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Humour/Détente
BGDE : La benoite rampante
 Publié le 16/10/11  -  10 commentaires  -  9880 caractères  -  101 lectures    Autres textes du même auteur

C'est la mésaventure d'une fleur trop jolie à qui on n'avait pas appris à faire la belle.


La benoite rampante


Les ombres de la nuit faisaient grise mine. Elles desserraient leur étreinte céleste, puis s’éclipsaient, à regret, bourrées de souvenirs obscurs. Au loin, des lueurs lunatiques, inconstantes et batailleuses, sautillaient tout en s’éparpillant au-dessus de l’horizon naissant. Le chuchotis ronchon du maigre ruisselet ne se le fit pas dire deux fois. Il s’assoupit, de bonne grâce. Et se tut, jusqu’au soir. Aussitôt, l’eau se souvint de tout ce qu’il y avait à faire. Et pour se donner du courage, elle entonna l’hymne du renouveau. Elle attaqua de toutes ses forces une guirlande de hourras audacieux qui acclament, chaque jour, en cet instant divin, la résurrection de l’aurore. C’est alors que la benoite rampante se dressa avec une violence inouïe au-dessus de la morne pierraille. Les alentours n’en crurent pas leurs yeux. Ils vérifièrent si par mégarde ils n’avaient pas fait un écart en déviant quelque peu durant la nuit. Mais non, c’était bien la benoite rampante. Elle commençait sa nouvelle vie. Ça l’avait travaillé depuis quelques semaines. Depuis sa rencontre avec la marmotte rêveuse.



Il faut savoir qu’en temps normal, elle est belle et humble à la fois, la benoite rampante. Pas du tout coquette. Soignée, sans plus. Elle ne fait vraiment pas de chichis. Encore que, si les feuilles aux contours ondulants se prélassent et prennent la vie du bon côté, les fleurs dorées mais simplettes, elles, font tout leur maximum pour consoler les éboulis endeuillés de solitude. Elles embellissent la rocaille, uniquement celle qui est laide et peu avantagée par la nature. C’est leur vocation. Elles exercent leur sacerdoce avec une volonté farouche, beaucoup de goût et un sens élevé du devoir. Elles luisent, de très loin, dès les premières indiscrétions du petit jour, jusqu’aux émois du soir. Presque, en rougiraient-elles de fierté, les pauvrettes, mais elles sont jaunes, jaune auréolin, pour être précis, parce que nacrées de soleil. Et pour rien au monde, elles ne changeraient de couleur. Elles consacrent la journée entière à parsemer d’étoiles d’or des débris cafardeux et des gravas crasseux. La benoite rampante se tient au ras du sol dans les pierrailles les plus disgracieuses de la moyenne montagne. On ne la distingue que si on y regarde de près. Elle n’est pas là pour parader, la benoite rampante. Seulement pour décerner un peu de dignité à des lieux de désolation. Les reflets de la benoite rampante flamboient. Et ils sont omniprésents. Parce qu’elle a un secret pour être chétive et universelle à la fois. On pourrait croire qu’elle a le don d’ubiquité. Non, c’est tout à fait autre chose. Son truc, c’est le stolon. La benoite rampante est une virtuose de la multiplication par stolons. Elle est probablement à l’origine de cette stratégie qui remonte au commencement de la vie végétale. Aujourd’hui, la pionnière compte de nombreux disciples prestigieux, à l’instar du fraisier qui s’est approprié le mérite de la trouvaille et bénéficie d’une gloire usurpée. La définition que donne le dictionnaire est la suivante : le stolon est une tige secondaire de certaines plantes qui court à la surface du sol et s’enracine de place en place pour produire de nouveaux pieds par marcottage naturel.



Rien n’aurait changé si une marmotte rêveuse n’était pas venue voir de près. Une marmotte rêveuse, facilement charmée par de petits riens et qui de surcroît aime le beau. Elle consacra une matinée entière à examiner, en silence, sous toutes ses coutures, la benoite rampante qu’elle n’avait, jusqu’alors, jamais remarquée. D’ailleurs, elle s’en était excusée à grands renforts d’attendrissants regrets. Et de trouver les fleurs tellement mignonnettes. Des chignons déglingués, enrubannés de délicats entrelacements, en désordre, blottis dans de minuscules calices dorés. Six pétales, gaillards et flambants neufs, montent la garde, tout autour, prêts à en découdre avec les feux d’un soleil conquérant qu’ils ne quittent jamais des yeux. Et de trouver les feuilles tellement simplettes. Et bien guillerettes, aussi, avec leur drôle d’air penché. Prêtes à rendre service, tout le temps, il faut bien le reconnaître. Chacune partage avec l’une de ses voisines l’ombre qu’elle reçoit de celle qui est juste à côté.


- Mais qu’as-tu, à la fin, à me dévisager depuis tout ce matin ?


À midi, en montagne, l’univers fait une courte pause. La benoite rampante avait attendu ce moment irréel pour réagir. En fait, elle s’était bien rendu compte, plus ou moins confusément, qu’il se passait quelque chose d’insolite. Mais elle était bien trop occupée. Tous les jours, c’est pareil. Elle n’a pas une minute à perdre. Se régler, millimètre par millimètre, sur le soleil, pour capter, à chaque instant, toute la brillance de l’astre, ne souffre aucun relâchement de la vigilance. Car la benoite rampante déteste l’à-peu-près dès qu’il s’agit d’ensoleillement. C’est une question de surexposition sur laquelle elle ne transige pas. Pour elle, c’est vital. Elle doit faire sans cesse le plein d’énergie. Ce n’est pas tout. Elle est dans le même temps accaparée par une seconde mission, tout aussi primordiale que la première et, qui plus est, l’oblige à prendre radicalement le contre-pied de sa fascination du ciel. À tel point, que dès l’adolescence, elle pratique le dédoublement de la performance avec une maîtrise magistrale. C’est qu’elle partage une relation de très grande intimité avec le sol. Elle ne le lâche pas une seconde. Elle le parcourt, le tâtonne, l’évalue, s’enquiert de son état et va jusqu’à le pénétrer, ici ou là, pour que ressurgisse, au prochain anniversaire, l’incroyable descendance.


- Tu es belle ! Magnifique ! Superbement magnifique ! Je ne comprends pas. Être aussi belle. Être aussi belle et rester à l’écart du monde. Dans les endroits les plus moches de la montagne, en plus. Mais pourquoi ? À quoi ça te sert d’exister ? Ça me revient maintenant, je t’ai croisée au Tuc du Vilain et au gué du Malbâti aussi. Ah oui ! Je m’en veux. Je n’avais pas remarqué ta beauté. Incroyable ! J’ai bien été sotte.


La marmotte rêveuse, n’est pas baratineuse. Elle ne s’exprime que dans des occasions qui en valent vraiment la peine. Deux ou trois fois par an. Uniquement. À peine quelques mots. Que pour faire des louanges, du reste. Chaque fois des compliments justifiés. Jamais pour autre chose. Puis, elle retourne chez elle et retrouve le train-train de son existence. La benoite rampante avait fait la sourde oreille. Mais elle avait tout entendu. Depuis ne cessèrent de s’inviter des clins d’œil aux contours farfelus qui à tout moment, sans en avoir l’air, taquinaient ses certitudes et ses habitudes. Ce n’étaient pas à proprement parler des pensées expresses qui auraient pu donner à réfléchir ; non, tout au plus, des arrière-pensées sans queue ni tête, et sans but précis qui passaient par là, incidemment, histoire de se divertir. D’ailleurs, bien vite, elles devinrent moins nombreuses et disparurent définitivement. Au profit, il faut bien le dire, de diables de voix qui prirent la fâcheuse habitude de rappliquer de plus en plus souvent. Et me revoici et me revoilà et je reviens te faire un coucou et j’insiste et tu as tort de ne pas m’écouter. Des balivernes qui disaient la même chose, à mi-voix, d’accord, mais à force, la sempiternelle répétition fit boule de neige et prit peu à peu de l’importance. Tellement que la rengaine en devint légitime et se transforma en obsession. Oui, et pourquoi pas. Après tout, elle avait bien le droit. Elle se montrerait à tout le monde. Ce n’est pas un crime. On viendrait la voir de loin. On l’aimera. On l’appréciera. C’était pas bien compliqué. De stolon en stolon la benoite rampante eut vite fait d’aller voir du côté du mont d’Or. Il paraît qu’il y a un sentier qui est fait pour. Il est très prisé par de nombreux randonneurs. Ils regardent partout. Tout le monde la verra. On prendra plein de photos. S’il faut, elle sera encore mieux en photo qu’en naturel. Son portrait fera la une des journaux spécialisés. Certains amateurs éclairés viendront faire des vidéos. La benoite rampante se dressa avec une violence inouïe au-dessus de la morne pierraille pour s’orienter. Elle eut vite fait de se repérer et de se choisir une place de roi aux abords immédiats du mont d’Or.


- Et qu’est-ce-que tu fais là, toi, nigaude ?


C’était le cirse laineux. Chez le cirse laineux tout est beau. Ce sont les fleurs qui captent les premières le regard. Les feuilles, c’est bien après. Les fleurs du cirse laineux n’ont pas leurs pareilles pour menacer et séduire en même temps. Aucunes autres fleurs ne leur ressemblent. Elles forment, ici ou là, des petits commandos de choc. Des plumeaux en ordre dispersé, surmontés de toupets poilus, couleur byzantin ou orchidée, satinés, toujours aux aguets. Des frères d’armes sans cesse prêts au combat. Ces touffes guerrières se quillent dans les airs, stoïques et altières, empalées à des hallebardes couleur chlorophylle. Même les feuilles équipées de redoutables canifs dissuadent autant qu’elles plaisent. Excepté pour les ânes qui apprécient le cirse laineux pour ses qualités gustatives particulièrement exceptionnelles. C’est bien connu, ces animaux raffolent de chardons de tous poils.


Le cirse laineux insista, autant qu’il put.


- Mais qu’est-ce-que tu viens faire là ? Tu n’es pas du tout à ta place. Tu n’es pas équipée pour faire la belle, voyons. Repars ! Vite ! Crois-moi, c’est ton intérêt. Plaire, ça s’apprend. Il y a un vrai savoir-faire. Il faut de l’entraînement. C’est une technique risquée. C’est même une science. C’est la connaissance des invraisemblances.


Elle était si gentille et si douce la jeune fille qui vint à passer par là. Elle se baissa, fit son plus joli sourire à la benoite rampante, puis la cueillit, délicatement, pour la glisser, prestement, dans ses cheveux bruns.


 
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   socque   
16/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Une jolie histoire, très jolie, desservie selon moi par trop de bavardage, des redondances (je donne un exemple ci-dessous). Déjà, je dois dire que le premier paragraphe m'a fort déplu, je l'ai trouvé pompeux, pédant, avec une fausse légèreté.
Le deuxième, au contraire, je l'ai beaucoup aimé, avec cette description attendrie et savante de la Benoite rampante. Ensuite l'histoire s'est poursuivie, et vraiment je l'appréciais mais en même temps m'impatientais de la voir patiner de la sorte, s'attarder sur des détails qui, selon moi, la parasitaient ; la marmotte rêveuse, par exemple.
Je pense donc que le texte gagnerait beaucoup à se concentrer sur la Benoite rampante et le Cirse laineux ; les plantes, quoi, à mon avis vous avez un vrai talent pour les faire vivre.

"Ce n’est pas tout." : cette phrase me paraît redondante ici, je trouve qu'elle brise le rythme.

   placebo   
3/10/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Éclater un peu les paragraphes aurait facilité ma lecture, je pense. Je ne comprends pourquoi les deux dernières phrases, qui semblent faire partie d'une description, portent des tirets de dialogue.

Bien aimé le texte. Je suis allé voir des photos de cette benoite, après :)

Le début m'a semblé un peu trop recherché dans ses formules. "leur étreinte céleste" est un peu lourd. "Le chuchotis ronchon du maigre ruisselet ne se le fit pas dire deux fois" le passé simple est étrange après "soleil naissant" : ce dernier ne marque pas suffisamment la rupture temporelle. "les éboulis endeuillés de solitude" : la perte de quel être pleurent-ils ? "Les reflets de la benoîte rampante flamboient" un peu lyrique.

Parallèlement, la description de la benoîte intéresse, la marmotte apporte un tournant (annoncé mais attendu), les pensées trottant dans la tête sont bien rendues, la fin arrache un sourire tant ce chardon semblait orgueilleux.

Un bon texte au final, je regretterai juste le début un peu trop "poétisé".
Bonne continuation,
placebo

   Anonyme   
8/10/2011
 a aimé ce texte 
Pas
Manier l’humour est un art bien plus difficile qu’il n’y parait. Et l’humour écrit davantage, encore, que l’humour verbal.
Ainsi, ce texte ne réussit pas à échapper aux pièges des à-peu-près laborieux, des jeux de mots peu consistants.
Bien sûr, je dois avouer qu’il est très difficile de me faire rire et que nos humoristes patentés parviennent rarement à m’arracher un sourire. Un des rares à m’avoir réellement amusé fut le très regretté Raymond Devos.
Je précise ceci pour rassurer quelque peu l’auteur de ce texte. Je n’ai pas trouvé, dans son travail, l’humour que j’espérais. Ce jugement n’engage que moi et mon exigence en la matière. D’autres pourront peut-être apprécier.
L’écriture est correcte mais ne parvient pas à trouver les assemblages de mots qui feraient mouche, ni un cheminement de l’action dont les incidents feraient sourire. Le sujet choisi s’y prête probablement mal, je crois.
C’est dommage.

   Achille   
16/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai beaucoup aimé le fond, l'histoire, qui est très sympathique, assez bien construite.
Certains passages sont très bien écrits, d'autres moins, peut être est ce l'abus de phrases courtes qui m'a rebuté légèrement.

   horizons   
16/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Un petit air fantasque de fables de La fontaine végétales, servi par une belle écriture qui parfois s'alourdit un peu. Une plume qui semble avoir du potentiel, à mettre au service d'une cause peut-être plus grave et donc plus percutante?
Bonne chance.

   brabant   
16/10/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour BGDE,


Bien jolie rencontre que celle de la benoite rampante et de la marmotte rêveuse ! Pardonnez-moi, le mot ‘’joli (e)‘’ reviendra souvent dans mon com, mais votre texte est d’une telle joliesse… que j’ai suspendu ma lecture à plusieurs reprises pour faire durer le plaisir de le lire.

Ah ! Comme ce ‘’jaune auréolin’’, nacré de surcroît doit être fabuleux ! Nacre irisée, miroitante, vivante…

C’est aussi la plus jolie des missions dont elle est investie : humaniser en les enjolivant les gravats, leur donner vie et leur donner espoir , les habiliter en les habitant et les réhabiliter. Rendre beau le laid.



Je vous cite : « la benoite rampante déteste l’a-peu-près ». Eh bien, puis-je vous dire sans flagornerie que vous, écrivain écrivant, vous-aussi, vous détestez l’a-peu-près. Quelle écriture ! Précise dans la nuance, travaillée jusqu’au détail… Enchanteresse et sublime.


J’ai trouvé charmants ces « Tuc du Vilain » et « gué du Malbâti ».

Ça n’est pas mon texte, aussi n’est-ce que timidement que je vous propose ‘’trantran’’ ou ‘’tran-tran’’ plutôt que « train-train ». En référence avec la tonalité générale, la couleur du texte.

Je poursuis donc ma lecture après une pause supplémentaire, m’asseoir au bord du chemin pour admirer, pour savourer…

… Et la vanité vint à la benoite rampante.

J’en suis au « Mont d’Or »…

Puis : description édifiante, très réussie du « cirse laineux ». Celui-là va-t-il jouer sa Cassandre ?... me dis-je. Est-il sympathique ?... antipathique ?... Honnête ?... Malhonnête ?... … …

Et : voilà une bien jolie mort pour la benoite rampante qui, si elle est juchée à une bien jolie place, la chevelure d’une jeune fille en fleur, apprend qu’il vaut mieux rester à sa place, s'en tenir à ce que l'on sait faire.



Je ne développe pas, tout y est. L’histoire, le récit, le conte et sa philosophie, sa morale. Le tout dans la douceur, même la cruauté de la mort de la « benoite rampante », rien qui heurte en fin de compte, malgré la leçon.


‘’Fabuleux !’’

   Anonyme   
17/10/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
D’ordinaire je suis très rétif au forme d’écriture ampoulée et trop riche d’adverbes et de qualificatifs. Mais j’avoue que pour une fois, s‘agissant du monde végétal donc très loin de notre monde à nous et plus particulièrement du monde sophistiqué des fleurs et encore plus particulièrement les fleurs de la montagne cette description m’a touché. Comment parler comme une petite fleur, délicate mais entreprenante qui lutte pour la vie dans un milieu aussi agressif.
Le texte pourrait certainement être allégé notamment du détour animal de la marmotte qui pourrait être remplacé par l’éveil de la campanule, la petite linaigrette, le majestueux lys martagon, de l’ancolie, la pulsatille, de l’épilobe, de l’arnica, la gentiane bien sûr, de l’aster, de la digitale, de l’euphorbe, la joubarbe, les nombreux orchis, la saxifrage, le génépi, la centaurée, la scille, la colchique, il y a le choix, de si belles fleurs avec de si jolis noms.

   Anonyme   
21/10/2011
J'ai frôlé cette histoire et bien failli ne pas y revenir.
Le premier paragraphe ne m'a pas donné envie de poursuivre. Les premières phrases surtout.

L'attaque est poétique mais le "bourrées" de souvenirs obscurs ne l'est pas du tout.
Ensuite j'ai accroché aux lueurs lunatiques "inconstantes et batailleuses" (inconstantes à la rigueur mais pourquoi batailleuses ?) de plus batailleuses donc "guerrières" qui "sautilleraient" ?
Bref, je me suis demandé de quoi on parlait, déjà que le titre est énigmatique...

Les ombres de la nuit faisaient grise mine - c'est l'aurore, le crépuscule ? - lueurs lune-atiques - (jeu de mot ?) donc peut-être la nuit, ou le crépuscule.
S'éclipsaient bourrées de souvenirs obscurs - donc c'est la nuit qui s'en va avec ses souvenirs obscurs ? Mais non, "le ruisselet ronchon se tut, jusqu'au soir."
Ceci afin que vous situiez mieux ma problématique.

J'ai tout de même compris qu'on parlait "nature" et que j'avais à faire à un paysage. Mais voilà que benoîte rampante se dresse avec une violence inouïe...
Je ne peux pas visualiser une plante se dresser avec une violence inouïe parce que l'action suggère un mouvement fulgurant. J'ajoute que cette exacte formulation est reprise dans le texte, un peu plus loin.

A partir du deuxième paragraphe, l'écriture devient très agréable, chantante, légère. Un vrai plaisir. L'auteur semble lâcher la bride, décorseter son écriture et l'histoire devient charmante.

J'ai vu un père parler à ses enfants, et je les ai vus, eux, l'écouter avec de grands yeux.

Un problème de virgules, notamment ici :

"Il faut savoir qu’en temps normal, elle est belle et humble à la fois, la benoite rampante."
C'est l'attaque du second paragraphe, juste avant que l'auteur se laisse aller et laisse glisser son histoire (ressenti personnel). Impression que vous vous êtes attaché aux règles grammaticales telle que celle-ci : les virgules vont par deux - quand elle ne marquent pas des pauses dans le récit - encadrent "l'inutile" ce qui voudrait dire que même si tous les mots de la phrase sont importants, l'entre deux virgules peut virtuellement "sauter" sans gêner la compréhension de la phrase.

Hors ici, dans ma lecture, j'ai enlevé la première virgule pour le rythme et à la relecture me suis demandé si en enlevant l'entre virgule... la phrase restait compréhensible. Elle ne l'est pas.
Donc, question : pourquoi avoir mis la première virgule quand la phrase était lisible et pas trop longue sans les deux ?

"Rien n’aurait changé si une marmotte rêveuse n’était pas venue voir de près." Me suis demandé, à cause du style ou du rythme si "y" voir de plus près n'aurait pas été mieux.

"Elle consacra une matinée entière à examiner, en silence, sous toutes ses coutures, la benoite rampante qu’elle n’avait, jusqu’alors, jamais remarquée." Là aussi, que de virgules ! De plus la phrase est un peu chargée. "en silence" peut-être qui aurait pu soit être remplacé par autre chose soit, pas écrit.

Pareil ici : "Six pétales, gaillards et flambants neufs, montent la garde, tout autour, prêts à en découdre avec les feux d’un soleil conquérant qu’ils ne quittent jamais des yeux."

Ma lecture, si je puis me permettre :
Donc :
"Six pétales gaillards et flambants neufs montent la garde, tout autour, prêts à en découdre avec les feux d’un soleil conquérant qu’ils ne quittent jamais des yeux."

Ceci dit, passé les écueils, j'ai lu avec beaucoup de plaisir ce très joli texte. La fin l'est également.

Merci.

   Meleagre   
24/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une jolie fable végétale, comme on en lit peu.
Je dois dire que j'ai enfin mis un nom sur deux fleurs des montagnes que j'ai beaucoup vues, la benoite rampante et le cirse laineux. C'est vrai que ces deux fleurs sont très différentes, et je préfère la benoite au cirse. Les descriptions de ces deux fleurs sont bien écrites, avec précision et dans un beau style ("Elle n’est pas là pour parader, la benoite rampante. Seulement pour décerner un peu de dignité à des lieux de désolation.").
La progression de l'intrigue est originale : la marmotte, qui admire la benoîte, la rend fière ; elle se déplace pour être vue de tous ; et la chute est bien vue.
J'aime beaucoup le premier paragraphe, qui raconte dans un style très beau le moment si particulier qu'est le lever du jour.

Maintenant, je ne trouve pas qu'il y ait tant d'humour que ça, dans cette nouvelle. Une fable légère, sans plus.
Et puis je trouve que cette intrigue est finalement assez simple, un peu trop peut-être. Peut-être aurait-on pu raconter avec plus de détails l'histoire de la benoîte rampante, l'histoire du cirse laineux. En fait, ce texte me déçoit un peu en comparaison de Machin ; il lui manque certains ingrédients présents dans la nouvelle précédente : raconter l'histoire du personnage, définir plus précisément son caractère, passer plus de temps sur les rencontres (ici, on a deux rencontres avortées, où la benoîte ne répond ni à la marmotte, ni au cirse), rendre plus attachante la quête du personnage...

   Anonyme   
26/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Un joli texte, mais qui commence comme une poésie obscure.

La lecture du premier paragraphe est, pour moi, un peu lourde et ne convient pas au sujet léger qu'il est sensé décrire. La suite s'allège et devient plus agréable.

Plus j'avance, plus je prends plaisir et je reste un peu sur ma faim, vers la fin. L'histoire pourrait aller plus loin et ne pas rester dans le contemplatif.

J'aurais aimé, mais c'est mon plaisir de lecture, une fin de fable qui m'aurait semblée en accord avec le texte.


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