Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réalisme/Historique
Arsinor : L'imposteur intègre
 Publié le 14/10/20  -  7 commentaires  -  13302 caractères  -  52 lectures    Autres textes du même auteur

Un étudiant monte une mise en scène pour fuir son école et sa ville.


L'imposteur intègre


Ce jour-là, à Sup de Co, il y avait une conférence sur l’activité de consultant, métier éreintant et passionnant s’il en est. Un maximum de confiance en soi, j’avais retenu la formule, tel était le prérequis indispensable. Car je n’avais pas vraiment confiance en moi, et que je prétendais tout de même intégrer cette élite.

Ce qui me fascinait dans ce secteur, ce n’était pas le prestige, c’était la méthode. Le consultant prenait contact avec le chef de l’entreprise cliente, ou l’un de ses grands responsables chez les grandes entreprises ; il s’entretenait avec cet interlocuteur privilégié pour comprendre comment ce dernier voyait son propre problème ; il définissait le problème, non pas tache sur un tableau blanc mais dysfonctionnement profondément ancré dans l’entreprise, l’entreprise étant un système d’éléments reliés entre eux de telle sorte que changer un élément changeait tout le système ; je récite ; ensuite, il définissait avec son équipe une méthode de collecte des informations utiles ; il se rendait sur place pour interviewer les agents et lire la documentation disponible ; il triait l’information, l’analysait, synthétisait ; une fois le problème et ses causes bien compris, il émettait des solutions ; puis il classait les solutions selon la faisabilité, l’efficacité, le coût ; il choisissait la meilleure et la vendait au client. La démarche comblait mon désir de rationalisation et de résolution des problèmes des autres. Je n’avais besoin que d’une chose : changer de personnalité. Je comptais sur l’école pour mener à bien cette entreprise.

Durant la conférence, je me suis senti soucieux. Je tenais là ma vocation et me trouvais à un tournant de ma vie mais je savais que mon immaturité m’empêcherait de franchir le cap. Je pris ma voisine à témoin :


— Est-ce que je peux vous poser une question ?

— Qu’est-ce que vous voulez savoir ?

— De prime abord, est-ce que vous diriez que je suis fait pour le consulting ?

— Des petits paranoïaques comme vous, j’en ai croisé des dizaines. Ça freine des deux pieds jusqu’à ce qu’on les vire.


Je suis resté cloué sur place. Qu’est-ce qui m’avait trahi ? Mon apparence physique et ma voix trahissaient-elles mon inadéquation ? N’était-ce pas l’évidence même ? Je voyais bien qu’elle avait raison, j’avais fait un premier stage l’année précédente, et je m’étais bien rendu compte de ce que j’étais : un petit paranoïaque — quel nom, trop bien choisi ! Je poussais en toute objectivité et honnêteté mon enquête. Elle pouvait sûrement me fournir d’autres « informations utiles » :


— Qu’est-ce qui vous permet de dire ça ?

— On avait dit une question, pas deux.


C'était donc à ce point manifeste. Comme un recruteur, elle m'avait cerné en dix secondes et pour se montrer si catégorique, elle devait connaître le milieu. Mais d’où venait mon inadaptation ? Ce n’était pas le costume, j’étais étudiant et j’avais le droit de porter des tennis usés. Elle m’avait cerné parce que je lui avais posé une telle question. J’avais fait une école de commerce dans l’espoir d’y acquérir la culture d’entreprise, au niveau des cadres. Mais la culture d’entreprise, on l’a ou on ne l’a pas. J’étais un imposteur. Ce n’était pas la première fois que je ressentais ce malaise de voyageur en retard : j’avais le billet mais le train était parti à l’heure et je restais sur le quai, sans me décider à faire autre chose que cultiver mon décontenancement. Sur ce détail, l’expression entière, le comportement, l’expressivité du visage, je jouais ma vie. C’était inadmissible et vrai. Insupportable. Oui, je comprenais ce mot mieux qu’à n’importe quelle autre époque de ma vie : insupportable. Et cet autre : imposture. J’étais entré sur les limites du système, en faisant bonne figure plutôt qu’en exprimant une motivation profonde pour une école de commerce, et le système rejetait la xénogreffe. Je me suis levé et je suis resté debout.

Les pressions sociales intériorisées montaient pour que je me rasseye mais je voulais en finir. Un des consultants en train de parler jeta un coup d’œil vers moi mais continua à raconter ses expériences professionnelles sans s’interrompre. J’entendis une fille derrière moi demander poliment si je pouvais me rasseoir. Je ne tenais plus en place. Je pris mon souffle au maximum et je criai :


— Je suis psychotique ! Je fais semblant d’être quelqu’un d’autre !


L’organisatrice de la conférence intervint aussitôt :


— S’il vous plaît, la moindre des choses est d’écouter les intervenants. Pensez un minimum à l’image que vous donnez de vous-même. Excusez-moi, je vous ai interrompus, ajouta-t-elle en adressant un rire à ses confrères.

— Y a pas de souci, dit le consultant conférencier en souriant avant de reprendre son discours sur la construction de la confiance entre le client et son conseiller.


Je ne savais pas quoi faire. Est-ce que j’étais allé trop loin ? Avais-je passé le point de non-retour ? Pas pour si peu. Il était toujours temps de me rasseoir, de montrer que ma tentative craquait sous la pression, de laisser se dérouler la conférence et de rentrer chez moi, pas plus avancé qu’à l’ordinaire, mais pas moins. Hardiesse de l’usurpateur, je pris mon souffle au maximum et je criai à nouveau :


— Au secours ! Je ne suis pas à ma place ! Je suis psychotique !


L’organisatrice changea de ton :


— Bon, je vais vous demander de quitter la salle. Alexandre Finot et Jason Flambard sont venus exprès de Marseille pour nous parler de leur métier. Pas pour entendre vos problèmes personnels.

— Je suis psychotique !

— Ah, c'est chaud, Rouen… commenta l'un des consultants en riant.

— Je n’ai pas ma place ici !

— Je ne vous le fais pas dire, trancha-t-elle. Je vous demande de sortir.


Je pris ma sacoche verte estampillée Vivendi, offerte lors de mon dernier stage, signe patent d’appropriation abusive, et je traversai la salle muette d’étonnement pour m’arrêter devant l’organisatrice :


— Je suis un usurpateur.

— Je crois surtout que vous avez trop bu à la soirée d’hier. Maintenant, vous sortez. Vous viendrez à mon bureau demain à huit heures me présenter vos excuses.


J’ouvris la porte et je sortis.


Il y avait deux mondes.

D’un côté de la porte, la salle chauffée, équipée, éclairée, l’entreprise qui rencontre une école de commerce ; et de l’autre, juxtaposé, le hall d’entrée et les escaliers, froids et plongés dans la pénombre. Des lieux de passage, faits pour se rendre d’une salle à l’autre, des lieux d’attente de la sonnerie de commencement des cours. Une porte mince comme la longueur de la dernière phalange de mon pouce séparait le marché de l’emploi et l’intégration sociale de ces limbes qui communiquaient avec la rue et où déambulaient des curieux et des égarés. Il y a plusieurs années, lycéen, j’étais entré par curiosité dans le bâtiment et j’avais traversé le couloir principal et le salon d’accueil avant de m’en aller par la porte opposée. Sup de Co était ouverte aux quatre vents.

Je pris les escaliers, traversai le couloir de l’administration taureau tête baissée et ouvris la porte du bureau du directeur. Je pris mon souffle pour crier :


— Monsieur Gluck ! Je suis psychotique !


Alexander Gluck était en entretien avec un homme encravaté que je n’avais jamais vu. Ils me regardèrent tous les deux.


— Qu'est-ce que vous racontez, monsieur Vaur ? Vous voyez bien que je suis en entretien !

— Je suis psychotique !

— Et c’est maintenant que vous vous en apercevez ? dit-il en souriant.

— Je ne mérite pas d'être étudiant dans votre école ! Je suis un usurpateur ! J'ai manipulé le jury à l’entretien d’embauche et je suis passé sur les limites du système ! Je ne sais pas qui je suis ! Je ne suis personne ! Je suis psychotique !


Hypnotisé par ma propre audace, je plonge mes yeux dans les siens, comme pour défier mais sans défier. Il les tourne, s’adresse en s’excusant à son interlocuteur, qui répond : « Je vous en prie » sur un ton grave, et sort de son bureau en m’entraînant vers la sortie pour fermer la porte.


— C’est une urgence ?

— Je ne suis pas digne de recevoir le diplôme !

— Pourquoi ?

— Tout ce que je fais depuis quatre ans est faux ! Je n'ai jamais voulu avoir ce diplôme ! Je suis psychotique ! Je ne suis pas humain ! Je n'ai pas d'existence !

— Vous voulez que j’appelle une ambulance ?

— Oui, une ambulance, la police : je suis prêt à tout avouer devant le tribunal d’instance ! J’ai besoin d’être condamné aux travaux forcés !

— Les travaux forcés n’existent plus en France depuis 1960, monsieur Vaur. Je vous propose une ambulance pour votre agitation. Vous êtes en dernière année et au moment du grand saut dans le monde professionnel, certains étudiants développent une angoisse et une agitation. Ça peut arriver. Vous avez sûrement besoin de vous reposer. Les urgences sont très bien faites à Rouen. Ce n’est pas un drame. Vous y passerez la nuit ou quelques jours.

— Oh mon Dieu, venez-moi en aide, je vous en supplie, faites que votre volonté soit faite !


Cette phrase, je l’ai prononcée en chuchotant très fort, mais c’est en hurlant que je me mets à courir dans le couloir :


— Au secours ! Je suis psychotique ! Je suis un malade mental ! Je n'existe pas ! Je fais semblant d'exister ! Je ne suis pas humain ! Je suis un usurpateur ! Un démon ayant pris forme humaine ! J’ai besoin d’un exorcisme !


Je descends les escaliers comme une tornade.

Le rez-de-chaussée, désert.

Je reste stupéfait. Je me trouve au milieu.

La dame est là, à dix mètres. Elle avance d'un pas scandé par le bruit de ses talons. Je la regarde sans bouger. Je hurle à pleins poumons, dans le grave :


— Je suis psychotique !


Sa voix n’a pas changé depuis tout à l’heure. Elle parle toujours aussi posément. Elle énonce trois ordres :


— Vous ne faites plus un geste. Vous restez sur place. Vous regardez vos pieds jusqu’à ce que je revienne.


J'obéis.

Je l'entends qui passe, prenant les escaliers. Elle s’entretient avec Alexander Gluck, qui lui répond à voix basse.


Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur, et tu ne sauras pas à quelle heure je viendrai sur toi… Oui, je veillerai, que je sois le veilleur de moi-même. Je ferme les yeux pour voir ce que voit le démon. Les murs s'écartent, le plancher s’effondre sur un enfer de coups de cravache. Le plafond suinte le sang noir des animaux que j’ai mangés sans faim. Des Ombres errent sur les bords du Pyriphlégéthon, fleuve des tortures qui me tend les bras de son feu polymorphe. Les limbes viennent par la brume se repaître de mon âme. Les gémissements me supplient de les laisser tranquilles. Mais je ne peux m’arrêter de les tourmenter. Je tourne autour d’eux comme une harpie et comme les chimères. Cesser de plaire au diable, cesser de trahir l’homme. Où. Quand. Comment.


— Psst !


Je me retourne et je regarde vers le haut. C'est la dame, au premier étage, qui me fait signe de venir. J'accours comme un petit chien, ouvre la bouche pour parler :


— … !


Monsieur Gluck me coupe la parole et pique une colère monstrueuse :


— Pour qui vous prenez-vous, monsieur Vaur ? Nous sommes un établissement sérieux et nous n'acceptons pas les psychotiques ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Vous êtes un usurpateur et vous m'avez trompé ! Vous êtes viré ! Prenez vos affaires ! Et ne remettez plus les pieds dans mon établissement !


Je reste cloué sur place, tel le dragon du paganisme terrassé par le chevalier du christianisme. Je me retourne. Je fais deux pas en regardant mes pieds. Je m’arrête. J'entends la voix de madame P. :


— Vous ne rentrez pas chez vous. Vous ne faites pas vos bagages. Vous allez à la gare et vous prenez le premier train. Vous n'aurez pas de diplôme. Vous êtes psychotique. Vous ne remettez plus les pieds à Rouen. Vous ne prévenez ni vos parents ni personne avant de vous retrouver dans un autre pays. Vous ne me répondez pas.


Je descends les escaliers. Je traverse le couloir et le hall d'entrée. Je sors de l'École. Je me retrouve boulevard Crosses. C’est le soir. Les voitures ont allumé les feux. Le vent souffle très fort. Je tourne à gauche. Je passe devant les banques et devant le McDonald’s. Je regarde le clown grandeur nature. « Ne suis-je pas un faux accord dans la divine symphonie ? » Je passe mon chemin. Je sens le vent du large sur la figure. Il fait nuit. La gare s’approche. J'entre. Un passager est en train d’utiliser un distributeur de billets de train. J'attends mon tour, les yeux baissés. Le panneau des départs affiche Paris-Montparnasse en première ligne, quai B. J’attends mon tour. J’appuie sur les touches de l’écran. Je commande un billet. Je sors mon portefeuille et ma carte bleue. Je l’introduis et compose le code secret à quatre chiffres. J’attends et je retire la carte, que je range dans le portefeuille. Je prends mon billet. J’avance. Je le composte. Je descends les escaliers. Je cherche le quai B. C’est la deuxième sortie. Je monte les escaliers. Je me retrouve à l’extérieur. Il fait nuit. J'attends. Des heures. Le train arrive. Je monte. J’ouvre la porte coulissante. Je traverse le couloir. Je trouve ma place, près de la fenêtre. J'attends. Le train se met en route. Il atteint sa vitesse de croisière. Je vois défiler les immeubles. Je suis en pleine campagne. Il fait nuit noire.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   maria   
19/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

Ce que j'ai retenu de cette histoire :
Bien qu'en dernière année de Sup de Co, l'étudiant craque, doute de sa capacité à intégrer " la culture d'entreprise, au niveau des cadres". Au lieu de tout plaquer, il cherche le renvoi.
Je dirai qu'il a agi "normalement" en troublant la conférence, mais ensuite, lorsqu'il s'est retrouvé "dans le rez-de-chaussée, désert", je l'ai senti déraper.
La conversation qu'il a entendu semble irréelle ainsi que le ordres de Madame P. En obéissant à cette voix, il a fait ce qu'il n'avait pas osé.

J'ai beaucoup aimé l'idée, la nébulosité qui entoure le personnage ; j'ai trouvé quelque chose du Horla de Maupassant, dans cette nouvelle (c'est un compliment)
Mais j'ai buté à la lecture ; je suis revenue sur des passages peut-être à cause de maladresses dans la narration et du flou dans ce qui l'a motivé au consulting.

Un psychotique intrigant dont les tourments ne passeront sans doute pas après "la nuit noire"

Merci du partage et à bientôt.
Maria en E.L.

   Corto   
23/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cette nouvelle est d'une belle complexité. La structure permet d'en suivre le déroulement aussi sûrement que si l'on regardait un film.

L'objectif, l'ambiance, l'angoisse, l'exaltation, les comportements incongrus et excessifs, la description des personnages et leurs réactions sont très lisibles et captivants.
Le contexte aussi est très visible au sein de cette école de commerce, la conférence, la définition du consultant.

Mais où se trouve mieux encore l'originalité de la démarche est la description de l'écart entre l'objectif (devenir consultant) et la réalité psychologique de l'étudiant qui n'entrent pas vraiment en adéquation. Je relève cette très belle définition: "la culture d’entreprise, on l’a ou on ne l’a pas. J’étais un imposteur. Ce n’était pas la première fois que je ressentais ce malaise de voyageur en retard : j’avais le billet mais le train était parti à l’heure et je restais sur le quai".
Je savoure aussi cette autre: "« Ne suis-je pas un faux accord dans la divine symphonie ? »

La perturbation qu'entraînent dès lors les cris récurrents "Je suis psychotique !" est très perceptible pour ne pas dire jubilatoire.

Le final nous entraîne vers l'inconnu, dans la "nuit noire".
Comme une plongée dans un abîme où le destin est imprécis. Destin de psychotique ??
A mon avis il ne reste plus qu'une adaptation à réaliser pour faire ici un film, court métrage sans doute.

Grand bravo à l'auteur.

   Babefaon   
14/10/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Arsinor,

Tout d'abord, merci de m'avoir éclairé par rapport à ce métier de consultant que je ne connaissais pas. Vous avez su user d'un vocabulaire riche, qui rend la lecture de votre texte agréable avec, parfois, quelques tournures de phrases qui m'ont un peu ralenti mais je ne m'attarderai pas là-dessus, car c'est celui de votre personnage qui est somme toute assez, pour ne pas dire très perturbé, et je le trouve plutôt en adéquation avec son état du moment!

J'ai bien aimé l'idée de cet étudiant qui ne se sent plus à sa place, qui n'est pas dans le bon costume comme il le dit lui-même. Comme toute profession, je pense qu'il faut vaut mieux avoir la vocation pour s'engager dans la voie qu'on a choisie. Sinon, il me semble plus prudent et judicieux d'abandonner en cours de route, mais bon, les choses ne sont pas toujours si évidentes qu'elle peuvent le paraître. C'est ce que votre protagoniste choisit comme option, d'ailleurs, à travers "ce pétage de plombs" dont on ignore s'il est conscient ou pas. Quoi qu'il en soit, il a apparemment décidé de se saborder et il finit par y parvenir.

Je reste très dubitatif par rapport à la chute et la tournure que prend l'histoire dans vos derniers paragraphes et ne comprends pas ces ordres qu'on lui donne qui ne me paraissent pas très censés. Cette situation sonne trop réaliste pour moi et aurait peut-être mérité d'être traîtée différemment, dans la continuité du délire qui est le sien. Bref, elle détonne et c'est bien dommage, car je trouve qu'elle enlève de la force et de la crédibilité à votre récit.

Voilà, j'espère que mon avis vous sera utile, mais ce n'est qu'un avis parmi d'autres, et je sais à quel point il délicat parfois de s'aventurer sur certains terrains. Vous êtes l'auteur, et ce seul choix vous appartient...
Au plaisir de vous lire à nouveau dans un autre registre !

   Donaldo75   
15/10/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Arsinor

J'ai lu la nouvelle parce que j'ai moi-même usé les bancs d'une école de commerce et suis devenu consultant par la suite, alors ça m'intéresse de voir les deux mondes tels que racontés dans un écrit. Il y a normalement de la matière pour une histoire prenante - je ne demande pas du Brett Easton Ellis non plus - mais là je ne vois rien qu'une narration qui tourne en boucle sur le même sujet, avec un manque criant de réalisme - ne serait-ce que la remarque de la voisine à la première question - et la seule cohérence que je vois est le manque de relief dans le récit. L'écriture est certes propre mais elle ne suffit pas à porter la nouvelle.

Bref, je n'ai pas vraiment accroché.

   Quieto   
16/10/2020
Bonjour Arsinor,

Sur le fond, je suis perplexe.

Le terme consultant me semble être un terme générique revêtant bien d’autres aspects que ceux décrits et ne pas désigner un métier en soi, mais plutôt un statut couvrant des métiers forts différents, mais on peut considérer que c’est un détail de l’histoire.

La réplique du personnage féminin dans le premier dialogue est surprenante, non que je la juge impossible dans un contexte plus développé, mais peu crédible à l’adresse d’une personne qu’a priori, ce personnage ne connaît pas du tout. Et s’ils se connaissaient déjà, la narration ne permettrait pas de le savoir. Je comprends qu’il peut s’agir d’une manière d’installer rapidement la sensation qu’a le narrateur du milieu dans lequel il se trouve, mais je la trouverais dans ce cas précipitée et peu subtile.

Je n’ai pas compris la formulation « J’ai manipulé le jury à l’entretien d’embauche ». Entretien d’embauche pour entrer dans une école ?

Les ordres formulés par Madame P. sont particulièrement curieux (« Vous ne remettez plus les pieds à Rouen. Vous ne prévenez ni vos parents ni personne avant de vous retrouver dans un autre pays. »). Ces propos ne sont bien sûr pas du tout crédibles, alors de quoi s’agit-il ? L’auteur veut-il nous faire comprendre que ces propos n’ont pas réellement existé et qu’ils ne sont présents que dans l’esprit du personnage narrateur ? Rien dans la narration ne me permettrait de le comprendre et, donc, je ne le comprends pas.

Ce qui me laisse le plus perplexe, c’est la phrase introduisant ou résumant l’histoire (« Un étudiant monte une mise en scène pour fuir son école et sa ville »). Un peu comme un conscrit tenterait de se faire passer pour fou pour échapper à l’armée ? Mais qu’est-ce qui empêche un étudiant, à tout moment, de mettre un terme à ses études ? Je pourrais à la limite imaginer qu’il ne veuille en prendre lui-même la responsabilité et qu’il veuille que la décision soit prise par autrui, mais ça me semblerait tout de même tiré par les cheveux.

Peut-être y a-t-il quelque chose de plus subtil que je n’aurais pas saisi, mais je ne peux en l’état que me rendre à l’évidence d’une incompréhension de ma part.

Sur la forme, j’ai été un peu contrarié par le passage du passé simple au présent, non que je le crois absolument proscrit, mais surtout parce qu’il survient au cours d’une même action (la confrontation dans le bureau de Gluck).

J’ai surtout été rebuté par la narration monotone, peu emballante littérairement, constituée essentiellement des pensées intérieures du narrateur, hormis quelques interactions avec d’autres personnages, mais tout de même fort peu crédibles.

Désolé, mais je ne peux vous livrer que cette expérience de lecture globalement peu satisfaisante.

   plumette   
16/10/2020
Bonjour Arsinor,

j'avais lu cette nouvelle en EL et je croyais l'avoir commenté! Cela m'arrive parfois d'avoir l'intention de commenter un texte et puis de renoncer ou de ne pas y arriver par perplexité.
Ce texte est assez original par son thème, écrit plutôt correctement ( j'ai simplement buté sur un changement de temps à partir de l'intervention de Monsieur Gluck) mais sur le fond, je n'arrive pas à accepter le "je" du narrateur.
je n'arrive pas à croire à ces capacités d'auto analyse: est-ce qu'un jeune peut se juger lui-même immature?
il se fait "accuser" brutalement par une inconnue d'être paranoïaque et souscrit immédiatement à cette accusation? cette entrée en matière est déjà peu crédible pour moi. alors que dire de la suite?

mon tort a sans doute été de vouloir rattacher cette histoire à du "réel" alors que peut-être votre intention était de démontrer la maladie mentale du narrateur par son comportement induit justement par son imaginaire.

Toujours est-il que je n'ai pas réussi à choisir mon camp.

C'est pourquoi je ne note pas mais souhaitait tout de même dire que ce texte m'intrigue! je dois dire que je suis sensible au thème de l'imposture et de l'usurpation;

   Dugenou   
18/10/2020
Salut Arsinor (tu as réussi à briser entre nous une distance, donc je tutoie)

Bon alors, si j'ai tout compris, un consultant, c'est un intérimaire, le prestige en plus ?

Je trouve la réaction de la dame et de Gluck disproportionnée : d'après mon expérience personnelle, quand on prétend être psychotique, deux réactions sont possibles chez l'interlocuteur, soit il le croit et part en courant, soit il se dit 'bon ce mec il a pas tout son kilo, je lui fout la paix pour qu'il se calme'.

Dommage, jusque là ça se tenait... le texte aurait pu être classé en 'humour', étant donné l'absurde de la situation.

Dugenou.


Oniris Copyright © 2007-2020