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Sentimental/Romanesque
Blacksad : J'y suis retourné
 Publié le 08/09/15  -  13 commentaires  -  4625 caractères  -  85 lectures    Autres textes du même auteur

Un court texte sur la nostalgie amoureuse. Faut-il revenir aux endroits où on s'est aimés ?


J'y suis retourné


J’y suis retourné.


J’ai d’abord suivi la longue haie qui commence là où s’arrête la route cahotante qui m’a conduit là-bas. C’est cette belle haie parsemée d’aubépines, que tu avais comparée à un collier de perles blanches égrenées sur un écrin de velours vert, qui nous avait poussés la première fois à faire le détour et à découvrir cet endroit. Notre endroit.


Arrivé au bout de la haie, j’ai tourné à gauche et je me suis assis quelques instants dans l’herbe fraîche du grand champ, comme tu le faisais souvent, pour admirer la petite vallée et plus loin, de l’autre côté, le damier des prés qui en été s’illumine du jaune soleil des colzas et se tempère du vert tendre des jeunes lins.

J’ai traversé le champ en ligne droite et j’ai ensuite emprunté le chemin creux bordé de coudriers où tu aimais courir au printemps et chercher des noisettes ou des mûres à l’automne. Au fur et à mesure que nous avancions sous la voûte ajourée, tes joues s’empourpraient, tes yeux s’éclairaient et mon cœur s’allégeait.


En débouchant à la lumière, j’ai froncé les yeux, je devais avoir cette figure qui te faisait tant rire et que tu essayais vainement de reproduire en grimaçant et en tournant autour de moi. J’ai marché lentement dans la grande prairie en pente douce que tu avais plus d’une fois dévalée en te laissant rouler jusqu’en bas. Jusqu’à arriver dans l’eau.

Tu disais que c’était une rivière qui serpentait là et moi je soutenais que ce n’était qu’un gros ruisseau. Tu avais tranché en le baptisant Amour, comme ce fleuve qui coule quelque part entre la Chine et la Sibérie… et j’avais capitulé. Les grosses pierres rondes que j’avais placées au milieu étaient encore là et j’ai traversé sans me déchausser. Toi tu adorais marcher pieds nus, sentir l’eau fraîche sur tes chevilles. Et tu ne manquais jamais au passage de m’éclabousser en riant et en te moquant de mes grognements agacés.


Dans le petit méandre de l’Amour qui entoure notre royaume, le grand saule n’avait pas bougé. J’ai doucement écarté le rideau vert doré et je me suis allongé à ses pieds. Cette fois, je n’avais apporté ni mousses ni fougères, je n’avais pas non plus de petit panier, je me suis juste allongé, le cœur plein et le regard vide.

La vallée était calme, j’entendais les remous du ruisseau, le chant des insectes et le bruissement du saule pleureur mais pas les battements de ton cœur.


Les rayons lumineux dessinaient des motifs mystérieux à travers la chevelure dorée du saule centenaire et les taches de lumière dansaient au hasard des humeurs du vent. Quelques pétales d’aubépine égarés venaient se poser dans ce havre paisible. Quand une de ces larmes blanches touchait l’un d’entre nous, tu disais qu’il avait remporté un baiser. Tu gagnais souvent. Même quand les aubépines ne fleurissaient plus depuis longtemps.


Tu affirmais que c’était sûrement la chambre d’air et d’eau où Merlin s’était laissé enfermer par Viviane qui voulait l’y aimer pour l’éternité. Que c’est pour cet unique but qu’elle avait créé cette belle et secrète bulle diaphane à la voûte parsemée d’étoiles dont l’Amour faisait le tour. Je riais, et tu m’embrassais sur la bouche pour me faire taire. Tu disais aussi que le monde recelait de nombreux endroits comme celui-ci : des morceaux égarés de paradis terrestre, des sanctuaires des anciens dieux oubliés ou tout simplement des lieux qui respiraient la magie. Il suffisait de les chercher pour les trouver. Je hochais la tête et tu m’embrassais la nuque.


Alors je te serrais fort et on essayait ensemble de chercher le petit morceau de divinité qui sommeille en chacun de nous… je crois que plus d’une fois, nous y sommes parvenus. Ensuite venaient le repas sorti du petit panier, et les discussions, les rires, et le sommeil aussi. J’aimais te regarder dormir et je prenais mon rôle de gardien très au sérieux : aucune libellule, aucune araignée ne venait profaner ton sommeil pendant que je veillais. Parfois, sans te réveiller, je laissais quelques gouttes d’eau perler sur ta peau veloutée, je contemplais alors les plus scintillants des diamants sur la plus douce des soieries. À ce jour, je n’ai rien vu de plus beau.


Je crois bien que je me suis endormi. À mon réveil, la magie était partie et la bulle était brisée. Chaque fragment de ciel, chaque morceau de nuage et chaque reflet dans l’eau m’a rappelé ton doux visage. Le vent, qui souvent avec toi chuchotait ne m’a rien dit, rien appris. Le soleil s’est caché et j’ai frissonné.

Je me suis levé. J’ai laissé le saule pleurer sur le ruisseau et l’Amour poursuivre son flot.


Il est tard. Il est temps de rentrer.


 
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   in-flight   
28/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

C'est beau, c'est simple, ça me parle.

"aucune araignée ne venait profaner ton sommeil pendant que je veillais" --> je trouve le verbe "profaner" un peu fort dans ce contexte mais en même temps, le sommeil de sa belle est un moment magique pour le narrateur.

Le style et la nostalgie qui émanent du texte font penser un peu à Philippe Claudel (le recueil "parfums" notamment)

Merci.

   Anonyme   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est beau comme un tableau impressionniste. C'est délicat, comme un amour pur. C'est plein de sensibilité. Et quand pointe l'évocation de l'absence que l'on avait bien-sûr pressentie dés le début avec l'emploi de l'imparfait, s'impose un sentiment de nostalgie et de solitude.

J'ai beaucoup aimé ce texte, très agréable à lire pour sa douceur sans mièvrerie. Il est empreint, tissé de poésie.

   lala   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Blacksad,

Vous le partagez avec réussite votre "petit morceau de divinité qui sommeille en chacun de nous". C'est vrai que nous en avons sans doute dans nos mémoires, sans saule ou sans haie, mais avec cette nostalgie si bien restituée.
C'est un souvenir simple et intime, qui aurait pu sembler enfantin, impudique ou banal. Mais pas du tout, vous évitez ces écueils et une pure rêverie s'installe, une parenthèse douce qui écrit le chemin du vrai bonheur.
J'ai beaucoup aimé "les plus scintillants des diamants sur la plus douce des soieries".
"Chaque fragment de ciel, chaque morceau de nuage et chaque reflet dans l’eau m’a rappelé ton doux visage" : préférez le pluriel (m'ont rappelé) ...

   alvinabec   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour Blacksad,
Cela fleure le chemin de traverse, la campagne, l'aubépine et l'eau que l'on suppose de facto claire...
Il y a ici tellement de couleurs que j'ai vu non pas un horizon mais la palette barbouillée d'un peintre.
Le texte fait dans la brièveté pourtant il m'a semblé bien long. Sans doute si l'on y ôte l'avalanche d'adjectifs inutiles ( herbe fraîche, grand champ, petite vallée, rayons lumineux, chevelure dorée, rideau vert doré...etc.) gagnerait-il en tonicité ce qu'il perdrait d'expressions toutes faites.
A vous lire...

   ameliamo   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La nostalgie après une personne aimée, c’est un bon motif pour une page de romantisme poétique, un peu baroque, mais plein d’émotion. C’est un texte réussi.

   carbona   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,

Voici un type de texte auquel je ne suis guère sensible.

De longues phrases chargées avec des passages que je trouve excessifs,(ex : Dans le petit méandre de l’Amour qui entoure notre royaume, je contemplais alors les plus scintillants des diamants sur la plus douce des soieries ...) et qui nous emmènent à des kilomètres de la réalité, du palpable, du vivant.

Une description alourdie par l'emploi du passé.

Une jolie balade mais qui manque de vie à mon goût. J'aurais apprécié que la relation du couple domine l'ensemble comme lors de ce passage : "j’ai froncé les yeux, je devais avoir cette figure qui te faisait tant rire "

Le thème de la nostalgie n'est pas traité ici d'une manière qui me séduit.

Merci pour la lecture.

   Bidis   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà un thème qui me laisse indifférente et qui est ici complètement sauvé par l'écriture. Grâce à elle, j'ai eu l'impression de baigner dans quelque chose de léger, de beau et d'un peu triste, rien qu'une nostalgie et cela m'a vraiment touchée.

   Pepito   
9/9/2015
Hello Blacksad,

Bon, ce texte représente tellement tout ce que je déteste dans cette délicieuse catégorie sentimental/romanesque, que mon avis n'a pas grand intérêt.

C'est sirupeux, dégoulinant de nian-nian, on s'en met plein les petons. Chaque phrase longue vous emmêle les pinceaux avec un gros bruit de succion.

Heureusement l'expression "j'ai froncé les yeux" m'a bien fait marrer. Cela m'a fait penser à un copain qui, pour draguer, se léchait les sourcils.

Désolé, de toutes façons on ne peut pas plaire à tout le monde.

A un prochain texte.

Pepito

   Donaldo75   
9/9/2015
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Bonjour Blacksad,

Au début, il y avait un ton, du genre pastel. Ensuite, ce pastel est devenu insistant, à la limite du mièvre, à la limite du cliché naturaliste à la David Hamilton. Du coup, la lecture en devient pénible parce qu'on a l'impression que c'est toujours la même chose, une sorte de boucle à vide sur un thème cucul la praline à force de se décliner dans tous les tons de l'orange.

Je ne suis pas un fan absolu du romanesque mais j'avoue que j'ai apprécié quand ça s'est fini.

Une prochaine fois, peut-être, et dans un autre registre.

   Bleuet   
12/9/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Blacksad,

Un très joli texte qui donne l'impression de lire un tableau. C'est vivant, ça fourmille de détails, bref, je m'y suis sentie. La rêverie se suit bien, j'ai particulièrement apprécié ces morceaux égarés de paradis terrestre qu'il suffisait de chercher pour trouver. Là, j'ai vraiment vu ce personnage se dessiner, pour en ressentir la perte aussitôt après.

Mon bémol concerne le thème: la tristesse d'un amour perdu, même quand c'est bien dépeint, c'est loin d'être neuf. Sur le fond, ça donne une impression de déjà-vu qui m'a empêchée d'apprécier pleinement la forme.

Au plaisir de vous relire

   Lulu   
12/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Blacksad,

j'aime beaucoup votre texte que j'ai trouvé très sensible, tout empreint de poésie. Le pronom personnel "tu" aurait pu être lourd, mais il est là d'une grande délicatesse. L'autre est encore là.

Je suis sensible au thème, étant souvent bien nostalgique, mais je suis aussi très sensible à la qualité de votre écrit. Je trouve que c'est très fin, très beau.

Tous mes encouragements pour la suite.

   AlexC   
17/9/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Hello Blacksad,

L’idée du ruisseau surnommé Amour est géniale. Cela donne naissance à quelques belles séquences.
Un texte qui ne propose rien de plus qu’un petit bout de nostalgie. Pourquoi pas. Vous êtes, en ce sens, parfaitement cohérent entre propos et style. L’écriture mériterait quelques retouches (voir plus loin) à mon goût, quelques passages en faisant trop sonne un tantinet faux. Trop de lyrisme, de poésie, détache le lecteur d’un sujet auquel il ne peut que difficilement s’identifier. Ce qui augmente le côté contemplation du texte par rapport au côté sensation. Un exemple pour mieux m’expliquer :

Lyrique et peu concret :
“je contemplais alors le plus scintillants des diamants sur la plus douce des soieries.”

Évocateur et parlant :
“tu ne manquais jamais au passage de m’éclabousser en riant et en te moquant de mes grognements agacés.”

L’idéal étant à mon sens de parvenir à parler de choses communes avec un brin de poésie. Comme ceci :

“Il y a des salauds qui pillent le cœur des femmes. Et de femmes qui ne savent plus trop d’où l’amour tire son charme.”
(Tryo, Serre-moi)

Mais bon, comme toujours, ce n’est que mon humble opinion.

je tique :
-“J’ai d’abord suivi la longue haie qui commence là où s’arrête la route cahotante qui m’a conduit là-bas.”
-“un collier de perles blanches égrenées sur un écrin de velours vert”
-“le petit méandre de l’Amour qui entoure notre royaume”
-“Tu affirmais que c’était sûrement la chambre d’air et d’eau où Merlin s’était laissé enfermer par Viviane qui voulait l’y aimer pour l’éternité."
-“Ensuite venaient le repas sorti du petit panier, et les discussions, les rires et le sommeil aussi.”
-“les plus scintillants des diamants sur la plus douce des soieries"

je jubile :
-“les taches de lumière dansaient au hasard des humeurs du vent.”


Merci pour ce beau partage. A la prochaine.

Alex

   toc-art   
11/12/2016
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,

La rubrique sentimental /romanesque est ma préférée mais là, je trouve que vous tirez quand même un peu trop sur la corde. Ça en devient assez risible, notamment ce bout de phrase pour évoquer l'acte sexuel : "on essayait ensemble de chercher le petit morceau de divinité qui sommeille en chacun de nous". Là j'avoue que je n'ai pas résisté mais je dois être d'humeur farceuse ce soir, ne m'en veuillez pas.
Et bien sûr, pour couronner le tout, le saule pleure... nostalgie quand tu nous tiens !
Vous l'avez compris, je n'ai pas aimé. Une autre fois sans doute.
Bonne continuation


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