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Humour/Détente
bigornette : Le petit chaperon vert
 Publié le 14/05/15  -  9 commentaires  -  17936 caractères  -  185 lectures    Autres textes du même auteur

C'est l'histoire d'une petite fille de Courbevoie qui n'avait pas encore tout compris de l'économie des grandes personnes.


Le petit chaperon vert


Il était une fois une petite fille de Courbevoie, la plus jolie qu'on eût su voir. Sa mère en était folle, et sa grand-mère plus folle encore. Quant à son père, il était peut-être un de ces hommes d'affaires qui partent tôt le matin, rentrent tard le soir, on ne sait pas. La petite fille ne le connaissait pas. Sa mère ne lui disait jamais rien à son sujet. Alors la petite fille, le nez collé à la fenêtre de l'appartement du vingt-huitième étage de l'immeuble qu'elle habitait avec sa mère, laissait planer son imagination en d'aériennes conjectures au-dessus des gratte-ciel du quartier de La Défense, et visait le ciel. La grand-mère cohabitait, quant à elle, avec une centaine de familles originaires d'une bonne partie de la planète dans une hachélème de Puteaux. Environ mille ans plus tôt, son mari avait été fauché par un tir ami, une balle de mitrailleuse Reibel de 7,5 millimètres provenant d'une Panhard AMD-178 qui lui avait fait jaillir la cervelle comme de la mousse de bière artisanale sous pression, lors de la dernière guerre mondiale. Mais je m'écarte. La grand-mère était folle de sa petite-fille. Elle s'était rendue aux Quatre Temps pour lui acheter un chaperon vert, qui lui seyait si bien que dans l'immeuble on se mit à l'appeler le petit chaperon vert.

Une fois par mois, ayant cuit et fait une galette dans la kitchenette du T2 qu'elle partageait avec sa progéniture et un hamster, la mère disait au petit chaperon vert : « Va voir ta grand-mère et porte-lui cette galette et cette plaquette de beurre. Un jour, ta fille fera la même chose pour moi. » Le petit chaperon vert s'habillait alors, prenait le panier sous le bras et se rendait chez sa grand-mère. Pour se rendre à Puteaux depuis Courbevoie, il faut traverser le parvis de La Défense. Les fenêtres des tours réfléchissaient les nuages et l'azur de façon que, comme à travers des glaces sans tain, ceux qui travaillaient à l'intérieur pussent voir l'extérieur sans être vus. Or à chaque fois qu'elle passait au pied d'une des hautes tours de verre, le petit chaperon vert voyait un homme grand, en costard gris, qui fumait une cigarette à côté des portes à tambour. « Bonjour, petite », lui dit-il un jour en souriant. Le petit chaperon vert hésita.


– Bonjour, dit-il finalement.


Si sa mère l'avait vu parler à un inconnu, elle lui aurait filé une trempe.


– Attends, attends ! fit l'homme. Où vas-tu comme cela ?


Le petit chaperon vert, bien élevé ou mal élevé, sa mère aurait probablement eu un avis percutant sur le sujet, répondit :


– Je vais voir ma grand-mère et lui porter une galette que ma mère lui envoie. Ma mère est à la maison, répondit-il à une question qu'on ne lui avait pas posée.


Le grand costard gris jeta sa cigarette sur le parvis et l'écrasa sous son pied.


– Puis-je voir la galette ? susurra-t-il avec douceur.

– Oui, dit le petit chaperon vert en soulevant la serviette qui cachait le contenu de son panier. Seulement avec les yeux, précisa-t-il comme le grand costard gris se léchait les babines.

– Elle a l'air bien bonne cette galette.

– Oui. C'est pour ma grand-mère.


Le grand costard gris regarda à droite et à gauche.


– Écoute-moi bien, petite. Peux-tu transmettre un message à ta maman ?

– Si je transmettais un message, ma mère saurait que j'ai parlé à un inconnu, et je serais punie.

– Tu n'as qu'à omettre que c'est tonton Wolf qui te l'a dit...


Le petit chaperon vert réfléchit et dit :


– D'accord.

– Bien. Alors tu diras à ta maman que si elle me confiait une partie de la galette, elle lui rapporterait 2 % par an. Est-ce que tu n'aimerais pas que ta maman ait 2 % de galette de plus par an ?

– Si !

– Alors dis à ta mère de m'en confier une partie.

– D'accord !

– Bravo, petite.


Puis le grand costard gris adressa un clin d'œil au petit chaperon vert, ramassa sa serviette et s'engouffra dans la tour de verre.

La mère suivit le conseil, car c'était une femme modèle qui faisait tout ce qu'on lui disait de faire, dès lors qu'il s'agissait de la chose la plus raisonnable à faire. Elle avait travaillé à l'école. Elle avait obtenu le baccalauréat avec mention. Elle avait fait cinq ans de lettres classiques. Puis on lui avait dit de chercher un emploi. Elle avait donc cherché un emploi. Elle avait même fait un stage de recherche d'emploi. On lui avait demandé : « Qu'est-ce que vous aimeriez faire ? » Elle avait répondu : « Je ne sais pas. » On lui avait demandé : « Qu'est-ce que vous aimez faire ? » Elle avait répondu : « Des galettes. » On l'orienta vers un CAP cuisine, à l'obtention duquel elle trouva enfin un emploi. Le lundi suivant, elle servait la purée à des collégiens pleins d'avenir. Avec son salaire, elle payait toujours son loyer à l'heure, réglait ses courses rubis sur l'ongle, et envoyait sa fille porter une galette et une plaquette de beurre à la grand-mère. Jamais d'argent sur son compte, jamais à découvert, cette femme était la plus économe qu'on eût su voir, si bien que dans le quartier de la Défense on l'appelait le Désespoir du Banquier.

Le petit chaperon vert revit le grand costard gris qui fumait sa cigarette près de l'entrée de la tour de verre.


– Bonjour, petite ! lui lança-t-il en le reconnaissant.

– Bonjour.

– Où vas-tu ainsi ?

– Je vais voir ma grand-mère et lui porter une galette et une plaquette de beurre que ma maman lui envoie.


Le grand costard gris tira une méchante taffe sur sa cigarette qui le fit grimacer, recracha la fumée par les narines, puis fixa le petit chaperon vert.


– As-tu entendu parler du problème des retraites ?

– Non.

– Je vais t'expliquer. C'est bien simple, ta mémé s'accroche à la vie. Ton manège avec la galette va durer encore looonnngtemps, et cela, c'est vraiment super pour toi et ta mémé. Mais que feras-tu quand ta maman sera devenue trop vieille pour faire la galette elle-même ?

– Je ferai une galette pour ma mère que ma fille lui portera.

– Et ta mémé, qui lui fera une galette, et qui la lui portera ?

– Je serai plus riche et j'aurai plus de temps que ma mère.


L'homme au costume gris se redressa imperceptiblement et aspira une bouffée en plissant les yeux.


– C'est un doux rêve que tu fais là.

– Ce n'est pas un rêve, c'est ma grand-mère qui me l'a dit.


Le grand costard gris haussa un sourcil.


– C'est ce que t'a dit ta mémé ?

– Elle a dit aussi que la part improductive du capital devrait être redistribuée au salariat, ainsi les salaires augmenteraient, les cotisations aussi, la sécurité sociale serait financée, ce serait le plein emploi, tout le monde serait heureux et il n'y aurait pas de problème des retraites. Elle a dit aussi qu'il n'y a pas de problème avec les retraites, seulement un problème avec la propriété lucrative. Elle a dit aussi que l'argent ne travaille pas, ce sont les gens qui travaillent.


Le grand costard gris alluma une cigarette au mégot de la précédente :


– Elle a dit autre chose ta mémé ?

– Oui. Elle a dit que si grand-père avait été encore là, il aurait déjà sorti le fusil.


Le grand costard gris s'étouffa avec la fumée, toussa, se tapa sur la poitrine, les yeux exorbités. Quand il eut repris l'empire sur lui-même, il montra ses dents étincelantes au petit chaperon vert :


– Elle habite où, ta mémé ?

– Par là !

– Écoute-moi bien, dit le grand costard gris en regardant la direction indiquée. Est-ce qu'elle a fait de l'économie, ta mémé ? Non. Tonton Wolf, lui, il a fait une grande école de finance... de commerce ! je veux dire. Alors il sait de quoi il parle. Comme un et un font deux, le capitalisme est éternel, et ta mémé est un dangereux dinosaure communiste. Il y a un problème des retraites. Répète après moi : il y a un problème des retraites.

– Il y a un problème des retraites.

– Mais, heureusement, tonton Wolf a la solution au problème des retraites. Tu vas dire à ta maman de faire une galette de plus et de la confier à tonton Wolf pour plus tard. Elle lui rapportera 5 % par an, et le moment venu, c'est tonton Wolf qui amènera la galette à ta maman.

– Mais, grand-mère a dit...

– Elle nous casse les bonbons, la mémé.


Ce qui fut dit fut fait. Dès lors, une fois par mois, le petit chaperon vert apportait une galette à tonton Wolf, et une galette à grand-mère. Par contre il n'y avait plus de plaquette de beurre dans le panier, ce que regretta bien la grand-mère, mais que voulez-vous, elle ne pouvait rien dire puisqu'elle était devenue un problème. Puis, un jour, il y eut une crise financière dans un pays lointain. Du coup, le poste qu'occupait la mère du petit chaperon vert fut supprimé. Les collégiens durent se servir tout seuls pendant qu'elle retournait voir son conseiller pour le retour à l'emploi. Il n'avait pas de travail correspondant à ses qualifications à lui proposer, alors elle fit un bilan de compétence personnalisé, suivit une formation en création de curriculum vitae et participa à un stage de réinsertion dans le monde du travail. Malgré tout, elle continuait de payer son loyer sans retard, mettait une galette de côté pour sa retraite, et continuait d'envoyer sa fille porter une galette à grand-mère. Sans plaquette de beurre.


– Salut ! lança le petit chaperon vert au grand costard gris qui grillait une demi-douzaine de cigarettes à la fois, toujours au pied de la tour de verre.


N'avait-on pas ajouté des étages depuis la dernière fois ? Le petit chaperon vert entra dans l'ombre de la tour de verre et se planta devant le grand costard gris qui restait muet.


– J'ai dit : salut !


Le grand costard gris tendit la main, le petit chaperon vert mit la galette dans la main et dit :


– Je vais voir ma grand-mère et lui porter...

– On s'en branle, dit tonton Wolf.


Le petit chaperon vert le regarda sans comprendre. Au-dessus d'eux, les nuages et le ciel se reflétaient sur les facettes de la tour de verre, c'était beau comme un paradis fiscal.


– Ta maman est au chômage, ta mémé attend sa galette mensuelle, et toi, tu es en quelle classe ?

– CM2.

– Putain. En Somalie vous travailleriez toutes les trois pour 2 euros par mois. Tu n'as pas envie d'aller vivre en Somalie, par hasard ? Non, bien sûr. Bordel. Qu'est-ce que je vais faire de vous ?


Puis il jeta la demi-douzaine de mégots par terre, les écrasa sous son talon. Puis son regard d'acier survola le parvis de La Défense, qui était bien vide, des sans domicile fixe ayant remplacé le va-et-vient incessant d'hommes d'affaires. Puis il eut un sourire carnassier :


– Heureusement, tonton Wolf a toujours la solution. Ta maman était cuisinière, pas vrai ? Qu'est-ce que tu penses si toi et moi on s'arrangeait pour qu'elle ait son propre restaurant ?


Les yeux du petit chaperon vert se mirent à clignoter comme des néons :


– La vérité ?

– Bien sûr ! Pour peu qu'elle apporte la moitié de la somme, je lui prête le reste. Bon, sa retraite, pas question d'y toucher, elle est à moi... je veux dire : elle est à elle... pour plus tard.

– Comment on va faire, alors ? demanda le petit chaperon vert qui buvait les paroles du grand costard gris comme du sirop pour la toux.

– Ta maman me verse la petite galette qui lui rapporte 2 % pour que je lui prête une galette deux fois plus grosse à 10 %. Et hop ! Elle ouvre son restaurant.


Le petit chaperon vert sauta de joie : « Merci tonton Wolf ! » et détala. Le grand costard gris le regarda s'éloigner, puis il se souvint de quelque chose : « Et dis à ta mère de voter pour sauver les banques ! »

La mère du petit chaperon vert emprunta donc avec ses économies, racheta un restaurant aux enchères dans le quartier de La Défense, et se mit à cuisiner pour ses clients. Elle sut par la télévision qu'un vent de panique soufflait sur une place boursière dans un pays étranger. Elle vit le parvis de La Défense achever de se vider, et la salle de son restaurant devenir déserte au même rythme. Elle ne pouvait plus payer les traites. Elle déposa le bilan dans une toute petite verrine qu'elle apporta ensuite à tonton Wolf. Le restaurant fut saisi. Elle retourna voir son conseiller pour le retour à l'emploi, qui lui conseilla d'envoyer son magnifique CV sur Mars, des fois que les Martiens embaucheraient une femme de 55 ans. Sans économies, endettée jusqu'au cou, elle remplit des papiers pour demander le revenu de solidarité active sous l'œil soupçonneux d'un fonctionnaire aussi confiant dans la nature humaine qu'un douanier suisse. Elle remplit le formulaire pour demander la couverture maladie universelle, lequel formulaire croupit à ce jour dans une pile de plusieurs millions de formulaires identiques qu'un unique fonctionnaire traite au cas par cas. Elle ne put régler l'orthodontiste, qui aurait refusé de toutes façons puisqu'il n'acceptait pas les gens sans une bonne mutuelle, si bien que les dents du petit chaperon vert finirent par lui sortir littéralement de la bouche. Ma foi, quand il traversa le parvis de La Défense, aussi fréquenté que le désert de Gobi à trois heures du matin, le petit chaperon vert ressemblait fort à un petit poney vert. C'était peut-être la dernière fois qu'il portait une galette à tonton Wolf à sa grand-mère. Toutefois, en dépit de sa nullité économique, sa mère avait la satisfaction de savoir que sa galette capitalisait, au chaud dans la tour de verre, et qu'un jour elle pourrait compter sur elle pour prendre sa retraite, dans environ un million d'années. Mais revenons à nos moutons. Le petit chaperon vert fut bien surpris quand il traversa le parvis de La Défense. Il ne voyait pas le grand costard gris qui fumait ses cigarettes comme d'habitude, mais une espèce de bédouin du désert aux lunettes de soleil à monture d'or qui crapotait un barreau de chaise. Les lunettes aveuglèrent immédiatement le petit chaperon vert.


– Il est où, tonton Wolf ?

– Qui ? Ah ouais, Wolfgang. Il a sauté.


À ces mots laconiques, le petit chaperon vert ouvrit des yeux comme des ballons de foot et se pencha en arrière pour regarder en direction du sommet de la tour de verre.


– T'inquiète pas, dit l'homme du désert. On lui a donné un parachute hin hin hin.


Le Qatari pompa sur son Churchill une taffe effarante, s'enveloppa d'un nuage de fumée opaque. Le petit chaperon vert le regardait.


– Bon Dieu, dit le Qatari. Qu'est-ce que tu me veux ?

– Rien.


Et le petit chaperon vert s'en alla.

Le temps qu'il arrive à Puteaux, il y eut une autre crise quelque part dans le monde. Une grosse bulle qui avait éclaté, paraît-il. Lorsque le petit chaperon vert arriva chez sa grand-mère, il fit comme d'habitude, il frappa à la porte. Toc, toc, toc !


– Qui est là ? fit une grosse voix enrouée.

– C'est moi, le petit chaperon vert, dit le petit chaperon vert.

– Qui ?

– Le petit chaperon vert. Je vous apporte votre part de galette que ma mère vous envoie.

– Ah. Appuie donc sur la poignée, la porte s'ouvrira.


Tonton Wolf, en voyant le petit chaperon vert entrer dans le salon minuscule de la grand-mère, se renfonça davantage sous la couverture, dans le canapé, et se racla la gorge :


– Mets la galette sur la table, là, et viens regarder Dallas avec moi.


Ce que fit le petit chaperon vert.


– Vous êtes malade, grand-mère ? s'enquit-il.

– Oui, heu heu heu... J'ai des glaires.

– Ah.


Mais il était bien étonné de voir sur les joues de sa grand-mère une barbe de trois jours.


– Grand-mère, vous me rappelez quelqu'un.

– Ah bon ? fit, très étonné, tonton Wolf, en s'égosillant pour imiter la voix d'une vieille femme. Le petit chaperon le vit saisir la galette sur la table.


– Que vous avez de grands bras !

– C'est pour attraper la galette, dit tonton Wolf.

– Que vous avez de grandes dents !

– Hmm, elle est toujours aussi fine cuisinière, ta maman, dit-il de sa voix normale. Je veux dire : brave petiote, merci pour la galette, dit-il de sa voix de fausset. Oh et puis merde, dit-il de sa voix normale, et il rejeta la couverture.

– Tonton Wolf ! s'exclama le petit chaperon vert en bondissant hors du canapé. Qu'est-ce que vous avez fait de ma grand-mère ?

– Chut ! J'entends plus ma série.

– Qu'est-ce que vous avez fait de ma grand-mère ?


Tonton Wolf souffla et montra ostensiblement son mécontentement. Il consulta néanmoins sa montre :


– À cette heure-ci... elle est encore au travail.

– Grand-mère travaille ?

– Ben oui.

– À quatre-vingt-dix ans ?

– Ben oui, dit tonton Wolf en se curant les dents tout en fixant la télévision. Sinon comment paierait-elle son loyer ? Avec cette galette que tu lui portes tous les mois ah ha ha ! Mais ne t'inquiète pas, elle va bien. Elle est encore solide, la mémé.

– On est chez qui alors, ici ?

– On est chez moi. Maintenant tais-toi. Je voudrais voir la fin de mon épisode.


Le petit chaperon vert ne voulait pas se taire.


– Qu'est-ce que vous faites ici ?

– Chut ! Je me planque.

– Pourquoi - vous vous - planquez - ici !


Tonton Wolf augmenta le son de la télé.


– Pourquoi vous vous planquez ici ?

– Oh, mais !


Il coupa le son de la télé.


– J'ai perdu beaucoup de galette, voilà !

– Qu'est-ce qui est arrivé à la galette de ma mère ?

– Un estomac géant l'a avalée.


Le petit chaperon vert devint... vert.


– Crois-moi, cela n'a pas été une partie de plaisir. On ne peut pas gagner tout le temps. Ainsi va le système. Il faut aller de l'avant. Et ça ne m'aide pas à positiver de te voir déprimer dans les parages.

– Ma mère n'a plus sa galette ?

– C'est ce que je viens de te dire, petite. Un coup de baguette magique l'a fait disparaître. C'est bon ? Je peux regarder ma série maintenant ?

– Mais qu'est-ce qu'on va faire ?

– Oh, aucune idée. Et je m'en fous totalement, car ce n'est plus mon problème à présent.


À ces mots, le petit chaperon vert devint tout rouge. Il ne savait pas ce qui lui arrivait. Il se jeta sur tonton Wolf et le mit en pièces. Si bien que plus tard, aux informations, on ne l'appela plus le petit chaperon vert, mais le petit chaperon rouge.


 
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   Asrya   
18/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Un "conte" détonnant, plein d'adresse, de finesse qui recèle malgré tout quelques petites fragilités.
Le style choisi, enfantin par moments (répétition de "petit chaperon vert", phrases enfantines etc.), beaucoup plus mûr à d'autres, est plutôt bien orchestré, on ne sait pas trop sur quel pied danser ; un équilibre précaire très intéressant à braver.
Je suis loin d'être aguerri sur les notions de finance ou de commerce, du coup je vous avoue qu'avec vos pourcentages de "galette", j'ai été un peu perdu ; j'ai pris, mais je n'ai pas cherché à comprendre l'ensemble des tenants des agissements de tonton Wolf.
Comme la mère du petit chaperon vert, j'ai suivi, sans réfléchir.
Qui plus est, je n'ai pas réellement saisi ce que représentent ces "galettes".

Le gros point négatif que je peux émettre concerne la présentation de votre nouvelle.
C'est compact, vraiment trop. Il faudrait l'aérer davantage pour que la lecture soit plus simple, plus accueillante, plus vivante aussi ; on se perd facilement avec les prises de paroles linéaires de vos personnages.
C'est un détail, mais qui a son importance. Je ne comprends pas pourquoi vous avez privilégié cette forme-ci.

Autre bémol, la fin. Ce passage de "chaperon vert" à "chaperon rouge" après une "mise en pièce"... je trouve cela dommage, ou trop rapidement expédié.
La chute paraît vraiment bâclée, à la limite de "gâcher" le reste de l'histoire.

Heureusement, je trouve le développement vraiment bien fait, réfléchi, drôle (un humour particulier cela dit) qui sied complètement avec le conte original ; du beau boulot.

La morale qui se dessine est bien conduite, dans l'air du temps ; simulacre du présent ? de l'avenir ? Allez savoir.

Je ne m'attendais pas réellement à apprécier votre nouvelle, dans l'ensemble, j'ai été surpris agréablement,
Merci beaucoup pour ce partage,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   Neojamin   
19/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour

Le début m'a grandement intéressé, je m'attendais à un remake du conte avec le loup de Wall street...belle idée. Je trouve par contre dommage que le texte se soit écarté autant du conte initial. Du coup, seul le début et la fin nous rappelle le conte, le milieu est une autre histoire assez abracadabrante qui m'a donné le tournis.
Je n'ai pas trouvé très logique les dialogues entre le petit chaperon vert et Wolf...un peu complexe pour une enfant non ? Un peu gros aussi ses formulations... Pour être plus cohérent, je pense qu'il aurait dû se contenter de parler de galette et de beurre pour représenter l'économie au lieu de balancer tous les termes qui nous font sortir du conte.
C'est un point de vue, mais aimant bien l'idée de départ, j'avoue ne pouvoir m'empêcher d'être déçu par son développement. Ne serait-il pas plus sympathique de rester dans l'allégorie, de commenter la crise économique en parlant de galette, de beurre et de forêt plutôt que de rentrer dans les détails ?
C'est cependant assez divertissant et j'ai pris un certain plaisir à aller jusqu'au bout.
Je crois qu'il y a deux textes qui se chevauchent ici pour moi. Un remake du conte avec une allégorie de la crise économique, ça j'aime bien, et un texte humoristique sur un banquier qui arnaque d'honnêtes gens...pas sûr que le mélange des deux soit très digeste.

Sur la chute...no comment, ça ne vole pas très haut!

Sur la forme, rien à dire ou presque. C'est bien écrit...j'aurais espacé les dalogues pour plus de clareté.

Quelques remarques pour pinailler :
- «précisa-t-il comme le grand costard gris se léchait les babines» Formulation maladroite
- «omettre que c'est tonton Wolf» autre bug non ?
- «Jamais d'argent sur son compte» «plus économe» Ça ne colle pas pour moi

Merci et bonne continuation

   Robot   
29/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Quoi qu'on puisse en penser, il y a du réalisme dans ce conte. Il nous montre à sa manière le fonctionnement aberrant des règles qui régissent notre société mondialisé avec ce qu'elles impliquent au quotidien pour les petites gens. Chaperon vert impuissante à d'abord comprendre et soudainement mise en face de la réalité. Maman trop confiante qui se retrouve prise au piège de la complexité organisée par les tricheurs de haut niveau. Reste la révolte, violente ici pour ceux qui ont cru pouvoir s'en sortir et se rendent compte n'avoir été que des pions dans les mains de Tonton Wolf l'arnaqueur qui lui s'était bien adapté au système.
Sur la rédaction, heureusement que le déjanté l'emporte sur le parfois lourdingue...

   hersen   
14/5/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un moment de lecture très divertissant ! L'idée de jongler avec galette et beurre à partir de ce conte enfantin ouvre effectivement des perspectives. Je n'ai pas financièrement chercher si c'était juste car je pense que ça n'a pas tellement d'importance. La galette à 2%, pas besoin de dessin. Et le reste à l'avenant. Donc, je me suis vraiment amusée... jusqu'à ce que tonton Wolf accueille le chaperon vert chez sa grand-mère. Je n'ai pas ressenti à partir de là autant d'inventivité.
Et je n'ai pas du tout aimé la fin. Il me semble que c'est maladroit de revenir au chaperon rouge, l'histoire perd alors beaucoup de son sel.
Des bricoles :
- ayant cuit et fait une galette. Personnellement, je la fais d'abord et la cuis ensuite. Mais c'est vrai qu'à 2%, ça fait plus recette !
- tirer une taffe sur une cigarette. Je dirais plutôt tirer sur une cigarette, ou tirer une taffe d'une cigarette. Mais je pinaille.
-Le petit chaperon vert devint vert. Est-ce que ça n'aurait pas été plus drôle de dire " le petit chaperon devint vert" ?
Merci beaucoup pour cette lecture.

   jfmoods   
14/5/2015
Il manque, ici et là, quelques virgules.

Ce travail de réécriture me fait penser, par le cynisme qui le traverse, par son penchant immodéré pour la spéculation, à « La Cigale », pastiche et hommage en contre-pied de Anouilh à « La Cigale et la Fourmi » de La Fontaine. Ou quand l'intemporalité de la fable rencontre la trivialité de l'époque.

Ici, la réécriture du conte vaut d'abord par le mélange des niveaux de langue. Ensuite, par la vivacité du développement de l'intrigue. Enfin, par la psychologie de la mère, qu'un seul passage suffit, en vérité, à résumer...

« Elle avait fait cinq ans de lettres classiques. Puis on lui avait dit de chercher un emploi. »

A partir de là, l'histoire est lancée et rien ne saurait arrêter cette boule de neige qui va grossissant. La fin, si improbable soit-elle, est particulièrement réjouissante.

Merci pour ce partage !

   Pepito   
14/5/2015
Hello Bigornette !

Forme : bonne écriture et sans lyrisme.
Pour pinailler :
"qu'on eût su voir" pas "eût pu" ?
"à tonton Wolf à sa grand-mère" manque pas un petit "et" au milieu ?
Aérez plus le texte pour une lecture sur ordi.
Et surtout, ne jamais rien mettre en section "humour" ! Cela ressemble au convive éméché d'un repas de première communion qui sort "J'ai une blague hyper, super, méga drôle à vous raconter..." il casse la surprise et neuf fois sur dix il prend un bide. ;=)))
(idem pour la section "terreur")

Fond : Une gentille petite fable revue et corrigée avec humour.

"femme modèle qui faisait tout ce qu'on lui disait de faire" mon rêve, vous en connaissez une pour de vrai ?
"...Désespoir du Banquier." ?! ouinf...
"Puis, un jour, il y eut une crise financière dans un pays lointain. Du coup, le poste qu'occupait la mère du petit chaperon vert fut supprimé. Les collégiens durent se servir tout seuls " la phrase du milieu est à mon vis en trop et casse le rythme, sinon, c'est très bon.
Le passage sur la Somalie tombe comme un cheveu sur la galette
"Il a sauté. ... regarder en direction du sommet de la tour de verre." pas en bas, sur le parvis, plutôt ?
"– T'inquiète pas,... on lui a donné un parachute hin hin hin." bonne blague, peut-être le hinhin en trop.
"Ta maman me verse la petite galette qui lui rapporte 2 % pour que je lui prête une galette deux fois plus grosse à 10 %" j'ai pas compris à quoi vous faites allusion, à de la "cavalerie" bancaire ?
Le passage sur les retraites jusqu'au grand-père et son fusil est vraiment excellent !!!
« Et dis à ta mère de voter pour sauver les banques ! » ça j'aime beaucoup, elle peut même tirer un bulletin au hasard pour ça. ;=)

Merci beaucoup pour cette réjouissante lecture.

Pepito

   Shepard   
15/5/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut bigornette,

Un texte que j'ai lu en EL mais que je n'avais pas eu le temps de commenter. Donc voici :

J'apprécie les reprises de contes, modernes et parodiques. Je n'ai pas saisis la blague - ou jeu de mot - 'une hachélème' (si il y en a un). En dehors de ça, je n'ai pas grand chose à dire sur le style, sauf que j'approuve le simple et sans étalages pour une histoire comme ça (qui doit rester ancrer dans la simplicité et le direct à mon avis). Quelques histoires de virgules ou de formulations relevées, à vrai dire je n'ai pas ressenti de blocage particulier à la lecture.

Finalement, l'histoire s'éloigne beaucoup du conte original, mise à part la galette. Bien sûr on voit l'arnaque arrivée à des km, mais c'est distrayant et tonton Wolf aux dents longues m'a bien plu avec son cynisme et ses répliques dignes d'un 'monsieur sylvestre' des guignols de l'info. Ce texte pourrait faire un sketch.

Si j'ai bien aimé le dialogue final, la chute est un peu plus faible que le reste, peut-être un peu trop rapide et expédiée en deux lignes. Une petite conclusion sur le devenir exact du chaperon 'rouge' peut-être ?

Un texte qui fait passer un bon moment sympathique.

   Anonyme   
15/5/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Disons-le d’entrée: j’ai beaucoup aimé cette nouvelle. Agréable à lire, elle nous conduit imperceptiblement vers une réflexion sur notre société en général et, plus particulièrement, sur ce qu’un « grand homme » désignait récemment comme son ennemi personnel, je veux dire « La Finance ». C’est ainsi que, sans l’avoir décidé, nous nous retrouvons saisis par un sentiment révolte contre un système amoral dans lequel vous et moi sommes les gogos qu’une poignée de nantis n’ont de cesse qu’ils ne nous aient saignés à blanc pour étancher leur soif. Des promesses, ils nous en font, mais parce qu’ils savent qu’elles n’engagent jamais que les naïfs qui y croient.

Quelques suggestions de détail maintenant de la part d’un amateur qui découvre le monde de la nouvelle.

Afin de faciliter la lecture, le texte mériterait d’être aéré en certains endroits avec quelques retours à la ligne.

Toujours dans le but de rendre la tâche du lecteur plus aisée, dans les dialogues Petit Chaperon Vert/Wolf en particulier, j’essaierais d’éviter que les pronoms personnels se référant au premier soient eux aussi au masculin. Soit en remplaçant « Petit Chaperon Vert » par « petite fille » ou « jeune fille », soit en considérant « Petit Chaperon Vert » comme un nom propre, ce qui permettrait de le traiter au féminin, soit les deux.

Le niveau de langue n’est pas aussi homogène qu’on pourrait le souhaiter. Deux niveaux devraient suffire, auxquels l’on s’en tiendra: l’un pour la partie narrative et l’autre pour les dialogues. Quant à Wolf — que l’on pourrait appeler « Costard » tout simplement, pour plus d'efficacité — il me semble que son niveau de langage personnel manque un peu d’unité.

Enfin, je proposerais que la dernière partie — le dialogue Petit Chaperon Vert/Wolf déguisé — soit un peu plus développée, de sorte que le lecteur soit davantage éclairé sur le cynisme dont il est la cible et la victime au moment même où il se délecte en lisant cette nouvelle. « Enserré déjà dans la gueule de Wolf, il n’en sortira que vidé de son sang ».

   bigornette   
20/5/2015


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