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Humour/Détente
brajones : Destin de poire [Sélection GL]
 Publié le 08/08/20  -  7 commentaires  -  2560 caractères  -  51 lectures    Autres textes du même auteur

Les observations d'une poire mûrie en bouteille.


Destin de poire [Sélection GL]


Bébé, on m’embastilla dans un bocal à long cou. Mes sœurs, d’abord inquiètes, suffoquaient de mon état ; en me voyant grossir, elles ironisaient sur ma prison. Libres, leurs formes pulpeuses dansaient dans le vent taquin. Elles se la fendaient à s’en faire péter la sous-ventrière. Elles étalaient leurs charmes sans pudeur, sans vergogne.

Attentives à l’instant propice, les pies bavardes venaient planter leur bec dans la fraîcheur d’abdomens trop bien remplis en piaillant leur bonheur, tandis que les frelons attirés par l’odeur du sucre fruité se gorgeaient de fragrances enivrantes.

Plus tard, cinq doigts crochus arrachaient leur pédoncule. Des bouches géantes leur suçaient chair et jus.

Carnage. Bien fait pour elles !

Les rescapées, empilées dans des caisses, partaient pour un voyage dont j’ignorais l’issue. Pourtant, une vieille légende hantant les vergers alentour parlait de longues files d’attente au milieu de légumes de triste renommée, suivies de longues triturations, d’agapes, de chair tranchée, broyée et mastiquée, de peau épluchée avant d’être jetée aux ordures. La cour des Miracles !

Dans ma cage, du haut de mon perchoir, je guettais. Quel destin ? Confinée dans ma chambre vitrée je dandinais mon péricarpe charnu. L’appât du Prince Charmant ?

Quand le monstre m’apparut, je découvris mon bourreau. Le regard sadique de deux yeux globuleux glaça ma peau et fit grelotter mes pépins.


— Hum ! Toi, tu commences à me plaire, mandibulait-il en glissant un appendice visqueux et reptilien entre deux grosses lèvres broussailleuses.


Dès qu’il coupa le cordon me reliant à ma mère je fis la morte au fond de la bouteille. Le voyage fut de courte durée. Dans mon nouveau logis, je découvris quelques cousines prisonnières, rondes et pommelées. Une odeur grisante flottait dans l’air. Partout des flacons. Autour de moi, on s’agitait, les bocaux volaient gracieusement, ils se heurtaient et tintinnabulent dans un ballet palpitant.

Le lent glouglou du liquide transparent et parfumé m’emprisonnant me transporta au pays des fleurs, des rires et des chants. Noyée dans un océan cristallin je me réveillai parmi les pieuvres et les murènes.

Psychose. Délire. Hallucination.

Un rêve étrange au centre de l’enfer. Un monstrueux Adam barbu étouffé par une pomme blette. Ève au goulot dans un rire divinement diabolique. La chute et le bris du flacon.

Ma liberté…

Et vogue une créature mi-femme mi-poire. Tout en rondeurs. Se jouant des cloportes esclaves de sa sève nourricière.


— Venez. Goûtez ma chair. L’extase éternelle.


 
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   ANIMAL   
15/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Plutôt amusante, cette nouvelle sur la fabrication des poires à l'eau-de-vie vue par la principale concernée : la poire.

J'apprécie les textes qui personnalisent des êtres inanimés et celui-ci est bien écrit, avec sa pointe d'humour bienvenue.

On devine dès le début que la poire moquée par ses soeurs leur survivra bien plus longtemps, ce qui donne une allure de conte moral, mais le destin de la belle enfermée est déjà scellé. Au moins, alcoolisée à mort, elle n'aura pas en conscience de sa fin.

Un exercice de style qui donnerait envie de goûter à cette chair charnue et parfumée.

en EL

   plumette   
22/7/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
je ne sais pas trop quoi penser de ce texte dont le sujet a le mérite d'être original.

la lecture n'est pas déplaisante, il y a des images assez fortes en particulier la description du "bourreau".

l'utilisation majoritaire de l'imparfait m'a étonnée.
Puis le texte s'accélère avec le passé simple puis le présent dans le même paragraphe et je n'ai pas compris ce qui justifiait ce changement de temps ( du passé-simple vers le présent)

Je n'ai pas compris la fin, à partir du "lent glouglou" j'y ai vu une sorte de "délire" sans grand rapport avec le début du texte.

Est-ce une nouvelle?je suis tentée de dire non...

Et puisqu'il faut mettre une appréciation, je choisis la neutralité.

Plumette

   Dugenou   
23/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Le style de l'auteur(e) a su me séduire, bravo pour cela !

Etrange destin que celui de cette poire. Tout aussi étrange, l'allusion à des Adam et Eve consommateurs, bien que ceux ci préféraient les pommes aux poires, si je me souviens bien...

Merci de cette lecture.

En EL.

   in-flight   
25/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bon ben, j'ai appris un mot de biologie botanique: "péricarpe".

Jamais simples ces exercices d’anthropomorphisme, d'autant plus lorsqu'il s'agit de fruit. Je trouve que vous vous en sortez très bien et la chute, avec ses références religieuses, est plutôt bien tournée.

   Hananke   
10/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Que voilà une nouvelle originale : dame poire grandissant dans sa bouteille et recevant, plus tard, sa dose d'alcool, enivrante senteur.

J'aime bien comme c'est raconté, un peu d'argot par-ci, par-là
et l'essentiel est dit en un minimum de mots.

La fin est également jubilatoire avec cet Adam barbu étouffé par une
pomme blette. J'adore.

Un bon moment de lecture.

   Gouelan   
28/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir,
Une poire enfermée dans un bocal jouit de sa liberté un peu plus longtemps peut-être que ses consœurs à l'air libre. Mais chacune aura un triste destin.
La poire sucrée, arborant des formes sensuelles a plus belle allure pour la pomme. Adam et Eve aurait du choisir la poire.
La fin est délirante, l'écriture est enivrante, on déguste l'originalité.

   Yannblev   
29/8/2020
Bonjour Brajones,

La poire est, paraît-il, le fruit des Dieux… qu’on en confine la saveur dans un bon alcool ne peut être qu’un plus.

Qu’on lui donne la parole est justifié en l’occurrence et quand elle est alors capable de raconter son périple avec un talent indéniable où la richesse du mot juste et la subtilité de l’humour maîtrisé nous donne envie d’y goûter, on en redemande un quartier.

Merci pour la dégustation.


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