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Fantastique/Merveilleux
Arsinor : Naissance
 Publié le 17/02/22  -  7 commentaires  -  5381 caractères  -  32 lectures    Autres textes du même auteur

Comment rassembler les organes ?


Naissance


Un jour, les organes se réunirent pour savoir lequel était le plus grand. « Sans nous, observèrent les muscles, vous ne pouvez pas aller où vous voulez et vous vous affaissez lamentablement par terre. — Vous êtes complémentaires, disait l’esprit, mais je commande à tous. » Et chacun d’y aller de son importance. « Comment départager ? demandèrent les organes. — Je propose que nous vivions sans muscles pendant une semaine, dit l’esprit, et qu’ensuite vous viviez sans moi ; vous pourrez ainsi savoir celui qui vous a le plus manqué. — C'est une bonne idée », convinrent les organes. Aussi, les muscles s'en allèrent.

Le lundi suivant, dans l’après-midi, ils revinrent en courant, d’un pas alerte : « Alors, pas trop fatigués ? — Ça a été horrible, répondirent les organes, nous étions tous complètement flagadas et nous n'avons rien pu faire de la journée. Nous n’avons même pas réussi à rester assis, car c’était trop fatigant. Heureusement que vous êtes revenus. Vous êtes les plus grands, à n’en pas douter ! — Permettez, permettez, objecta l'esprit ; si avec les muscles vous pouvez aller où vous voulez, sans moi vous ne savez pas où aller. Je m'en vais vous le prouver sur-le-champ. — Soit », dirent les organes. Et l'esprit s'en alla.

« Alors, ça s'est bien passé ? » demanda-t-il au bout d'une semaine, avec un sourire chargé de sous-entendus. « Nous avons vécu comme des fous pendant huit jours et sept nuits, répondirent les organes. Nous avons couru dans tous les sens, nous avons bu de l'eau sale, fait des bonds dans la rue, nous sommes à l'article de la mort et nous ne parvenons pas à comprendre la posologie du médicament. Heureusement que tu es revenu. C’est toi le plus grand ! — Vive l’esprit, c'est lui le plus grand ! » renchérirent les muscles, qui avaient l’esprit sportif. « Permettez, objecta le cœur. Il est sans doute très important de savoir ce qu'on fait, mais il est plus important encore de savoir pourquoi on le fait. L’essentiel, c’est d'aimer. Je vous ai laissé débattre jusqu’à maintenant dans l’espoir que vous veniez à moi, mais je me vois obligé d’intervenir. Je regrette d’avoir à vous quitter pour vous prouver mon importance, mais les retrouvailles, je l’espère, n’en seront que plus sincères. » Le cœur s'en alla et revint au bout de deux jours seulement, car il était inquiet pour ses amis.

« Alors, comment ça va ? demanda-t-il. — Ça a été terrible, dirent les organes, exténués. Nous avons failli nous entretuer et nous nous sommes disputés avec tout le monde. — Cela a commencé par la cohue des intérêts particuliers et l’échec des négociations, expliqua l’esprit. J’ai édicté un contrat social et une déclaration universelle pour réguler les échanges mais il y a eu la révolution, la domination de la bourgeoisie, la dictature du prolétariat, la chute du communisme, la guerre économique et l’effondrement du système capitaliste. Heureusement que tu es revenu ! — Doux Jésus, tout cela en deux jours ! s’exclama le cœur, navré. — Tu es plus grand que moi, à n'en pas douter, conclut l’esprit. — Je te remercie pour ton humilité, dit le cœur. Mais je te nomme Premier ministre, car si le cœur sait pourquoi, l’esprit seul sait comment. »

Les organes en liesse élurent le cœur président de la démocratie et l’esprit créa les ministères à la tête desquels il nomma les différents organes. Le cœur et l’esprit se serrèrent cordialement la main et ils décidèrent de donner l’allocution publique traditionnelle à ces occasions. L’esprit expliqua aux organes le fonctionnement du corps avec des vidéos et des supports ludiques à remplir soi-même puis le cœur récita un poème. « Mes chers amis, vous êtes mes égaux. Je vous aime tous et vous êtes tous importants. J’exprime le vœu que nous formions un seul être. »

Les ministres ainsi nommés et instruits ressentaient tant de joie qu’ils voulurent donner une fête en l’honneur du cœur. Celui-ci, quoique de nature modeste, trouva l’idée charmante. L’esprit conçut un panneau couvert de post-it pour établir les directives organisationnelles et tous les organes se mirent à chanter et à travailler dans l’allégresse. Tous ? Non point, car l’un d’eux, le souffle, rêvassait devant la fenêtre ouverte.

Le cœur s’émut que cet organe mineur restât seul dans son coin, penaud, tandis que les préparatifs battaient leur plein ; il pria donc l’esprit de faire quelque chose. « Ne reste pas là, tu es en train d’attraper froid, lui dit ce dernier. Va cueillir des fleurs pour que nous en fassions des colliers. Tu pourras t’asseoir avec nous. » Alors le souffle se dirigea vers un champ d’amaryllidacées asparagales narcissiques plongées d’extase dans un sommeil tranquille sous un soleil héraldique or, de gueules, surmonté d’un sapin sinople salué par un lion d’argent ; elles se réveillèrent doucement, surprises par la plus divine des poésies mystiques, et le soleil se mit à tourner. Les nuages frissonnèrent de plaisir, car le souffle constituait le lien entre le vivant et l’atmosphère.

« Au secours ! Au secours ! s'écrièrent aussitôt les organes comme un seul homme. Nous étouffons ! » Le souffle fut aspiré dans le corps et les organes respirèrent de soulagement. Ils se disposèrent autour de lui et le supplièrent de ne plus jamais les quitter. Le souffle, heureux que tout le monde l’estimât à sa juste valeur, soupira d’aise. Il sortit et revint, tantôt doux, tantôt fort.


 
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   plumette   
21/1/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
l'idée de ce texte est séduisante mais son traitement m'a posé problème.

si j'en crois ce texte les organes dont il est question ici sont : les muscles, l'esprit, le coeur et le souffle. Pour les muscles et le coeur, la dénomination organe me parait appropriée. Mais pour l'esprit et le souffle, je me dis qu'il aurait fallu parler du cerveau et des poumons.

Cela ne m'a pas empêchée de suivre avec un certain plaisir le cheminement de l'auteur.e tout en trouvant qu'il y a un peu de naïveté à considérer que cette démocratie soit gouvernée par le coeur dans sa définition symbolique ( organe de l'amour ! ) même si au plan fonctionnel il s'agit bien d'un l'organe vital.

Plumette

   Donaldo75   
23/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien
J’ai bien aimé ce texte ; son côté conte philosophique est pour beaucoup dans mon appréciation. Le style est clair, le discours facile à comprendre et il comporte une certaine dose de poésie. Je ne vais cependant pas me lancer dans un long commentaire composé même si ce ne serait pas inutile. L’écriture propre permet de le lire à haute voix comme le faisaient les conteurs autrefois ; cet aspect lui confère encore plus d’universalité, je trouve, à la lecture et ce point mérite d’être souligné car ce n’est pas souvent le cas et ce n’est surtout pas si simple à réussir.

   AnnaPanizzi   
17/2/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
Récit Étrange. Récit Original. Presque une fable pour enfant. J'aime assez la petite parabole sur la prépondérance du corps ou de l'esprit - l'âme ? - symbolisée par le souffle.

Une lecture plaisante pour moi. Merci.

Anna

   Dugenou   
17/2/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Arsinor,

Ayant reconnu ce texte que je connaissais déjà, sous un autre titre, en EL, je m'étais abstenu de lui mettre une appréciation.

Je vois dans ce texte un raisonnement par l'absurde, montrant que la matière est indissociable du spirituel, ce qui n'est pas très éloigné des théories de Pierre Teilhard de Chardin, qui y voyait les deux aspects d'une même médaille.

Un conte philosophique réussi, bravo !

   Ombhre   
17/2/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Arsinor,

je suis partagé sur ce texte, mais en précisant de suite que je l'ai apprécié.

J'ai aimé le côté conte philosophique un peu naïf, l'écriture simple et fluide, les petits moments d'humour ou de poésie, la mise en évidence de la nécessaire complémentarité de tous avec tous (prévue dès le départ, mais bien amenée), et la fin très poétique du souffle qui constitue le lien entre le vivant et l'atmosphère. De là à y voir une allusion à un souffle divin, il n'y a qu'un pas que l'auteur ne franchit pas, mais que le lecteur que je suis a crû entrevoir.
Jolie aussi cette dernière phrase: "Il sortit et revint, tantôt doux, tantôt fort."

J'ai été moins emballé par l'irruption - abrupte - de l'héraldique avec un vocabulaire très soutenu, qui tranche trop avec la simplicité des phrases qui précèdent. J'ai eu l'impression que l'auteur s'est fait plaisir, sans que je parvienne à suivre son cheminement pour utiliser cette image et ce style. Et enfin, j'ai trouvé un rien sentencieux les discours des différents organes. Si cela peut cadrer avec un conte philosophique, j'ai trouvé que le trait était un peu trop "grossi" à mon goût.

Un texte en tout cas original, agréable à lire, et plein d'humour.

Merci pour le partage.

Ombhre.

   papipoete   
19/2/2022
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Arsinor
Quand les muscles caïds, se mesurent aux organes, que certains humains ont " démesurés ", la lutte parait inégale et biceps, triceps auront vite fait d'écraser cet autre muscle, ambivalent qu'est le coeur...
NB quand ce dernier est des plus maigrichons, mais débordant de sentiment, et ne voulant être le chef de personne, on lui donne la palme d'or sans conteste !
l'avant-dernière strophe avec son champ de fleurs, est particulièrement ébouriffante !

   ferrandeix   
13/3/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est superbe, bien traité. L'idée est vraiment géniale, dérivée de la célèbre légende qui réconcilia les Plébéiens et les Patriciens à Rome. Et le conte finit judicieusement pas la victoire de la réconciliation elle-même, l'Amour, plus nécessaire que la force et l'esprit. Le récit ne se perd pas en longueurs inutiles et, me semble-t-il, ne lasse jamais le lecteur. Plein d'invention au cours du développement, dont ce nom de fleur à rallonge très bienvenu. Le style est alerte. J'aurai aimé un peu plus de "joliesse" dans le style (selon le mot bien choisi d'une certaine fille sur ce forum), mais bon. Néanmoins, je vais mettre la mention "Passionnément" malgré les rabat-joie qui critiquent l'utilisation excessive de cette mention.


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