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Arsinor : La princesse et le bouffon
 Publié le 13/08/15  -  11 commentaires  -  23635 caractères  -  186 lectures    Autres textes du même auteur

Il revient au bouffon d'expliquer à la princesse qui elle est en vérité.


La princesse et le bouffon


Dans le métro. Plusieurs passagers, dont quelques encravatés et une dame chapeautée qui lit un livre de Freud.

À l’autre bout de la rame, une femme obèse gifle une petite fille. Elle crie :


— Tu vas te taire, oui ? Tu vois pas que je suis en train de parler ? Tu vois pas que je suis occupée ! Je me demande pourquoi je t’ai faite !


Puis elle continue à parler fort, soudain cordiale, en s’adressant à une autre femme obèse assise en face d’elle. Je cherche le regard de la petite fille. Elle finit par me le rendre, inexpressif. Je ne lui adresse pas de clin d’œil complice.

Le métro continue sa route.

À une station, un jeune homme entre et me regarde avec insistance.


— File-moi ton iPad.


Je hausse les épaules. J’aurais dû lui opposer un non ferme. En haussant les épaules, je le renvoie à son propre ridicule et je refuse la relation. Il hurle :


— File-moi ton iPad, je te dis !!!


Ça, c’est l’horreur. Se faire racketter dans le métro comme un vulgaire pré-ado dans sa cour de récré. J’ai toujours su que je ne saurais pas quoi faire dans ces cas-là. Qu’est-ce que je suis censé faire ? Mourir de peur, faire copain, lui apprendre à vivre ?

Il m’arrache l’iPad des mains. Il y a des situations où il faut réagir d’urgence. À une seconde près, il est trop tard. Je n’ai pas réagi et il est déjà trop tard. Les jeux sont faits. Le prédateur et sa proie se sont reconnus et ils vont jouer leur partie respective jusqu’au bout, à moins d’un retournement de situation miraculeux. Un tel retournement ne risque pas d’arriver : je ne suis bon qu’à soliloquer intérieurement au lieu de faire face à la situation. Je suis même en train de me dire que c’est bonne occasion de m’acheter un iPad troisième génération. Il sort un couteau :


— File-moi ton fric.


Exactement ce que je redoutais. Si je ne l’arrête pas, il ne s’arrêtera pas tout seul. Mais je ne sais pas quoi faire. Je ne demande pas d’aide aux autres passagers. C’est comme si je désirais me faire racketter sous le regard neutre de mes semblables, comme si je voulais les accuser de ma passivité et de la leur. Je joue la victime du monde. Je regarde mon agresseur. Il paraît que dans ces cas-là, il ne faut pas les regarder dans les yeux pour éviter la provocation mais c’est ce que je fais quand même. La peur excite la violence. J’accumule les erreurs. Je le sais mais je le fais quand même, sans doute parce que je ne sais pas quoi faire d’autre. Je dis :


— Bon, écoutez, ça suffit. Rendez-moi…

— File-moi ton fric, je te dis !!!

— Bon, mais après, vous me laissez tranquille.


Énième erreur : je consens et je négocie petit. Ène-plus-unième erreur : je le vouvoie alors qu’il me tutoie. Il est trop tard pour adopter une stratégie efficace. Je plonge ma main dans une poche pour en extraire mon portefeuille. Il me l’arrache des mains, l’ouvre, en extrait deux billets et jette le portefeuille par terre.

C’est quand même un monde que personne ne me vienne en aide. Il faut dire que je n’appelle pas au secours.


— File-moi ton pantalon, bouffon.


Ah non, pas ça. Quand j’étais ado, je disais que je préférerais mourir plutôt que de me déshabiller en public. Aujourd’hui encore, je ne vais jamais à la plage et le seul individu qui peut me regarder sans vêtement, c’est mon médecin généraliste. Et encore, c’est un mauvais moment à passer.


— File ton pantalon ou je te plante.


Je sens que ça va se faire. J’ai déjà consenti. Qui ne dit mot consent. Je ressens de la peur. Je suis en situation de panique, quoique parfaitement immobile. Je me lève, enlève le pantalon comme pour en finir et le lui donne. Il rigole de dédain.


— Ta chemise. Dépêche.


Et si je me mettais à l’attaquer pour lui reprendre tout ce qu’il m’a pris ? Est-ce que le rapport de force est à ce point déséquilibré ? Si je me laisse faire, c’est que je le veux bien. En même temps, je m’accuse de mollesse. Je me dis que je ne sais pas me défendre. De toute façon, il est trop tard pour lui refuser la chemise. Cela fait longtemps que j’ai perdu la face. Je m’exécute.

Quand j’étais enfant, j’avais peur que l’extra-terrestre de Spielberg dormît sur mon lit dans ma chambre pendant que j’essayais moi-même de dormir. Je me faisais peur jusqu’à ce que la véritable peur advînt. Quand la puberté est arrivée, ce fut la catastrophe. C’était moi, l’extra-terrestre, comme si je me violais moi-même. J’ai longtemps lutté et je faisais mon possible pour la nier. Me déshabiller en public, c’était vivre le cauchemar tant redouté, le cauchemar de toujours.

Quand le cauchemar de toujours arrive, la conscience démissionne. Je lui tends la chemise, qu’il m’arrache des mains. Il sort son portable et me prend en photo. La porte s’ouvre. Il m’insulte :


— Bouffon.


Il s’en va.

Je me retrouve en slip devant tout le monde, avec ce corps. Je n’ai jamais su me défendre. Les deux sont liés : la honte de me déshabiller et l’incapacité à faire violence. D’ailleurs, chez l’être humain, toutes les peurs circonstancielles sont liées à des peurs essentielles, comme la peur d’être détruit. L’incident réunissait et révélait mes faiblesses.

C’est le supplice. J’essaie de verbaliser.


— J’ai honte. Je suis mort de honte.


J’ai prononcé ces mots comme une bouteille à la mer. Les passagers ne répondent pas. Je ne les regarde pas. La dame assise en face de moi ramasse mon portefeuille et me le tend :


— Monsieur, il y a un magasin de vêtements près du terminus. Il vous a laissé votre carte bleue.


Je ne réponds pas. Je baisse les yeux. J’ai trop honte.


— C’est à vous, vous en avez besoin, insiste-t-elle doucement.


Je prends le portefeuille. Je me sens encore plus nu.


— Vous voulez que j’appelle la police ?


Je ne réponds pas. La justice est le moindre de mes soucis. Pourvu que personne d’autre n’entre dans la rame, tel est mon plus cher souhait. Passe encore pour ceux qui ont assisté à ma déchéance. Vis-à-vis d’eux, j’ai une excuse, puisque ce n’est pas de ma faute. Mais de nouveaux passagers pourraient croire que je me promène comme ça partout d’ordinaire et qu’en plus je ne l’assume pas.

Je n’ose pas me lever pour prendre le métro en sens inverse et rentrer chez moi. Jusqu’où je vais comme ça ? Jusqu’à la boutique indiquée par la dame ? Mais je ne pourrai pas me lever au terminus. Et je sais que la dame, aussi généreuse soit-elle, ne peut rien faire pour moi sans mon aide. Tout ceci est très freudien, je veux dire que je me sens très névrosé. Un homme en grande santé n’aurait pas peur de la situation et s’en amuserait. Il ferait des plaisanteries et d’ailleurs il ne se serait pas laissé faire par un gamin.


— Vous avez honte de vous retrouver nu devant les autres, monsieur ? demande la dame.

— Évidemment que j’ai honte ! Évidemment que je suis névrosé. Autrement, je ne me trouverais pas dans un tel état. Mêlez-vous de ce qui vous regarde, madame. Je n’ai pas besoin de verbaliser, comme vous dites. Non seulement ce serait de la psychanalyse de bazar mais encore je crois que la psychanalyse est une imposture. On retrouve des souvenirs traumatiques, et ensuite ? On ne peut pas agir dessus puisqu’ils appartiennent au passé. La psychanalyse, merci, j’ai déjà donné. La littérature seule sauvera le monde et se chargera de faire tomber votre indécence dans le vide du sujet.


Je viens de jeter ce que j’avais de haine contre ma bienfaitrice, excellente victime émissaire. J’ai voulu lui montrer que je savais parler comme le poète que je suis, pour me donner bonne contenance. Mais à partir de maintenant, je n’ai plus aucun allié.

Des ados entrent dans le métro justement et prennent possession du territoire en parlant fort pour ne rien dire. C’est bien ce que je craignais. Je jette un coup d’œil désespéré dans leur direction, de peur qu’ils m’aperçoivent. Comment ne me verraient-ils pas ? Devant ce regard jeté en pâture, l’un d’eux pouffe de rire. Les autres l’imitent. Ils s’arrêtent progressivement, comme par pitié. Silence.

Je supporte. J’ai un léger mouvement pour me cacher derrière mes bras, geste avorté par la peur d’être pris la main dans le sac. Le rire collectif éclate. J’essaie de faire semblant de ne pas comprendre que c’est dirigé contre moi.

Je me sens incapable de rire de moi-même, ni de donner des explications, ni de remettre en place ces gamins diaboliques. De toute façon, il est trop tard, je ne peux que m’enfoncer. Je me vois déjà nu dans la station de métro, traversant la nuit de la honte, tête baissée. Ces choses-là seront insupportables et le traumatisme irréparable. Je perdrai toute confiance et j’arrêterai de me rendre à mon boulot.

Personne n’ose me venir en aide de peur de m’effrayer davantage, par un cercle vicieux que je connais bien. Je rougis de ma faiblesse, de mon manque de présence d’esprit, de ma maladresse relationnelle. J’ai tellement honte que je me mets à pleurer. Une jeune fille du groupe d’ados fait : « Han ! » C’est l’humiliation. Ils disent tous : « Han ! » J’éclate en sanglots, agonise, secoue mon corps martyrisé. C’est la grande régression. « Han ! Putain ! » s’exclament-ils en riant sans oser rire et l’exclamation parcourt tout le groupe, par contagion.


— Faut pas pleurer ! dit la petite fille.


Je la regarde. C’est la petite fille de tout à l’heure. Elle est venue jusqu’à moi. On a vu des enfants consoler les adultes. J’arrête de pleurer. Elle tient un ballon gonflable tout rose dans sa main droite. Sa mère continue de parler fort, sans égard pour ce qui se passe de mon côté de la rame.

Je ne sais que répondre à la petite fille. Je veux lui répondre. C’est important. Elle a reçu une gifle. Je rentre en moi-même et je vais jusqu’au bout de ma sincérité. Finalement, je réponds :


— Bonjour. Je suis un bouffon.

— Moi, je suis une princesse ! déclare-t-elle du tac au tac.


J’avale ma salive. Ainsi j’ai affaire à une princesse. Cela ne m’étonne pas. Les princesses ont une haute idée d’elles-mêmes mais aussi de l’humanité. Je quitte mon costume de victime, fronce les sourcils pour me donner bonne contenance, les relâche et prends un air à la fois entendu et intrigué.


— J’ai entendu parler des princesses. Elles représentent une minorité en ce vaste monde. Les princesses ont une utilité majeure en Europe. J’en ai déjà rencontré une, un jour : c’était une femme légère qui savait l’art de vivre. Elle était beaucoup plus intelligente que tout le monde mais elle se gardait bien de le dire. En outre, elle disposait du pouvoir de rendre heureux tous ceux qui avaient la chance de l’apercevoir. Mais c’est la première fois que je rencontre une princesse de ton âge.


Elle boit mes paroles, enchantée.


— Et alors ? dit-elle.


Je continue.


— Il y a trois phases. Première phase, quand les princesses sont petites filles, elles savent qu’elles sont princesses. Deuxième phase, elles deviennent adolescentes et, quand elles sont au collège, rejettent violemment ce qu’elles prennent pour un mensonge débile. Elles tombent amoureuses et comme le prince charmant n’existe que si les princesses existent, elles souffrent, plus et mieux que les autres, et elles noient leur chagrin dans la haine du monde. Puis le temps passant et la maturité venant, elles règlent leurs petits problèmes d’ego comme tout le monde et deviennent des femmes. C’est la troisième phase. À ce stade, elles ont oublié ce qu’elles sont depuis longtemps. C’est même parce qu’elles l’ont oublié qu’elles ont pu devenir des femmes. Un jour, elles rencontrent une autre princesse. Les princesses se reconnaissent à des détails extrêmement discrets. Tu vois ce que c’est, un détail extrêmement discret ?


Elle réfléchit et plonge dans la perplexité.


— Oui, me confie-t-elle avec le plus grand des sérieux.

— Eh bien, cette autre princesse deviendra ta meilleure amie, cette amie nécessaire qui comprend tes joies et tes peines et qui sait trouver les mots. Et alors, grâce à cette amie, tu deviendras celle que tu n’auras jamais cessé d’être : une princesse. Car les sorcières, les mamans, les femmes et les hommes n’ont pas besoin d’être admirés ni même compris, ils ont besoin d’être pardonnés. C’est pourquoi, dans vingt ans, tu repenseras à ce que je t’ai dit et tu auras alors aux lèvres un inexplicable sourire.


La petite fille plonge dans une longue réflexion. Puis elle me tend son ballon rose :


— Tiens.

— Tu m’offres ton ballon ?

— Oui.

— C’est un beau ballon ! Comment tu t’appelles ?

— Clémentine.

— Merci, Clémentine.

— De rien !


En un rien de temps, elle est passée de cette gravité inextinguible qui accable les êtres en proie au supplice à cette bonne humeur ingénue et transcendantale des petits. Mais elle se met de nouveau à réfléchir. Je crains qu’elle ne me demande des précisions sur les princesses. C’est heureusement un autre sujet qu’elle aborde.


— Qu’est-ce que tu vas en faire ?


Elle parle du ballon. Je réfléchis. Il s’agit de répondre quelque chose de bien.


— Je vais l’emmener chez moi et je l’accrocherai à côté de mon piano. Il pourra entendre les Impromptus de Schubert. Il y en a huit. Chacun ici-bas est appelé à connaître les Impromptus pour piano de Schubert pour savoir lequel est son préféré, comme ça, quand on fait le tour du monde, on peut rencontrer des gens qui préfèrent tel ou tel Impromptu. Les Chinois préfèrent le Quatrième Impromptu de Schubert et les Africains le Deuxième Impromptu de Schubert. Les ballons gonflables roses, eux, les préfèrent tous, car ils les comprennent tous les huit !


Elle écarquille les yeux. Silence. Sa mère arrive en trombe. Elle gifle sa fille.


— Mais qu’est-ce que tu fous avec ce pervers ?! Tu ne vois pas que tu es en train de te faire draguer devant tout le monde ?!


Il faut dire que je ne porte ni pantalon ni chemise et que je tiens à la main le ballon rose de sa fille en lui parlant de piano et de Chinois. Je ne vais pas lui fournir un mensonge, qui ne serait pas crédible, ni la vérité qui s’abîmerait alors dans l’ordinaire d’une dispute. Je ne réponds rien.


— Pervers ! crie-t-elle comme une invocation à la vengeance céleste.

— C’est incroyable, crie scandalisée l’autre femme obèse, depuis l’autre côté de la rame. Ho !


Il va y avoir un clash. Toute explication serait contre-productive. Je n’ai que trop compris que la mère de Clémentine était une mégère abominable qui ne respecte personne, ne réfléchit jamais, se scandalise pour un rien et se sert de sa fille comme d’un souffre-douleur.


— Ho ! Ho ! répète-t-elle, scandalisée, comme pour provoquer le clash.


Je suis en présence du fluor. C’est l’élément atomique le plus instable. Le fluor interagit avec tous les éléments. Vous jetez du fluor dans l’eau : ça explose. Le scandale a le même comportement. Il ne faut pas le nourrir. Bien qu’il attire à lui tous les regards, il ne faut pas le regarder. D’ailleurs, tous les regards de la rame sont braqués sur la dame et moi. Ils attendent le clash. Le craindre, c’est le déclencher.

Qu’est-ce qui est important dans cette affaire ? Certainement pas mon image. Il ne s’agit pas de me restaurer, mais de me sacrifier.


— Maintenant que je suis là, vous ne faites plus le fier ! crie la femme obèse. Vous devriez avoir honte ! Honte !


Je décide d’étonner la fille et la mère à la fois, pour canaliser vers le futur l’énergie phénoménale de la scène. La rame entière m’écoute. Le tout pour le tout. Je respire et énonce ce qui suit, très posément, sur le ton du professeur qui expose des vérités universelles :


— Ce qui est en train de se passer porte un nom. Cela s’appelle l’Incident du Ballon. Il y a une majuscule à « Incident » et une majuscule à « Ballon ». L’Incident du Ballon ainsi que tous les autres incidents du même type n’écorcheront jamais ta supériorité princière, Clémentine. Ce ballon te protégera, tu me l’as donné.


Soudain je prends un ton très ferme :


— C’est clair ?

— Oui, répond Clémentine, impressionnée, comme par automatisme.


La mère est effarée. Elle n’a pas perdu une miette de ce que j’ai raconté à sa fille. Elle sort de sa stupéfaction pour crier à mon adresse :


— Vous êtes fou ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ? Vous l’avez traumatisée ! Je vais appeler la police, moi !


L’autre femme crie à nouveau :


— C’est incroyable ! Ho ! Ho !

— Au secours ! Mais faites quelque chose ! crie-t-elle dans le vide.


Les gens ne vont pas intervenir. Déjà ils ne sont pas intervenus une première fois en ma faveur. Ensuite, on voit mal ce qu’ils pourraient me faire et pour quelle raison. Le danger serait que la femme obèse s’en prenne à moi et que je ne sache pas me défendre.


— Je travaille, moi ! Je ne peux pas m’occuper des pervers ! hurle-t-elle.


Vu l’absurdité de ces paroles, elle ne risque pas d’enclencher quelque processus que ce soit en sa faveur. Mais je pense à Clémentine. Que le scandale aboutisse à la destruction de la relation, c’est-à-dire aux choses magiques que je lui ai dites, et à me décrédibiliser à ses yeux, ce serait un terrible échec. Ne pas toucher au scandale, capable de tout. C’est un grand crime que de désespérer les princesses. C’est quitte ou double. Soit elle croit qu’elle est une princesse et traverse son enfer, soit elle croit qu’il y a des pervers qui délirent dans les trains et je confirme l’enfer imposé par sa mère. Celle-ci me fixe, fascinée. Je regarde un point fixe et j’écoute ce qui se passe afin d’en apprendre sur le genre humain et donc sur moi-même, car moi aussi il m’est arrivé d’être scandalisé et de dire n’importe quoi. Je ne détourne pas mon regard, ce qui serait vécu comme une provocation. Une accroche.

Elle répète, sur le même ton outré :


— C’est incroyable !


Elle a utilisé moins de mots. La violence commence à tomber dans le vide de mon écoute. À partir de ce moment, j’ai mes chances de m’en sortir. Elle va d’elle-même couper la communication. Elle gifle à nouveau Clémentine comme pour marquer son territoire et me faire réagir. Je porte lentement ma main à la joue, comme si j’avais moi-même reçu la gifle.


— C’est incroyable ! répète-t-elle, cette fois affairée.


Elle conduit de force sa fille qui ne gémit pas de protestation. Elle retourne de l’autre côté de la rame et sort par la porte qui s’est ouverte fort opinément, en compagnie de l’autre femme obèse. Du moins c’est ce que je suppose, car je ne regarde pas de leur côté.

La porte se ferme.

Silence. Je médite.


La première chose que je fais en sortant de ma méditation, c’est de regarder ma voisine d’en face qui me fait un grand sourire. Elle semble comprendre la profondeur de ce que je viens de faire. Elle dit :


— Vous n’avez plus honte. C’est très bien. Je vous félicite.


Je n’ai plus honte en effet. Je suis à demi nu, mais je me sens léger. Peut-être est-elle psychothérapeute. Peut-être se prend-elle pour ce qu’elle n’est pas et qu’elle en a toujours eu le fantasme. Je ne lui pose pas la question. Elle peut être tout ce qu’elle veut. L’important, c’est l’essentiel.

Les ados ont cessé leur rire. Une fille, celle qui avait fait : « Han ! » et avait lancé la séquence de l’humiliation, me confie d’un ton sérieux :


— Monsieur, on s’excuse, on est vraiment désolés. Hein ? ajoute-t-elle en cherchant l’approbation de ses camarades.

— Oui, confirment les autres.

— Est-ce que vous… ?


Sa question se perd dans le vide parce que je regarde un point fixe, ni dans sa direction qui encourage ce mode de communication, ni dans une direction qui coupe la relation. Je ne réponds pas. J’écoute. Je suis dans l’attente. Je ne veux pas que des bavardages viennent nous distraire des conséquences de l’Incident du Ballon.

La fille va dire à nouveau quelque chose mais bute sur mon mutisme et se retient. Il ne reste de sa réplique que la prise d’air initiale. Jusqu’au terminus, je ne regarde personne et ne dis mot. Personne n’ajoute quoi que ce soit, afin de préserver le secret du mystère. Nous méditons, dans un silence à mille carats.

Il est dans la vie des instants où la pensée cesse de fonctionner, comme si on éteignait les lumières de la ville. Alors apparaît une autre pensée, une autre lumière, si loin, si proche, une étoile familière, qui nous aime et nous comprend.

Je pense que les ados sont entrés dans un processus de compréhension. Ils sont en train de faire des progrès. Du moins, j’aime à le croire. Mais en quelque sorte, si ce n’est pas le cas, cela revient au même. Ce sont leurs affaires personnelles. Des affaires personnelles de la plus haute importance. Ils ne se regardent pas. Ils sont en train d’humaniser ceux qu’ils rejettent, en train de s’humaniser eux-mêmes.

D’autres personnes entrent dans le métro sans savoir que nous méditons. Ils font semblant de ne pas voir que je suis à demi nu. Leurs paroles, le cas échéant, sont attentivement écoutées comme autant d’échos d’un monde lointain.

Le métro continue sa course jusqu’au terminus.

Nous sortons de notre méditation et quittons la rame en échangeant des regards d’adieux, tandis que les autres passagers sortent aussi, en même temps.

Je traverse la station. Je marche tranquillement dans la rue, en caleçon, mon portefeuille et le ballon rose à la main. Les gens me regardent. Je n’ai pas honte. Je suis heureux. Je me sens bien. Ils croient à une plaisanterie, un pari, un concours de circonstances. Je m’amuse beaucoup de leur amusement. Les mecs qui s’assument ont parfois des lubies.

Je suis entré dans la boutique indiquée par la dame, histoire que la police ne m’arrête pas pour attentat à la pudeur ! La vendeuse s’est permis une remarque amusée à laquelle j’ai répondu pour la faire rire, ne suis-je pas le bouffon ? mais pas la moindre désapprobation. Elle n’a pas appelé la police, ni ameuté le quartier, pas même froncé les sourcils. Elle est payée pour vendre des vêtements.

Je suis sorti habillé mais j’ai remis mes vêtements dans le sac. J’ai traversé tout Paris en caleçon, ce soir-là de décembre. Tout était devenu différent, beaucoup plus difficile et beaucoup plus vivant. C’était vraiment très cool. Je risquais de croiser une connaissance. Je ferais semblant de ne pas la reconnaître. Il pleuvait et les Parisiens étaient trop occupés à se protéger le visage pour attarder un regard sur moi. Je sentais le vent, le froid et la pluie comme les singes dans la jungle. Le bitume était doux de sa rugosité. Aucune épine ne s’est plantée dans la peau fine de mon pied de citadin. Traverser les boulevards dans cette tenue fut un défi très amusant. Je me sentais comme un dieu.

En arrivant dans ma rue deux heures et demie plus tard, j’ai regretté d’apercevoir mon immeuble. Je suis arrivé chez moi et je me suis passé l’éponge. J’étais fatigué. La durée du voyage initiatique avait été très bonne.

Le lendemain, je me suis inscrit à la salle de musculation. J’en bavais depuis quinze ans. Le coach sportif m’a expliqué le fonctionnement de la salle et les premiers conseils. J’ai payé l’adhésion. L’idée de se moquer des gringalets bedonnants ne lui a même pas traversé l’esprit. Son job ne consiste pas à humilier les clients. Il est payé pour les garder et les remettre en forme.

J’ai commencé avec deux séances par semaine de quarante minutes et des contractures. J’en suis maintenant à trois séances de deux heures trente : j’utilise le tapis roulant pour m’échauffer puis je fais le tour des machines du premier étage à 25 kg avec 3 séries de 12 répétitions et je termine par le plan incliné pour les abdos, 3 séries de 18 dips à 72 kg de poids de corps et 15 + 10 + 5 tractions non accompagnées. Ensuite, je passe au troisième étage. J’aime bien faire le vrai mec, avec des poils.


 
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   Pepito   
13/8/2015
Salut Reptile (Renaud ?)

Forme: très bonne écriture.
Pour chipoter :
"soliloquer intérieurement" tout en se parlant tout seul à soi même, je suppose...
"Je n’ai pas besoin de verbaliser, comme vous dites." ? la mère n'a pas dit ça.
"qui ne gémit pas de protestation" soit on gémit, soi pas. "pour protester" (c'est peu efficace ;-)
"Nous méditons, dans un silence à mille carats." le carat est une unité de masse et n'a donc pas de valeur en soi
"Les princesses ont une utilité majeure en Europe. " pourquoi qu'en Europe ?
"Vous jetez du fluor dans l’eau : ça explose." ? > sodium

Gaffe aux paragraphes trop serrés à lire sur écran.

"Je suis arrivé chez moi et je me suis passé l’éponge." joli !

"Les ballons gonflables roses, eux, les préfèrent tous, car ils les comprennent tous les huit !" délicieux !

Fond : ouille, le début m'a fait craindre le pire, va-t-on suivre le refoulé larmoyant sur lui même jusqu'à la lie ? Puis non, un excellent rétablissement en deuxième partie !

"— Mais qu’est-ce que tu fous avec ce pervers ?! Tu ne vois pas que tu es en train de te faire draguer devant tout le monde ?!" là, j'ai ri de la méprise/bêtise
"toutes les peurs circonstancielles sont liées à des peurs essentielles" ? hmmm... des peurs, en fait...
"L’important, c’est l’essentiel. " pour le plaisir ;-)

Bon sur un sujet aussi casse gueule, ce texte s'en sort très bien. Le narrateur aussi, avec un final "J’aime bien faire le vrai mec, avec des poils." aux petits oignons ! ;-)

Merci pour la lecture.

Pepito

   Shepard   
13/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Salut Reptile,

Hé bien, la balade dans Paris au mois de Décembre, elle m'a calmé rien qu'en y pensant !

A part ça, je n'étais pas sûr si il s'agissait d'un texte ou il fallait rire ou pleurer. Mais malgré la longueur ça se lit sans problèmes jusqu'à la fin, on se demande ou le narrateur veut nous emmener avec cette histoire.

Le seule reproche serait peut-être les personnages aux traits peut-être un peu trop forcés, mais sur une nouvelle avec les contraintes qui vont avec, ce n'est pas si dommageable.

J'ai aussi trouvé dommage, qu'après 'l'incident du ballon' tout retombe un peu vite, et que le bouffon se retrouve à court de mots.

J'ai apprécié le petites touches d'humour.

C'est un texte que j'ai aimé dans l'ensemble sans qu'un point ou un passage en particulier ressorte pour moi. Et c'est peut-être aussi finalement ce qui le limite, il manque un "climax". Malgré tout, la chute est agréable car ne sombre pas dans le pathos.

Merci pour cette lecture !

Note à Pépito : Si vous prenez du flur pur (généralement difluor) il enflammerait l'eau, puis se transformerait en gaz et exploserait. C'est l'élément le plus réactif sur Terre, bien plus que le Sodium =)) Ce gaz est même appelé F-O-O-F ! par les anglo-saxons, je vous laisse imaginer la raison...

   Bellaeva   
14/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Pour ma part, j'ai beaucoup apprécié ce texte. Principalement pour sa singularité, rien n'est convenu, bien au contraire.
Il y a un côté décalé qui tient en haleine du début jusqu'à la fin, et également, un humour qui peut facilement déclencher l'hilarité chez le lecteur. Sans oublier un certain suspense, on se demande comment va se finir cette histoire qui peut osciller entre drame ou comédie à chaque moment.
Merci à l'auteur.

   AlexC   
15/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Hello Reptile,

Encore un texte sérieux et profond. Qui n’en fait pas trop une fois de plus. J’ai navigué entre différentes émotions suivant le flot des évènements. Je me suis laissé porté par la rage, le mépris, la tendresse, l’agacement… Et bien d’autres sentiments moins marquants.

J’ai trouvé l’explication psychanalytique de la peur de se déshabiller en public un peu absconse.

Le texte sous-entend que l’homme humilié fait quelque chose d’incroyable “la profondeur de ce que je viens de faire” et que toute la rame, ados compris, en saisit l’ampleur. Mais j’aimerais me l’entendre dire avec plus de précisions, qu’a-t-il réalisé de si miraculeux ? Ce n’est pas assez explicite à mon sens.

J’ai aimé la manière dont vous concluez le récit. L'énumération détaillée des exercices de musculation est un indicateur concret de la transformation du héros.

Quelques remarques :
-“Je suis même en train de me dire que c’est bonne occasion…”
-“Je n’ai pas besoin de verbaliser, comme vous dites.” La dame n’a jamais dit qu’il fallait verbaliser… Je ne comprends pas à quoi il fait référence ici.
-“La littérature seule sauvera le monde et se chargera de faire tomber votre indécence dans le vide du sujet.” Que voulez-vous dire ?
-Il ne s’est pas fait dépossédé de ses chaussures et pourtant vous suggérez qu’il marche pieds nus. “Le bitume était doux de sa rugosité. Aucune épine ne s’est plantée dans la peau fine de mon pied de citadin."

Je tique :
-“Ene-plus-unième erreur.” Pas très mélodieux je trouve.
-“La durée du voyage initiatique avait été très bonne.”
-“C’était vraiment très cool."

Merci pour cette profonde lecture. Bonne continuation.

Alex

   Mare   
15/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
D'abord : merci pour le voyage. J'ai vraiment apprécié !

La réflexion est rythmée si bien qu'on dévore les phrases pour savoir comment le narrateur va réagir ensuite, ce qu'il va penser. Des pointes d'humeur ici et là, bien dosées, aussi. L'écriture est très agréable, très paisible (même si je me suis parfois arrêtée sur une phrase qui n'était pas dans le "ton", mais je pense que les autres commentateurs ont déjà relevé les principales).

Les bouffons peuvent se permettre d'asséner les pires vérités sans que personne trouve rien à y redire. Comme ils sont ridicules eux-même, ils ont l'autorisation de confronter les autres à ce qui les rend ridicule aussi. C'est leur rôle. J'ai aimé assister à l'éveil d'un bouffon. Ce qui m'amène à me poser une question: pourquoi cette fin-là ? Vous m'expliquerez ?

   ameliamo   
16/8/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
C’est très intéressant ce texte où il s’agit d’une route initiatique, parce que c’est bien montré la réalité quotidienne ; la vraie face de l’homme moderne, insensible aux problèmes des autres, aveugle à tout qui l’entoure, ne voyant pas que son ego, son égoïsme.

   Jano   
17/8/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un texte étrange, difficile à commenter. J'ai trouvé des parties lourdingues, comme la tirade sur la psychanalyse, et d'autres plus fines, quand le narrateur s'adresse à la petite fille. Les personnages sont caricaturaux : le poltron, la femme obèse, l'agresseur, le groupe d'ados, tous rassemblent des clichés qui me font dire que ce récit manque d'une certaine dose de subtilité. Ce qui sauve l'ensemble, à mon avis, c'est la situation de bout en bout déconcertante. Qu'elle soit improbable n'est pas un écueil en soi, l'intérêt c'est de voir comment elle va évoluer. Là-dessus vous vous en êtes bien tiré, avec un final original. Malgré mes réserves vous êtes parvenu à m'emmener jusqu'au bout du saugrenu. Je mettrai donc un bémol pour le style et le profil des personnages, perfectibles, mais reste séduit par la mise en scène.

   martin   
24/8/2015
Commentaire modéré

   bigornette   
2/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Reptile,

J'ai été bluffé par La princesse et le bouffon. J'ai commencé à lire, puis j'ai voulu arrêter au deuxième "file-moi ton fric" pour gagner du temps, croyant lire une nouvelle qui ne m'intéresserait pas. Heureusement, ma vision périphérique, au moment de changer de page, a capté le "file-moi ton pantalon". Du coup, intrigué, je suis revenu à la page, et j'ai continué à lire. Du coup, en vous lisant, j'ai gagné du temps.

J'ai aimé les stéréotypes dans votre nouvelle, qui participent à cette agréable impression d'irréalité qui persiste tout au long de l'histoire. J'aurais aimé plus de détails physiques accentuant les rôles dans ce mélodrame (au bon sens du terme), à l'instar des femmes obèses.

J'ai aimé la construction du récit, le narrateur humilié, mis à nu (ou presque), à l'état de larve, puis sa métamorphose en bouffon, puis l'arrivée au terme du voyage initiatique, dans la salle de musculation.

J'ai aimé la connivence du wagon.

J'ai aimé le scandale.

J'ai aimé l'humanité des commerçants.

La nouvelle est peut-être un peu bavarde à partir du moment où il sort du métro... mais quel final en forme de pied-de-nez. Je ne suis pas certain à 100% des contours de la morale de cette histoire. Peu importe, ai-je envie de dire. La poésie gagne à la fin. Bravo.

   Arsinor   
5/9/2015

   carbona   
14/9/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

- "Ça, c’est l’horreur. Se faire racketter dans le métro comme un vulgaire pré-ado dans sa cour de récré. " < drôle

- "Quand j’étais enfant, j’avais peur que l’extra-terrestre de Spielberg dormît sur mon lit dans ma chambre pendant que j’essayais moi-même de dormir. Je me faisais peur jusqu’à ce que la véritable peur advînt. Quand la puberté est arrivée, ce fut la catastrophe. C’était moi, l’extra-terrestre, comme si je me violais moi-même. J’ai longtemps lutté et je faisais mon possible pour la nier. Me déshabiller en public, c’était vivre le cauchemar tant redouté, le cauchemar de toujours. " < le respect de la concordance des temps du passé n'est pas agréable à lire / l'idée est confuse, ce passage n'est pas clair / me déshabiller en public est un cauchemar, c'est redondant

- je ne suis pas friande des petites analyses psy, glissées ça et là : "Les deux sont liés : la honte de me déshabiller et l’incapacité à faire violence. D’ailleurs, chez l’être humain, toutes les peurs circonstancielles sont liées à des peurs essentielles, comme la peur d’être détruit." / "Tout ceci est très freudien" ...

- "Je travaille, moi ! Je ne peux pas m’occuper des pervers ! hurle-t-elle." < excellent

- "Je ferais semblant de ne pas la reconnaître." < je trouve que cette réflexion ne colle pas avec l'état d'esprit du personnage qui s'assume désormais

J'ai été très absorbée par la lecture, qui est fluide et pleine d'humour jusqu'à la conversation avec Clémentine, où je décroche. Le langage employé par le narrateur pour s'adresser à la petite fille, n'est pour moi, pas crédible. Donc je bute, je ne peux plus y croire. Les évènements qui suivent me font le même effet, je n'y crois plus. Que cette petite fille comprenne ce que lui dit cet homme est inconcevable. Je m'étonne aussi que la mère obèse n'intervienne pas plus tôt. Puis le changement si soudain de l'attitude des ados, la méditation collective... Trop rapide, trop gros, trop caricatural.

En conclusion, j'ai beaucoup aimé votre écriture mais pour moi, deux gros hic dans le récit :

- le niveau de langue et du contenu du dialogue bouffon /princesse

- l'avancée psychologique trop soudaine du personnage : il passe d'un état d'humiliation, de manque d'estime de soi, de culpabilité à un état d'assurance, de confiance en soi, une happy end certes mais tellement subite. Ou alors on rentre vraiment dans le merveilleux et le conte pour enfants et on admet que la magie s'est produite. Et dans ce cas, le discours reste à remanier.

Merci pour cette lecture.

   vendularge   
13/12/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Reptile,

Je trouve l'idée très intéressante, et le " je suis un bouffon et toi...une princesse" quasi jubilatoire pour une raison simple, ces deux phrases arrivent à un moment du récit où on ne les attend pas. C'est normal qu'une petite fille réponde "je suis une princesse" et cette soudaine normalité dans le chaos est salvatrice.

Toute la partie de réflexion intérieure du personnage est propre à la victime et donc n'est pas discutable sur le fond. Sur la forme quelques répétitions nuisent un peu (à mon avis)..je ne sais pas quoi faire/

J'en viens à ce qui me paraît plus discutable, le dialogue complètement ahurissant avec la petite fille, une tirade qu'elle ne peut en aucun cas comprendre, alors de deux choses l'une: soit il parle pour lui-même et zappe l'enfant (c'est dommage), soit comme je le crois, elle comprend et même acquiesce et là on est dans de la science fiction parce qu'alors ce n'est pas une enfant ;)

Même impression avec la tirade lancée à la lectrice de Freud.

D'autre part, un homme agressé dans une rame de métro, qui se retrouve à poil et qui a honte n'est pas névrotique, il est parfaitement normal.

Bon, je vois dans tout ça, un texte intéressant et quelques idées que j'adore, et c'est bien


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