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Fantastique/Merveilleux
Arsinor : Le dîner
 Publié le 06/01/19  -  14 commentaires  -  2527 caractères  -  158 lectures    Autres textes du même auteur


Le dîner


Ce jour-là, Jeannot sortit porter son blé au moulin. Avant de partir, il dit à Capucine :


— Je reviens ce soir. Prépare une bonne soupe.

— Je vais chercher du cochon et du beurre, dit Capucine. Il reste assez d'argent et il y a le tablier à repriser.

— Non, il faut faire une bonne soupe.

— C’est d’accord. Est-ce que je peux acheter un petit pot de beurre ? Nous pourrions le manger avec le pain, tous les deux, au dîner.

— C’est d’accord, dit Jeannot.


Une fois seule, Capucine alluma le feu, accrocha dans l’âtre la marmite, rapporta un seau du puits pour l’emplir, cueillit des légumes dans le potager, les passa dans le chiffon, les découpa, les jeta dans la marmite et sortit acheter le petit pot de beurre. En revenant, elle vit deux voisins se battre au stylet, à cause d’un canard qui était passé ou pas sous la barrière mitoyenne. Elle leur dit d’arrêter tout de suite et s'interposa mais l’un d’eux se servit d’elle comme d’un bouclier mis en avant et l’autre lui enfonça son stylet dans le ventre. Elle mourut et les deux hommes la tirèrent à l’intérieur. Ils en profitèrent pour manger la soupe et le pain. Quand Jeannot fut de retour, ils avouèrent leur faute en pleurant et demandèrent pardon. Jeannot les renvoya, se rendit à l’évidence et devint fou de douleur.


— Que vas-tu faire, Jeannot ? dit la table.

— Je ne sais pas, dit Jeannot.

— Vas-tu te remarier ?

— Non.

— Vas-tu dire au curé de préparer les funérailles ?

— Non.

— Vas-tu manger le petit pot de beurre ?

— Non. Puisque Capucine est morte, je m’en vais droit devant moi.

— Si tu t’en vas, je m’en vais aussi.


Jeannot et la table sortirent de la maison.


— Où allez-vous ? dit la porte.

— Capucine est morte et nous allons droit devant nous, dit la table.

— Si vous partez, je m’en vais aussi, dit la porte en sortant de ses articulations.


Alors, Jeannot, la table et la porte allèrent droit devant eux. Ils passèrent près d’un chêne.


— Où allez-vous ?

— La femme de Jeannot est morte et nous allons droit devant nous.

— Si Capucine est morte, je m’en vais droit devant moi, dit le chêne en se déracinant.


Jeannot, la table, la porte et le chêne allèrent droit devant eux. En chemin, ils passèrent devant l’immense cathédrale de Sainte-Marie de la Providence.


— Venez manger le corps du Christ, ainsi partagé.

— Capucine est morte et nous allons droit devant nous.


Alors, la cathédrale, le chêne, la porte, la table, Jeannot, allèrent droit devant eux et tombèrent dans un gouffre.


 
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   Louison   
7/12/2018
 a aimé ce texte 
Pas ↓
Les dialogues me semblent un peu secs, pas très réalistes, même pour un conte, la bagarre un peu rapide : Elle leur dit d’arrêter tout de suite et s'interposa (pas très littéraire à mon avis).
Ensuite, je n'ai pas du tout adhéré à ce défilé de porte, table etc, je n'ai pas compris où vous vouliez amener le lecteur.
La fin m'a laissée interrogative.

Une autre fois sans doute.

   plumette   
10/12/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ce texte me parait inachevé.
je dirais que c'est un bon début, et puis...
l'auteur a planté le décor, nous a présenté deux personnages dans une situation banale du quotidien, jusque là j'étais curieuse de la suite, certes très surprise de la mort brutale et idiote de Capucine, et malheureusement je suis restée sur ma faim à cause de cette fin abrupte.

je ne peux qu'encourager l'auteur à poursuivre l'aventure de Jeannot et ses compagnons !

Plumette

   Sylvaine   
14/12/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Je ne déteste pas la fantaisie "nonsensique" de ce texte très court ni le ton volontairement naïf qui pastiche les contes d'autrefois, mais cette fantaisie n'est pas suffisamment exploitée. La fin ("tombèrent dans un gouffre") laisse le lecteur sur sa faim (pardonnez-moi ce mauvais jeu de mots) Elle parait totalement arbitraire, et donne l'impression que vous avez achevé votre texte d'une pirouette, parce que vous ne saviez ni développer le sujet ni finir. Une petite remarque de langue : Capucine ne peut rapporter un seau du puits pour l'emplir, elle rapporte parce qu'il est plein! A moins que là encore, vous n'ayez joué avec le non-sens ?

   Donaldo75   
18/12/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,

J'ai adoré ce texte. L'histoire est raconté de manière déjantée, sous des fausses allures de conte, avec un style sobre et juste narratif qui le rend encore plus décalé, du pur non-sens.

Bravo !

Merci pour la bonne crise de rire.

   Audh   
6/1/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé, c'est décalé juste ce qu'il faut et ça m'a fait rire.
La brièveté du texte en renforce l'effet. Le seul passage un peu lourd est la description de la mort de Capucine, qui n'est pas dans le ton du reste du récit.
Merci pour ce bon moment.

   FrenchKiss   
6/1/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Seriez-vous un arrière-petit-neveu du célèbre Kafka Grimm ?

Absolument génialissime. Je n’ai rien lu de pareil depuis Le Diner de cons.
Les méchants diront qu’à la fin, tombèrent dans le vide aurait été plus juste que tombèrent dans le gouffre. Je ne suis pas d’accord, le gouffre symbolise ici l’opération où s’engloutissent les biens, les richesses, la vie, les cathédrales hors de prix dont notre spiritualité n’aurait pas besoin, etc…
Jeannot est un ascète de la bonne soupe, Capucine une païenne dionysiaque pour qui dans le cochon tout est bon si on peut y ajouter un peu de beurre. Capucine est morte par amour, pour sa gourmandise de la vie. Les deux charlots du potager ne sont que les anges du Destin. Franchement, c’était pas compliqué :)

Est-ce que par hasard vous ne voudriez pas qu’on se serre la ceinture pour nous rendre enfin disponibles à une spiritualité plus spartiate ? Alors ne comptez pas sur moi pour laisser vos variétés de soupes inhiber mes enzymes.

Bien sûr que les choses ont une âme. Je leur reproche d’être un peu moutonnières, c’est tout. Je n’ai jamais été aussi triste de ma vie qu’après cette lecture. Savoir que la porte a suivi la table, c’est comme si j’avais senti mon patrimoine matériel se déconstruire sans récupérer la foi… Une arnaque. Ce que vous ne dites pas, c’est que Pierrot c’est un Noé suicidaire qui traîne sa barcasse sur un désert de cailloux jusqu’à la sortie du bourg, parce qu’il sait que la terre est plate et qu’il est arrivé au bout.

Si j’avais votre talent, j’ouvrirais un café littéraire. Parler à une porte serait du dernier chic. Avec une soupe au potiron, bien sûr.


FrenchKiss
serrurier au paradis

   stony   
6/1/2019
Eh bien, dites, moi qui venais de m’occuper du poème de Hersen paru un jour avant le vôtre (oui, je sais qu’il s’agit d’une nouvelle dans votre cas, mais le lapsus est volontaire ;-)), je retrouve un texte qui me parait être de nature tout à fait identique.

Votre poème (non, non, n’insistez pas !... puisque je vous dis qu’il s’agit d’un poème :-)… ou plutôt, si vous préférez, d’un texte allant au-delà d’un genre et ne s’embarrassant pas d’une telle classification) peut certainement être lu de dix façons différentes. Ou vingt, ou trente, je ne sais pas.

Je vous livre uniquement ma première lecture…
Lorsque le conjoint vient à disparaître (quelle qu’en soit la raison), ce n’est pas que d’une personne dont on se retrouve dépouillé, mais de tout l’univers (qu’il fût ou non partagé), matériel et spirituel et, qu’on le veuille ou non, c’est tout cet univers qui s’en va vers nulle part et, quand bien même on ne le voudrait pas (mais peut-on savoir ce que l’on veut quand on ne peut pas avoir ce que l’on pourrait vouloir ?), c’est l’univers lui-même qui rejoindrait celui qui part vers nulle part. Mais l'univers partant vers nulle part, ça ne peut pas être suffisant, il faut qu'il disparaisse.
Lecture simpliste, sans doute, la première, mais il y en aura d’autres.

Concernant l’écriture proprement dite, je la trouve propre, nette, sans rien de plus ou de moins que ce qui devait y être. Proche de la perfection, peut-être.

   in-flight   
6/1/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un aller simple vers nulle part. Ou plutôt si, vers le gouffre. Comme si ce texte se phagocytait lui-même. Un trou noir littéraire.
C'est plaisant mais, parti sur ma lancée, je trouve que vous n'avez pas su clore ce texte: le gouffre illustre bien l'absurde de la situation mais j'avoue avoir été dérouté par cette "chute".

Remarque: j'aurais bien remplacé les articulations de la porte (volonté de personnifier j'imagine) par "La porte, scandalisée, sortit de ses gonds" ;-)

   Corto   
6/1/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cette nouvelle est pleine d'enseignements.
1. On commence par 7 lignes de dialogue homme/femme où l'homme décide tout selon sa volonté, la femme est infantilisée et doit obéir.
2. Puis "Une fois seule, Capucine alluma le feu". La femme est désormais autonome et sait parfaitement quoi faire pour préparer "une bonne soupe". On y voit une femme débrouillarde, comme on le pressentait d'ailleurs dès la 3ème ligne avec "Il reste assez d'argent et il y a le tablier à repriser".
3. "En revenant, elle vit deux voisins se battre au stylet" et la femme n'hésite pas à intervenir de son propre chef, ce qu'elle paie de sa vie. Là encore on voit une femme forte et capable d'initiative.

C'est toute cette première partie qui me parait la plus intéressante. Ensuite la déroute de Jeannot et sa déambulation avec les objets, végétaux ou monument sont de moindre intérêt car de fait Jeannot est tombé dans son gouffre personnel dès qu'il a vu sa femme morte. Eh oui car "il se rendit à l’évidence et devint fou de douleur." Dès ce moment Jeannot dérive et peu importe qui l'accompagne.
Bravo pour ce texte bien construit à partir d'une base si simple.

   Palrider   
7/1/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
J’adore, c’est du pur surréalisme, c’est limpide...ils auraient du, pour être en règle (la table, la porte le chêne, la cathédrale...) faire une déclaration en préfecture et enfiler un gilet jaune...

   Cat   
8/1/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un petit bonbon délicieux à savourer dans toute son amplitude.

J'ai adoré ce trop court moment de lecture où la folie déjantée s'est mariée au merveilleux pour nous conter l'histoire de Capucine la bien nommée. Je ne sais l'expliquer, mais je trouve extrêmement judicieux le choix de ce prénom. Il rajoute à la magie des mots bien agencés.

Merci infiniment

Cat

   FANTIN   
18/1/2019
 a aimé ce texte 
Pas
J'avoue ne pas être très réceptif. Peut-être est-ce dû à la rapidité? On glisse sur la situation comme sur les personnages pour en arriver à cette fin boule de neige qui laisse un goût d'inachevé.
Que nous dit ce "conte" pour finir? On ne sait pas quel but vous poursuivez et c'est, de mon point de vue bien sûr, regrettable.
J'espère mieux apprécier une autre fois.

   camiflo31   
22/1/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé ce texte. Un peu court, mais super

   Iktomi   
27/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien
J'avoue éprouver une certaine fascination pour les textes qui parviennent à générer des commentaires aussi longs (voire plus !) qu'eux-mêmes.

Celui-ci est une excellente illustration de l'art délicat qui consiste à se payer la tête des gens sans avoir l'air d'y toucher.

C'est très fort, on dirait du Fénéon.


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