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Humour/Détente
Arsinor : Les puceaux
 Publié le 11/08/16  -  8 commentaires  -  9185 caractères  -  150 lectures    Autres textes du même auteur

...


Les puceaux


Sébastien et Nicolas sont dans un train. Sébastien :


— Il paraît que t’es homo.

— Ah bon ? Pourquoi ? Diffamations !

— C’est vrai ?

— Pourquoi ? Tu es homo ? Tu es intéressé ? Tu veux coucher ?

— Non, je suis hétéro.

— Et tu veux savoir si je suis homo ?

— Oui.

— Je ne le dis jamais. Mais à toi je veux bien le dire, parce que tu mets ce problème sur la table avec semble-t-il de la simplicité. La réponse est oui.

— Comment tu me trouves ?


Nicolas est sidéré. Il mate Sébastien et soudain explose :


— Ouah ! Magnifique ! 20/20. Un grand costaud bien baraqué tout jeune avec des yeux marron, qu’est-ce que c’est beau ! J’adore ta voix puissante, profonde, virile, hmm... Et tu es tellement grand ! T’es bientôt diplômé, t’as bon caractère, tu es supérieurement intelligent, encore plus que moi, je craque ! Tantôt je craque, tantôt je fonds. Je dirais que tu fais du rugby, de la natation, de l’alpinisme, de l’aviron et de la musculation ! Dis oui, c’est mon fantasme le plus cher !

— Musculation oui, les autres non, du karaté. Je suis deuxième dan.

— Du karaté deuxième dan ? Tu chausses du combien ?

— 48.

— C’est encore plus grand que dans mes espérances ! Je croyais que ça s’arrêtait à 47 comme chez Décathlon ! Ouah ! Tu parles combien de langues, ça me plaît, le nombre de langues...

— Six.

— Six ?!

— Français, anglais, allemand, italien, espagnol, slovaque.

— Sú vojvodkyňa suchých ponožiek?

— Neviem, ale lovec, ktorý vie, naháňať lov, bez toho, aby svojím psom.

— Un super beau gosse karatéka qui parle slovaque ? Mais tu es un DIEU ! Je ne sais plus si j’ai mal à la tête ou si les bras m’en tombent.

— J’ai monté une association de soutien financier pour la construction d’infrastructures au Mozambique.

— Mais tu vas arrêter, oui ? Pourquoi t’es gentil comme ça avec l’humanité ? Tu veux que j’appelle une ambulance en psychiatrie ?

— J’ai commencé à étudier la clarinette.

— Sébastien, arrête de te mettre en valeur. Je sais que pour toi, cela signifie cesser de parler de toi, puisque tu es parfait.


Silence.


— Bon. Tu réfléchis pour savoir si tu es bel et bien homo ? Si tu étais homo, de toute façon, je ne serais pas assez bien pour toi, nous aurions la même discussion. Je ne me fais pas d’illusions. Pas sûr. Tu me préfères sans les lunettes ?


Nicolas enlève ses lunettes.


— Non.


Il les remet.


— On va changer de sujet alors. Il paraît qu’ils vont sortir un nouveau film américain la semaine prochaine.

— Je voudrais te poser une question.

— À ton service, Sébastien ! Je serais trop heureux de tenter de t’être utile ou agréable. Parle, bois du gin ou cent tasses de lait froid !

— Comment tu fais pour draguer les filles ?


Silence.


— Sébastien. Tu es un dieu vivant. Si Apollon et Zeus t’apercevaient, ils n’auraient plus qu’à aller se rhabiller au vestiaire. Tu as un ordinateur dans le cerveau. Tu fais peur aux méchants et tu rassures les faibles. Moi, je suis un clown qui rame pour trouver un logement. Comment peux-tu penser que je puisse t’aider en quelque manière que ce soit en matière de filles ?

— T’es toujours avec des jolies filles, tu les fais rire.

— Tu les fais pas rire ?

— Non. Comment tu fais ?


Silence.


— Bon, OK. D’abord, je ne drague pas, je flirte. Différence subtile sur le papier, évidente dans le feu de l’action. Le dragueur est sûr de lui et tente de fasciner. C’est un impassible, il jouit des minauderies embarrassées de la fille à la fois flattée et offusquée. Il joue à fond la carte du mâle qui veut coucher mais qui est gentil de façon stratégique — tension paradoxale que perçoit bien la fille elle-même ! S’il a une réputation derrière lui et de la pratique, elle va sûrement tomber dans le panneau. Car plus un homme a du succès, plus il a du succès. Le flirt quant à lui est à la fois plus répandu, plus facile et plus agréable. Cela consiste à parler de choses sympas comme avec tes amis, mais avec une jolie fille.

— Elles veulent pas.

— Elles veulent pas te parler ?

— Non.


Silence.


— Peux-tu me décrire ce qui se passe ?

— Je vois une fille que je connais, dans une soirée. Je vais vers elle, je lui dis bonjour et elle s’en va.

— Tout de suite ?

— Tout de suite ou un peu après pour ne pas faire d’étincelles.

— Au niveau de la collecte des informations qui me permettent d’accéder à l’analyse complète de la situation, j’ai la gestuelle, j’ai la réplique, mais il manque l’intention. À quoi tu penses quand tu abordes ta proie ?

— Je ne sais pas, à rien.

— Tu la vois et tu veux coucher avec elle ?

— Ouais.

— Il ne faut pas aborder les filles avec cette idée en tête. Ça se voit. Les filles cherchent une expérience émotionnelle et d’ailleurs les hommes aussi mais ils ne le savent pas toujours parce que leurs copains ne leur parlent que de stratégie et de son couronnement par l’acte charnel, afin de se présenter comme des êtres d’action et non de sensibilité ! Comme ton potentiel de séduction est gigantesque, elles se disent : « Je ne suis pas comme les autres, je ne vais pas tomber dans le panneau » ou encore « Voilà Sébastien qui arrive, il est trop froid » ou alors elles notent un étrange décalage entre ta maladresse et ton physique de dragueur presque caricatural. Les filles n’aiment pas ce qui est bizarre, et tolèrent à peine plus la banalité. Tu es tout à fait entre les deux : original. Ton problème est dans l’intention. Il ne faut pas penser « coucher » mais « passer quelques minutes agréables avec la fille » ou même, si tu veux un objectif, « obtenir un petit sourire ». Il ne s’agit pas de l’emmener sur un bateau pour traverser l’Atlantique et les États-Unis mais de faire trois petits pas de danse ensemble.


Sébastien attend.


— Tu vois la différence entre l’histoire et la géographie ?

— Oui.

— Oublie l’histoire et pense géographie. Il faut installer la fille dans un paysage. Qu’elle s’y sente bien, qu’elle ait le temps d’y flâner.

— Je suis puceau. C’est ridicule, non ?

— Ouah ! Un superbe puceau de 24 ans ! Mais elles vont toutes craquer ! Elles vont toutes se disputer pour être la première ! Moi-même je fonds à vue d’œil. Sébastien, il faut absolument que je me jette sur toi, s’il te plaît, dis oui.


Silence.


— Bon, l’heure est grave ! Alors voici la stratégie. La nouvelle stratégie de Sébastien est arrivée ! Quand tu te trouves dans un groupe avec des mecs et des filles, et que le sujet dérive vers le sexe, tu annonces : « Moi, je suis puceau… » Dis-le comme tu peux, comme tu veux. Personne ne s’en vante jamais donc tout le monde va te croire. Il y aura des rires, des demandes de confirmation et tu vas rougir jusqu’à la moelle épinière comme ça ne t’arrivera plus jamais ! On te posera des questions et tu y répondras avec l’impassibilité qui te caractérise. Vu comment tu es l’un des principaux demi-dieux herculéens de la promotion, cela se saura comme une traînée de poudre. Quelques jours plus tard, tu n’auras qu’à proposer les petits pas de danse à celle qui te plaît. Une conversation.

— C’est tout ?

— Oui.

— Je n’ai pas d’éléments de comportement à changer ?

— Tu es gentil, avec un mental, une réflexion, un naturel. Tes attitudes vont changer d’elles-mêmes. Ne pense pas stratégie de changement, juste premier pas. Tu es un timide, tu n’as plus qu’à faire le timide. Toute ta vie, tu as construit un sacré potentiel, pour devenir un canon, une bombe, un feu d’artifice musculaire de virilité. Tu es à ton maximum de débutant. Il ne reste plus qu’à entrer par la petite porte.


Silence.


— Merci.

— Merci à toi, je suis trop content de te servir à quelque chose ! Je prends une photo de Sébastien venant d’apprendre que les femmes craquaient devant les puceaux.


Nicolas dégaine son téléphone portable et prend une photo de Sébastien.


— Un magnifique hétéro qui se laisse photographier, c’est sympa, ça... Évidemment, tu as été bien inspiré de t’adresser à moi. Jamais une femme ne te formulera des compliments aussi exacts et sincères avec autant de verve. C’est mon côté masculin. Ça t’a plu ?


Silence.


— J’aurais voulu être hétéro, ça m’aurait simplifié la vie. Hétéro, c’est romantique, c’est le cinéma, le XIXe siècle, les opéras de Verdi. On ne sait jamais à qui il faut le dire, à qui il ne faut pas le dire, qui l’a dit à qui. Il faut bien en informer les homos, tout en évitant les homophobes ou les gens qui ne comprennent pas ce cirque.

— Je ne dirai rien.

— C’est une bonne chose. Et maintenant que je t’ai aidé, j’aimerais passer ma main dans ta barbe. Tu as eu la bonne idée de la laisser pousser dernièrement. C’est une récompense méritée. Je peux ?

— Non.

— Quand tu auras flirté ? Tu m’appelleras pour que je vienne chez toi ?

— Non.

— Pourquoi ? C’est une petite concession pour toi, un grand plaisir pour l’humanité. Enfin, pour moi. Oh zut, je voulais paraphraser « un petit pas pour moi mais un grand pas pour l’humanité » mais le résultat n’est pas terrible…

— Je ne suis pas intéressé.

— Tu es dur.

— Je préfère les filles.

— On le saura.


Silence.


— Je n’aurais pas dû m’exciter tout seul comme ça.


Silence.


— Tu n’as pas de frère jumeau, évidemment.

— Non.


 
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   Anthyme   
11/8/2016
Commentaire modéré

   Pouet   
11/8/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bjr Arsinor,

C'est un texte sympathique qui se lit bien. Toutefois je n'y ai rien trouvé de particulièrement transcendant pour ma part.

J'ai bien aimé le passage où il est question de la drague, ceci notamment: "— Oublie l’histoire et pense géographie. Il faut installer la fille dans un paysage. Qu’elle s’y sente bien, qu’elle ait le temps d’y flâner." Même si certainement qu'il faut raconter des histoires... J'en sais rien fait je n'ai jamais dragué :)

Sinon j'avoue ne pas avoir été transporté plus que cela par ce dialogue. La fin est assez rigolote.

Nicolas est aussi puceau donc je suppose vu le titre et il joue au professeur sûr de lui, pourquoi pas cela donne un peu de piquant à la chose. Il est amoureux de Sébastien et joue la carte de la grandiloquence et de l'exagération pour masquer son trouble et son amour. Voilà ce que j'ai compris.

Cordialement.

   Donaldo75   
11/8/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Arsinor,

J'ai bien aimé le début, ou comment installer le personnage de Sébastien, gros lourdaud empêtré dans ses clichés. Ensuite, l'histoire prend un virage inattendu, même si le titre permettait de le deviner.

Les (+):
* C'est marrant.
* Les passages sur l'homosexualité ne sont pas convenus.
* Le décalage entre les deux personnages est bien pensé.
* La chute est excellente.

Les (-):
* Parfois, les dialogues sont trop littéraires, juste pour faire passer un bon mot ou une idée force.
* On s'y perd un peu dans les dialogues, en essayant de savoir qui parle.

Je n'ai pas lu de nouvelle de ce genre ici. C'est donc une agréable surprise.

Merci pour le voyage.

Donald

   MissNeko   
11/8/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour

Votre nouvelle est divertissante, drôle et avec une certaine fraîcheur.
J'ai bien aimé la lire car elle change au niveau du thème sans tomber dans les clichés.
Le seul bémol je pense se trouve dans les dialogues : il a fallu que je relise certains passages car je ne savais plus qui parlait. Peut-être que quelques : Nicolas ajouta/ Sébastien répondit seraient utiles. Mais je ne suis pas une spécialiste et ça ne reste que mon humble avis.
A vous relire

   hersen   
11/8/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
j'ai eu beaucoup de mal à suivre les personnages, le dialogue n'est pas toujours clair : qui parle, qui est homo, je perds trop souvent le fil au détriment du fond.

C'est très dommage. Car ayant affaire à deux puceaux, merci le titre, les bons conseils de drague sont assez croquignolets ! (ou alors je me trompe complètement et il y a effectivement une constante de ce tonneau-là ?)

j'avoue que la suggestion d'annoncer fièrement à un groupe, quand on a 24 ans, qu'on est puceau, me fait beaucoup rire. Et comme il est dit aussi que pour draguer, il faut faire rire...mais c'est un coup qu'on ne peut jouer qu'une fois, il ne faut pas se planter !

je ne sais pas trop comment, cette histoire a quelque chose de touchant tout en n'aboutissant pas à grand-chose pour moi. La fin est rigolote avec l'évocation d'un frère jumeau mais j'ai un peu l'impression qu'entre moi et l'auteur, on passe à côté de quelque chose d'essentiel. Soit il garde quelque chose d'important par devers lui, soit il ne le met pas à ma portée.

Mais j'avoue que ce texte est original, ce qui me fait d'autant plus regretter de passer un peu à côté.

Merci pour cette lecture.

   Anonyme   
13/8/2016
automodération

   GillesP   
20/8/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
J'avoue que j'ai eu un peu de mal à apprécier cette nouvelle, pour deux raisons: premièrement, j'ai eu souvent du mal à comprendre qui parlait, ce qui m'a obligé plusieurs fois à revenir en arrière pour compter les répliques; deuxièmement, je n'ai pas très bien compris l'intérêt du fond du texte, mis à part le décalage entre le physique manifestement avantageux de Sébastien et le fait qu'il soit puceau.
Bref, je suis passé un peu à côté de votre texte, je crois.

   Ora   
23/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Alors moi j'ai trouvé cet échange entre ces deux garçons très sympa, j'avais l'impression de tendre l'oreille depuis la banquette d'à côté avec un sourire en coin. Presque j'aurais proposé à Sébastien d'aller danser quelques pas si le hasard nous faisait descendre au même arrêt ;)

Oui, il m'est arrivé de devoir retrouver parfois qui parle à qui mais ça ne m'a pas gênée plus que ça et la remarque vous a déjà été faite.

Je suis sûre qu'elle est déjà entendue, intégrée et corrigée. Votre esprit me semble filer vite et à bon escient pour les choses de l'écriture et des femmes aussi! :)

Merci :)

   Anonyme   
16/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très drôle, je ne me suis pas perdue dans les dialogues, les prénoms étant judicieusement répétés. L'écriture est rapide, douce, vigoureuse, l'histoire touchante et réaliste, j'ai beaucoup aimé la promenade.


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