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Réalisme/Historique
Bellaeva : Jeux de miroir
 Publié le 15/02/10  -  11 commentaires  -  15774 caractères  -  71 lectures    Autres textes du même auteur

Deux types de pouvoir sont à l’œuvre dans la compétition pour un poste.


Jeux de miroir


Après un sourire radieux au miroir mural, Violette Després s’installe dans la salle d’attente cossue du cabinet de recrutement IDD.

Cette pièce, devenue si familière, se décline du mur à la moquette dans des tonalités chatoyantes de gris. La jeune femme caresse avec contentement le velours soyeux du fauteuil. Un rayon de soleil encercle de fines poussières et éclate en delta d’or sur le grand miroir. Elle se moque désormais de savoir si des psychologues sont embusqués derrière la vitre à la recherche de signes notoires de déviances. Ils lui ont fait pratiquement une radiographie du cerveau : 10 entretiens, 3 jours de tests ! Aujourd’hui, sa présence prouve qu’elle fonctionne à merveille.

Ils la veulent ! Ils ne veulent qu’elle ! Elle se retient de leur envoyer des baisers fougueux. Pas de gestes excessifs, ils pourraient réviser leur jugement. Surtout que rien n’est signé ! Dans quelques minutes seulement, on va lui annoncer qu’elle est embauchée. Elle sautille en s’emparant d’une revue sur la table basse. Ses pieds l’entraîneraient volontiers dans une salsa endiablée. « Maîtrise-toi ma petite ! Tout n’est pas joué ! »

Ce poste est le poste de sa vie ! Il correspond complètement à ses motivations. Directrice de l’école des ventes ! Ses hiérarchiques, présents et passés, l’ont considérée comme une excellente commerciale, et une très bonne formatrice, bien qu’un peu frondeuse ! Elle a des idées bien arrêtées sur la façon d’envisager la relation clients. Son but est de les respecter, de répondre réellement à leurs besoins, tant pis si elle ne maximise pas ses ventes à court terme. Elle crée une relation de confiance, qui les fidélise, et donc les résultats sont exponentiels à long terme. Maintenant, après plus de 15 ans d’expériences professionnelles, elle a envie d’autonomie et de monter des programmes auxquels elle croit.

Après un clin d’œil malicieux au miroir, comme à un ami de longue date, elle se détaille de la tête aux pieds. Elle jubile car malgré une soirée très arrosée entre filles pour fêter son nouveau poste, elle se trouve plutôt en beauté. L’ensemble est simple mais classe : veste et jupe noires sur une silhouette amincie par son dernier régime, tee-shirt blanc de chez Prada, et collant délicieusement satiné. Pour une fois ses cheveux blonds ont décidé d’encadrer harmonieusement son petit visage ovale, cela lui donne l’air gai, mais pas rebelle.

Violette a une pensée attristée pour les autres candidats avec qui elle a sympathisé pendant les longues heures d’attente. Certains plaçaient beaucoup d’espoir dans ce poste. En revanche, elle ne peut s’empêcher de pouffer en pensant à un candidat dont les dents rayent le parquet : Vincent Tirut. Quel délire hier soir lorsqu’à l’évocation de son nom, une de ses amies l’a surnommé : P’tit rut ! Particulièrement pompettes, elles ont inventé une théorie selon laquelle une certaine faiblesse de ce côté explique largement l’arrogance professionnelle.

Tous deux se sont croisés à maintes reprises. Il gardait ses distances vis-à-vis des autres candidats. Parfois, lorsque l’on tentait de lui parler, il répondait avec froideur, voire mépris, ce qui décourageait tout échange. Violette glousse de plus belle en se cachant derrière son magazine afin d’être hors de vue des psys en observation. Elle imagine sa tête lorsqu’il a ouvert le courrier lui annonçant qu’il n’est pas retenu. Car le responsable du recrutement, monsieur Dunal, l’a prévenue. Soit elle recevrait un courrier négatif définitif, soit elle serait convoquée à un dernier entretien pour signer son contrat de travail.

Et elle est là ! bien là ! Elle se pincerait presque pour vérifier. Son exaltation lui ferait faire une roue au milieu de la salle d’attente. « Restons calme. Rien n’est signé ! » Dans une heure maximum, elle repartira avec le précieux feuillet sous le bras.

La porte s’ouvre. Violette se redresse. Un gracieux sourire s’amorce sur ses lèvres pour se transformer en une expression de stupeur. Vincent Tirut, précédé par son menton arrogant, franchit le seuil. Lui-même marque un léger temps d’arrêt en la reconnaissant. Les yeux noirs s’écarquillent, les coins des lèvres descendent, et enfin deux rides verticales se froncent au-dessus du nez. Puis, son visage carré reprend son impassibilité habituelle à tel point que la jeune femme doute d’y avoir lu des signes de déstabilisation.

Vincent Tirut la salue froidement et s’assoit loin d’elle. Ils sont tous deux face au miroir. Après un état de sidération proche de la paralysie, le cerveau de Violette bouillonne de mille questions. Que fait-il ici ? Vient-il pour un autre poste ? Cela signifie-t-il que la sélection n’est pas terminée ? Hésite-t-on entre eux deux ?

L’inquiétude lui noue la gorge.

Elle coule son regard bleu vers le corps de son voisin. La cuisse semble particulièrement musclée sous le pantalon impeccable. Le jogging à fond doit être son quotidien. Puis, elle l’observe dans le miroir. Elle fait un diagnostic rapide : cheveux bruns courts, peau bronzée version ski, des mains intéressantes. Violette les observe longuement. Celles-ci sont carrées, pas trop grandes, avec des doigts larges. Ils se tiennent courbés comme des serres d’aigle. « Manque de sensibilité mais il prend sa place et ne lâche pas ! » Elle revient au visage, leurs regards se croisent dans le miroir. À sa grande surprise, il lui sourit et engage la conversation.


- Vous venez pour le poste de directeur de l’école des ventes, n’est-ce pas ? Je suis étonné que nous soyons tous deux présents, car j’avais cru comprendre que le dernier rendez-vous signifiait un engagement.


Violette est stupéfaite par sa simplicité. Pour une fois, aucune prétention ne transparaît. Il poursuit son questionnement d’un ton cordial.


- Quel est votre parcours ? Et qu’est-ce qui vous a amenée à postuler pour ce poste ?


Il est même très séduisant. Elle se reproche de l’avoir mal jugé, et met sa froideur passée sur le compte d’une réserve naturelle.


- Après une école de commerce à Bordeaux, j’ai eu différents emplois en tant que responsable commerciale et formatrice. Je suis très intéressée par la formation et la pédagogie. J’ai mon idée sur la façon de développer des bons vendeurs, dit-elle en se laissant entraîner avec verve par sa passion concernant les compétences commerciales.


Mais le regard dénué d’expression de Vincent Tirut montre qu’il n’écoute plus. Elle se morigène intérieurement d’être une incorrigible bavarde et s’empresse de lui renvoyer les mêmes questions.


- J’ai fait l’école de commerce de Paris, j’ai eu différents postes de directeur des ventes et commercial pour partie à l’étranger.


Son ton présomptueux, sa lippe dédaigneuse lui font l’effet d’un électrochoc. Sa soudaine amabilité avait un seul but : explorer le parcours de Violette pour mesurer ses chances. Sa réponse est un écho valorisé par rapport au sien. L’école de commerce de Paris est nettement plus cotée que celle de Bordeaux, et tous ses emplois ont le titre de directeur.

Violette refuse le venin de dévalorisation qu’il essaye de lui inoculer. Mais une boule s’épaissit dans son ventre. De nombreuses fois dans sa vie professionnelle, elle a été confrontée à ce genre de personne. Arriviste sans scrupule, dont l’objectif est de réussir à tout prix même si c’est au détriment des autres ou de l’entreprise


- Avec une telle expérience, je me demande pourquoi vous postulez pour ce poste ? demande-t-elle perfide.


Si le miroir cache des observateurs, ils jugeront de la réponse. Mais il ne tombe pas dans le piège, il sait comme elle qu’il est en représentation.


- Je comprends que mon expérience vous impressionne, mais elle est indispensable pour un tel poste. Et puis cette entreprise est si performante, elle a besoin de gens de ma trempe.


«Si la prétention étouffait, P’tit rut, tu serais mort depuis longtemps ! »

Violette est perplexe. Quelque chose ne colle pas. Son arrivisme devrait le pousser davantage vers un emploi de directeur commercial du groupe, comme celui du hiérarchique du directeur d’école des ventes. Mais pour le coup son profil risquerait d’être trop junior. Soudain, elle comprend. Elle se souvient que ce directeur est appelé à prendre sa retraite dans un ou deux ans.

« Mais bien sûr, ce poste n’est qu’une porte d’entrée pour toi, tu ne t’y investiras pas. En revanche, tu mettras toute ton énergie pour te faire bien voir de ton hiérarchique afin qu’il te choisisse comme dauphin. Ton profil de junior qui ne passerait pas dans un recrutement externe, en interne, il ne sera plus un handicap car tu auras fait tes preuves. »

Monsieur Denal ouvre brusquement la porte. Pour la première fois, Violette le voit la mise défaite. Son épi châtain figé dans un gel sévère est redressé, et son costume strict, froissé par endroit. Comme à l’accoutumée, il a les coudes soudés au corps, seuls ses avant-bras semblent mobiles, de sa main droite pendante, il leur serre la main rapidement.


- Je vous prie de m’excuser mais les entretiens se bousculent, dit-il sans sourire comme à son habitude.


Il tire avec difficulté un fauteuil pour leur faire face. Vif comme l’éclair, Vincent Tirut se lève et l’aide. Monsieur Denal s’installe et constate que son pantalon est marqué de mauvais plis. Il fait une moue agacée en tentant du plat de la main de le défroisser. Il en oublie deux personnes en train de se consumer sur des charbons ardents.

Violette a un sourire amer car elle le voit de profil tandis qu’il fait face à Vincent Tirut. Ainsi pour la regarder, il est contraint de tourner la tête.

« Bravo, deux bons points P’tit rut, non seulement tu t’es montré serviable et réactif, mais en plus tu as organisé l’espace en ta faveur ! »

Sans quitter son expression contrariée, monsieur Denal les regarde tour à tour. Il s’éclaircit la gorge. Puis, il vante longuement, d’un ton emprunté, la qualité de leur candidature respective, ce qui met la patience de Violette à rude épreuve. Elle glisse un regard de côté à Vincent Tirut, malgré sa parfaite maîtrise, une contraction infime de la mâchoire montre qu’il ronge aussi son frein. Le responsable de recrutement finit par lâcher la bombe finale en pinçant ses lèvres minces.


- La société n’est pas parvenue à se décider entre vos deux candidatures et l’ampleur de la mission justifie la création d’un second poste celui d’adjoint. Vous êtes retenus tous les deux. Donc, si vous l’acceptez, vous êtes embauchés, vous avez trois mois pour faire vos preuves. À la fin de cette période, l’un sera directeur, l’autre sera son adjoint.


Le pire cauchemar de Violette vient de lui être révélé : travailler avec cet homme dans un esprit de compétition. Pour confirmation, elle croise le regard assassin de Vincent Tirut, avant qu’il prenne promptement la parole d’un ton ferme.


- N’est-ce pas plus simple, de nommer immédiatement celui des deux qui a les critères les plus objectifs pour être le directeur, plutôt que de risquer trois mois d’atermoiements ?


Violette observe dans la glace la main sèche du responsable de recrutement se gratter la nuque. Ses doigts attaquent nerveusement la base du cuir chevelu, tandis qu’il hoche la tête.


- C’est très inhabituel de bouleverser ainsi les objectifs d’un recrutement, dit-il avec rancœur, mais le directeur des ressources humaines souhaite vous voir à l’œuvre tous les deux avant de prendre une décision.


Violette comprend que le recruteur est perturbé, non pas, par la situation difficile que l’on va faire vivre aux candidats, mais par le bouleversement d’un ordre établi.


- Pourtant, il y a une nette différence entre nos deux profils, insiste Vincent Tirut.


« Ne te gêne pas P’tit rut ! Dis carrément que mon parcours est inférieur au tien ! »

La main s’arrête de gratter. Monsieur Dunal le regarde. Tendue, Violette profite de ce silence pour poser une question.


- Monsieur Denal serait-il possible que nous ayons un entretien individuel afin de creuser cette nouvelle perspective en fonction de nos situations respectives ?

- Vous avez raison mademoiselle Després, répond monsieur Denal en se levant.


Vincent Tirut l’aide à replacer le siège, et en positon debout, il se retrouve tout naturellement à passer le premier en entretien.

Violette reste seule dans la salle d’attente. Le ciel s’est assombri. Le soleil ne joue plus sur le miroir. Les gris virent au noir et donnent un aspect sinistre à la pièce. Sous le choc de la déception, elle est anéantie. Elle rumine de sombres pensées, puis finit par positiver. Rien n’est perdu. Le poste ne lui est pas refusé. Si elle ne se trompe pas Vincent Tirut a un tout autre objectif. Peut-être pourra-t-elle passer un deal avec lui ? Son enthousiasme naturel reprend le dessus et soutient ses réflexions rationnelles.

Mais il y a un tout petit point de résistance au fond d’elle-même. Une minorité qui rechigne. Celle-ci n’argumente rien, elle n’est pas d’accord, c’est tout. La jeune femme soupire, et secoue brusquement la tête, comme pour la chasser.

Au bout d’une heure, elle quitte la salle d’attente pour aller aux toilettes. Elle constate que la porte de la pièce attenante est ouverte. Enfin, elle va pouvoir vérifier ses hypothèses sur le rôle du miroir. Elle tend le cou. Personne. Elle rentre. Effectivement, elle ne s’est pas trompée. Une grande vitre murale révèle la salle d’attente. Curieusement, de ce côté, celle-ci lui semble étrangère, presque hostile. La glace la rend terne et étriquée.

Elle fixe le siège qu’elle vient de quitter. Tour à tour, elle regarde tous les fauteuils qui ont accueilli de nombreux candidats plein d’espoir. Elle revoit des visages anxieux, se souvient de projets racontés, de craintes pour l’avenir, de périodes de chômage si longues, d’endettements inquiétants, de familles à charge…

Soudain le petit point de résistance, si dur, si dense, explose en elle. Il vomit de l’écœurement et des images.

Cette salle d’attente… Un lion tourne dans une cage, un singe de laboratoire sanglé sur une table…

Et son avenir au côté de Vincent Tirut… Un combat sanglant de coqs attisé par la foule, deux chiens que l’on excite avant de les lâcher l’un contre l’autre…

Elle ferme les yeux pour bloquer ses larmes.

Mettre deux personnes en compétition sur un même poste, sachant qu’elles devront finir par travailler ensemble. Qu’espère cette direction concrètement ? Imagine-t-elle que chacun va être très correct en faisant de son mieux, en acceptant que le meilleur gagne. Violette ne croit absolument pas à cette option. Ou pratique-t-elle vraisemblablement un mode de management pour stimuler le personnel ? Il s’agit de mettre tout le monde en compétition les uns contre les autres. Ce mode de management a comme effets négatifs d’encourager l’intérêt personnel au détriment du collectif, et de développer une ambiance conflictuelle. Tirut se sentira dans cette entreprise comme un poisson dans l’eau, pas elle.

Enfin, si elle accepte, elle va lui servir de faire-valoir. Elle se connaît, elle va s’investir à fond et donner le meilleur d’elle-même. Lui, il mènera ses jeux politiques. Il ne lui laissera pas pour autant les coudées franches. Il ne s’agirait pas qu’elle lui fasse de l’ombre. En résumé, elle va l’aider à réussir mais sans obtenir ce qu’elle veut.

Elle ouvre les yeux.

Violette vient de prendre conscience que le poste le plus séduisant du monde n’est pas suffisant. Elle est attachée à certains principes sans doute surannés. Mais ce sont les siens : le respect de l’autre, la coopération, l’envie de laisser une trace, pouvoir faire un travail de qualité qui puisse servir. Se battre pour cela, elle en est d’accord. Se battre pour des jeux personnels, cela ne l’intéresse pas.

Elle se sent forte, elle est libre, elle s’en va.


 
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   coquillette   
27/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien
Bonjour,
"Cette pièce, devenue si familière, se décline du mur à la moquette dans des tonalités chatoyantes de gris" la phrase est bizarre à l'oreille, bien que le sens soit perceptible. Peut-être éviter "du mur à la moquette".

"de déviances." je trouve le mot bien trop fort. Ce qu'ils rechercheraient dans un tel cas, ce sont des signes de tension, et ce qu'ils regarderaient c'est comment elle gère la pression, enfin ce genre de choses.

"Ce poste est le poste de sa vie" tout comme "postuler pour ou à ce poste" ; font répétition.

"la création d’un second poste celui d’adjoint." un petit souci de ponctuation ici.

"Il en oublie deux personnes" peut-être "les"

"N’est ce pas plus simple" : Ne serait-ce pas plus simple, plus correct à ce niveau là.

D'autre part, le coup de l'aménagement de l'espace (bien vu et bien décrit) me fait penser que ce concurrent est plutôt "mielleux", peut-être y'avait-il une chance, du fait de ce trait de caractère qui en suggère d'autres, qu'il ne finisse pas directeur ? L'espoir fait vivre, oui mais aussi mince soit-il, il est là et il aurait pu changer la fin en redonnant espoir à la jeune femme.

Elle dit que c'est le poste de sa vie" et je trouve qu'elle renonce un peu vite. Mais bon, c'est une fin agréable parce qu'elle souligne les valeurs de la jeune femme. Il n'empêche que j'ai du mal à considérer que de telles valeurs puissent avoir cours dans le milieu commercial.
Un bon texte, une écriture vive et alerte.
Bonne continuation à l'auteur.

   florilange   
31/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien +
Il me semble avoir déjà lu cette nouvelle. Comme je ne prends pas de notes, je ne me souviens + de ce que j'avais dit.
Le sujet, très actuel, m'a intéressée. On sent nettement la différence d'ambiance entre l'arrivée de Violette, gonflée à bloc, pleine d'espoir & la sortie de Tirut : il n'y a + de soleil. Ces employeurs qui se croient tout permis. Sa réflexion, le désir de s'en tenir à ses principes. Elle redécouvre sa liberté.
À part quelques petits détails ou des bouts de phrases que je ne comprends pas, comme : "...comme celui du hiérarchique du directeur d’école des ventes." , dans l'ensemble le style est bon.
Florilange.

   colibam   
7/2/2010
 a trouvé ce texte 
Bien +
Si le sujet, de prime abord, peut rebuter (la compétition pour un poste de cadre, pfff), j'avoue avoir été agréablement et positivement surpris par cette lecture.

L'écriture est généreuse, les dialogues sont bien rendus, la psychologie de vos personnages est travaillée, la progression est fluide et le dénouement plutôt rassurant.

   Kaos   
11/2/2010
 a trouvé ce texte 
Faible
Relecture de ce texte. Et franchement je ne le trouve pas vraiment amélioré par rapport à la fois précédente.
Il y a toujours cette fin un peu bizarre, cette critique étrange du monde du travail, mal amenée.

L'écriture est bonne, fluide, mais je n'aime définitivement pas cette histoire trop bancale, pas assez travaillée je trouve.

   Anonyme   
15/2/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Une atmosphère quasi glauque, étouffante, la tension est palpable, un entretien d'embauche qui sombre dans le malsain aux yeux de l'héroïne. Un texte bien écrit, décrivant chaque étape, évitant la dispersion.
Le contraste de la personnalité des personnages est net, leur caractère, leur attitude, leur ambition. Des personnages crédibles dans leur rôle, une Violette rassurante et optimiste, un Vincent froid et calculateur.
Et cette fin n'est en rien frustrante, l'entretien d'embauche est terminé pour Violette, elle a prise sa décision, il n'y a rien d'autre à ajouter, on ne va pas en faire un roman. Je trouve cette nouvelle bien travaillée, et a surtout réussi à me tenir en haleine.

   Max   
15/2/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Bonsoir,

Thème intéressant, très actuel, et plutôt bien traité. Le coté relationnel - corrompu par l'hypocrisie, les coups d'œil en coins, les fourberies et autres faux semblants - est vraiment une chose jouissive à lire, pour moi, lecteur. Je regrette tout de même qu'il ne soit pas un peu plus développé - j'aurais voulu en lire encore plus, car c'est l'intérêt principal du texte ! J'enchaine sur les bémols et points négatifs - ils sont nombreux. Pour commencer, j'ai eu à plusieurs reprises l'impression d'être devant une scène trop caricaturale (enjeux, décors, descriptions diverses, archétypes physiques, psychologie féminine, réactions etc.) ; ok, ce genre de scène doit s'astreindre à certains impératifs, mais quand même, un peu de nouveauté, d'originalité, un peu d'authenticité ne ferait pas de mal. On sent éventuellement que l'auteur s'inspire d'expériences vécues, mais à peine : il manque les détails qui font toute la différence entre un texte "convenu" et un texte qui sort du lot. Certaines dialogues ne sont pas toujours très crédibles, ils manquent de "vitalité", même dans ces circonstances. La chute n'est pas le point fort du texte, si je peux me permettre. On dirait un genre de truc qui fait "flop" à la fin, c'est dommage. Je trouve peu crédible que Violette renonce si vite/facilement, le déclic est improbable ; elle devrait au moins tenter de plaider sa cause pendant l'entretien individuel. Pourquoi ce renoncement ? Cela ne correspond pas à l'éthique de la dame ? Ok, mais dans ce cas elle va pas trouver un boulot de sitôt (surtout dans son domaine d'activité !). De la ténacité ! Quoi, elle a même pas envie de faire ravaler son arrogance à Tirut ? Ou, au moins, d'essayer, de le gêner. Et pourquoi ne pas simplement se soumettre, en prenant le poste d'adjoint (en faisant un genre de pacte avec Tirut, genre je te laisse le poste de directeur, mais tu fais pas le con avec moi), c'est peut-être mieux que rien ? L'autre enfoiré sera content, et, au besoin, il "suffit" de démissionner, s'il est trop tyrannique. Enfin bref. Bon sinon, le dernier point négatif, et il est de taille : l'écriture. Non pas que la lecture soit désagréable, mais c'est bourré de maladresses (tournures, expressions...). Le style est parfois un peu lourd, il manque de simplicité (toujours rechercher la fluidité, plus que tout). En clair, pour le dire autrement, toutes les deux lignes je m'arrêtais sur un truc qui me gênait, que j'aurais écris autrement etc. S'il avait été possible de copier/coller, j'aurais illustré mon propos, mais comme ce n'est pas le cas...

Donc voila, pas un mauvais texte (il a du potentiel), mais il y a beaucoup trop de choses à améliorer, pour moi.

   widjet   
15/2/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Quel dommage !

Cela ne commençait pas trop mal pourtant. L’intrigue m’intéressait (je cherche un job, ça doit être pour ça !). Certes, on le sait, la concurrence est partout et notamment dans le monde du travail (ça me rappelle la discussion que j’ai eu hier avec Pat, sur le film espagnol éprouvant « La méthode » que tu as peut-être déjà vu).

Le principal point faible de ton récit ce sont les personnages, leur crédibilité en fait. La femme, déjà.
Son attitude m’a trop fait penser à une « gamine » trop naïve (qui ne laisse tomber bien vite ses réticences dès lors que le mec lui parle « il est séduisant » suffit à lui faire perdre contenance), assez émotive (elle s’excite très vite – envie de danser -, elle a de la peine pour les autres candidats, puis enfin se laisse déstabiliser assez facilement par le type lorsque celui-ci prend des initiatives.

Or, je rappelle que cette femme vient de passer 10 entretiens (d’ailleurs, ça fait beaucoup, même pour un poste de directeur), des entretiens qui ont du bien se passer (puisqu’elle est encore là) et donc qui témoignent assurément d’une femme de caractère bien trempé, avec un certain charisme et une assurance, bref pas une killeuse, mais une collégienne non plus ! Bref, tu n’as pas à mon sens su lui donner une vraie dimension.
Le gars ensuite. Lui, c’est presque trop. Trop tranché, sans nuance. Oui, j’ai bien compris qu’entre le début (il lui parle avec gentillesse) et ce qui va suivre, tu voulais démontrer le côté manipulateur, caméléon du type, mais ça manque de subtilité, de perversité même. Je l’aurais préféré plus intimidant et sa stratégie plus fine. Je pense qu’un manque de temps – ou d’envie – t’a empêché de prolonger ta nouvelle. Avec un peu plus de lignes, le face à face aurait été plus efficace et les personnages mieux croqués.

Comme le dit KAOS, la critique du monde du travail et le message toujours très actuel du « L’homme est un loup pour l’homme » aurait pu être autre. Soit plus fin, soit au contraire plus jusque boutiste, même exagéré (histoire de rendre ton texte plus futuriste, visionnaire même et aussi plus effrayant à l’image du film ibérique suscité que je te conseille). Bref, le traitement est trop tiède, trop « entre deux », sans risque véritable.

Enfin, le final est (sabordé ?) vite écrit, je trouve. Confus et poussif (le volte face de la femme est guère convaincant, genre elle réalise combien le monde est impitoyable. Au final, je l’ai trouvé « faible » cette candidate, ce qui je pense n'était pas ton intention). Cela affaiblit encore les efforts méritoires et la trame qui je répète pouvait être passionnante (sorte de thriller psychologique sur fond social).

Du point de vue du style, pas mal de phrases bancales, maladroite voire incompréhensibles (« La cuisse semblait musclée », Il vomit de l’écœurement et des images », « directeur des ventes et commercial pour partie à l’étranger », « Violette le voit la mise défaite » - ce ne serait pas la mine, plutôt ?).
Bref, j’aurai bien aimé aimer ce texte car, comme il est dit par ailleurs dans un des commentaires, il y a largement matière. Il faudrait juste le rendre plus incisif et retravaillé le dénouement notamment trop survolé.

Bon courage

W

   Bidis   
20/2/2010
 a trouvé ce texte 
Bien
- Penser à une glace sans tain dès le début du texte est parfait à ce moment-là, parce que, dans cette situation d’entretien d’embauche, on passe facilement de l’excitation au découragement, on fait de la paranoïa, bref on est un peu zinzin.
- Ses hiérarchiques : il me semble qu'on dit « sa hiérarchie » ou « ses supérieurs hiérarchiques » mais pas « ses hiérarchiques ».
- « Vincent Tirut, précédé par son menton arrogant, franchit le seuil. Lui même marque un léger temps d’arrêt en la reconnaissant. »
Voilà une image que je trouve parfaite.

Il y a un vrai petit suspense dans l’attente de la décision de l’employeur et une intrigue (Pourquoi son attitude est-elle différente et a-t-il la mise défaite ?), deux très bons moteurs pour exciter l’intérêt du lecteur.

La chute me déçoit.

On n’a pas bien expliqué pourquoi l’employeur avait la mise défaite et pour moi, cela ne coule pas de source.

Et le fait que l’héroïne renonce à la « struggle for life » est peu intéressant, c’est la lutte qui est palpitante, les coups bas, la manipulation, les stratégies. Par exemple, j’aurais trouvé plus subtil que le Tirut en question ait un rôle de révélateur et fasse partie du test en quelque sorte.

Bref, le texte, assez correctement écrit, a le mérite de développer un thème qui accroche et l’on s’identifie facilement au personnage. L’auteur a su me tenir en haleine mais, en définitive, ne remplit pas ses promesses.

   Incognito   
16/2/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen
L'idée est intéressante et on est curieux de son traitement.

Dès le début, je me doute bien que les choses ne vont pas tourner comme l'imaginait Violette, que ce n'est pas elle qui aura le poste. En fait non, il n'y a pas vraiment de doute. Je me demande plutôt comment, pourquoi. Je pense que c'est Vincent qui l'aura parce qu'on le lui aura donné ou qu'il aura su l'obtenir. Il y a donc une réelle curiosité qui pousse à lire jusqu'à la fin. Cette fin est un peu différente de ce que j'imaginais, même si je la vois venir quelques lignes avant. Bref, ça c'est plutôt bien vu.

Il y a par contre quelque chose qui ne colle pas pour moi. Les réactions de Violette montrent qu'elle est plutôt calculatrice, sinon pour elle en tous cas pour les autres. Elle imagine les stratégies de son adversaire, qui est bien perçu comme un adversaire et non un concurrent, perçu comme tel au travers de Violette puisque c'est son point de vue qui est adopté. Elle décode les attitudes corporelles pour en espérer une conclusion sur le psychisme de Vincent. Sans doute est-elle rompue à cela par les nombreuses formations qu'elle a du recevoir, mais elle utilise sans scrupule cette techique dont on nous fait pourtant croire qu'elle doit la condamner et douter de son efficacité. En outre, eu égard à l'expérience de Vincent et son self-control, on l'imagine tout de même assez fin dans ses stratégies. Dans ce contexte, préparer le siège du recruteur me parait plutôt grossier. Certes, il sera face à lui, mais il aura commis un acte trop basique de frotte-manche. Je n'y crois pas.
Et puis, à la fin on nous annonce que Violette est attachée à ses principes sans doute surannés et on irait presque jusqu'à deviner qu'elle va partir élever des moutons à la campagne.
Cette double psychologie contradictoire de Violette me laisse une forte impression d'incohérence qui ne me permet pas de croire à l'histoire.

Je regrette un peu un certain manque de "vivant" dans le déroulement ainsi que dans l'écriture.

Il n'empêche que j'ai lu assez agrablement cette nouvelle jusqu'à son terme.

   Anonyme   
20/2/2010
 a trouvé ce texte 
Bien +
Cette Violette qui s'en va, toute seule, et libre, moi j'aime bien. Deux lectures et au final mon commentaire. Une écriture presque naturaliste pour une nouvelle intéressante et qui dans sa construction tient largement la route.

   marogne   
1/3/2010
 a trouvé ce texte 
Bien -
Etonnant cette nouvelle, surtout la fin ; car celle qui s’en va, le fait-elle parce ce que le film qu’elle se monte est réaliste ? Où parce qu’elle renonce à la première difficulté. Son monologue final est aussi ambigu, elle pare de tous les vices son « adversaire » pour se donner le bon rôle, celle qui travaille, elle, pour la société, intègre, efficace, ……

Etonnant car la construction est telle que l’on aurait tendance à être plutôt du côté de cette « violette », et pas que la construction, ce qu’elle pense pourrait presque la faire apparaître comme la victime d’un management au stress, mais in fine, c’est elle qui accuse sans savoir, c’est elle qui trouve dans tout ce que dit l’autre du négatif, c’est elle qui est vulgaire (l’épisode de la soirée), c’est elle qui par peur de perdre abandonne à son triste sort cette école de formation. Oui, il en est beaucoup de ces gens qui se parent d’une vertu usurpée, et qui veulent cacher derrière la pureté de leurs actions, une incompétence criante. Ca peut aider….

En tout cas cette nouvelle l’illustre de manière claire.


Détails :
• je ne pense pas que l’on puisse dire que « son but est de les respecter », que les respecter soit sa tactique de vente, sans doute, mais le but est in fine de vendre.

 

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