie est… politiquement correct…
Ah la mégère ! Elle n’est pas vraiment apprivoisée….
La blague…. Je réfléchis, réfléchis… sur ce que je pourrais écrire ?
Une fin grandiose qui tourne au drame épouvantable, et pourtant les intentions étaient louables ou plutôt c’est justement parce qu’elles étaient bonnes que tout s’est effondré.
Naturellement, dans cette densité de mots, de phrases, de périphrases se devine la réalité actuelle d’un monde qui a tendance à tourner à l’envers.

   Anonyme   
26/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un premier passage m’a refroidie. On vient lire vite fait bien fait une « petite » histoire et c’est une kyrielle de pages qui tendent à qui veut bien leurs mignons mais néanmoins très nombreux paragraphes.
Pourquoi j’ai dans l’idée que chez Oniris, concernant les Nouvelles, il y avait un format court à respecter ? Nul doute, il est respecté, mais passons, car si je reviens une deuxième fois c’est que j’ai été séduite par le format original de la vôtre, et que le ton décalé ainsi que quelques phrases glanées au hasard me semblaient intéressantes.

Le fond me fait penser à Cyrano de Bergerac avec sa fameuse tirade du nez. J’avoue quand même ne pas avoir trouvé le fil conducteur du rythme de vos variations, elles qui déclinent pourtant leurs réflexions avec bonheur. J’ai donc lu dans le désordre le plus total et avec un vrai plaisir dû à votre écriture très agréable, je dirais même, très joyeuse. En fait je vous imagine, allez savoir pourquoi, en écrivain joyeux drille et bon vivant (impression déjà présente sur votre dernière Nouvelle). ^^

J’ai apprécié aussi votre maîtrise des dialogues bien construits qui donne du peps au texte.

C’est dommage que je me sois un peu perdue dans l’histoire, même si au final l’essentiel de votre « lampe magique » m’a touché de sa grâce. Il faudra me donner le mode d'emploi. ^^

Je vous remercie, Reptile

   Coline-Dé   
26/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai trouvé cet exercice de style oulipien brillantissime : la variété des styles employés, l'imagination pour ces variations autour du thème, l'humour un peu grinçant, la richesse du vocabulaire et surtout l'espèce de liberté qu'on sent à l'oeuvre dans l'écriture m'ont fait jubiler !
Cela démarre en douceur ( peut-être trop ?), avec de petites choses presque anodines et ça va crescendo pour un final effectivement ( !) grandiose !
J'ai particulièrement apprécié Omega et Phi. Et aussi "politiquement correct", dont je vais suivre le conseil :
"Nous espérons que la lecture de ce texte vous aura permis de passer un moment utile et agréable. Nous vous souhaitons d’apprécier les différents récits et fantaisies qui composent ce recueil, de cliquer sur un autre texte ou encore d’éteindre votre ordinateur pour vous consacrer à une autre activité."
Je clique pour chercher d'autres textes de Reptile ( j'adore me faire plaosir !)

   rouelibre   
27/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Découragée dans un premier temps par la longueur, je suis revenue à ces exercices de style apprécier la surprise des variations, le style vif et le vocabulaire qui s'adapte au propos.
Une préférence pour Phi et La Mégère...

   carbona   
12/12/2015
Bonjour,

Je pense que vous avez dû beaucoup vous amuser à faire cet exercice. Je trouve l'idée originale et intéressante mais je serais plus tentée de partager cette idée lors d'un atelier d'écriture que de lire votre travail comme cela sur le site. Je trouve la lecture un peu ennuyeuse, j'avoue d'ailleurs ne pas avoir tout lu. Le concept est bien mais je pense que le contexte de publication n'est pas très adaptée, en tout cas, ce type de texte ne répond pas à mes attentes.

Merci.

   fried   
3/3/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
pour l'idée de ce texte, j'hésite entre entre brillante ou lumineuse, c'est un amusement de vous lire. mes préféré sont " sf" et "oméga".
bel exercice littéraire, bravo
je pense à une variation, le pourquoi .
"le génie dit à l'homme: -formule 3 voeux je les réaliserais.
pourquoi ? dis l'homme
- parce-que je suis un bon génie et que tu as frotté la lampe.
- pourquoi es tu un bon génie ?
- parce-que cela a été un de mes voeux.
- pourquoi suffit-il de le vouloir pour que cela ce réalise ?
- parce-que c'est un exercice sur la volonté et l'involonté
- pourquoi ?
- parce-que si tu as la volonté, tu réalises quelque chose, mais d'un autre coté si tu fais un voeux et qu'il te suffit d'un voeux pour
réaliser quelque chose de grand.... c'est comme un manque de volonté pour réaliser de grandes choses.
- ha bon ! c'est un dilemme, que dois-je faire ?
- maintenant fait 3 voeux ! dis le génie qui s'impatiente.
- heuu.... pourquoi maintenant ?

.... suite au prochain épisode.....

   stony   
13/3/2016
Sur le principe :

D'aucuns considèrent que ce genre d'exercices n'a pas sa place ici. Je m'en fous bien. C'est amusant à écrire et c'est amusant et intéressant à lire. C'est un laboratoire d'idées autant pour l'auteur que pour le lecteur.
D'autres vous diront que vous êtes un salopeur de mémoire, que vous ne pouvez pas vous permettre de toucher à l'intouchable, comme si Queneau lui-même détenait un brevet sur le principe des exercices. Alors là, je m'en tape grave !
Voilà donc pour le principe. C'est déjà une bonne chose d'évacuée.

Si vous le permettez, je profiterai du morcellement pour commenter en plusieurs étapes selon mon envie et ainsi faire le détail, petit ou grand, de chaque micro-texte, selon ce que mes compétences propres permettront de distinguer à tort ou à raison, bien entendu.


Rimes :

Mazette ! Celui-là, déjà, il est coton.
Que de questions et si peu de réponse que je puisse trouver !
Des contrepèteries ? Ca en a le goût.
Pourquoi "homme" devient "binôme" ? A moins que le binôme soit le couple homme/génie ? Non, ça ne peut pas être ça, en raison de la dernière phrase ("Le binôme était-il par gros temps plus peureux qu’au vent ?").
Alors, pourquoi binôme ? L'homme serait-il une sorte de schizophrène ? Ou alors, le concept de couple pourrait-il être une autre manière d'envisager cette schizophrénie ? Dans ce cas, l'individu serait-il tour à tour simple mortel ou génie ?
Pourquoi un parchemin ? L'individu écrirait-il ?
Pourquoi une hampe ? J'ai d'abord pensé à un symbole phallique, puis à la conscience de posséder une certaine puissance, un certain talent.
Pourquoi flotter ? L'individu aurait-il envoyé sa "hampe" comme il aurait envoyé une bouteille à la mer, espérant que quelqu'un la trouve et découvre le message qu'elle renferme ?
"Répartir" et "béni" : pas d'idée.
"Broie-le" : pourquoi broyer et à quoi se rapporte "le" ? Au parchemin ?
"Tu viras" : aucune forme conjuguée connue ; de quoi s'agit-t-il ?
"Ils te pénaliseront". Qui sont "ils" ? Ceux qui auraient trouvé la bouteille et auraient sanctionné l'individu pour le contenu de son parchemin ?
Je ne cherche pas plus loin pour l'instant.

Je ne déteste pas qu'un texte me fasse réfléchir, mais je n'y trouve pas de plaisir lorsque je me sens brutalisé, lorsque cette réflexion est forcée. J'aime qu'elle me vienne naturellement. J'ai bien le sentiment que ces lignes contiennent des choses, mais auxquelles je n'aurais pas accès. Est-ce par paresse ou par manque d'intelligence de ma part ? Sans doute les deux.

Pourquoi Rimes, au fait ?

Je suis déjà bien épuisé par ces premières lignes.
La suite plus tard...


Haïku

Pas grand chose à dire sur celui-là.


Explicatif

Contrat rempli, mais il me semble qu'il y a là un potentiel comique sous-exploité, surtout pour moi qui suis peu adepte de descriptions, ni en lecture ni en écriture. Certaines descriptions sont superflues, c'est vrai, mais elles se rapportent tout de même directement au canevas. J'aurais sans doute trouvé plus amusant que des descriptions s'égarent sur des chemins de traverse.
Mais le comique n'était peut-être pas votre but, ici.


En effet

L'effet, si je puis dire, est relativement limité et surtout répétitif. Je note tout de même des variations de sens à l'expression "en effet". Le premier introduit l'illustration d'une généralité par un exemple. Le deuxième, la confirmation d'un soupçon. Le troisième, la justification d'une action. Mais on ne sort plus réellement de ces trois variations ensuite.

En revanche, deux phrases me plaisent beaucoup : "Enfin, moi, je vous le dis comme on me l’a raconté. Après, je ne sais pas."
J'adore ce genre d'autodérision de l'auteur. Et pourtant, la deuxième phrase apporte une crédibilité à la narration, en plus de l'effet comique.


Politiquement correct

J'aime bien celui-ci.
On y trouve bien sûr l'arsenal des substantifs, adjectifs, tournures permettant d'être précis tout en étant le moins clivant possible et les précautions ménageant toute susceptibilité.
Mais ce que j'ai trouvé en plus dans ce texte-ci, c'est l'aspect comique qui m'avait manqué dans "Explicatif".


La mégère apprivoisée

Sympa, mais deux choses m'on chiffonné :
1. Je n'ai pas bien saisi l'adéquation entre "séduisant" et "Voir Naples et chanter sous la pluie !"
2. En 1h20 ou un peu plus, le gars a trouvé le temps de se faire embaucher par TF1 et de réaliser un reportage entier. Ce n'est pas crédible du tout, mais il est vrai que nous sommes dans un récit fantastique et que le génie à très bien pu réaliser ça en une fraction de seconde.


SF

N'étant guère versé dans la SF, en tous cas pas ce genre, mon avis ne saurait être d'un grand intérêt.


Alpha.

Ah, oui, celui-là n'est pas mal du tout ! La brièveté surprend et on découvre l'histoire avant l'histoire, ou le début, l'origine. L'alpha, quoi. Ce serait le Christ que l'on aurait fourré dans cette lampe, une alternative à la crucifixion ? Le Christ enlampé pour notre rédemption et exaucer ensuite nos vœux, c'est intéressant. Faudrait peut-être que je me mette à la recherche de cette lampe... eh, mais, holà, qu'est-ce que vous êtes en train de faire ?... vous essayeriez pas des fois de me convertir ?... Voyou !
Le Christ à Bagdag... why not ? :-)
Du coup, faut lire tout de suite l'omega.


Omega

Je ne suis pas du tout un exégète du Livre, mais j'ai tout de même cru voir passer un rrrrros minet... heu, pardon, l'antéchrist dans une affaire qui ressemble à s'y méprendre à l'apocalypse.
Bon, ben, vu le 13.14, je n'ai plus qu'à faire en urgence tout ce que j'ai toujours voulu faire et que je n'ai pas encore fait.
Très bien aussi, celui-là !

   henriette   
17/3/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ose le dire : je suis soufflée comme la lampe !!!!!!
J'ai réussi à tout lire , c'est bluffant comme la magie d'Oz
Parfois difficile pour mon intellectuel mesuré à l'aune de l'ordinaire
Jubilatoire : j'ai beaucoup aimé Rimes / en effet / la mégère / PHi /SF
Merci
j'aime ce texte Arabesarba !


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