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Fantastique/Merveilleux
Audh : Irisation
 Publié le 08/02/19  -  12 commentaires  -  17831 caractères  -  82 lectures    Autres textes du même auteur

Antidépresseur interstellaire ?


Irisation


Le septième vaisseau était enfin de retour.

Sa coque d’un gris mat venait d’apparaître, mastodonte de métal écartant la fine brume de ses ailes imposantes. Son approche, lente et silencieuse, souleva des volutes de poussière qui tourbillonnèrent paresseusement dans l’air glacial au-dessus de la gigantesque plate-forme creusée dans la roche. Le seul et unique astroport d’Albus, construit spécialement pour le programme Nyrvana, était protégé sur les deux tiers de sa circonférence par d’impressionnantes falaises noires qui servaient de contreforts à des pics vertigineux et éternellement enneigés. De l’autre côté de la vaste piste, une pente douce et caillouteuse rejoignait une étendue terne, mélange de terre grisâtre et de graviers, parsemée de broussailles rachitiques. Plus loin, on distinguait la rive d’un lac miroitant de blancheur, qui émergeait de la grisaille uniforme comme un mirage hésitant. Le vaisseau ralentit et se stabilisa à la verticale de la septième alvéole, dernière place inoccupée parmi les sept disposées en étoile autour d’un bâtiment qui, bien qu’en excellent état, semblait abandonné. Une fois l’appareil arrimé, la poussière retomba doucement, recouvrant la roche noire de ses particules gris cendre. Le colossal cirque de pierre vibra encore de quelques sons assourdis et se laissa regagner par le silence. Mise à part l’arrivée spectaculaire de l’énorme engin métallisé, rien ne semblait avoir bougé depuis des décennies dans cet endroit déserté.

Dans un éboulis voisin, un léger frottement se fit entendre, et un lorian montra peureusement le bout de son museau. Le petit mammifère, corps noir trapu, gorge et pattes blanches, se glissa furtivement hors de son terrier et traversa l’immense plate-forme en sautillant, zigzaguant entre les carcasses inertes des vaisseaux recouverts d’une épaisse couche grisâtre. En quelques bonds agiles, il sortit de l’astroport et fila à travers la plaine, évitant instinctivement les barberis épineux et les glaucalies urticantes. Arrivé sur les bords du lac, il s’arrêta brusquement et épia les environs, narines frémissantes. Tout était tranquille. Le ciel, d’une blancheur nacrée, se reflétait dans l’eau transparente. Des roseaux blêmes tendaient, implorants, leurs bourgeons translucides vers la pâle lumière d’un soleil matinal que dispersait un brouillard fugace. Le lorian franchit la petite plage de sable gris et plongea dans l’eau, s’ébattant furieusement pour se débarrasser de la poussière accumulée dans son épaisse fourrure. Un banc d’arlequines, dérangé par les remous, s’éparpilla vivement dans les eaux limpides.

Au-dessus du lac, fendant le ciel laiteux de toute la puissance de ses ailes, un héron argenté filait vers la cité qui s’étendait sur la rive opposée. Il survola les petites maisons rondes et blanchies à l’astacate, disposées en une vaste spirale bordée d’un canal d’agrément taillé dans la pierre, de fontaines et de luxuriants jardins superposés qui déclinaient tous les tons de gris en un équilibre parfaitement organisé. L’unique rue principale s’enroulait à partir d’un bassin agrémenté de centaines de jets d’eau qui, selon l’heure du jour ou de la nuit, s’animaient en vastes tableaux liquides, indiquant, dès lors qu’on en connaissait les différents agencements, l’heure exacte. Des arcades creusées entre les dômes des maisons simplifiaient le passage d’un cercle à l’autre. La superbe ville blanche était l’unique endroit habité de cette petite planète désolée et abritait plusieurs milliers d’âmes. L’oiseau plana comme une longue caresse et se posa sur la branche basse d’un chêne pâle, en bordure de l’esplanade centrale. D’un œil noir placide, il suivit les mouvements fluides des formes évanescentes qui se réunissaient en masse sur la place, alertées par leur septième sens de l’arrivée du vaisseau interstellaire.

Les Haraï étaient un peuple pacifique et austère qui vivait en parfaite harmonie avec son environnement, leurs longues silhouettes fantomatiques se fondant gracieusement avec les teintes dégradées de cet étrange monde décoloré qui s’étirait du blanc pur au noir profond, en passant par tous les tons de gris. Sérieux, réfléchis, très réservés, ils menaient une vie simple et parfaitement régulée. Ils avaient vaincu la maladie, et au moment de leur mort, leur corps éthéré se dissipait simplement dans l’énergie environnante. Leur technologie avancée était maîtrisée, et les servait plutôt que de les asservir. Ils formaient un réseau de communication unique où chaque entité était joignable par l’intermédiaire de son numéro d’Identification Digitale Personnelle, et ce matin, l’ensemble de la population avait été prévenue de l’arrivée tant attendue du septième vaisseau. Les Haraï se regroupaient donc, impassibles, sur la place bordée de chênes, autour du bassin central. Un silence frémissant régnait, l’air faseyait, chargé des milliers de communications numériques échangées. Lorsqu’ils furent tous rassemblés, ils générèrent d’un commun accord une impulsion de dématérialisation qui les propulsa collectivement jusqu’à l’astroport, où ils se reconstituèrent et s’installèrent calmement sur les gradins creusés en bordure de la falaise. Leur attention se focalisa sur les sept alvéoles, maintenant occupées par les sept vaisseaux qui devaient leur apporter la clé du bonheur.

Plus de cent ans auparavant, mandaté par la communauté, IDP 6799.2946.044 avait mené une enquête au sein de la population, qui avait mis en lumière une insatisfaction discrète, mais généralisée. Malgré les conditions de vie idéales, les Haraï sentaient qu’il leur manquait un élément, inconnu mais primordial. Quasiment imperceptible, comme un fil absent qui affaiblirait subtilement une trame, ce vide créait une altération infime, un soubresaut dans leur monde parfait. Ils avaient alors conçu un algorithme qui devait définir et optimiser les paramètres du bonheur. Ce programme, audacieusement nommé Nyrvana malgré la prétention un peu puérile de cette appellation, donna, après des milliers d’heures de calculs, la solution du problème : sept coordonnées spatiales précises, où, selon ses prévisions, étaient localisés sept mondes qui pourraient procurer aux habitants de la planète Albus les données essentielles pour faire de leur planète un paradis. Il dessina les plans des vaisseaux, entièrement automatisés, supervisa leur construction et les dota d’équipements complexes. Il établit les plans de vol et planifia la date optimale pour le Grand Départ. L’astroport fut creusé, à l’aide d’ondes anti-telluriques, dans les falaises de l’autre côté du lac, pour qu’il soit protégé des vents violents qui pouvaient souffler sur Albus à la période des Froidures.

Les Haraï n’avaient jamais ressenti le besoin de partir à la découverte de l’espace, bien que leur technologie fût suffisamment avancée pour le permettre. Ils s’estimaient comblés par leur manière de vivre (en tout cas jusqu’à l’enquête de satisfaction !), et pour tout dire, avaient aussi peur de ce qu’ils pourraient y trouver. Aussi la préparation de l’incroyable voyage des sept vaisseaux fut-elle pour eux source d’une multitude de questionnements, raisonnements et suppositions. Qu’allaient-ils ramener de cette croisade ? Certains parlaient d’aller chercher la sagesse parmi d’autres populations extra-planétaires, pour autant qu’elles existent. D’autres suggéraient la récolte de plantes ou l’extraction de minéraux qui serviraient à la fabrication d’une potion de bonheur universel. L’hypothèse d’une technologie inconnue leur paraissait vraisemblable, sans pouvoir imaginer ce qu’elle pourrait ajouter à celle qu’ils utilisaient déjà. On envisageait aussi que les vaisseaux puissent ramener des représentants de races inconnues, mais dans ce cas, pourquoi partaient-ils sans équipage ? Il ne serait sans doute pas très éthique d’enlever des individus et de les enfermer dans un vaisseau vide. Il était plus probable que le voyage s’annonçait très long et périlleux et qu’il ne nécessitait pas de sacrifier des vies haraï.

Le jour du Grand Départ arriva. Conscients de l’importance historique de cet événement sans précédent, les Haraï organisèrent une cérémonie solennelle. Il y eut un festin d’œufs de sturgeons, accompagnés d’un jus de raisin blanc pétillant, suivis de congoles au miel noir des collines. Le banquet se termina par un discours collectif et grave, émis en temps réel par la communauté. Un théâtre d’ombres joua jusqu’à la tombée de la nuit un drame inspiré par l’expédition qui portait l’avenir du peuple haraï au sein de ses vaisseaux sophistiqués. Un ensemble symphonique numérique prit le relais pour guider les danseurs qui tournoyaient lentement sur l’esplanade, sans jamais se toucher, en un ballet chorégraphié au millimètre. Une transcendance poétique, spécialité des Haraï, où un poème était créé à l’unisson par toute la population, les amena jusqu’à l’aube, terme d’une nuit blanche mémorable. Le peuple haraï se regroupa alors sur les gradins de pierre pour accompagner l’envol de la flotte interstellaire de ses prières. Ce jour resta gravé dans les mémoires. La vision stupéfiante des sept vaisseaux aux reflets d’argent, s’élevant majestueusement dans l’éclatante blancheur du matin, était déjà un avant-goût du bonheur promis.

Le premier vaisseau était rentré cinquante-trois ans après le Grand Départ. Bien que conscients de l’inutilité de leur démarche, des milliers de curieux s’étaient déplacés pour observer l’appareil, gisant comme endormi dans son alvéole. Ils avaient scruté la paroi uniformément lisse, lancé une multitude d’analyses, tenté de scanner l’intérieur du vaisseau à la recherche d’un indice qui leur donnerait une idée de sa mystérieuse cargaison, mais le revêtement poli semblait parfaitement intact et ne révéla aucune trace de son long voyage, ni de sa destination. Il fallait patienter, attendre le retour de la totalité de la flotte et la mise en commun des données récoltées. Les Haraï patientèrent.

Cela faisait maintenant plus de vingt ans que le sixième vaisseau avait réintégré son alvéole, et les habitants d’Albus commençaient à désespérer. Ils interrogeaient régulièrement le programme Nyrvana, mais la seule réponse qu’ils obtenaient leur signifiait: « TRAITEMENT EN COURS ». Lorsque l’alerte avait résonné dans leurs bio-messageries, passé un court moment d’incrédulité, ils avaient réalisé que leur attente interminable était enfin achevée et avaient fait parcourir une onde de contentement à travers le réseau. Ils étaient prêts.

Les sept vaisseaux, disposés en pétales de fleurs autour du bâtiment qui abritait les ordinateurs, patientaient, immobiles, comme des cadeaux attendant d’être déballés. Le programme Nyrvana lança l’ordre de déverrouillage. Sur le dessus de chaque coque, une trappe s’ouvrit lentement et une longue antenne spiralée sortit, pointant vers le ciel. Il y eut comme un frémissement dans l’air froid du matin, et les antennes se mirent à vibrer doucement. Par leur bio-sonar, les Haraï captèrent une fréquence inconnue, une trépidation qui résonna aux tréfonds de leur être comme les prémices d’un bouleversement colossal. Aux abords du premier vaisseau, des millions de petits gravillons s’illuminèrent d’un délicat scintillement violet. L’onde lumineuse violacée poursuivit sa subtile progression centrifuge, veinant de pourpre les hautes falaises de basalte, frangeant les nervures des feuilles de glaucalies et de fougères, ourlant l’écume des nuages qui prirent un relief saisissant sur la blancheur immaculée du ciel. Par touches légères et indisciplinées, le mauve irisa les écailles des poissons-chanteurs, les plumes duveteuses des colibris, les pistils des fleurs de sommeil, la sève sucrée des érables nains.

Pendant que les Haraï, stupéfaits, contemplaient le miracle qui prenait forme sous leurs yeux, le deuxième vaisseau libéra une vague d’indigo qui, en déferlant vers l’infini comme un mascaret de lumière violine, souligna la profondeur impénétrable des lacs, réanima la majesté endormie des chênes séculaires, révéla l’immensité de l’espace moucheté d’étoiles. Touchés par la grâce du flux indigo, l’œil de l’épervier flamboya, l’aile du papi-lion se couvrit d’arabesques complexes, les fruits du prunier semblèrent s’arrondir, comme mûris soudainement. Le bleu fut la troisième couleur à se délivrer de sa gangue de métal, puis le vert, le jaune, l’orange suivirent. L’herbe quitta sa transparence première pour ondoyer en vagues bleutées et folles. Fourrures, écailles, plumes, griffes, dents, resplendirent d’azur, de turquoise et d’émeraude. Feuilles, écorces, racines, tiges et tanins irradièrent les ors, les cuivres et les bronzes incandescents. Les eaux des lacs s’irisèrent en un incendie liquide orangé d’un éclat presque insoutenable.

Dans la cité haraï, les faïences murales se transformaient en tableaux vivants, les tapis se retissaient d’harmonies exubérantes, les quartiers eux-mêmes se reconstituaient en mosaïques multicolores tandis que de nouvelles teintes éclaboussaient le paysage, comme projetées par le pinceau d’un peintre fou. Les jardins libérés de leur grisaille coutumière délivraient une symphonie pétulante égrenée en nuances colorées vivaces, les légumes affirmaient leur pleine personnalité en rondeurs et volumes chatoyants, les fleurs s’épanouissaient en fantasques corolles bariolées. Petit à petit, le gris cédait sa place, vaincu consentant, avalé par un camaïeu resplendissant et triomphant. Inspirés par cette nature sublimée, les oiseaux inventaient de nouvelles mélodies. Les cascades projetaient des arcs-en-ciel sur les falaises devenues toiles gigantesques. Les flots chamarrés des rivières bondissaient joyeusement, éclaboussant les berges, les rochers et les plantes environnantes de perles de couleurs scintillantes.

Tandis que le rouge s’échappait en fulgurances désordonnées du dernier vaisseau et se disséminait, réveillant les derniers vestiges de gris de son éclat brûlant, les Haraï, subjugués, pleuraient sans retenue. Traversés d’émotions inconnues, leurs corps éthérés crépitaient sous l’assaut de ces fréquences nouvelles venues d’autres mondes. Durant plusieurs heures, tandis que le fantastique déferlement chromatique irisait leur planète, ils furent bombardés de sensations inédites, partagées par toute la communauté en une transe collective. Ils échangèrent leurs impressions, trouvèrent de nouveaux mots pour dépeindre ces émotions, et pleurèrent encore, de ravissement et de gratitude, abasourdis par ce fracas multicolore.

Au fil des jours, la révolution lumineuse poursuivit son chemin, bouleversant les habitants d’Albus qui subissaient une métamorphose totale. Leurs corps traversés en continu par des ondes salvatrices se transformèrent, devenant plus denses et plus présents. Leurs cinq sens s’affinèrent et dévoilèrent progressivement l’existence riche et luxuriante d’un monde intérieur oublié. La pellicule énergétique opacifiante qui les recouvrait devint vêtement, et ils apprirent à utiliser les pigments pour créer des tuniques multicolores et originales, en accord avec leur personnalité ou leur humeur du jour. Ils goûtèrent et apprécièrent les saveurs étonnantes des légumes colorés, testèrent de nouvelles recettes. Les possibilités infinies offertes par la renaissance de leur monde inspirèrent des artistes, les colorateurs, qui imaginèrent des spectacles de lumière féeriques. Les Haraï communiquèrent moins sur leur réseau et passèrent de longues heures extatiques à contempler leur monde magnifié, à en admirer toutes les nuances et fluctuances. Ils sortirent davantage entre amis, partageant leurs sentiments sur les nouveaux restaurants qui fleurissaient un peu partout, pratiquant des activités inédites et ludiques comme la plongée sous-marine ou la randonnée dans des paysages fantasmagoriques. Les musiciens durent créer des instruments originaux pour exprimer les harmoniques enchanteresses révélées par les fréquences rapportées lors du Grand Voyage. Des magasins de mode, des galeries d’art, des salles de concert, des centres de rencontre les réunissaient et réveillaient en eux des émotions sauvages et jouissives. Les Haraï découvraient le plaisir, le partage, l’amitié, la joie, l’amour. Un jour, on entendit le premier rire, qui résonna dans l’air cristallin comme le Son Primordial, créateur de vie.

IDP 7892.5677.112 avait invité sa nouvelle amie dans ce restaurant branché dont tout le monde parlait, « Le bigarreau bigarré », et dégustait des morceaux de melon tigré violet dans leur coulis acidulé cramoisi. Le repas avait été délicieux, une musique douce nimbait la pièce de couleurs pastel qui le rendaient romantique. Il regarda sa compagne, auréolée du nuage vaporeux rose tendre qu’elle générait pour manifester son état d’esprit actuel. Pour la première fois, il vit que ses yeux étaient mauves, avec un fin liseré amarante. Elle était d’une beauté renversante, avec ses longs cheveux torsadés d’un bleu citrouille intense, qui contrastait avec le vert délicat de sa peau veloutée. Sa robe, d’un jaune torride, épousait les formes généreuses d’une sensualité nouvellement révélée. Elle semblait exister pleinement, comme enfin remplie d’elle-même. Il pouvait sentir son rayonnement pulser en salves brûlantes se percutant contre son propre corps, le pressant de réagir à ces sensations physiques inconnues. Il avança doucement une main hésitante et la posa avec délicatesse sur les doigts de sa compagne. L’exploration balbutiante de la texture soyeuse de sa peau, de la finesse de son poignet, du creux accueillant de sa paume, le plongea dans une ivresse au-delà des mots, et il se dit qu’il touchait là à l’essence même du bonheur.

La révélation fut fulgurante, fusant du plus profond de sa conscience individuelle naissante. « Je suis Élias » pensa-t-il, émerveillé. Et il sourit.


 
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   Neojamin   
11/1/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

De belles phrases, un peu trop longues parfois, un peu trop chargée à mon goût, mais indéniablement, une belle écriture. Vocabulaire riche, des images fortes... ce texte m’apparaît d’abord comme une œuvre finement travaillée sur la forme.
Je pense que la lecture pourrait être facilitée par plus de simplicité par moment avec des alternances de style. J’ai eu parfois le sentiment que vous en faisiez trop et que l’esthétique prenait le dessus sur l’histoire. Mais c’est plus une question de goûts !

Sur la forme, pas grand chose à redire donc, sur le fond en revanche, j’avoue ne pas avoir accroché. J’aime bien l’idée de base, ce monde grisâtre qui se révèle sous la couleur, l’allégorie du bonheur... mais dans le développement, j’ai été gêné par ce qui m’apparaît comme de grosses incohérences :

1. Pour y croire vraiment, j’aurais eu besoin de sentir dans ma lecture qu’il leur manque vraiment quelque chose à ces Haraï. Pourquoi ne pas laisser sentir que leur vie est un poil trop monotone... qu’ils s’ennuient... qu’ils ne sont pas autant que ça en harmonie. Leur contentement contraste avec le désir d’un bonheur inconnu.
2. Il y a des inventions sympathique avec le Lorian, les Arlequines, etc, j’ai aimé me plonger dans un monde inconnu... mais du coup, j’ai été surpris d’y retrouver des hérons et des jus de raisins. Ça ne colle pas pour moi.
3. Le «traitement en cours» m’a aussi paru trop de notre monde... le leur semble trop différent pour cette lourdeur «windows».
4. IDP 7892.5677.112 bizarre ce nom pour un haraï, ils n’ont pas l’air d’utiliser des noms de code... je comprends l’idée... mais je ne trouve pas que ça cadre avec l’image harmonieuse que vous donnez de ces êtres presque transparents. Peut-être serait-ce plus adapté de les imaginer sans noms ?
5. Le dernier paragraphe avec le restaurant m’a aussi paru trop «de notre monde», ne pourriez pas imaginer des modes de rencontre différents pour ces Haraï ?

Des corrections nécessaires à mon sens... pour que je puisse visualiser ce monde, ces Haraï et me laisser porter par l’histoire.
L’idée est bonne et j’aurais plaisir à relire une autre version.
Bon courage !

   Jean-Claude   
21/1/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Après l'atterrissage, on a deux tableaux par le biais d'animaux qui n'apportent pas grand-chose si ce n'est retarder l'entrée dans le vif du sujet et des descriptions qui pourraient être allégées.
L'idée est bonne mais c'est traité comme une chronique, on ne vit pas l'histoire : manque d'action et surtout d'interactions (des dialogues ?).
La révolution colorée est spectaculaire, j'aurais aimé un vrai feu d'artifice.
L'approche de la fin qui ressemble à un rencart ne colle pas avec les Harai présentés et fait trop cliché.
Le plus important, la différenciation ou la découverte de l'identité, est juste jeté en une phrase et tombe sans transition du rencart précédent. Il aurait mérité une meilleure mise en scène.

Quelques observations entre {}
"rien ne semblait avoir bougé depuis des décennies dans cet endroit déserté{Pour quoi pas désert ? Parce que là on a envie de demander par qui?}."
"Dans un éboulis voisin, un léger frottement se fit entendre{Il n'y a personne pour l'entendre et sûrement pas ceux de l'astronef. Cette formulation signifie qu'il y a quelque pour l'entendre, or non.}, et un lorian montra peureusement le bout de son museau."
"Qu’allaient-ils ramener de cette croisade ?{Ce n'est pas une croisade, c'est une quête.}"

Au plaisir de vous relire.
JC

   stony   
9/2/2019
Bonjour, Audh,

Vous m’avez perdu dès les premières lignes.

Vu de loin, le texte fait un peu « pavé ». Un peu d’aération le rendrait moins dissuasif, mais bon, ce n’est pas plus grave que ça et voyons ça à hauteur de caractères !

La deuxième ligne me fait comprendre immédiatement que le style n’est pas fait pour moi. Ce n’est pas tant l’abondance des adjectifs et adverbes qui me gêne, mais plutôt le fait que ceux-ci m'imposent la description de choses que je ne vois pas. Ce n’est pas en m’affirmant que la plate-forme est gigantesque que je la vois gigantesque. Ce n’est pas en m’affirmant que l’approche du vaisseau est lente et silencieuse que je la perçois ainsi. Enfin, vous comprenez l’idée ? La signature dans le profil de Cristale correspond très bien à cette idée : « Peindre non la chose, mais l’effet de la chose ». De ce point de vue, « souleva des volutes de poussières » est déjà mieux.

La troisième phrase confirme (impressionnantes falaises, pics vertigineux). C’est déjà plié.

Je me doute bien que ce début de commentaire doit vous paraître abrupt et même injuste alors que du travail a été accompli, mais si je n’étais pas sur Oniris, j’abandonnerais déjà ma lecture à cette troisième ligne.

J’ai poursuivi jusqu’à la fin du deuxième paragraphe, mais, vraiment, je n’ai pas le courage d’aller plus loin.
Si le texte avait été très court, je me serais imposé sa lecture complète, mais, sachant qu'il y a près de 18.000 signes, je n'ai pas la patience d'en lire plus.
J’en suis vraiment désolé, Audh.

EDIT :

Voyant que vous n’avez pas beaucoup de commentaires et devinant qu’il est sans doute frustrant de se voir commenté sans que le lecteur ne soit allé plus loin que deux paragraphes, j’ai pris mon courage à deux mains pour aller jusqu’au bout.

Un peuple , devenu austère et vivant dans la grisaille, redécouvre un monde perdu, celui des couleurs qui enchantent les choses. Le parallèle qui m’est venu immédiatement à l’esprit est le passage à la couleur au cinéma. J’imagine les spectateurs découvrant Clark Gable et Vivien Leigh en 1939 dans Autant en emporte le vent. Le prénom à résonance biblique, à la fin, me fait imaginer « Le septième jour, Dieu ne se reposa point, il créa les couleurs ».

Bon, ok, il y a un sujet intéressant. Mais très honnêtement, il m’a fallu peiner dans la brousse, couper des lianes à la machette pour parvenir à la clairière et me dire « Ouf, j’en suis enfin sorti » Lecture très pénible.

C’est étonnant parce que, manifestement, vous savez écrire. Il me semble qu’en progressant dans le récit, l’écriture se fait un peu moins scolaire, mais diable, que ce fut long à lire.

   Castelmore   
10/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Audh

C’est mon premier commentaire de nouvelle. Je n’ai pas de point de comparaison.

Je saute à la conclusion : j’ai beaucoup aimé

L’idée d’abord lumineuse !
Introduire les couleurs dans un monde noir et blanc

Le scénario ensuite subtil autour de trois idées principales et non d’une seule
1 si la couleur n’est pas dans ce monde allons la chercher ailleurs
2 allons la chercher dans plusieurs mondes différents ... d’où successions d’évènements.
3 les ondes lumineuses étant différentes pour chaque couleur et les Harais étant faits d’ondes les nouvelles venues vont non seulement changer l’environnement de ce peuple , mais le peuple lui même...
et créer des individus !

Génial

Le style
Pour moi en totale harmonie avec le fond jusqu’à l’arrivée des couleurs... net descriptif, sans fantaisie, terne, précis, un peu pesant
Pas de saut de paragraphes

Mais ! Pas de rupture sensible au changement de monde ; j’aurais aimé plus de folie ..
Mais ce n’est que mon avis...

Merci pour cette belle découverte de ce qui nous est parfois trop évident pour que l’on y prête l’attention suffisante...
Et si le monde était gris tout gris et pas seulement dans nos têtes ?

Merci pour la lecture

   senglar   
9/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Audh,


Je savoure - comme l'auteur quand il fut en acte de création probablement - le travail fourni pour transférer un monde, une civilisation, une autre façon d'être peuple, communauté.

J'ai piqué quelques oeufs des sturgeons au passage (lol). Preuve que la vie ne s'était pas totalement "dématérialisée".

J'ai été surpris, qu'alors que les Haraï avaient progressé s'étant débarrassés des sens - sans être de purs esprits ils semblaient de bienheureux ascètes - ils en étaient revenus pour être heureux à la récupération des anciens grossiers cinq sens... pour toucher, voir, sentir, etc...
Tout ce travail pour rien. N'est pas hindou qui veut, trompeuse ascèse.

Le "bigarreau bigarré" m'a plu autant que les "sturgeons". Et aussi le nom de ce petit mammifère : le "lorian". Votre capacité de description de la faune et de la flore m'a fait penser un instant au foisonnement luxuriant d'un Rosny Aîné.

Humour bienvenu qui s'invite par notations et culture réinventée.

J'ai aimé à la fin la recouvrance du nom, de l'identité : "Elias".


Est-ce vraiment cela le bonheur ? Revenir à ses origines. Redevenir Homme du XXIème siècle - pas pithécanthrope (lol) - alors que l'on devenait esprit, ou du moins esprit sain. Dans un corps terne je vous l'accorde. Vaut-il donc mieux être moins parfait dans un corps "charnel", un "corps corps", moins éthéré - a body not a corpse ?

Pour ma part j'en doute et je laisserais bien volontiers mon corps imparfait pour un corps de statuaire. Et que l'on s'extasie : Ô le Carrare !


Mais je respecte votre cheminement et m'incline devant le travail colossal que nécessite la création d'un monde.

Et moi-aussi je souris :)

Après tout il est de bien jolies paumes de main ("jeux de mains...") et d'enivrantes sent..., oh et puisque l'on fait un retour aux sources, ... odeurs.


Bravo à vous ! Toute mon admiration ! Digne de Druillet et de Moebius qui feraient des merveilles avec cette histoire futuriste.


Senglar

   Malitorne   
9/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien
De la science-fiction poétique, malheureusement rendue pesante par force détails et descriptions dont on pourrait se passer. Vous n'êtes pas obligé de tout dépeindre, il faut laisser du travail d'imagination au lecteur. Le récit en devient parfois indigeste, c'est dommage car l'idée de départ est très bonne. Un monde monochrome qui découvre la palette des couleurs puis au bout du compte l'individuation. J'ai noté aussi un petit souci de cohérence chez les Haraïs, présentés comme très éloignés des humains et en même temps très proches par certains aspects. Une identité « bâtarde » à laquelle j'ai du mal à adhérer.
En gros vous devriez simplifier l'écriture, revoir le portrait de ce peuple et vous auriez un texte excellent.

   Donaldo75   
11/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Audh,

J'ai beaucoup aimé cette nouvelle. Le style laissait augurer d'une histoire poétique, un peu celle d'une civilisation de fourmis à qui il manquait l'essentiel. Les phrases sont longues et douces, un peu comme doit l'être la vie des Haraïs. Le ressort dramatique est bien tendu, à travers une explication lente et progressive de la nature de ces sept vaisseaux, de leur raison d'être, du pourquoi une civilisation a priori aussi accomplie les a lancés dans l'Espace.

La poésie vient de cette révolution chromatique; certes, elle pourrait apparaitre futile pour nombre de lecteurs habitués à un suspense plus complexe, à des explications plus emberlificotées, mais pas pour moi. J'aime voir ces fourmis extra-terrestres, sans utiliser le terme fourmi à des fins péjoratives, découvrir la couleur. C'est une belle allégorie.

Bravo !

Don

   Cat   
12/2/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Audh,

Magnifique ode au bonheur, à l'amour, à la nature et à ses différences !

C'est beau, c'est du merveilleux fantastique plein d'une poésie foisonnante et inventive.
Elle s'insinue avec une infinie douceur - grâce à ses longues digressions descriptives qui m'enchantent tant elles participent à rendre l'atmosphère diaphane, limite étouffante, dans laquelle respirent les Haraï - pour finir par égayer le tableau d'un bonheur monochrome auquel il manquait quand même pour être parfait et idyllique en tous points, que s'allument les couleurs et se rallument les émotions.

A quoi bon la vie éternelle si c'est pour opiner du chef tous en même temps, aux mêmes moments, tous uniformes, insipides, sans passion, dans un monde qui aurait perdu son mode vif et brillant.

L'écriture belle, au vocabulaire très riche mais néanmoins accessible, participe à cette exaltante envolée parsemée de jolies trouvailles néologiques.

« Exister pleinement ». Voilà, tout est dit !

Ceci étant, je suis navrée de ne vous être d'aucun secours pour rectifier les broutilles qui pourraient émailler ce récit, si broutilles il y a, car il se trouve que je suis dotée d'un puissant zoom imaginaire qui sait à sa guise enguirlander les zones troubles dès lors que je suis emportée, comme ici, par ma lecture.

Merci pour ce partage féerique.
A vous relire


Cat

   hersen   
13/2/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le sujet, qui n'est pas si nouveau, est plutôt bien traité, mais j'ai cependant eu une impression de longueur et de certains passages très explicatifs.
peut-être aussi que l'idée reste assez basique, les sept vaisseaux, par exemple, d'une certaine façon me font un peu un effet "simple", bien que je comprenne que pour amener l'idée, il fallait un symbole; (je suppose ?)

il y a une impression de linéaire dans la nouvelle, jusqu'aux sentiments des Haraï : ils sont bons et le resteront, à cause ou en dépit des couleurs. je ne sais pas trop comment dire, mais on s'attache ici uniquement à des couleurs "physique" alors que j'attendais plus de couleurs de "caractères" (characters). Les haraï me sont restés un peu insipides.

mais on sent une nouvelle travaillée, notamment dans les descriptions.
merci de la lecture !

   CyrilRodriguez   
15/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'étais très enthousiaste à propos de votre texte en lisant son titre et ses deux premiers paragraphes (on peut ajouter la moitié du troisième). Puis j'ai commencé à trouver le récit long, que les phrases présentaient trop d'adjectifs, que certaines longueurs inutiles ajoutaient au désarroi me submergeant alors que je ressentais la sensation pénible de stagner dans la lecture... C'est bien dommage, puisque votre imagination abondante et la précision chirurgicale de vos descriptions méritent les égards des lecteurs, seulement vous en avez trop fait pour le coup.

   inlove   
18/2/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Audh,

J'aime beaucoup votre idée de départ et j'admire votre imagination car je trouve difficile d'inventer tout un monde et toute une civilisation. J'ai été séduit par l'idée de quête à portée galactique qui permettrait à ce peuple sans couleurs de trouver le véritable bonheur, un sens plus profond à leurs vies pourtant déjà satisfaisantes en apparence.

En revanche je trouve certaines phrases très longues et trop descriptives, avec de nombreux adjectifs que je trouve presque trop riches. Pourtant j'aime visualiser ce qu'il se passe surtout lorsque c'est un monde imaginaire. J'ai n'ai du coup pas été vraiment ému par cette "révolution lumineuse", ce festival de couleurs, un peu fatigué par cette saturation de jolis mots. Vous avez du vocabulaire ça c'est sûr.

J'aime tout de même beaucoup cette idée d'astroport unique et grandiose qui accueille sept vaisseaux, ces "mastodontes de métal" qui reviennent de leur longue mission. Je trouve intéressant que ces derniers ne reviennent pas en même temps et qu'il faille attendre des années et des années avant leur retour sans avoir la certitude qu'ils reviennent tous un jour. J'y trouve un côté space opéra qui ne me déplaît pas.

Ce qui fait que je n'ai mis que "Un peu" comme appréciation alors que comme je l'ai dis j'aime votre idée, c'est surtout la fin où on retrouve un des Haraï et sa copine dans un nouveau restaurant branché et qu'il à une illumination. Je ne me figurais pas votre peuple imaginaire se retrouver dans des situations banales comme celles d'être humains comme nous sommes, même si finalement le Haraï laisse tomber l'adresse ip qui lui sert de nom et en choisit un qui ressemble aux nôtres c'est vrai. Je dirai juste que j'imaginais ce bonheur suprême différemment pour cette civilisation d'un autre monde.

Merci pour votre partage, à bientôt

   Iktomi   
6/3/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonsoir Audh,
Il m’est arrivé une chose rarissime en lisant votre nouvelle : j’ai eu le coup de foudre pour elle. Quelque chose de complètement irraisonné, irrationnel.
Pourtant elle n’est pas parfaite – elle est même assez fascinante par son imperfection même – et quelques reproches (je vous en épargnerai la liste) des commentateurs précédents à son endroit me paraissent plutôt fondés, mais rien à faire : je l’aime telle qu’elle est.
Ce texte recèle une grâce et une poésie qui le rendent unique. Tout simplement. Pas besoin de se livrer à une exégèse laborieuse de votre style et de vos tournures de phrases : vos dons pour l’écriture sont évidents, il ne tient qu’à vous de les cultiver.
Bien à vous.
JCS


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