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Fantastique/Merveilleux
bird : Cœur Sans-Souci
 Publié le 07/10/11  -  7 commentaires  -  8461 caractères  -  101 lectures    Autres textes du même auteur

Ce conte est inspiré d'un conte oral. Il a été écrit et largement modifié selon l'inspiration de l'auteur.


Cœur Sans-Souci


Il y a longtemps de cela vivait au Maroc, dans l’ancienne ville de Meknès, un riche notable si aimé des gens, si respecté de tous ses voisins et de ses proches qu'on pouvait dire qu'il était le plus heureux de tous les notables du pays. Son bonheur était encore confirmé par le choix qu'il avait fait d'une épouse aussi belle que vertueuse. Et ces heureux époux vivaient dans une union parfaite. La magnificence, le goût et l'abondance régnaient dans leur palais ; leurs conseillers étaient instruits et habiles ; leurs domestiques fidèles et laborieux. Ils possédaient des écuries vastes et remplies des plus beaux chevaux aux jambes grêles et tendues. Seule leur manquait une descendance qui égaierait leurs jours.


Le notable et son épouse consultèrent de nombreux médecins parmi les plus expérimentés. Ils sollicitèrent l’aide de marabouts très vénérés. Vœux, pèlerinages, eaux du monde, tout fut entrepris, et rien n’y faisait. Pourtant, plus les années passaient, plus leur espoir de voir un enfant venir au monde grandissait. Enfin, comme par miracle, l'épouse finit par tomber enceinte ; au bout de neuf mois, elle accoucha d'une petite fille. On eût dit un ange tellement elle était belle. Et comme elle était la seule héritière d'une grande fortune et que son père pensait qu'elle n'allait jamais manquer de rien, il la fit nommer Cœur Sans-Souci.


Au fil des ans, la beauté et la prodigieuse richesse de Cœur Sans-Souci couraient sur toutes les langues. La fillette, si elle avait toujours ce qu'elle voulait, n'était en revanche ni fière ni orgueilleuse. Les matinées, elle les passait en compagnie de personnes savantes qui lui apprenaient toutes les sciences ; et les après-midi, elle aidait sa mère. Aussi devint-elle au fil des ans une jeune fille douée de tant de grâces et de charmes que ses parents ne regrettaient point de n'avoir pas eu une plus ample lignée.


Or, comme les vicissitudes de la vie s'étendent aux pauvres aussi bien qu'aux riches, et que toujours les biens de ce monde sont mêlés de quelques maux, il arriva qu'un des fils du gouverneur qui n'était point marié entendît parler d'elle. Envieux du bonheur parfait de cette jeune fille, il jura solennellement de l'épouser afin de lui faire subir toutes sortes de tristesse.


Les noces se firent avec toute la pompe imaginable. Il y eut fêtes et joyeux festins. Les plats vernissés se succédèrent chargés de viandes cuites au safran, de méchouis d'agneaux rôtis saupoudrés de cumin, de poulets les plus succulents aux amandes et de pâtisseries les plus savoureuses. Puis l'on vida beaucoup de tasses de thé parfumé à la menthe et aux fleurs d'orangers. Sept nuits durant, musiciens et chanteurs s'évertuèrent. Et le jeune homme sut si bien conquérir la confiance de l’innocente femme que celle-ci l'aima d'un tendre amour.


Leur lune de miel s’écoula paisiblement dans un domaine du mari, inhabité, aux confins du pays. Un jour, ce dernier alla retrouver son épouse et lui dit :


- Je vais m’absenter durant trois jours, voilà que je t'ai préparé ce palace somptueux où tu resteras pendant mon absence ; tu auras tout ce qu'il te faudra et tu ne manqueras jamais de rien non seulement pour trois jours, mais pour des années.


Là-dessus, ayant ceint sa bonne épée, il prit congé d'elle, enfourcha son cheval couvert d’un riche caparaçon et partit. La pauvre fille le regarda s'éloigner sans se retourner. Quand il fut hors de vue, elle s'assit dans l'herbe et dans sa détresse, elle se mit à pleurer amèrement et à regretter le palais de son père.


Trois jours s'écoulèrent. Puis une semaine, puis un mois ; le mari ne revenait toujours pas. Petit à petit, le chagrin se glissa dans le cœur de la jeune femme, et pour la première fois de sa vie, elle connut le malheur. Et elle pleura longtemps et si fort qu’une pierre s’en laisserait attendrir...


Mais Cœur Sans-Souci n’était pas du genre à se laisser abattre. Un jour où il avait plu toute la nuit, elle se leva pleine d’entrain. Dès l'aube, le soleil radieux caressait de ses rayons dorés les moissons. La jeune fille se montra gaie et pleine de vitalité. Elle réfléchit longtemps, puis elle se résolut à créer de ses propres mains une compagne.


Elle alla près de la rivière dont les eaux coulaient à la lisière de son domaine, y râtela du limon qu'elle pétrit avec soin puis, de ses doigts agiles, elle modela une belle statue de femme. Une fois son œuvre achevée, elle s'empressa de coudre des vêtements ; elle lui mit un caftan de velours brodé au fil d'or, la coiffa d'un foulard léger en soie, la ceignit d'une ceinture en argent ciselé. Après qu'elle l'eut poudrée et parfumée, elle réfléchit au nom qu'elle allait lui donner. Elle regarda la statue avec exaltation, fit un long soupir et décida de la baptiser Tante Tannah* car depuis ce jour cette figure féminine devint son exutoire.


C’est de cette manière que la présence de Tante Tannah inspira à Cœur Sans-Souci une joie dont elle n'avait pas été capable depuis qu'elle fut abandonnée par son mari. Au fil du temps, elle s'habitua si bien à lui parler à tout moment qu'elle finit par oublier qu'elle était seule. Elle la consultait au sujet des mets qu'elle allait cuisiner, du couscous dont elle allait rouler la semoule pour le préparer tantôt sucré tantôt avec du beurre rance et de bien d'autres tâches ménagères.


Le soir, en sa présence, la jeune femme égrenait à haute voix ses souvenirs puisqu’il n'était pas encore temps d'aller dormir. Souvent, elle lui racontait quelques histoires. Certaines portaient à rire. D'autres étaient graves parce qu’elles contenaient des mésaventures dont il avait fallu triompher. Ce faisant, elle alimentait le feu en brindilles sèches. Les flammes dansaient éclairant par intermittence les recoins obscurs et aidaient à dissiper les craintes suscitées par de telles évocations.


Cœur Sans-Souci ne tarda pas à sentir des malaises. Elle s’empressa d'en parler à Tante Tannah. Ayant compris qu’elle allait bientôt devenir maman, elle se mit à filer pendant ses heures de loisirs pour préparer une layette. Après cela, elle cousit des langes et des couvertures. Quand elle acheva de préparer le berceau, elle poussa un cri d'admiration devant tant de travail.


Neuf mois après, le bébé naquit. Cœur Sans-Souci le baptisa du nom de son père. Elle le prenait souvent sur ses genoux ; elle l'emmaillotait et lui donnait plus de cent baisers car il était si beau qu'on ne pouvait le voir sans l'aimer. Et les mois passèrent…


Un an s’écoula. Un jour, le cruel mari voulant savoir si la tristesse avait trouvé son chemin au cœur de son épouse décida de retourner au palais où il l’avait abandonnée. Il ne s'arrêta ni jour ni nuit tant il avait envie de voir ce qu’il était advenu de la jeune femme. Enfin, un soir lorsque le crépuscule s’assombrit et qu’un vent insidieux se leva, il aperçut le palais où se trouvait sa femme, dressé sur une hauteur lointaine. À cette heure tardive, il ne voyait âme qui vive alentour. Tout en avançant vers le portail, il pensait : « Combien aurait-elle souffert ? ».


Ce disant, il discerna par les fentes des volets une lueur. Brûlant d'impatience, il ouvrit la porte et se tint sur le seuil. Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit trotter en sa direction un bébé comme s'il lui souhaitait la bienvenue. À cette vue, il demeura si surpris qu'il fut quelque temps sans parler. Cependant, dès qu'il aperçut la statue à l’allure féminine, il fut pris d'une rage incontrôlable et au comble de l’exaspération, il hurla :


- Qui est cet enfant et d'où vient cette femme ?


Et sans attendre de réponse, il dégaina son épée et d'un coup transperça la statue qui vola en éclats.


Des vers et diverses vermines jaillirent de toute part de la figure brisée. L’histoire se répandit dans la ville que ces insectes n’étaient autres que les chagrins de Cœur Sans-Souci et il fut dit que la statue de Tante Tannah absorbait toutes les peines de la jeune femme.


Face à ce spectacle insolite, le mari constata la bravoure de son épouse. Se rendant compte de son ignominieuse stupidité, il sollicita sincèrement son pardon. Il comprit enfin que c'est sans doute un grand avantage d'avoir de l'esprit, du courage et d'autres talents similaires.



--------------


Tannah s'utilise dans certaines régions du Maroc pour désigner une femme niaise, une bécassine. Le mot vient de « Tine », c'est-à-dire limon.


 
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   Anonyme   
12/9/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un joli conte, avec la simplicité et la fin moralisatrice des contes. J'aime cette ambiance orientale mais m'étonne un peu qu'au Maroc, dans l'ancienne ville de Meknès, un riche notable n'ait eu qu'une épouse, n'en ait pas pris d'autres voyant qu'il ne lui venait pas d'héritier...

   monlokiana   
29/9/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Adoré ce conte. A vouloir faire du mal aux autres, on finit par n'en faire qu'à soi-même.
J'ai beaucoup aimé. Ce n'est peut-être pas assez détaillé, pas de dialogues, mais c'est un conte. Je la conterais bien à des enfants.

La grossesse de Coeur Sans Souci. Je m'étonne que son époux ait consommé le mariage, pour quelqu'un qui voulait la rentre malheureuse.

La fin...Je l'aurai tellement voulu autrement par exemple:

"Les vers et autres vermines dévorèrent le mari jusqu'au dernier os."

C'est peut-être un peu pervers, mais ce n'est pas trop facile de pardonner des années de souffrances surtout quand on a rien fait à l'autre personne. La méchanceté gratuite comme on dit.

Donc, merci à l'auteur pour ce conte qui m'a vraiment touché. L'écriture est fluide, le rythme est pas mal. Le texte se laisse lire.

Au plaisir!

PS: je trouve l'idée de la statuette très belle

   Pascal31   
2/10/2011
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Une nouvelle qui avait déjà été proposée en Espace Lecture.
L'auteur a probablement apporté des corrections depuis ma première lecture, pourtant, c'est encore un récit que j'ai du mal à apprécier. Pas forcément à cause de l'écriture, ça se laisse lire plutôt facilement, mais c'est au niveau de l'intrigue que j'ai du mal à accrocher.
Le texte est adapté d'un conte oral, mais l'auteur dit s'en être seulement inspiré, c'est pourquoi j'aurais aimé plus de nuances pour faire "passer la pilule" : comment un homme aussi bête et cruel peut-il subitement implorer le pardon d'une épouse qu'il a délaissé pendant des mois ? Pour moi, l'histoire est trop "tirée par les cheveux". Certes, il s'agit d'un conte, mais à mon sens, cela n'empêche pas une certaine crédibilité et, surtout, un certain sens moral qui ici semble faire défaut.
Ce sont pour ces raisons que je n'arrive pas à apprécier ce conte, malgré les efforts de l'auteur. Désolé.

   i-zimbra   
7/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ce texte est agréablement écrit mais sans trop d'inventivité ; le fait qu'il s'agisse d'un conte ne l'excuse pas complètement.
« une joie dont elle n'avait pas été capable depuis qu'elle fut abandonnée » : attention à la concordance des temps !
Il manque aussi parfois de la ponctuation, cela mène droit au zeugme dans ce passage : « pour le préparer tantôt sucré tantôt avec du beurre rance et de bien d'autres tâches ménagères. »
Je trouve très dommage que le rôle de Tante Tannah n'ait pas été plus développé, ni le déversement de son contenu.
Moi aussi j'aurais préféré une autre issue pour le mari. Au début, sa méchanceté est juste énoncée, comme si c'était normal. Puis les noces ont lieu avant que CSS ne soit amoureuse... Au retour du mari, il n'est plus question d'elle ; et lui se remet assez peu en question, c'est même lui qui tire la morale du conte. Bref, je ne le raconterais pas ainsi à des enfants, de peur de leur inculquer des valeurs brutalement patriarcales.

Bonne continuation !

   placebo   
7/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Je me demandais ce qu'il allait advenir de la statue, qui me faisait penser à une sorte de golem, et l'idée de l'auteur est assez plaisante. Peut-être la développer un peu plus, comme l'a suggéré un autre commentateur.

Sur la forme, des petits bouts de dérangent :
- "Son bonheur était encore confirmé par le choix qu'il avait fait d'une épouse aussi belle que vertueuse." lourd je trouve
- "Pourtant, plus les années passaient, plus leur espoir de voir un enfant venir au monde grandissait." leur espoir ?
- "Cœur Sans-Souci ne tarda pas à sentir des malaises." et "Neuf mois après, le bébé naquit." le déroulement du temps n'est pas très clair…
- "L’histoire se répandit dans la ville " quelle ville, elle vit éloigné de tout ?

Quelques remarques en vrac : 
- Le mariage m'a un peu surpris dans le défilé de plats ^^
- Si j'étais le mari, j'aurais attendu à peine plus que les sept jours, rendre la séparation plus insupportable
- Les deux personnages sont tellement opposés dans leur caractère que ses motifs m'importent peu en fait tant c'est étrange
- La morale, par contre, me semble un peu légère

Bonne continuation,
placebo

   Anonyme   
16/11/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Le déroulement de l'histoire est le style sont bien conformes à un conte mais la fin n'est pas à la hauteur. Enfin à mon avis.
Je n'aime pas que "des vers et diverses vermines jaillirent de toute part de la figure brisée", j'aurais préféré un torrent de larmes, puisque Tannah est supposée être le réceptacle du chagrin de la jeune épousée.
Mais belle histoire. Certaines personnes en détresse s'inventent en effet un ami imaginaire. C'est peut-être cela le plus intéressant dans ce conte.
Le récit est bien construit, aves des détails (le repas de noce) qui m'ont fait saliver.

   Anonyme   
19/11/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Joli texte. J’ai trouvé un très bon style. Quelques erreurs mineures (grammaire, ponctuation, une transition manquante) déjà signalées, et l’adjectif « grêles » qualifiant les jambes de beaux chevaux m’a un peu gêné, mais j’ai bien aimé ce conte… écrit comme un conte. Si ce n’en était pas un il pourrait apparaître comme manquant de développements (avant le dernier paragraphe, à mon avis, une transition serait pourtant bienvenue), mais n’est-ce pas un peu le propre du conte ? J’ai aimé à la fin le contraste entre la laideur (vermine) et la (soudaine) grandeur d’âme du mari qui se repent. Un beau texte bien écrit. Un conte à lire, un conte à grandir.


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