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Sentimental/Romanesque
Bellaeva : Le souffle [concours]
 Publié le 22/03/14  -  13 commentaires  -  8328 caractères  -  123 lectures    Autres textes du même auteur

Hier et demain…


Le souffle [concours]


Ce texte est une participation au concours n°17 : On connait la chanson ! (informations sur ce concours).




Chaussures de marche, bitume brillant, pluie, soleil, mon œil fixe le prochain virage dans l’espoir d’un nouvel horizon. Mes pieds me brûlent, mes jambes ont la faiblesse du coton. Je ne voulais pas faire d’auto-stop, trop dangereux pour une femme seule crient tous les faits divers, et toi, tu cries plus fort encore. Tes mots s’éternisent au fond de mes oreilles. Mais non, tout ira bien, faire confiance, me faire confiance, tout est là. Mon pouce se lève aussitôt, pouce à toi, pouce à tes mots. Bras écartés, je rends grâce au vrombissement d’un camion qui peine dans la côte, m’asseoir enfin, sur autre chose qu’une souche détrempée ! Le semi-remorque annonce son arrêt dans un crissement de freins, de gerbes d’eau et de volées de brindilles. Un dernier effort pour soulever mon sac à dos qui me scie les épaules, et me voilà hissée dans la cabine chauffée, accueillie par un : « Alors ma p’tite dame, on se fait la route ? »


La malle, tu veux dire mon gars, la malle, oui, je me la fais !


– Bonjour monsieur, vous pouvez me déposer au prochain bourg ?

– Ouais, ça peut se faire… Mais vous allez me causer, hein ! Je fatigue, là, et…


Je l’écoute parler, je me laisse aller à la douce chaleur, au bercement des suspensions, à ses mots à lui qui glissent, qui ne se logent pas dans les recoins de mon corps comme les tiens, parasites tenaces. Mes yeux mi-clos balayent la forêt irisée de rayons de soleil couchant. Un arbre mort couronné de champignons triomphants se plante dans mon regard. Oui, je reçois le message : si on ne fait pas attention, notre vie se fait aspirer ailleurs.


– Hé, réveillez-vous ! On y est ! Vous parlez d’une compagnie ! Allez, bon vent !


Les routiers sont sympas.


+++


Je pousse la porte du café-restaurant « Chez Paulette », le carillon résonne, c’est la madeleine de mon enfance. Ma grande sœur, derrière son comptoir, essuie les verres d’une poigne énergique. Ses yeux bleus se lèvent et me transpercent, me voilà piquée comme un papillon dans son cadre. Petite fille, je ne leur échappais jamais. Longtemps, j’ai cru qu’elle voyait à travers les murs, mes cachettes les plus ingénieuses étaient vite découvertes.


– Bah ! Qu’est-ce que tu fais là, toi ?


Ça y est, j’ai cinq ans.


– Je…


Elle me détaille des pieds à la tête, s’arrête sur la bosse que fait mon sac à dos. Ses yeux fouillent au loin le parking déserté à cette heure. Le sable envahit les emplacements, un jour tout disparaîtra, le restaurant et mon enfance avec.


– Qu’est-ce qui se passe ?

– Rien…

– Comment ça, rien ? demande-t-elle en se rapprochant et s’essuyant les mains dans son torchon. Tu es venue à pied avec un sac à dos, toi ? Ne me dis pas qu’il ne se passe rien. Déjà le train c’est pas ton truc, alors à pinces… Tu divorces, c’est ça ? Non, ne me dis pas que c’est ça, hein ?

– Non.

– Il ne te bat pas, au moins ?


Ses déductions tombent comme des petits coups de hachoir. Aînée de six enfants et fille de restaurateurs, elle n’a jamais su perdre de temps. Moi non plus, pas pour les mêmes raisons, pas de la même façon.


– Mais non…

– Bref, il y a de l’eau dans le gaz…

– C’est pas ça… Qu’est-ce que je fais là, moi ? Pourquoi suis-je venue chercher une réponse, ici ? Que peut-elle comprendre ? Nos vies sont si différentes, pourtant la mienne est née dans son adolescence. Justement. J’ai trop posé mes pas dans les siens. Cela doit s’arrêter, j’ai ma propre route à faire. C’est comme avec lui… Je ne sais pas, j’ai eu besoin de partir, voilà.

– Quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire ?


Ses sourcils inquisiteurs se froncent et pincent ses rides frontales. Elle s’énerve. Mon ventre se serre.


– Un souffle intérieur qui me pousse…

– Un souffle ?


Je regarde ses mains gonflées et rougies par l’eau froide. J’ai honte. Qu’est-ce que je viens l’embêter avec mes soucis existentiels, elle qui a tant de mal à subsister. Elle s’assoit en équilibre sur une fesse prête à se relever. Son œil bleu s’adoucit, il me saisit et me réchauffe. J’ai appris toute petite à savourer pleinement ces secondes de tendresse.


– Je suis perdue, je n’en peux plus de ma vie, j’ai l’impression de rater quelque chose, je ne sais pas quoi…


Elle s’est levée, déjà, et m’assène sèchement :


– Mais ton mari ? Qu’est-ce que tu en fais ? Où est-il ?

– Je ne sais pas…

– Qu’est-ce que c’est que cette histoire de souffle ?

– Oui, oui, un souffle qui m’emporte et me porte… C’est fort, si tu savais…

– Bon, tu veux manger quelque chose ? J’allais fermer et…

– Si tu veux…


Elle est déjà dans sa cuisine. Quelle fichue habitude, elle ne finit pas ses phrases et construit les miennes. Toutes mes frustrations d’enfance refont surface. Je sais, je suis injuste.

Je me retrouve dehors sans comprendre, c’est encore un coup du souffle, sans doute.


+++


Me revoilà sur la route, poussée par une bourrasque dans un chemin creux. Herbes hautes, tourbillons de sable et glapissement des vagues au loin. La plage m’apparaît dans des lueurs argentées et écumantes.


Vais-je dormir là ? Jamais. Là, ici, toute seule ? Jamais !… Peut-être…


Une anse de rocher ressemble à une chambre acceptable. Je respire l’haleine de la mer. Mon regard se perd dans la Grande Ourse, les étoiles m’emmènent dans leur trajectoire et je poursuis la Lune dans sa course.

D’une main, je farfouille dans la poche de mon sac à dos. Mes doigts ont saisi un sac plastique. Du pain, une boîte de pâté, j’ai faim. Je mastique en regardant la nuit, je bois en me noyant dans les galaxies. C’est bon d’être là, seule, sans toit, sans toi.

Un air léger enrobe ma solitude.


Et si, si je me baignais… Nue ? Oh non, jamais. Peut-être…


Une impulsion me pousse, je me dépouille de mes tissus, non, je les arrache, me voilà nue. Il faisait chaud, il fait froid. Je cours. Le vent me porte, me pousse, me bouscule, il m’entoure, il m’encercle, il me caresse, il me mitraille de sable, je ris…

Je hurle les pieds dans l’eau. Elle est froide, mais non, elle est glacée. Je continue. Je continue. Mes jambes, non, elles ne veulent plus de moi. Tu es folle. Jusque-là, on te faisait confiance, dans ton ennui, tu nous caressais de crème et de chaleur. Qu’est-ce qui te prend ? demande mon corps pour mes jambes. Tu as une maison, un homme qui t’aime, te cajole et te fait l’amour… Ton destin était tracé. Et là, tu te jettes dans l’eau froide, tu fuis, tu cours dans la nuit, tu vas tout perdre. Tu es folle à lier.


Folle ? Vivante, oui ! J’ai l’impression que toutes les carapaces qui me compressaient craquent les unes après les autres.

Ça y est, la chaleur de l’eau étreint ma propre chaleur, ça valait le coup, elle est bonne, sens comme elle est bonne, mon corps. Tu ressens cette liberté dans toutes tes cellules, dis, tu ressens ? Quelle détente, c’est la première fois ! Plus d’entraves, je largue les amarres.

La planche sous les étoiles, n’est-ce pas divin ? Jamais fait, encore. Regardez, mes yeux, regardez la Lune, regardez le ciel… regardez… L’univers est là, pour moi, pour moi seule. Tout cet espace, pour moi.

Perdue, désorientée à me laisser voguer, je cherche à reprendre pied. Le ciel se couvre. Le vent se lève. J’ai froid à nouveau. Je marche vers le sable sec et m’écorche le pied sur un rocher. Une minitornade vole sur la plage, renverse mon sac à dos. Mes vêtements s’affolent et flottent en s’agitant comme des épouvantails, mes livres sont emportés au loin, mon journal, non pas mon journal, c’est tout ce qui reste de mon passé… de toi, de nous… Mon sac se vide dans le vent… Je ne pourrai pas tout rattraper, j’ai des choix à faire. Mes vêtements d’abord, c’est le présent, tant pis pour le passé. Tant pis pour nous, promis, je garde des poussières de toi. Il y aura autre chose demain ou pas, on verra.

Sous la Lune, dans le vent, je danse, je tourne, je vire, je volte, bras tendus vers le ciel.

Je n’ai plus peur de la route, le vent m’emporte vers un autre destin…



La chanson, c'est : « Le vent nous portera » de Noir Désir.


 
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   socque   
10/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai plutôt aimé ce début d'errance, cette promesse d'une vie nouvelle, précaire, mais trouve que la fin appuie trop sur le côté "elle trouvera son équilibre dans le déséquilibre permanent qu'est la marche" : à partir de "Tant pis pour nous, promis", pour moi le texte est trop fermé, me guide trop vers la conclusion attendue, la narratrice tourne et vire, elle va vers son destin. En gros, pour moi, c'était déjà dit avant.

Sinon, le côté "fleur de peau" et impulsif de la narratrice me paraît convaincant, ainsi que l'incommunicabilité qui paraît marquer ses interactions avec les autres. L'interpellation du corps à la narratrice qui se met à refuser le confort me semble manquer de subtilité.

P.S. : Je n'ai pas du tout compris de quelle chanson s'inspirait le texte, mais cela ne m'a pas gênée.

   jaimme   
22/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La chanson est dans la dernière phrase, non?
J'ai beaucoup, beaucoup, aimé.
Et là c'est dur de commenter. Quand on relève des défauts c'est nettement plus facile. Mais des défauts je n'en ai pas vus. Un texte court, pour moi, c'est exactement cela quand il est réussi: chaque phrase ou presque est parfaitement placée et rehaussée de petits bijoux de justesse, de poésie et d'explications nécessaires distillées.
Cette femme n'est pas n'importe quelle femme: elle a une histoire, mais inutile d'en savoir trop, elle est juste dans son burn out (expression à la mode), sans doute sentimental puisqu'elle n'évoque pas son travail.
Quelques lieux (trois) et tout est dit. Vers la fin on a peur qu'elle se suicide, mais non, sans doute pas, du vent, de l'eau froide, se retrouver...

Jaimme

   Bidis   
22/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Dès le début, tout est bien mis en place. Et l’on entre dans un grand texte. Le souffle du titre le balaie, nous ébouriffe au passage. Et cela se termine dans une sorte d’apothéose qui reste dans l’esprit après lecture

   Acratopege   
22/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai bien aimé l'écriture rapide et cahotante de ce texte au souffle court qui nous entraîne vers on ne sait quoi, la mort? une vie nouvelle? Mais quelque chose m'a empêché de m'y plonger vraiment, que j'ai peine à identifier. Peut-être une certaine discontinuité entre les scènes, celle du camionneur, de la rencontre avec la sœur, de la solitude sur la plage. La première laisse présager un road-movie, la deuxième évoque une tranche de vie familiale, la dernière s'envole avec un certain lyrisme. J'ai peiné un peu pour les coudre ensemble. Un texte si court, je l'aurais préféré d'un seul bloc, sur un seul ton.
Je n'ai pas reconnu la chanson, mais qu'importe, merci pour ce moment de renaissance, chacun en a besoin...

   Pepito   
24/3/2014
Forme : une jolie écriture. Pour chipoter:

"Un arbre mort ... se plante dans mon regard." je me suis demandé si c'était une allusion volontaire à la célèbre paille/poutre
"les carapaces qui me compressaient" le verbe ne m'a pas plu, je ne sais pourquoi exactement

De jolies formules :
"La malle, tu veux dire mon gars, la malle, oui, je me la fais !"
"elle n’a jamais su perdre de temps" çà c'est vraiment très bon

Fond : Je passe sur le sent/rom pur jus, pas mon thème préféré.
"– Un souffle intérieur qui me pousse… C’est fort, si tu savais…" et nian, nian, nian, j'en ai avalé la moitié de mon cigare. Reste plus qu'à attendre la fin de la "boîte de pâté". Enfin, l’héroïne a au moins remarqué que sa frangine avait les mains rouges, tout n'est pas perdu...

Excellente description de la relation sœur aînée/sœur cadette.
"Elle s’assoit en équilibre sur une fesse prête à se relever." bien vu la position, classique du "petit commerce"
"à ses mots à lui qui glissent, qui ne se logent pas dans les recoins de mon corps" ben les routiers sont vraiment sympas chez vous et poètes en plus. Remarquez j'en ai bien "un", quelque part, qui fait de la danse classique.;=)

Merci pour la lecture

Pepito

Edit : ayé, ai trouvé :"oppressaient" à la place de "compressaient" m'uspluplu.

   placebo   
22/3/2014
 a aimé ce texte 
Un peu
Ah oui, heureusement que jaimme est là, je serais passé à côté du titre sinon.

J'ai été très désorienté par la fin brutale du texte, pour moi il laissait la place à bien plus de développement. Pour une fois je me retrouve dans cette expression "laisser sur sa faim", j'avais envie d'en lire plus.

Cette narratrice a un côté mi-attendrissant mi-agaçant (très masculin comme réflexion je pense) dans ses attitudes. Le rapport à la sœur est effectivement bien transcrit, j'ai retrouvé quelques éléments semblables à celui entre mon frère et moi.

Mais globalement, je n'ai pas le sentiment d'avoir lu une histoire, désolé…
Bonne continuation,
placebo

   costic   
23/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour !
Vraiment touchée par cette nouvelle qui sait, dans un souffle, faire émerger ce noir désir qui nous étreint parfois.
Désir injustifié ou injustifiable de fuir, ailleurs, loin. Désir déraisonnable, désir dompté par la narratrice en cavale.
J’ai accroché dès le début et jusqu’à la fin j’y ai cru à cette aspiration à tailler la route. L’identification a pour moi parfaitement fonctionné.

La description de la sœur me semble parfaite, une perle, (sans doute parce que j’ai la même avec les mêmes yeux et qui me ramène immanquablement à mes cinq ans.)
Champ sémantique du vent de l’aérien bien présent.
De plus j’adore la chanson « le vent l’emportera », son refrain entêtant va encore me tenir compagnie un moment.
Petit moins pour : « seule, sans toit, sans toi. » Un peu classique et pourtant assez juste dans le contexte, et pour « je volte »pour sa sonorité un peu lourde.
Merci pour cette interprétation juste, précise et pertinente de la tentation d’un ailleurs aérien.

   Perle-Hingaud   
23/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Bellaeva,
Une jolie histoire inspirée par une chanson qui emporta nombre d’entres nous… J’aime particulièrement la scène entre les deux sœurs : c’est, selon moi, le meilleur passage de la nouvelle. Les attitudes, les gestes, expliquent mieux que les mots la relation complexe entre elles. Je pense qu’à partir de ce passage, il y a matière à poursuivre une autre histoire. J’ai moins aimé la dernière partie, la baignade nue au clair de lune, l’apostrophe à son corps… trop lyrique pour moi, je suppose. Mais je n’ai aucun sens poétique, c’est bien connu ! L’image du passé qui s’envole avec le journal, du présent qu’elle choisit, est bien vue. Cette femme, à la fois fleur bleue et si terre à terre, fragile et déterminée, est attachante, très humaine finalement dans ses enthousiasmes d’ado rebelle dans un corps déjà mûr. Merci pour cette lecture !

   senglar   
24/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Bellaeva,


Je n'ai pas reconnu la chanson (C'est pourquoi je n'ai pas mis TB) mais l'histoire est belle.

"Les routiers sont sympas" : tout un symbole, se désencarcanner de l'amour étouffant du mari, de la grande soeur. Se baigner nue dans la mer en laissant son journal intime dans le sable et le vent... et se laisser aller à la route, sans peur, "Les routiers sont sympas" !

Jouvence !... Votre héroïne est redevenue une jouvencelle !

brabant

   fergas   
26/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Bellavea,

Eh bien, encore une fois, je n’ai pas pu déterminer la chanson dont il s’agissait. Les autres commentateurs sur Oniris sont bien plus futés que moi.
En regardant les paroles de Noir Désir, je trouve qu’elles n’ont que très peu de sens. Elles ont peine à accompagner la musique, qui, elle, est de qualité.
Si je devais faire un parallèle avec ce texte, je choisirais plutôt le cinéma avec « Lulu femme nue », un road-movie envoutant, où Karin Viard se montre remarquable.
Votre récit se suffit bien à lui-même, et on se sent de l’empathie pour l’héroïne. La rencontre avec la sœur est particulièrement bien observée.
Deuxième temps fort : la libération finale qui nous emporte irrésistiblement, en même temps que celle dont on ne connaitra pas le nom.
Très belle écriture.

   Alice   
26/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime le ton chantant, à la fois fuyant (à l'image de l'héroïne) et formidablement tangible. Le passage de la baignade est à mon sens le meilleur (bien qu'on retrouve des perles partout ailleurs) parce qu'on y sent pleinement tout l'esprit de la nouvelle. Sans questionner la pertinence de cette dernière dans son entièreté, je dirais que ce simple passage se suffit à lui-même. J'apprécie le style tout en jeux de mots subtils, le "toi" devenant "toit" étant mon préféré.
Mon seul commentaire négatif concerne la fin de l'histoire. Elle m'a un peu déçue, parce que j'avais l'impression que les deux paragraphes précédents garantissaient davantage, ouvraient la voie à une formule un peu plus percutante. D'une certaine façon, je verrais mieux la nouvelle se terminer avec l'avant-dernière phrase.
Dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé, bravo et merci pour cette nouvelle!

   Ninjavert   
5/4/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Pour moi qui ne sais pas être concis, je suis impressionné par la quantité de choses que tu fais passer dans un texte aussi court :) (d'autant que je sais que tu as dû le rallonger)

Intrinsèquement, j'ai un peu le même sentiment que Cebo : j'ai manqué de consistance dans l'histoire. Ca ne remet pas en cause la qualité ni les choix de l'écriture, c'est juste pas trop mon type de récit : trop contemplatif, trop introspectif... je ne sais pas trop.

Pour le reste c'est parfaitement écrit. Comme Pepito, j'ai adoré certaines formules ("elle n'a jamais su perdre de temps"... "c'est bon d'être là, seule, sans toit, sans toi"), moins d'autres.

(Le "compressent" des carapaces, pointé par Pepito, ou le "crient tous les faits divers". Je vois bien le jeu avec le "et toi tu cries plus fort encore", mais crier ne me semble pas convenir avec les faits divers, j'aurai plus vu un truc du style "martèlent")

La première partie m'a semblée très bonne. Tu nous en livres juste suffisamment pour qu'on comprenne ce qu'elle fait là, sans trop connaître les raisons. C'est précis, c'est visuel, et ça sonne juste aussi bien dans les situations que dans les sentiments.

La deuxième partie m'a un peu moins accroché. Pour autant, comme les autres j'ai trouvé le rapport entre les deux sœurs parfaitement mis en scène, juste et sincère. Mais je ne sais pas, ça vient peut être de la (trop grande ?) brièveté du texte, certaines transitions m'ont semblé trop raides, trop brutales. Notamment dans le dialogue. Par exemple :

"Bon tu veux manger quelque chose ? J'allais fermer et..."

Que la grande sœur n'attendent pas le "si tu veux" de sa frangine pour repartir dans la cuisine, ça me plaît et ça colle parfaitement avec "sa manie de ne pas finir ses phrases". Pour autant, je ne vois pas quelqu'un s'interrompre au milieu de "j'allais fermer et..." C'est juste la phrase coupée qui me semble mal choisie.

Y a dans cette deuxième partie quelques petites maladresses de ce type qui m'ont un peu dérangé dans ma lecture, même si ça ne m'a pas empêché de comprendre quoi que ce soit.

Mais je trouve que le passage est un peu court. Autant la première partie n'avait pas besoin de plus au vu de l'action (elle se fait la malle, pas besoin d'en savoir plus) autant la deuxième partie m'a semblé trop ou pas assez longue. Elle est suffisamment longue pour planter le rapport entre les deux sœurs et décrire leur relation (admirablement bien en si peu de mots !) mais vis à vis du reste de l'histoire c'est un peu léger. Pourquoi est-elle venue voir sa sœur ? Pourquoi repart-elle si vite ? Sa visite lui a-t-elle fait du bien ?

... on en sait rien. Il y a d'autres flous dans le texte qui sont très bienvenus, mais la zone d'ombre autour de cette scène m'a semblé trop importante.

La dernière partie, si elle est également très bien écrite, me laisse un peu dubitatif.

"Vais-je dormir là ? Jamais. Là, ici, toute seule ? Jamais !… Peut-être…"
"Et si, si je me baignais… Nue ? Oh non, jamais. Peut-être…"

Le principe de la répétition est rigolo, et si le cheminement de pensée, de la certitude à l'acte (car l'hésitation est ici simulée) est sympa, c'est trop rapide à mon goût. Bien sûr, le texte est extrêmement court et détailler plus avant ce type de réflexion aurait déséquilibré l'ensemble. Pour autant, ici c'est trop court pour que j'y croie en l'état. Et si j'y crois pas, j'accroche moins :)

J'ai le même sentiment de partage sur les autres éléments de sa perception, comme l'eau glacée qui devient chaude (mon côté frileux ne m'aide pas à imaginer la chose).

Des dernières phrases du texte, celle-ci est de loin celle que je préfère :

"Je ne pourrai pas tout rattraper, j’ai des choix à faire. Mes vêtements d’abord, c’est le présent, tant pis pour le passé."

Le reste est un peu trop lyrique à mon goût. C'est joli à lire, c'est parfaitement écrit, mais ça manque de spontanéité vis à vis de la situation. C'est ce qu'elle écrirait dans ses mémoires, pas ce qu'elle se dirait sur l'instant. Alors que cette phrase, ce petit moment de Carpe Diem illustré par le choix des vêtements, je le trouve superbe de spontanéité.

Je n'avais pas reconnu la chanson de Noir Désir, et même en le sachant j'ai un peu de mal à raccrocher le récit au paroles, au-delà du vent qui nous porte, comme le souffle pousse notre héroïne.
Dans le récit, cette idée du souffle ne m'a pas trop convaincu.

Je l'ai trouvé convaincant au départ : elle part, sans trop savoir pourquoi, sans trop savoir où. On ne sait pas si elle fuit ou cherche quelque chose. Là oui.

Sa tentative de l'expliquer à sa sœur ne m'a pas convaincu, en tout cas pas plus qu'il n'a semblé la convaincre elle. Autant je pourrais avoir le sentiment d'être "poussé par le vent", autant l'idée d'un "souffle intérieur" j'ai du mal. Peut être parce que physiquement, j'ai l'impression qu'une pression doit venir de l'extérieur. Un souffle intérieur m'entraînerait plus qu'il ne me pousserait, selon moi. (Je chipote sur la formule, mais ce n'est pas ça qui ne m'a pas fait accrocher à l'idée, plus la description qu'elle en donne).

Sur la fin, je comprends que ce souffle l'entraîne à avancer, à se remettre en question (au travers d'exemples concrets : dormir seule ici, se baigner nue...) mais tout ça est trop rapide pour rendre vraiment crédible une quelconque résistance. J'ai plus eu l'impression de me regarder sur internet, en train de me dire "non j'ai pas besoin de ce truc" avant de cliquer sur "acheter" que de la voir en proie à un vrai conflit intérieur.

Mais tu reboucles sur le vent à la fin, c'est bienvenue et on ne peut que lui souhaiter qu'il soit bon, le vent. Car nous aussi on est sympa.

En résumé c'est trop court pour moi, et trop introspectif (ça manque de récit, d'histoire). Mais ça ce sont des goûts très personnels qui n'ont rien à voir avec le texte. Si je mets de côté toutes les chipouilles que je viens d'énumérer, je reste admiratif de ta façon de rendre aussi vivant et touchant un personnage en si peu de mots.

Bravo et merci de m'avoir porté d'un bout à l'autre de cette petite histoire, avant que je n'aie le temps de reprendre mon souffle :)

   Robot   
7/4/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est le côté voyage qui a retenu mon attention, comme une initiation libératrice. Je ne connaissais pas la chanson mais cet après vie, cette nouvelle vie trouvée sans vraiment la chercher a retenu mon attention pour l'histoire de cette femme qui se libère de contraintes qu'elle même s'était infligée. J'ai apprécié l'écriture, à part les quelques dialogues qui m'ont semblé survolé et peu nécessaires en fait.


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