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Sentimental/Romanesque
caillouq : La mer jaune caca d'oie
 Publié le 04/12/11  -  13 commentaires  -  21578 caractères  -  108 lectures    Autres textes du même auteur

Un, deux, trois, nous irons au bois. Quatre, cinq, six...


La mer jaune caca d'oie


Ça fait – quoi – quinze ans, vingt, plus, que je connais Jean-Luc ? Là, je le regarde et pour une fois, je ne sais pas ce qu'il a en tête. Je ne sais pas s'il va marcher, ou me lâcher.


Finalement, il soupire :


– Bon, évidemment je ne peux pas me mettre à ta place. Si tu es vraiment sûr que c'est ce que tu veux, je dois pouvoir t'aider.

– Tu le feras, alors ?

– Moi, non. C'est trop compliqué. Pas tant techniquement qu'au point de vue administratif, on n'a pas idée… Il y a encore quelques années, j'aurais pu te prendre mine de rien entre deux autres patients, avec un vrai-faux dossier. Mais maintenant, avec le suivi qu'on a, tout est informatisé ; il faudrait que je mette trop de monde dans le coup.


Je fais une confiance infinie à Jean-Luc. Je sais que quelque part, c'est moi qui ai suscité sa vocation et là, enfin, je lui donne l'occasion d'exprimer sa gratitude – même s'il ne comprend pas très bien mes motivations.


– J'ai un… collègue. Un type que j'ai dépanné, une fois. Très fort. Il peut te faire ça sans problème, et ça ne te coûtera rien si c'est moi qui t'envoie. Il faudra juste que tu restes très discret sur sa clinique. Irréprochable, ne t'en fais pas, je l'ai expertisée. Mais, comment dire… Elle n'existe pas. Point. Si tu en parlais, ça pourrait causer de gros, gros problèmes. À toi, à moi, et à d'autres.


Même un pote de quinze ans peut vous surprendre méchamment. Je n'aurais jamais imaginé que Jean-Luc puisse fricoter avec des types à la limite de la légalité – bien enfoncée, la limite, à vue de nez. Mais je n'ai pas envie de poser de questions. J'en ai suffisamment en réserve comme ça.


– Et pour le récupérer ? Tu te souviens, ils avaient dit qu'ils le gardaient au cas où, mais ils ne m'ont jamais dit comment…

– Ça, pas de problème. Je m'en charge.


Et c'est comme ça que deux semaines plus tard, un midi, Jean-Luc tout content de lui me donne rendez-vous à son service et m'emmène dans une pièce glaciale aux murs tapissés de petites portes métalliques numérotées, dont il pointe l'une :


– Moins quatre-vingts ! Il t'attend là.

– Je peux le voir ?

– Tu rigoles ? Il est maintenu depuis vingt ans dans des conditions d'asepsie féroces, et tu veux que j'ouvre le box ? De toute façon tu ne verrais rien, à cause de la vapeur.


Il exagère, ça ne fait pas vingt ans, mais pas loin. J'ai du mal à me souvenir de l'« avant ». Les regards, distraits d'abord, puis attentifs, incrédules, et enfin vaguement dégoûtés… À quinze ans, mon ambition principale était de me confondre avec les murs. La deuxième, battre Jean-Luc à Super Mario. C'était le seul dont je supportais la compagnie, peut-être parce que ses épaisses lunettes avaient su me rassurer dès le début, comme si sa myopie pouvait l'empêcher de s'apercevoir… De s'apercevoir. Point.


Deux ans plus tard, j'avais accepté de me faire opérer et Jean-Luc de tenter les lentilles, nous laissions derrière nous d'affreuses années de collège et de lycée, et nous découvrions, ravis, qu'une carrière de séducteurs en tandem était tout à fait à notre portée. Depuis, je me suis bien calmé. Enora attend notre premier enfant – un garçon – et Jean-Luc se perfectionne en drague solo. Mais franchement, quand on est chirurgien, entre les infirmières, les patientes et les visiteuses médicales, c'est trop facile.


Bien sûr, Enora sait. J'ai eu envie de le lui dire dès qu'il m'a été évident qu'elle avait rendu fades toutes les autres, que son rire serait de taille à combler mes failles, et que je voulais passer le restant de ma vie avec elle. Je le lui ai dit avec un tel excès de précautions qu'elle a éclaté de rire quand j'ai fini par cracher le morceau.


– C'est tout ? Mais c'est rien, ça !


Je me suis presque senti piteux. Un instant, j'ai eu envie de m'extrapoler un passé de cul-de-jatte, rien que pour lui river son clou. Mais rien ne déstabilise Enora.


– Alors comme ça, on est allergique à la moindre imperfection physique ? Et je fais quoi, moi, avec mes seins ? Je les remballe ? Va falloir les opérer jusqu'à ce qu'ils fassent la même taille au gramme près ?


Elle en profite pour me les mettre sous le nez une fois de plus, je ne vais pas m'en plaindre. C'est vrai qu'elle a un sein nettement plus gros que l'autre. Il paraît que certaines filles complexent à mort pour un truc comme ça, mais Enora n'est pas le genre de fille à se laisser bouffer la vie pour un détail non standard. Et moi, autant l'avouer, j'adore ses seins asymétriques. « Avec moi, tu auras deux femmes pour le prix d'une ! », qu'elle m'avait soufflé le premier soir. Gagné. Selon les jours, je peux caresser délicatement le sein d'une nymphette, ou téter voracement une poitrine plus nourricière. Ou l'inverse. Enora, impitoyablement, a continué à se moquer de moi :


– Dans ta prétention de petit mec, tu pensais pouvoir te contenter de tes dix doigts ? C'est bien de l'égoïste, ça, tiens ! Tu aurais pu penser à moi, quand même. Tu pouvais te douter que tu allais me rencontrer ! Tiens, fais-toi pardonner.


Pas de problème, je me fais pardonner. Et si, dans la chaleur des draps, il lui est arrivé de me brocarder sur mon appendice amputé et tous les usages qu'elle aurait pu en faire – à charge pour moi de lui prouver qu'elle n'avait rien à regretter – elle a eu la délicatesse de n'y faire jamais allusion devant un tiers, pas même Jean-Luc, évitant ainsi toute manifestation de curiosité encombrante.


Bien d'autres thèmes depuis sont venus inspirer ses plaisanteries, et elle a joué de moins en moins avec celui-là. Plus du tout, d'ailleurs, depuis qu'elle est enceinte.


Auprès d'Enora, je suis plus fort. Quand elle rit, ce qui lui arrive souvent et s'entend de loin, je suis le roi du monde.


Je me suis vite laissé aller à penser qu'avec elle, j'aurais accepté sans problèmes ma petite différence. Pourtant, si je me rappelle celui que j'étais avant l'opération… Un être à vif, renfermé, ne supportant aucun regard, à tel point persuadé d'être différent que, sans Jean-Luc qui m'y poussait, je n'aurais jamais accepté une opération censée me rendre pareil aux autres. Comment espérer devenir un semblable, quand on a intériorisé sa différence ?


Le bloc de souffrance a fondu en un après-midi, par le miracle de la chirurgie.


Bien sûr, ç'aurait été tellement plus simple de me faire opérer enfant. Mais mon père, en bon enseignant rétif à l'idée qu'une caractéristique innée puisse avoir une quelconque prééminence sur l'Éducation avec une majuscule, estimait que c'était à ma particularité d'éduquer le monde, et non au monde de décider qu'elle était non recevable. Il s'est toujours opposé à toute « normalisation inutile et insultante », comme il disait.


S'il n'y avait eu que lui, j'aurais peut-être réussi à être le fils qu'il espérait et à savoir faire accepter ma différence – au demeurant assez discrète. Le problème, c'est qu'en général, on a deux parents.


Ma mère, je l'ai senti très vite, d'une manière floue et globale comme tout ce qu'on apprend trop tôt, ça ne lui plaisait pas. Les moufles d'octobre à avril, et à la belle saison, toujours le même côté lorsqu'elle me tenait la main dans la rue, le « mauvais » côté, comme pour le dissimuler aux regards extérieurs… Il me semble avoir vécu malgré tout une vie normale de petit garçon normal jusqu'à sept ou huit ans, période à laquelle mes camarades d'école, qui jusque-là semblaient ne pas savoir compter jusqu'à six, se sont réveillés. Au lieu de prendre leurs remarques avec désinvolture, probablement déjà miné par le dégoût mal dissimulé de ma mère, je me suis recroquevillé, appelant le harcèlement de toute mon attitude de victime.


Le harcèlement, pas de problème : on l'appelle, il vient.


* * *


Sur le coup, ça ne m'a pas frappé plus que ça. Si la scène ne s'était pas reproduite plusieurs fois, je ne suis même pas sûr que je me souviendrais des détails. Le self de la boîte, la queue devant les grillades – si on n'y va pas très tôt ou très tard, il y a trop de monde, on est toujours collé au mec de devant, on regarde distraitement ce qu'il prend pour s'en inspirer ou pas. Un dos, une nuque, un bras qui se tend… Je ne sais plus vraiment ce que j'ai pensé la première fois que je m'en suis aperçu. Peut-être quelque chose comme tiens tiens. Peut-être même que j'ai trouvé ça drôle. Impossible de me rappeler.


Ça devait être au troisième mois de la grossesse d'Enora – je pense qu'on avait commencé à prévenir les amis, la famille… Ma mère avait eu l'air mi-figue mi-raisin, comme d'habitude. Je ne sais plus bien. Tout ce que je sais, c'est que j'ai recommencé à faire des cauchemars. Un cauchemar, en fait. Le vieux cauchemar de mon enfance. L'étendue d'eau à perte de vue, inquiétante, la lumière comme au début d'un orage, avec un ciel nuageux qui cache le soleil alors qu'on a si froid, tout seul sur sa barque, cette sensation de solitude et d'abandon absolus… Rien de plus que cet atroce sentiment de désespoir, ou de catastrophe imminente, je ne sais pas, qui m'éveillait tout à coup, couvert de sueur et le cœur battant. Sauf que je n'étais plus un gamin capable de se rendormir aussi brusquement qu'il s'est réveillé. Là, plus moyen. Le cauchemar en début de nuit, et paf. Nuit blanche. Pas toutes les nuits, heureusement – enfin, au début.


Il a fallu que je le revoie plusieurs fois au self pour réaliser qu'il y avait peut-être un lien avec la récurrence de mes cauchemars. J'étais allongé dans le noir, avec dans la bouche comme le goût de l'eau sale, couleur caca d'oie, qui m'avait réveillé en sursaut une demi-heure auparavant. J'aurais voulu me retourner car mes jambes tressaillaient toutes seules, appelant le mouvement, mais j'avais peur de réveiller Enora. Deux fois déjà, cette semaine-là, mon agitation après un cauchemar l'avait tirée du sommeil. Tous les prétextes étant bons, elle avait essayé de m'aider du mieux qu'elle pouvait, à savoir m'amener à la condition de mâle repu et satisfait, mais… Bernique.


Ça n'était jamais arrivé avant.


Du coup, là tout de suite, je préférais me retrouver avec une termitière dans chaque jambe plutôt que risquer fiasco une troisième fois. Encore qu'à y réfléchir, je pouvais peut-être penser à des trucs qui auraient pu me mettre en train, histoire de la réveiller avec du consistant, voire même pas la réveiller du tout, qui sait, elle aime bien aussi, mais à chaque fois ma pensée dérivait, impossible de me concentrer, à chaque fois les seules images que j'arrivais à générer revenaient à de la bouffe, de la bouffe sur des assiettes, comme au self… Me suis rendu compte que l'idée avait commencé à germer, à mon insu. Qu'elle risquait de grandir si fort qu'elle prendrait toute la place. Il fallait que je m'assure qu'elle n'avait aucun fondement.


* * *


Ça n'a pas été bien long de me faire une idée sur l'idée. Les gens parlent facilement, au boulot.


Dire qu'au début de sa grossesse, Enora envisageait avec gourmandise le deuxième trimestre, celui où les hormones boostent la libido de la femelle gravide… La mer kaki et son cortège d'angoisses me réveillent maintenant toutes les nuits. Et dans le sillage du cauchemar traînent sa copine insomnie et son autre copine qui ruine les envies d'Enora faute de moyens. Sans compter la fatigue qui s'accumule de jour en jour… Enora a manifestement mis l'insomnie et sa copine sur le compte de l'angoisse de devenir père, et je ne me suis pas décidé à la détromper. D'ailleurs, pourquoi la détromper ? Elle joue peut-être aussi, l'angoisse de devenir père. Sûrement. Quoi qu'il en soit, Enora n'a pas aggravé la situation en me sollicitant inutilement. Et moi, j'ai décidé de cesser de la réveiller par mes sauts de carpe, et je me suis mis à passer l'essentiel de mes nuits sur le canapé.


Quand on ne dort pas, ça laisse le temps de penser.


* * *


Je me ferai opérer sans le dire à Enora. Je prétexterai n'importe quoi, mauvaise chute, fracture. Elle n'ira pas fouiller sous mes bandages. Pour qu'elle ne s'étonne pas de leur durée, je vais faire coïncider une partie de la période de convalescence avec son séjour à New-York – elle y veut retourner pour voir la famille et les amies d'enfance avant d'entamer sa deuxième vie, celle de « mère de famille obsessionnelle », comme elle dit en riant. Celle où on se retrouvera.


Pourquoi est-ce que je ne me décide pas à le lui dire ? Je ne sais pas. Je sais juste que j'ai envie que tout soit parfaitement cicatrisé, anodin, quand elle le verra. J'imagine parfois qu'elle ne s'en apercevra même pas. Ou pas tout de suite. On ne passe pas son temps à compter les doigts de l'homme avec qui on vit. Ou alors… peut-être que je veux avoir l'avantage de la surprise quand elle s'en apercevra. Je veux voir si son regard change, avant qu'elle pense à dissimuler, si elle laissera percer du dégoût…


* * *


Il est là, seul. J'ai eu beau l'anticiper, m'y préparer, tout comme la veille mes battements de cœur se sont intensifiés à mesure que je me suis rapproché de son territoire, jusqu'à pulser dans mon arrière-gorge, mes mains tremblent, mon cerveau est figé. Je reconnais les excès de l'adrénaline, je sais qu'ils vont m'incapaciter environ une heure, et que ça recommencera à chaque fois que j'approcherai.


Je fais demi-tour mine de rien, le couloir est désert, personne ne m'a vu.


Il faut savoir reconnaître ses limites. Ça fait trois fois que j'essaie sans médocs, je n'y arriverai pas comme ça. Cet après-midi, je demanderai à mon copain Bêta Bloquant de m'épauler.


Heureusement qu'il y a les pilules magiques de Jean-Luc.


Il faudra aussi que je remette du fond de teint sur la cicatrice, encore un peu rouge.


L'os me fait mal. Il m'avait prévenu, le chirurgien véreux prêt à toute opération du moment qu'elle est payée en liquide – ou, dans le cas de Jean-Luc, en services rendus : la quincaillerie destinée à maintenir l'os, c'est ce qui fait mal le plus longtemps.


* * *


– Monsieur Sedaste ?


Il lève la tête. Manifestement, je l'emmerde.


– Désolé de vous déranger. J'ai un dossier qui peut vous intéresser.


Et je pose mes mains sur son bureau, bien à plat. Elles ne tremblent pas. Il lève les yeux vers moi, des yeux sans expression ni couleur, fatigués, avec des poches. Il est vieux, c'est normal. Il ne dit rien.


– Vous avez vu mes mains ?

– Et alors ?


Je n'aime pas sa voix qui racle, où j'entends comme quelque chose de vulgaire.


– Vous n'avez rien remarqué ?


Il soupire.


– J'ai tout à fait vu ce que vous vouliez que je voie. Je vous le répète : et alors ?


Il est vieux, mais stable. Massif. Je scrute ses traits d'homme élampé par les années.


– Ma mère s'appelle Édith Fayol.

– Je n'en doute pas, mais que voulez-vous que j'y fasse ?

– Je suis né à Clermont il y a trente-quatre ans. Je me suis renseigné, je sais que vous y avez travaillé à cette époque. C'est de vous que je tiens mes six doigts à la main droite.

– Je me doutais que vous en viendriez là.


Il ferme son dossier. Je m'oblige à ne rien dire, je reprends mes mains qui ne tremblent pas, je croise les bras. Il soupire, puis lâche :


– J'imagine que vous vous êtes renseigné sur la prévalence, comme je l'ai fait moi-même. Deux pour mille, je vous le rappelle. Il y a combien d'habitants, à Clermont ? Allez, je vous le fais à cent mille. Pour une génération, ça fait cinquante personnes. Vous n'allez tout de même pas me coller tout ce monde-là sur le dos ?

– Mais… Je n'essaie pas de vous coller quoi que ce soit ! J'ai juste besoin de savoir. Vous pouvez comprendre ça, non ?


Je déteste avoir laissé passer quelque chose de suppliant dans ma voix. Il ne moufte pas. Me regarde, impassible, avec ses yeux un peu plissés. Vieux salaud.


– Comment avez-vous rencontré ma mère ?

– Le nom que vous m'avez dit tout à l'heure ne me dit rien. C'était quoi, déjà ? Judith ?

– Édith Fayol.

– Voilà, c'est ça, Édith. Ça ne me dit rien. Désolé. Maintenant, si vous voulez bien me laisser, j'ai beaucoup à faire.


* * *


Gabriel est arrivé beaucoup, beaucoup plus tôt que prévu – le lendemain du retour d'Enora. Ils ont dit que c'était probablement le voyage en avion qui avait déclenché le travail. Bon, l'accouchement en lui-même s'est très bien passé, finalement. Et maintenant, il est en pleine forme. J'avoue avoir ressenti comme un petit pincement de déception, c'est bizarre, en voyant ses mains minuscules avec ses cinq miniatures de doigts dessus. Il est parfait, mon fils. Je le savais, bien sûr, je n'ai pas été surpris, l'échographe avait été formel – et statistiquement, il n'y avait qu'une chance sur deux que ça lui arrive à lui aussi. Mais quand même. Une étrange, infime pointe de déception au milieu de la joie brute.


Enora aussi est ravie, elle ne vit plus que pour ce petit bout d'humain. Il faut dire que le début a été un peu dur, avec les trois semaines de couveuse.


Elle a mis plus d'un mois à s'en apercevoir.


J'étais en train de changer une couche, elle est sortie de la douche, m'a regardé faire en souriant, toute détendue, on se serait presque cru avant, et d'un coup elle a pris ma main pour l'immobiliser et compter plus à son aise.


J'avais presque oublié, avec le bouleversement de la naissance de Gabriel, le relais jour et nuit auprès de la couveuse, le retour à la maison, les biberons, l'attention permanente.


Enfin, oublié, ça dépend des moments. J'ai croisé Sedaste deux fois au boulot, et les deux fois j'ai failli me retrouver par terre tellement mes jambes ne me portaient plus.


Quand je pense à la blague qu'elle faisait parfois avant, à propos de tout ce que j'aurais pu lui faire avec ce doigt supplémentaire…


Ce jour-là, elle m'a demandé pourquoi j'avais fait ça, et je lui ai répondu du mieux que j'ai pu. Au fur et à mesure que j'essayais de lui faire comprendre ce qui m'avait poussé à vouloir retrouver mon intégrité, tout ça me semblait de plus en plus absurde. Mais elle n'a pas bronché. Elle n'a pas beaucoup réagi, en fait. Juste demandé pourquoi je ne posais pas la question à ma mère – qui jamais ne me dirait la vérité, je la connais. Puis Gabriel s'est manifesté, les fesses à l'air ça ne lui plaisait pas trop finalement, ou alors il avait faim, et la parenthèse s'est refermée.


Ce à quoi je n'avais pas réfléchi, c'est que toutes ces personnes qui me connaissent avec dix doigts ne manqueront pas de me poser des questions s'ils s'aperçoivent de quelque chose. J'ai profité du prétexte Gabriel, je suis tellement débordé tu comprends et les nuits il les fait pas encore, pour voir le moins de monde possible – de toute façon Enora est là aux heures ouvrables pour assurer la permanence des bébéphiles. Au téléphone, mon père se plaint de ce qu'il ne voit pas assez son petit-fils, à chaque fois je lui réponds que c'est compliqué de nous déplacer tous les trois, mais qu'ils peuvent venir quand ils veulent.


Mes cauchemars n'ont pas molli, entraînant toujours leurs deux copines avec eux. Pour l'insomnie, c'est pratique rapport aux biberons de Gabriel. Pour le reste, Enora n'a rien dit.


Un jour, j'ai réalisé que je n'avais pas vu Sedaste depuis un bon bout de temps. Je me suis renseigné : il a quitté la boîte. Personne n'a pu me dire où il est, maintenant.


La nature de mon cauchemar a légèrement changé, mais il me laisse encore plus fébrile après le sursaut du réveil, parce que maintenant je tombe à l'eau, dans cette mer opaque et froide où je me noie pendant que le catamaran sur lequel j'avais réussi à me maintenir jusqu'au moment de tomber s'éloigne au milieu des vagues, filant toutes voiles gonflées hors de ma portée, bien droit sur ses deux coques, loin, loin sur la mer jaune caca d'oie.


* * *


On a eu avec Jean-Luc une conversation qui, finalement, m'a fait une impression bizarre. Il avait insisté pour qu'on prenne un pot ensemble à la sortie de mon boulot, c'était la première fois que je ne rentrais pas tout de suite à la maison retrouver Gabriel et Enora. Il a commencé par faire son docteur, normal, m'a demandé si mon doigt avait bien cicatrisé, si j'avais encore mal, tout ça. Puis :


– J'ai vu Enora l'autre jour, à propos de l'opération qu'elle veut faire.


Je ne voyais pas du tout de quoi il voulait parler, mais sur le moment, je n'ai pas eu envie d'avoir l'air trop à la rue. Sans compter que je n'étais pas totalement sûr qu'Enora ne m'ait pas parlé de quelque chose. La fatigue me fait parfois oublier des trucs.


– Ce n'est pas rien, quand même, sa décision. Ça ne t'embête pas ? Tu m'avais toujours dit que ça te plaisait, son asymétrie ?


C'est marrant, quand même, le corps. Toujours à réagir avant le cerveau, quand il s'agit de quelque chose d'important. Là, le temps d'un flash j'ai eu comme une envie de vomir. Mais je ne l'ai pas montré.


J'ai répondu tout à fait calmement à Jean-Luc :


– Écoute, elle est majeure. Si elle ressent vraiment le besoin de faire ça, je ne vais pas m'y opposer.


Jean-Luc a fini sa bière.


– Donc, il n'y a pas de problèmes pour que je la mette en contact avec quelqu'un qui saura faire ce qu'il faut ?


Sur le moment, je me suis vaguement demandé s'il parlait bien de ce dont il parlait. D'ailleurs, juste après que j'ai acquiescé, il s'est mis à parler d'autre chose.


Je suis constamment épuisé. Il y a les gazouillis de Gabriel pour me soutenir, mais je ne sais pas depuis combien de temps je n'ai pas entendu le rire d'Enora.


Et je ne sais pas très bien où tout ça va nous mener.


 
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   socque   
19/11/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen +
J'aime bien que la fin laisse le lecteur en suspens, que l'histoire soit encore en cours... Mais elle est longue, l'histoire, j'ai trouvé. D'autant que, dans cette longueur, elle n'explique pas ce qu'on lui faisait comme blague douteuse à la cantine, au gamin. Ou du moins je n'ai pas compris.

L'idée n'est pas mal, pour moi, mais beaucoup trop délayée. Je trouve que le narrateur tourne autour du pot, fait une montagne d'un rien. Le cauchemar est réussi, assez prenant et visuel. Pour le reste, à mon sens l'écriture blanche manque de pouvoir d'évocation ; du coup je n'ai guère pu m'intéresser aux affres du narrateur qui, j'ai eu l'impression, s'inventait des problèmes pour s'occuper.

   Anonyme   
19/11/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Il y a, dans ce texte, beaucoup de points que je n’ai pas bien compris ou acceptés.
1/ Le pourquoi de ce cauchemar sur la « mer couleur caca d’oie » qui revient. S’il pouvait être explicable avant l’opération, plus rien, dans le récit, ne justifie qu’il recommence après une vingtaine d’années.

2/ Le rôle exact du Dr Sédaste. Le narrateur lui reproche sa malformation. Mais il parle de « prévalence » et non de « congénital ». Par conséquent, je comprends mal que l’on puisse en faire reproche à Sédaste. En revanche, s’il s’agit de « congénital », il faut le préciser plus clairement car ça implique évidemment une liaison entre la mère du narrateur et Sédaste. Dans ce cas, il manque à la nouvelle quelque chose qui aurait dû être entrepris par le narrateur contre Sédaste. Sinon pour quoi faire insinuer tout ça ? A quoi peut bien servir cette scène entre Sédaste et le narrateur ? À délayer, à faire du texte ?

3/ L’opération envisagée par Enora ? En dehors de l’asymétrie de ses seins, je ne discerne rien d’autre. Le narrateur dit : « Mais rien ne déstabilise Enora. ». Il semble que non, en réalité. L’initiative du mari a des répercutions sur l’épouse.

Le narrateur s’est fait faire l’opération inverse de celle qu’il avait appelée de ses voeux, une vingtaine d’années plus tôt, pour cause de complexe ravageant son enfance. Ce scénario est-il plausible, chirurgicalement, physiologiquement parlant ? Et même psychologiquement parlant ? Pas à mes yeux en tout cas.
D’autant plus que le narrateur déclare :
« Le bloc de souffrance a fondu en un après-midi, par le miracle de la chirurgie. »

Et vingt ans plus tôt, les chirurgiens avaient prévu ce revirement futur, au point d’avoir pris la précaution de conserver le produit de l’ablation « au cas où… ». Non crédible ! Les centres de conservation en azote liquide ont, certainement, bien d’autres nécessités que celle de conserver les « morceaux » des patients « au cas où… », dans vingt ou trente ans.

Non, décidément, je ne parviens pas à avaler cette intrigue fondée sur des éléments aussi peu crédibles.
Je ne goûte guère non plus cette manière d’écrire par trop de non dits, d’insinuations imprécises, de situations vagues, sous prétexte (je suppose) de ménager la chute, évasive elle-même.

Cela dit, je n’ai par contre à redire sur le style. Il m’apparaît clair, léger, facile à lire.

   Pascal31   
4/12/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien
Le titre intrigue et, malgré un côté légèrement vulgaire, atteint son but : il donne envie de lire la nouvelle.
Je n'ai pas regretté ma lecture : c'est un récit bien écrit et captivant.
La dimension psychologique du personnage central est bien développée. J'ai ressenti ses angoisses, ses doutes, face à l'arrivée du bébé et, bien sûr, à l'opération sur ce doigt surnuméraire cause (ou simple prétexte ?) de bien des maux.
La fin laisse planer le doute sur le devenir du couple. Comme si l'ajout du doigt avait également amputé quelque chose entre Enora et le narrateur.
Au rayon chipotage, quelques petites erreurs à corriger ("sensée" au lieu de "censée" dans la phrase : "une opération sensée me rendre pareil aux autres", ou encore "cette" au lieu de "cet" dans ce passage : "Rien de plus que cette atroce sentiment").
[EDIT : en lisant le commentaire de Pol-Henri, je me rends compte que j'avais mal compris un passage de la nouvelle, j'efface donc la remarque que j'avais faite et qui n'a pas lieu d'être. Cela n'enlève rien à l'intérêt que je porte à ce récit et je confirme le reste de mon commentaire].
Quoi qu'il en soit, un récit facile à lire, bien construit, et qui permet au lecteur d'avoir une certaine réflexion sur le paraître et ses conséquences...
Une belle réussite à mes yeux. Bravo !

   Margone_Muse   
4/12/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
[Comm effectué en EL juste avant que le texte n'en soit retiré et me "passe sous le nez"]

Bonjour,
C’est un récit un peu étrange, décalé. Le coup du 6ème doigt enlevé puis remis n’est jamais énoncé clairement, c’est habile, ça vient dans la tête du lecteur tout doucement. J’ai bien aimé.
Par contre, le cauchemar... pas compris.
Je crois que la qualité principale de la nouvelle est sa qualité d’écriture. C’est très fluide, je l’ai lu très vite, il y a de la cohérence dans l’enchaînement des scènes, il y a plus qu’à se laisser guider, quoi.
Plusieurs passages m’ont fait sourire, entre cynisme et auto-dérision.
Voilà, une nouvelle qui ne casse pas des briques mais divertissante, originale, accessible, qui donne envie de voir ce que l’auteur sait faire d’autre.
Bonne continuation,
Margone_Muse.

   brabant   
4/12/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
Bonjour Caillouq,


Ce texte est très bien fait, très bien construit et d'une écriture irréprochable ; puis je me suis entendu dire : "Tout ça pour un doigt !" (ce récit serait-il un doigt d'honneur ? Hé hé, pas si idiot en dix-septième degré !), un doigt en (de) trop peut-il causer un tel désordre (à une seule main de plus... et pour les jeux sexuels c'est un atout, je crois que c'est dit ou sous-entendu dans le texte), s'agit-il du petit doigt ? de l'index ? de l'annulaire (celui qui lui aurait permis la bigamie sans coup férir !) ? du pouce (demander deux fois la trêve !... Celui-là eût pu donner lieu à complexe). Non, j'étais parti sur un autre appendice engoncé dans la graisse (et là le père eût été bien coupable de ne pas avoir fait remédier à l'affaire) et me semble-t-il c'était une piste suggérée... Mais non, un pauvre, un simple doigt, qu'ils étaient probablement les seuls à voir. Beaucoup de bruit pour rien AMHA.

D'autant qu'elle a raison, Enora, un doigt, ça n'est quand même pas un sein. La symbolique est toute autre (Il est quand même un âge où l'on cesse de se sucer le pouce. Le sein de sa compagne ? Je ne sais pas, mais sans doute jamais ; se lasse-t-on de ces choses-là ?) C'est pourquoi je ne comprends pas sa réaction non plus. Si, lui, avait eu les mains palmées, et qu'on les lui eût laissées en l'état, d'accord. Les deux plateaux de la balance eussent supporté, pour s'équilibrer, des complexes ( ou pseudo-complexes, ou plus que possibilités de complexes) équivalents ; mais un doigt, non, cela ne fait ni le poids ni l'affaire.

Alors, se faire raboter un sein parce qu'il s'est fait enlever un doigt, non, pour moi, cela ne tient pas la route.

Dommage, j'eusse pu être conquis ! Mais, à mon avis, les termes du marché sont à revoir.


Notez que j'ai cependant passé un agréable moment de lecture. Sans réelle préférence pour les degrés.

A vous relire

   Perle-Hingaud   
4/12/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien -
J’aime cette nouvelle, parce que sous couvert d’un fait divers amusant, on peut y trouver une réflexion sur la différence, l’identité, le besoin du regard de l’autre et de son acceptation. Le père, également, toujours ce besoin d’être reconnu du père, absent, fuyant.
L’écriture est sans accroc, nickel.
Et il y a l’humour, le jeu avec le lecteur (non mais cékoidonc ce truc si bizarre qu’on lui a amputé ???) et l’ironie distillée ici et là. Pourtant, ce texte est plutôt triste, quand on y pense. Peut-être même désespéré.
Bien vu, bien écrit : merci !

   alvinabec   
6/12/2011
Bonjour,
C'est fluide, maitrisé, bien écrit et pourtant le texte me semble très, trop long pour une intrigue légère.
On a du mal à accorder de l'empathie au narrateur, pt-être faut-il lui donner plus de "chair psychologique". On voit mieux le personnage d'Enora, paradoxalement.
La chute, portant sur une autre gêne physique est très bien vue, réaliste et renvoie votre lecteur à la valeur (variable) de l'esthétisme.
A vous lire...

   Anonyme   
9/12/2011
J'ai fait une grosse bêtise : j'ai lu les autres commentaires et même le forum consacré au texte avant de le lire et de commenter. Mais puisque bêtise est faite, j'essaierai d'en tirer un enseignement, pour moi-même et peut-être, qui sait, pour l'auteur.

Donc, j'ai eu peur en entamant la lecture, à cause de deux choses que j'ai lues en commentaires ou forum :
1. Les événements, leurs raisons et leurs conséquences n'étaient pas clairement compris par tous. Etant moi-même aisément mis hors-circuit lorsque les choses se compliquent, j'imaginais ne rien piger.
2. L'écriture blanche a été évoquée. Je ne connaissais pas le mot, mais après renseignements, je comprends aisément ce qu'il signifie. Je n'aime pas beaucoup ça. Je craignais donc, en plus de ne rien piger, de ne pas aimer l'écriture.

Alors évidemment, bêtise oblige, je ne sais pas si c'est parce que je m'attendais au pire que j'ai été agréablement surpris, ou rassuré. Je ne sais pas si j'ai facilement compris parce que je possédais déjà certains éléments. Par exemple, je savais qu'il s'agissait d'une histoire de doigt surnuméraire, ce qui représente tout de même le noeud de l'intrigue. Mais voici l'enseignement que j'en tire, au moins pour moi-même : pourquoi diable vouloir absolument sacrifier la compréhension du lecteur sur l'autel du suspense ou de la chute ? Pourquoi ne pas faire confiance en l'écriture en elle-même pour retenir le lecteur. Et là, se pose l'autre question : une écriture blanche peut-elle y parvenir ?

Je me propose de prolonger ces interrogations dans le forum consacré au texte.

A cause de ma grosse bêtise, je ne note pas.
Ce que je peux dire : dans le contexte où j'étais placé, j'ai aimé ce texte. Je le trouve très bien construit. Je suis particulièrement jaloux de cette capacité à construire.
On y retrouve des thèmes récurrents de l'auteur : le décalage entre l'être et le paraître, l'identité du père, des allusions sexuelles qui sont prétextes à humour, un environnement médical, l'appui sur un background scientifique,... Ce texte trouvera facilement sa place dans son "oeuvre".

   caillouq   
15/12/2011

   misumena   
15/12/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour, Caillouq,

Cela me fait plaisir de voir deux de vos textes publiés à si peu de temps d'intervalle.

J'ai eu paradoxalement un peu de mal à entrer dans celui-ci. Pourtant, je pense commencer à savoir comment vous fonctionnez ! Mais je me suis laissé avoir par la fluidité de l'écriture, d'abord, ensuite par un truc vraiment idiot : celui de deviner ce qui se cache derrière le nom "Sedaste". J'ai pas trouvé. Mais si l'étymologie est du Perse ancien, joker. Du coup, j'ai perdu le fil :)

Sur la forme, j'ai relevé : Citation :
Jean-Luc tout content de lui me donne rendez-vous à son service

On dit plutôt "dans son service", il me semble.
Je n'ai pas trouvé le mot "élampé" dans le TLFI. J'aimerais en connaître le sens.

Sur le fond, Incognito a parlé d'oeuvre. Je ne suis pas loin d'être d'accord. On retrouve dans nombre de vos textes une obsession pour l'examen des corps et leurs multiples déclinaisons. Cela me fait un peu penser aux films de Cronenberg, qui décline à l'envi le même thème sous diverses formes.
Ici, je suis restée un peu sur ma faim, sans doute parce que le style invite à une consommation rapide du texte. Mais à y bien réfléchir, même si un doigt, ce n'est pas grand chose, tout dépend des projections qu'on fait sur ce doigt. Et le narrateur, il projette grave. Il se fait greffer ce doigt au moment où il devient père (tiens tiens tiens, ça sent son petit complexe d'Oedipe...), recherche une filiation ma foi fort hypothétique... A ce propos, vous confondez prévalence et héritabilité : la prévalence est une donnée statistique d'apparition d'une pathologie dans la population générale. Si elle est de deux pour mille, cela ne veut pas dire que l'enfant du narrateur (que vous veillez à ne pas nommer), aura 2 chances sur mille d'être polydactyle. En revanche, la polydactylie est souvent un gène dominant : 100% de chance pour que Gabriel ait ses 12 doigts.
Les autres commentateurs ont noté la réflexion sur l'image du corps et son évolution en fonction du psychisme, qui passe du narrateur à Enora-l'amazone parturiente.
Le passage avec Sedaste aurait gagné, à mon avis, à être plus étoffé, d'autant plus que le narrateur parle de son père sans qu'on ait l'impression qu'il doute de sa filiation (peut-être un indice dans le passage des moufles, mais ce n'est pas assez clair pour moi). Cela aurait mérité une plongée sous les remous caca d'oie de la personnalité du narrateur afin qu'on saisisse un peu mieux le bien fondé (ou non) de cette certitude qu'il a d'être le fils de Sedaste.
La couleur de la mer ne m'a pas embêtée. C'est un cauchemar, c'est un bourbier, je ne me pose pas plus de questions que cela, mais vous connaissant, j'ai peut-être tort !

Voilà, comme d'habitude, une lecture agréable et "interloquante". Elle manque un tout petit peu de "mâche" pour m'emballer vraiment.

Misumena

Petit rappel aux nouveaux lecteurs de Caillouq : "Straniero, ascolta" ne lui a pas été attribué, mais elle en est co-auteur, donc pour ceux qui décideraient de lire ses oeuvres complètes, n'oubliez pas ce texte !

   Scipio202   
11/1/2012
Pathétique. C'est le seul mot qui me vienne à l'esprit. Pas même dans un sens négatif, mais dans un sens absolu. Le personnage narrateur est écrasé par son pathos. Il ne cherche pas même à le confronter. Il se laisse faire. Il a besoin de souffrir, de errer, on dirait qu'il aime ça. Il tourne en rond, il n'arrive nulle part, il soupire, il continue. Et quoi, il n'a pas envie de se réveiller, de se battre, de lutter contre les barrières, en lui, qu'il a érigées ?!

Le style concorde parfaitement au personnage. Ecrasé par son pathos, aveugle, son jugement sur le monde est pauvre, sans couleur. Tout est gris, tout se ressemble, que l'on parle d'un tel personnage où d'un autre ... ils sont tous réduits au dénominateur commun du pathos, qui rôde, qui attend, qui pèse.

Il faut aimer. Moi je n'aime pas. Je préfère les personnages flamboyant qui n'ont pas peur de se casser la gueule et qui y vont franchement. Je préfère ceux qui imposent les bornes à ceux qui se les imposent. Je les trouve plus colorés, plus trépidants, leur fougue me donne envie de vivre. Ici, je me suis demandé ce que je faisais. Baah, je suis passé. Mais je n'ai pas été emporté, encore moins transporté.

   matcauth   
12/1/2012
 a trouvé ce texte 
Très bien -
J'ai voulu mettre un petit message à ce drôle de personnage qui n'aime pas les chiens, comment est-ce possible!!!

C'est une texte intéressant, j'aovue mettre beaucoup concentré sur la forme. Pourquoi ? parce que j'aime cette façon simple (dans le sens NOBLE du terme) d'écrire et de décrire. On dit d'un bon acteur qu'il ne "joue" pas mais qu'il "est". Ici, j'ai l'impression que l'histoire n'est pas écrite. L'histoire "est". Elle est présente et je la vis. comme dans ce moment où on regarde devant soi, à la cantine, pour s'inspirer du choix du voisin.

Voilà ce qui m'a plu. cet univers qui me convient et qui est décrit avec très peu d'adjectifs (il me semble) mais qui est pourtant très clair.

Pour le fond (de la mer?) je trouvé quelques longueurs, que je n'ai pas aimées. Je me suis fait avoir par ce petit truc amputé, moi aussi.

J'ai bien aimé la façon progressive, douce, subtile de rentrer dansns le coeur du sujet.

   Anonyme   
16/1/2012
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Il m'a fallu parfois remonter vers certains passages pour comprendre car j'ai souvent perdu le fil de l'histoire. je me suis un peu perdue dans les flash back et les instants présents. Un peu de confusion quant à cette histoire de doigt, de paternité(s). Un peu déçue aussi par la décision de la femme finalement. mais ce n'est que mon point de vue.


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