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Humour/Détente
Arsinor : Réponse des compositeurs
 Publié le 14/05/21  -  11 commentaires  -  6952 caractères  -  93 lectures    Autres textes du même auteur


Réponse des compositeurs


Jean-Sébastien Bach, 1720

Cher Brice, j’ai tout juste eu le loisir de feuilleter votre série de miniatures. J’espère que vous me le pardonnerez. En parcourant votre ouvrage, j’y ai vu une certaine diversité et un format homogène d’une musique à l’autre. Par contre, je n’y ai vu nul contrepoint ni enchaînement harmonique original. Je ne peux que vous suggérer de demander d’autres avis, le mien présentant un intérêt fort modeste. Si vous consentez à l’analyser, je vous envoie ci-joint une modeste toccata écrite tout à l’heure, qui je l’espère vous permettra de progresser. Et n’oubliez pas une chose : si mon travail ne me permet pas de vous prendre comme élève, sachez que je dis à ces derniers, chaque jour que Dieu fait : « Travaillez, travaillez, et vous ferez aussi bien que moi. »


Wolfgang Amadeus Mozart, 1790

Mais où avez-vous trouvé des harmonies et des rythmes pareils ? C’est grotesque ! Vous croyez-vous révolutionnaire ? De musique, s’il en existe des traces dans votre recueil que j’ai appris par cœur sans le vouloir, elles sont complètement maladroites, rocambolesques, sans équilibre. Brice Martinot est un nom français mais est-ce un nom d’emprunt ? Êtes-vous Turc ? Ou Russe, peut-être ?


Frédéric Chopin, 1830

Cher petit frère, vous me donnez du « maître », mais je n’ai rien à vous apprendre. Votre sensibilité est en phase avec les fleurs et les couchers de soleil, avec la pluie au crépuscule et avec les chants de la Nature. Composez puisque vous aimez composer et puisque vous aimez. De grâce, oubliez ce Beethoven que vous croyez devoir imiter à tout prix. On veut que ce soit un génie, mais ses symphonies sont insupportables. La troisième fois que Liszt m’y a traîné, j’ai dû quitter la salle de concert et je me suis brouillé avec lui ! Malgré mon succès, je ne me montre plus guère en public, comme vous l’avez remarqué. Voyez-vous, vous enviez mon succès, mais c’est prendre la chose par le mauvais côté : il faut écrire ce que vous aimez et non pas écrire pour être aimé. Connaissez-vous le sens de ce mot d’inspiration ? La muse du chant descend sur vous et vous inspire le meilleur de vous-même qu’on ne peut qu’alors restituer aux Autres. Vous regardez la Lune et une mélodie vous vient aux lèvres, qu'il convient de coucher aussitôt sur le papier. Méditez, promenez-vous dans la Nature à la tombée du jour : le reste n’est qu’affaire de soupirs et de croches posés sur les cinq lignes.


Jules Fontana, 1850

Monsieur, votre opus 8 est le seul qui soit acceptable de me montrer, tant vous faites dans les autres opus, comme tant de contemporains, du sous-Chopin. Autant j’essaie de faire avancer l’histoire de la musique, autant vous partez sur des audaces harmoniques qui n’en sont plus, tant elles sont étrangement agencées.


Erik Satie, 1890

Cher Monsieur « Brice Alfred Martinot », votre volume est gigantesque et il faut absolument que je vous demande un peu d’argent pour payer mon loyer. En échange, je vous enseignerai les codes du Tout-Paris : il suffit de dire n’importe quoi aux éditeurs et de délirer correctement devant le public. Vous en êtes parfaitement capable.


Arnold Schönberg, 1920

Monsieur Martinot, soyez mille fois remercié de m’avoir élu juge de votre volume plaisamment intitulé en français « Œuvre complète et autres œuvres et œuvrettes pour piano seul ». Je me suis trouvé peu sensible aux quatorze premiers opus qui m’ont semblé très peu complexes au regard des maîtres évidents que vous essayez à raison d’imiter. Cependant, je suis stupéfait de constater que ma Méthode de composition dodécaphoniste ait trouvé un écho jusqu’en France et que vous ayez eu le goût de l’appliquer à votre travail, alors que Paris est toute à son Stravinsky et à son Ravel. L’opus 15 de votre album s’intitule : « Neuf miniatures sérielles » ; comme moi à mes débuts, vous vous faites la main avec des miniatures. Votre Prélude est étonnant, la Berceuse est une merveille, et la Mélodie est bien tournée, l’accord de Tristan, comme citation de ce qui fait craquer le système tonal, est bien amené. Les autres miniatures n’ont pas cette beauté. Surtout, complexifiez le discours jusqu’à le rendre dru, expressionniste, savant. Cherchez l’extraordinaire, l’inouï. Gardez le piano, cet instrument vous va très bien… Je ne peux que vous souhaiter une bonne relecture de mon Traité de composition et d’étudier mes œuvres ainsi que celles de mes élèves les plus doués. Je serais réellement très heureux que vous m’envoyiez un opus 16 allant dans ce sens, plus ambitieux et mieux pensé.

En vous remerciant de l’intérêt que vous portez à la culture allemande, je ne peux qu’espérer que la musique vienne au secours des hommes de nos deux pays, et qu’elle y établisse la paix une fois pour toutes. Amicalement, Arnold Schönberg


Pierre Boulez, 1980

Bonjour, nous avons bien reçu l’an dernier votre album de compositions. Nous sommes au regret de ne pas faire suite à cet envoi. Cordialement, l’Ensemble Intercontemporain


Thierry Huillet, 2010

J’ai bien reçu votre recueil que j’ai lu à moitié. Il n’est pas si facile à exécuter, vous écrivez un peu comme les classiques et vos textes sont tissés de chausse-trappes techniques pour les mains comme pour les doigts. Vous dites sans modestie mais avec une vraie lucidité que vos morceaux sont pleins de subtilités cachées, et je trouve que vous devriez aller plus loin dans ce sens. Cependant, n’oubliez pas l’essentiel, qui est la ligne générale du discours.

Apprenez à présenter votre recueil : l’ordre chronologique n’est pas forcément le bon. Beaucoup d’« œuvrettes », je me permets ce mot puisque vous l’employez, sont de qualité bien inférieures à certaines autres. Bien que réellement amusants, et l’humour est sans doute votre atout principal, les « Divertissements » portent, hélas, bien leur nom. Ne sont-ils pas trop, justement, anecdotiques ? Vous ne pouvez pas mettre en premier ce que vous appelez votre opus 1 N°1 composé à 12 ans. Pour cet âge-là, c’est étonnant… mais vous savez que Brahms avait donné l’honneur de l’opus 1 à une sonate pour piano en disant : « Quand vous vous présentez devant le monde, il vaut mieux montrer le front. »


Thierry Escaich, 2020

Bonjour Brice, j’ai bien lu votre album dont je vous remercie de me l’avoir envoyé. Il fourmille d’idées et votre science fait mieux que poindre. C’est étonnant de la part d’un autodidacte ! En revanche, à cause de son amateurisme, comme vous vous en doutez et je vous le confirme, il n’a aucune chance d’être joué par des professionnels. Je vous propose de monter à Paris et de vous prendre comme étudiant dans ma classe de composition. Vous n’aurez pas trop de difficultés a priori à passer les épreuves à l’entrée. Voici un lien vers la classe de composition du CNSMD* et surtout n’arrêtez pas de composer !

Bien cordialement,

TE


________________________________________________

* Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse.


 
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   Tadiou   
17/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
(Commenté en EL).

Je me suis régalé à parcourir ces petits billets, fins clins-œil avec références "savantes", réelles ou inventées. On y trouve les contradictions qu'on peut trouver dans les commentaires d'un texte, nouvelle, roman... avec les combats entre grands pontes, écoles, modes... Remplacer "musique" par "littérature" et le tour est joué (si je puis dire).

Tout cela suinte la délicate bonne humeur dans le jeu avec les mots. L'écriture est parfaitement maîtrisée.

J'ai l'impression que ce travail d'écriture vous a procuré un grand plaisir, analogue au mien à sa lecture.

"Et surtout, n'arrêtez pas d'écrire !"

Tadiou

   hersen   
14/5/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Sans être une spécialiste, j'ai justement apprécié ces petits qui nous en apprennent, derrière lesquels se cache de l'humour et une connaissance du sujet.
La forme est osée, mais elle fonctionne bien et a l'avantage de ne présenter aucun temps mort.
Une jolie découverte et une belle audace.

merci de la lecture !

   Ligs   
15/5/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Arsinor,

Un petit jeu très amusant, j'ai bien ri, jusqu'à Pierre Boulez - je ne connais pas les deux derniers malheureusement. L'idée que l'on se fait du caractère de ces compositeurs est rendue avec humour et de manière très juste.

Merci pour ce partage !

   Cat   
15/5/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai adoré déambuler parmi les compositeurs présentés à votre sauce. Quelle imagination !

C'est judicieux comme méthode pour brosser rapidement le portrait de ces grands hommes au travers de leurs réponses respectives. Sans oublier l'humour qui jalonne l'entre-ligne constamment.

Ah, la réponse d'Erik Satie ! Un vrai petit bijou de lucidité désabusée.

Au point final, fendue d'un large sourire, je n'ai qu'une envie : que Brice Alfred Martinot se mette au piano et me joue un extrait de son recueil. Le petit frère de Chopin ne peut que me plaire.

Encore du même acabit, Arsinor !

Merci


Cat

   Bellini   
15/5/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Arsinor,
Je regrette que vous n’écriviez pas plus souvent dans ce registre. Quand on possède un tel degré de finesse humoristique et un style aussi espiègle, être incompris n’est plus une fin en soi, ce cache-misère de la relation auteur/lecteur.

Je trouve ici un exercice suffisamment original et brillant pour me faire délaisser quelques instants les grands auteurs, sans avoir matière à comparer vos talents respectifs. Je lis chez vous ce que sans doute j’aurais du mal à trouver chez un auteur plus onéreux, et donc ce n’est pas la gratuité qui me pousse à vous lire mais bien votre talent.

Par petits post-it vous déclinez l’orgueil et le cabotinage de certains maîtres, prêts à tuer père et mère pour quelques bons mots, affectés, bouffis de leur prestige et du mystère de leur génie. « Et surtout n’arrêtez pas de composer », nous avons besoin d’élèves, aurait pu ajouter Thierry Escaich.
Vous valez mieux que ce Brice Alfred Martinot qui continuera de traverser les siècles et de se brûler les ailes aux vapeurs acides des artistes institutionnalisés.

Bellini

   ferrandeix   
16/5/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ces (fausses) critiques sont très bien écrites et respectent le registre de langage propre à chaque époque. Et on reconnaît bien ce qui caractérise chaque compositeur, notamment Chopin qui n'aimait quasiment aucun de ses contemporains (sauf Bellini). Le ton général de ces compositeurs "célèbres" est presque toujours la condescendance. Il apparaît également que l'appartenance à une certaine intelligentia auto-proclamée apparaît comme un vademecum obligatoire à la reconnaissance. C'était sans doute moins vrai pour les virtuoses-compositeurs. Le mépris des compositeurs modernes à l'égard des "néophytes" ou de tout ce qui n'entre pas dans leur moule intellectuel est bien traduit pas l'auteur.

L'inconvénient de cette présentation de critiques développée sur plusieurs siècles est que le lecteur risque de s'interroger sur le sens de l'ensemble. Qui est ce Brice Martinot, se dira-t-il. Peut-être aurait-il mieux valu présenter ces critiques sous le terme général de "compositeur".

Au final, on ne peut tout de même qu'admirer cette prestation littéraire empreinte d'une causticité très subtile.

   plumette   
16/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Arsinor,
j'ai trouvé votre démarche à la fois amusante et intéressante. je pense cependant qu'une partie de la saveur de ces "réponses" m'échappe car, tour en aimant écouter de la musique et connaissant de nom certains de ces compositeurs, je manque de références théoriques.

A travers ces différentes réponses vous dressez des portraits assez caustique. celui que j'ai trouvé le plus sympathique est Chopin et le plus pédant me semble être Arnold Schönberg.
En tous cas, c'est un régal de finesse et d'humour!

Bravo pour l'originalité du propos!

   cherbiacuespe   
25/5/2021
J'avais lu ce texte en EL mais ne l'avais pas commenté. J'avais trouvé la forme convaincante mais n'avais pas été sensible au fond. Hermétisme à la musique ou trop inculte pour comprendre le sujet. Je m'étais donc interdit de juger un texte que je ne comprenais pas. En lisant les autres commentaires, je m'en félicite maintenant ( on se rassure comme on peut ), j'aurais été clairement hors des clous.

N'étant guère plus avancé maintenant, je n'en dirais pas plus, pas la peine de se ridiculiser davantage.

   Damy   
16/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je n’ai pas votre culture musicale pour pouvoir déguster pleinement chaque réponse qui image la personnalité du compositeur. Celui que je connais le mieux est Frédéric Chopin et j’ai particulièrement apprécié le paragraphe le concernant tout empreint de poésie. Son aversion pour Beethoven est parfaitement bien rendue. J’ai bien ri de la réponse d’Erik Satie que je connais un peu aussi. Pour les autres, j’ai envie de dire que vous me donnez envie d’en connaître certains, les plus indulgents pour Brice (comme Arnold Schoenberg ou Thierry Escaich) dont je serais curieux de découvrir les œuvres et « œuvrettes » pour m’en faire une idée personnelle, si vous avez un lien vers youtube :-).

J'admire en tout cas votre audace littéraire qui ne me semble pas verser dans la caricature mais relever d'une véritable exégèse.

   Myo   
17/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une idée on ne peut plus originale que ces diverses réponses de grands noms de la musique à ce compositeur amateur qui rêve de partager sa création.

Un parallèle intéressant avec l'amateur de lettre qui envoie son manuscrit à plusieurs maisons d'édition.... et reçoit des réponses négatives de formes diverses.

L'humour est subtil, le ton adapté avec justesse, une jolie leçon d'histoire de la musique.

Merci du partage

   Arsinor   
19/5/2021


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