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Horreur/Épouvante
CerberusXt : Shutdown
 Publié le 09/05/19  -  7 commentaires  -  18085 caractères  -  123 lectures    Autres textes du même auteur

Allumer une lumière, c'est projeter une ombre.


Shutdown


Elle rentra dans la pièce quand il commença à faire noir.


— Maman, les lampes, murmura Sandra dès que sa mère franchit le pas de sa chambre. Elles veulent pas s'allumer. J'ai rien fait je te jure.


La voix aussi blanche que le visage, la fillette agrippait le rebord de sa couette avec l'intensité normalement réservée à une branche en surplomb d'un précipice.


— Je sais ma puce, répondit Amélie d'un ton qui, elle l'espérait, ne trahissait pas la peur qui bouillait au creux de son estomac. C'est juste une petite panne de courant de rien du tout. Tout va bien se passer, maman a tout préparé. Je veux juste que tu sois bien courageuse d'accord ? On va aller s'installer dans la salle de bain.

— Pourquoi on va pas aux abris ? demanda la fillette d'une voix si ténue que les battements du cœur d'Amélie manquèrent de la couvrir. La maîtresse a dit que...

— La maîtresse habite pas à quinze bornes du bunker le plus proche, la coupa-t-elle.


La maîtresse est pas une mère célibataire traitée avec la dignité d'une merde sous une semelle par le gouvernement, ajouta-t-elle mentalement. La putain de maîtresse est pas parquée en périphérie de la putain de zone sécurisée.

La fillette tressaillit et releva sa couette à hauteur de nez, ne laissant dépasser que son regard écarquillé.

La réaction instinctive de Sandra serra le cœur d'Amélie. Bordel de chiotte ! Elle avait laissé son sourire de façade fondre sous l'acidité de son ressentiment. C'était pourtant vraiment pas le moment de faire flipper la petite. Dans un soupir, elle rassembla autant de calme que possible et se rebâtit une expression détendue. Ce qui, vu la quantité de valises sous ses yeux et sa tignasse blonde en grève de peigne, devait paraître plus crispant que rassurant.


— Pardon ma puce, tu as raison d'écouter ta maîtresse. Mais on n'a pas le temps de se rendre aux abris. La panne a été annoncée bien trop tard. La nuit est presque là. Allons, suis-moi. Tu verras, on va bien s'amuser entre filles.


À essayer de ne pas mourir de terreur.


La fillette réfléchit un court instant avant d'acquiescer. Elle repoussa la barrière dérisoire de sa couette et se glissa hors du lit, dévoilant une chemise de nuit trop longue qui accentuait la délicatesse de sa frêle carrure. D'une main, elle attrapa la triste poupée de plastique surmontée de trois touffes de poils à laquelle elle vouait une affection sans borne. De l'autre, elle agrippa celle tendue par Amélie.

En temps normal, la jeune mère aurait pris grande peine à ne pas serrer trop fort la minuscule pogne, de peur de la briser. Mais, brûlées par l'urgence, toutes ses velléités de délicatesse s'évaporaient. Elle fonça dans le couloir, tractant sans ménagement sa fille à sa suite. L'attention rivée sur la lueur bleutée qui émanait de la salle de bain, elle pouvait presque sentir les ombres s'agiter sur les murs à la périphérie de sa vision, comme des vers sur un cadavre.

C'est dans ta tête, se rassura-t-elle. Tu as encore quelques secondes. N'y pense pas !


Ce n'est qu'arrivée à destination qu'Amélie se rappela qu'il fallait respirer.


— Installe-toi ici, dit-elle à Sandra entre deux inspirations. Près de la baignoire.


La fillette se glissa sans un bruit au fond de la pièce pendant qu'Amélie repoussait la lourde porte blindée. Le verrou émit un rassurant claquement métallique, comme un couperet les séparant de la nuit. La jeune mère lâcha un soupir qui s'étrangla dans sa gorge lorsque son attention se porta sur la lampe à UV placée au bord de la baignoire. L'appareil rustique, déballé à la va-vite d'un des cartons de déménagement qu'elle se promettait de ranger depuis des mois, produisait un grésillement inquiétant.

T'es vraiment qu'une pauvre conne, jura-t-elle mentalement pour la dixième fois depuis le début de la panne. Pourquoi n'avait-elle pas sorti sa foutue lampe de sécurité plus tôt ? Et surtout, pourquoi ne l'avait-elle pas fait vérifier ? Le slogan de merde du ministère, « Lampe contrôlée, foyer sécurisé », paraissait moins débile tout à coup. Elle pouvait bien se cacher derrière des excuses bidon comme « j'avais des plus gros soucis à régler » et autres « il y a pas eu de panne depuis onze ans de toute façon ». En attendant, si la lumière calanchait avant l'aube, sa fille et elle seraient... Non, bordel ! Mieux valait ne pas y penser et se contenter de brûler un énorme cierge imaginaire pour que l'engin passe la nuit.


— Qu'est-ce qui va pas maman ? demanda Sandra, sa poupée étranglée contre son torse.


Et voilà, bravo, tu fais encore flipper ton monde. Ressaisis-toi, merde.


— Rien ma chérie. On est en sécurité maintenant.


Amélie vint s'asseoir aux côtés de sa fille. Avec la délicatesse d'un livreur de porcelaine, elle posa la tête de la petite sur ses jambes avant de jouer avec les doux frisotis blonds à la base de sa nuque.


— Tout va bien se passer, dit-elle sans quitter du regard la porte face à elle. Tu sais que tout ça n'est pas vrai, hein ma puce ? Dès que le jour se lèvera, tout disparaîtra. Comme un mauvais rêve. Il n'y a rien à craindre. D'accord ?


Amélie se demanda qui elle tentait de rassurer avec de telles niaiseries.


— D'accord maman, je sais, mais...


Elle sentit Sandra se recroqueviller encore plus contre sa jambe.


— Qu'est-ce qui te tracasse ma puce ?

— Comment ça peut pas être vrai si ça peut nous tuer ?


Tu es trop perspicace pour ton propre bien ma fille.

Amélie chercha ses mots. Elle ne voulait pas ajouter d'autres ingrédients dans la soupe à l'angoisse, mais elle ne voulait pas non plus raconter des énormités.


— C'est juste que le cœur peut s'arrêter si on a trop peur, finit-elle par dire.

— Oh. Une crise cardiaque ? Comme papi ?


L'insensibilité innocente de la remarque arracha un début de sourire à Amélie.


— Un peu comme papi oui.

— Mais si les cauchemars nous attrapent, reprit Sandra après un silence. Steve m'a dit qu'ils peuvent nous torturer et nous tuer. C'est vrai ?


Amélie soupira. Encore ce Steve ! Si elle le chopait, elle lui ferait bouffer de la tarte aux doigts avec supplément phalanges. Il pouvait pas se contenter de pourrir Noël et la petite souris ?


— Steve a raison. Mais c'est pour ça qu'on a une porte très solide et que je suis là pour te protéger ma puce. Je serai toujours là pour toi.


Contrairement à mes géniteurs.

La fillette acquiesça.


— Essaie de te reposer maintenant. Maman veille.


Amélie lâcha la porte du regard pour observer Sandra lovée contre elle. Ses petites mains agrippaient son chemisier à s'en faire blanchir les phalanges. Cela lui remémora sa naissance, quand les médecins avaient déposé son corps prématuré contre son torse. Quand elle n'avait pas osé la toucher de peur de la briser. Quand elle s'était contentée de l'admirer, le souffle coupé. Ce souvenir presque trop lointain apaisa le rythme infernal de son cœur. Comme en symbiose, la respiration de Sandra se calma également. Pour un peu, la sérénité de l'instant aurait presque pu faire oublier l'arrivée des cauchemars.

Presque.


— Ma petite chérie, susurra une voix de l'autre côté de la porte.


La peur glissa sa langue humide le long de la colonne vertébrale d'Amélie. Elle aurait reconnu cette voix même chuchotée à l'autre bout d'un concert de Death Metal. Les ombres venaient de LE matérialiser, de LE tisser à partir des terreurs enfouies dans l'esprit de sa fille et d'elle-même. Son putain d'ex-mari. Techniquement toujours son mari, mais la lenteur de la justice pouvait bien aller se faire foutre. Son apparition ne la surprenait pas, bien sûr, mais savoir qu'une chose est inéluctable n'en élimine pas la crainte, elle la double.


— Ma petite doudouce d'amour, continua la voix. Je sais que tu es là.


Amélie sentit sa fille se recroqueviller toujours plus contre elle. À ce rythme, leurs chairs fusionneraient. Avec autant de douceur que ses tremblements le permettaient, elle plaqua ses paumes contre les oreilles de la petite avant de réaliser. Mes putains de bouchons d'oreilles. Non, non, non. Bordel t'es vraiment nulle en préparations ma pauvre fille ! Elle serra les dents jusqu'au grincement. Les gros privilégiés uniquement terrifiés par des trucs futiles comme les clowns tueurs, les chiens ou les monstres sous le lit ne connaissaient pas leur chance. Elle, elle devrait encaisser.


— Ma pupuce ! (La chose derrière la porte ponctua chaque syllabe d'un grattement sur le battant.) Ma chérinounette !


Amélie devinait sans mal le sourire qui accompagnait ces mièvreries. Un sourire qu'elle avait d'abord connu charmant, puis moqueur et enfin cruel au fil de la débâcle de son mariage. Un sourire utilisé pour professer des regrets, pour affirmer qu'il ne le referait plus. Un sourire qui lui donnait envie de le croire, jusqu'à la prochaine fois où elle promettrait à nouveau qu'on ne l'y reprendrait plus.


— Papa se soucie de toi, tu sais ? Papa veut te faire du bien.


Va-t'en, putain ! Laisse-nous tranquilles !

Amélie savait ses imprécations vaines. L'apparition ne disparaîtrait pas. Pas aussi facilement du moins. Depuis la première « nuit des terreurs » il y a vingt ans maintenant, le gouvernement avait tout tenté pour enrayer l'inexpliqué phénomène de matérialisation. Mais aucune censure de films ou de livres d'horreur, aucun traitement médicamenteux, aucun somnifère, ne pouvaient arracher la peur du cœur des hommes. Certains affirmaient que les terreurs se dissipaient si on les affrontait, et que cela pouvait s'apprendre à coup de séminaires hors de prix. Mais le fait que ces charlatans du courage ne sortaient pas leurs miches de leurs villas sécurisées la nuit venue en disait long sur leurs convictions. Non, seuls les UV empêchaient la matérialisation des cauchemars. Et une fois apparus, ils ne disparaissaient qu'avec l'aube.

Ou après avoir éliminé leurs créateurs... Amélie ne put réprimer un frisson à cette pensée.


— Le divorce est entièrement de ta faute, tu sais ? continuait la voix. C'est toi qui as détruit notre petite famille.


Il ne peut plus rien nous faire. Il n'est pas vraiment là. Ce n'est pas vraiment lui.


— Maman te garde près d'elle uniquement pour me blesser. Elle se fiche de toi. Tu n'es qu'un outil. Tu sais pourquoi j'en suis sûr ?

— La ferme la ferme la ferme, siffla Amélie entre ses dents. Retourne chez ta pute syphilitique de mère. Cette conne prenait tout le temps ta défense, même le nez collé à l'évidence, enfoirée d'enculée de merde de salope de...


Les insultes jaillissaient en murmures, toutes aussi puériles que cathartiques.


— Tu te souviens ? poursuivait l'imperturbable cauchemar. Quand tu lui as parlé de notre petit secret ?


Ne va pas par là putain. Ne va pas par là pitié.


— Elle t'a giflée et traitée de petite menteuse ! Pourtant on sait tous les deux que tu disais la vérité, ma pupuce.


Comment j'aurais pu deviner ? se défendit mentalement Amélie. Comment je pouvais savoir ?

Parce qu'elle te l'a dit !

Mais il m'avait promis qu'il ne lui arriverait rien tant que je ferais tout pour le combler.

Et ce serait la première fois qu'il te mentait, pauvre naïve ? Tu voulais rien voir !

C'est faux.

Tu préférais ignorer le problème.

C'est faux.

Tu n'aimais pas assez ta fille pour lui venir en aide.


— C'est faux ! hurla Amélie.


Surprise, Sandra se releva d'un bond, un bras devant son visage, l'autre contre son ventre. Elle poussa un gémissement lorsque son dos percuta le flanc de la baignoire. Amélie rattrapa la petite et la serra contre elle, aussi fort que possible ; son souffle chaud et saccadé au creux de sa nuque.


— Désolée d'avoir crié ma pu...


Amélie s'interrompit. Elle eut l'impression de sentir son cœur cogner contre ses côtes. L'éclairage bleuté de la pièce bougeait. Non, non, non. La lampe à UV oscillait sur le rebord de la baignoire. Trop près du vide ! Comme au ralenti, l'appareil glissa... avant de basculer.


Choc.

Obscurité.

Lumière.


Amélie retint son souffle, persuadée que le court clignotement de la lampe n'était qu'un râle d'agonie annonciateur d'une panne totale. Mais il n'en fut rien.


— Tout va bien ma chérie, susurra-t-elle à l'oreille de sa fille après un long silence. La lampe va bien. La lampe va bien.


Elle caressa les cheveux râpeux de Sandra pour la rassurer.

Râpeux ?

Un étau glacé enserra les entrailles d'Amélie ; une main invisible en actionna la manivelle à mesure qu'elle baissait les yeux. Elle faillit laisser échapper un hurlement. Lovée entre ses bras, seule la poupée dépenaillée de sa fille lui renvoyait son regard vide. Elle jeta le jouet de plastique au sol, le plus loin possible, comme un vulgaire rat mort.


— Sandra ? (Sa voix monta dans les aigus.) Sandra ?


Aucun écho ne daigna lui répondre. Elle fouilla chaque recoin de la pièce, même les plus improbables, même le putain de plafond ! Personne.


— Sandra, ma chérie, gémit-elle. Ça ne me fait pas rire !


Le clignotement avait dû faire quelque chose. Mais quoi, bordel ? Quoi ?


— Sandra. Maman t'aime. Tu ne dois pas croire un seul mot de ce que dit le cauchemar. La maîtresse a dû t'expliquer que c'est ce qu'ils font. Ils mentent. Pour nous blesser. Pour nous pousser à l'erreur.


Une réalisation soudaine lui décrocha un crochet vicieux dans le bide. Son ex-mari n'avait pas ouvert sa sale gueule depuis un moment maintenant ! Cela devait vouloir dire que... Réfléchis ma vieille ! Réfléchis ! Mais ses craintes n'avaient pas de sens. Les cauchemars ne traversaient pas les murs. Quoique. Difficile d'en être certaine. Le ministère dissimulait parfois des informations cruciales pour tenter d'endiguer les psychoses.

Tenaillée par un doute grandissant, Amélie colla son oreille contre la porte et retint son souffle. Des craquements au loin. Des pas peut-être ? Bon sang de bordel de pute.


— Enfoiré ! cria-t-elle en cognant sur le battant, les vibrations métalliques remontant le long de son bras. Si tu touches à un seul de ses cheveux... je... (Amélie s'arrêta lorsqu'elle réalisa l'inutilité de ses menaces.) Rends-la-moi, je t'en supplie, je ferais tout ce que tu voudras.


Pas de réponse.

Ce dégénéré se fout de ta chair vieillissante, tu le sais bien.

Amélie chassa son sursaut de dégoût. Pas le temps pour ces conneries. D'une façon ou d'une autre, ce déchet avait profité du clignotement pour kidnapper sa fille. Peu importe comment, elle ne le laisserait pas faire. Plus jamais. Elle récupéra la lampe à UV tombée par terre, déverrouilla la porte et en poussa le lourd ventail. La lumière bleue inonda le couloir sur quelques mètres à peine avant de s'étioler, dévorée par les ombres.


— Tu pourras pas te cacher ! hurla-t-elle. Je vais éclairer ta sale gueule jusqu'à ce que tu crèves ! Je t'ai pris Sandra une fois, je peux le refaire !


Amélie avança en direction de la chambre de sa fille. Le cauchemar ne pouvait pas être parti bien loin. Les entrées des habitations de la ville se verrouillaient automatiquement chaque soir grâce à un système de panneaux solaires. Après tout, selon le ministère, « mieux vaut sacrifier un foyer qu'un quartier ».


— Je démonterai chaque mur de la baraque s'il le faut, mais je te trouverai !

— Pardon maman ! gémit sa fille, loin derrière elle. Me laisse pas ! Je serai gentille. Je ferai plus tomber la lampe. C'est promis.


Amélie se retourna si vivement qu'elle entendit son dos craquer. La lampe éclaira l'intérieur de la salle de bain au bout du couloir. Allongée par terre, Sandra la fixait, le front taché de sang. Pile là où... La jeune femme déglutit une salive acide. Pile là où elle avait balancé la poupée.

Avant que ses pensées n'aient pu former un tout cohérent, deux yeux brillants se reflétèrent dans la lumière. Tapi dans l'ombre du battant de la porte, son ex-mari lui adressait un sourire narquois. Des fumeroles s'échappaient de ses larges épaules.


— Non ! hurla-t-elle. L'approche pas !


Ses paroles n'auraient eu plus d'effet si elle les avait criées à un caillou. L'ombre cauchemardesque se coula dans la pénombre de la salle de bain. Sa silhouette ténébreuse domina un instant la tache claire de Sandra avant de lui agripper la nuque d'une de ses énormes mains. Tellement plus grandes que dans ses pires souvenirs. Sans effort apparent, il souleva le petit corps à bout de bras. Amélie bondit en avant.


— Maman, gémit la fillette. Mam...


Sa voix s'étrangla sur un gargouillis.


— Personne ne me trahit, cracha l'apparition. Personne.


L'invective se ponctua d'un craquement qui résonna jusque dans la chair d'Amélie. Le corps de Sandra s'agita de soubresauts, avant de s'affaisser, comme si l'ensemble de son squelette venait d'être vaporisé.


— Et certainement pas une petite pute que je n'ai jamais ai...


Les mots se dissipèrent à l'instant où le reflet cauchemardesque de son ex-mari s'étiolait dans les ombres, ne laissant dans son sillage qu'une épaisse fumée grasse. La petite Sandra s'effondra contre le carrelage dans un écœurant bruit mou. Amélie lâcha la lampe qui tomba derrière elle et clignota à trois reprises. Quelle importance si elle s'éteignait maintenant.

Écrasée par le poids de l'incompréhension, la jeune mère rampa, plus qu'elle ne marcha, vers la forme au centre de la salle de bain. Une odeur de pisse et de merde agressa ses narines lorsqu'elle saisit le bas de la chemise de nuit.


— Ça va aller ma chérie, maman est là.


Qui crois-tu tromper ? Ouvre tes putains d'yeux.


— Ça va aller, continua Amélie pour repousser l'évidence. Ça va aller, ça va aller, ça va aller.


Mais de simples mots ne pouvaient empêcher le voile du choc de se déchirer, révélant son erreur dans toute son horreur. Son ex-mari n'avait jamais été sa véritable terreur. Il n'était que celui de sa fille. Son cauchemar à elle, celui qui l'avait poussée à rester avec ce monstre pendant tant d'années, celui qui la ramenait dans ses bras encore et encore était plus intangible, plus sournois : l'abandon.


Un cauchemar dont même l'aube ne pourrait la libérer désormais.


 
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   hersen   
9/5/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une nouvelle construite de main de maître avec une idée très originale;
la personnification d'un cauchemar donne une dimension proprement...cauchemardesque à ce récit, bien placé en Horreur/épouvante.

La narration est très bonne, entre un langage parlé abrupt et une simplicité froide qui ajoute encore au relief.

Un vraiment bon moment de lecture !

ps : "pogne" pour moi est difficile ment utilisable pour une main d'enfant car ce mot me fait plutôt imaginer une grosse main peu raffinée.

   senglar   
9/5/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour CerberusXt,


Ouais, ben vous n'y allez pas mollo CerberusXt ! Vous vous prenez pour Stephen King ou quoi ? Pas de barrière dans l' "abjection", sacrifier une enfant à la folie d'une femme - fille-mère vu l'opprobre, femme divorcée vu le même opprobre ( à une certaine époque heureusement révolue) - c'est difficile à supporter pour le lecteur que je suis (Bon, de Stephen King j'ai tout supporté c'est vrai, notamment dans "Simetière", et pour tout dire j'ai même souvent supporté l'ennui). Evidemment un titre tel que "Shutdown" clôt la nouvelle. Direction l'hôpital psychiatrique pour cette folle, folle parce que...
On se le demande.
Je sors quelque peu frustré de cette histoire. Un couvre-feu soit mais le contexte historique précis quel est-il ?
Et le contexte familial ? Amélie est-elle en fuite ? Comment peut-on faire inscrire une enfant dans une école si on n'a pas sa garde ?
Cette nouvelle me promène mais manque de tangible, même un huis-clos doit être motivé ; il y a un sens du suspense mais il me faut de l'"incredible" fondé sur une documentation, de l'"incredible" fondé sur du crédible. Ici vous vous êtes contenté et satisfait de jouer sur l'émotion, la partie ennuyeuse mais nécessaire du boulot vous ne l'avez pas faite. On est hors temps, hors contexte, uniquement dans la déraison, ça fait tilt mais c'est trop facile. Forcément le lecteur exigeant que je suis, surtout en horreur/ épouvante, après, demande des comptes.
Et si vous ne pouvez pas les lui fournir il vous envoie la note du teinturier !
Ben oui quoi !
Lol

senglar

   Shepard   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Voilà une catégorie peu représentée sur oniris, l'horreur. Un genre que j'ai toujours apprécié sur le principe mais qui se casse trop souvent la figure (en forçant l'histoire pour placer les personnages dans des situations incongrues). Ici, j'ai malheureusement retrouvé quelques (énormes) facilités dans le déroulement de l'action. Bon je vais ignorer l'idée que, dans un monde où on peut se faire massacrer à chaque nuit, quelqu'un (avec un gosse, en plus) oublierait de vérifier sa 'lampe de secours' - c'est pratique pour l'intrigue mais... ça peut arriver. Ce qui m'a dérangé c'est... la mère qui perd sa gamine dans une salle de bain : c'est pas grand une salle de bain et la fille n'est un pas un porte-clé. Donc j'ai du mal à croire qu'en fait, la gamine était par terre à quelques pas (là ou la poupée a été lancée) et que l'autre l'ai raté. De plus, elle est en plomb la poupée pour la mettre KO ?

Bien sûr, ce passe-passe scénaristique pousse la mère à quitter son refuge.

Et ensuite, je pensais avoir comprit que la lampe U.V tenait justement le cauchemar distance ? Donc, la mère pointe la lampe sur la fille pour la voir, mais la créature peut approcher la fille pour la tuer ? En relisant, j'ai vu qu'il y avait une subtilité et la lampe prévient l'apparition mais ne la détruit pas... Mais dans ce cas je ne vois pas pourquoi la mère est terrifiée par la chute de la lampe puisque le monstre est déjà là.

A mon avis, il aurait été intéressant que la mère pointe la lampe vers sa fille, lui sauvant la vie, mais se retrouve tuée de dos, en angle mort - forcée à faire ce choix.

L'écriture est satisfaisante bien que je n'ai pas été trop convaincu par certaines idées (l'intensité de la branche au dessus du précipice par exemple...)

En résumé, j'ai suivi l'histoire mais je n'ai pu rester à l'intérieur, trop ennuyé par plusieurs aspects de son intrigue.

   socque   
10/5/2019
Ouf ! Très efficace, bravo. Je trouve l'idée excellente. Pas d'héroïne dans cette histoire mais une personne complètement dépassée, ce qui me rend l'ensemble plus proche.

Une réserve sur des moments où affleure une sorte de désinvolture à mon avis en décalage, comme ici :
sa tignasse blonde en grève de peigne
Je ne pense pas que, dans la situation, la mère penserait en ces termes.

Mais pour moi cette histoire est très réussie.

   toc-art   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour,

j'ai bien aimé ce texte. Je n'ai aucune référence dans ce genre littéraire mais j'aime bien l'argument des cauchemars qui se matérialisent. Je trouve la toute fin un peu trop explicative mais sinon, j'ai passé un bon moment de lecture. Un style plus sobre aurait peut-être été plus efficace mais ça n'a pas gêné ma lecture.

Bien joué.

   Donaldo75   
11/5/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour CerberusXT,

J'ai bien aimé cette nouvelle. J'ai trouvé qu'elle possédait un vrai ton, qu'elle était racontée avec du rythme et faisait preuve d'un ressort narratif intéressant, une forme de drame.

Le discours intérieur, dialogue ou monologue selon l'intensité dramatique du moment, apporte de la valeur à la narration, l'habille, en donne une autre voix. Et elle permet de varier la force de l'émotion. C'est un outil narratif très bien utilisé dans le cas présent.

Bravo !

Donaldo

   Eva-Naissante   
16/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'ai beaucoup aimé votre nouvelle, une écriture alerte, un rythme constant et mesuré qui amène la lectrice que je suis à devenir, au fil de ma lecture, impatiente de connaître le dénouement sans pour autant me précipiter, me tenant ainsi en halène du début à la fin.
La matérialisation des cauchemars et des peurs comme menace nationale est une très bonne idée, définitivement terrifiante.
L'insertion des pensées de la mère à côté des dialogues apporte il me semble, du suspens et sert l'intrigue. On se demande qui incarne réellement le danger, la fille, la mère, la menace qui pèse sur elles et dont on ne sait pas bien au début de quoi il retourne ou alors tout autre chose.
Je ne suis pas amatrice du genre en général, mais je dois avouer que votre texte m'a emporté sans difficulté !
Merci pour ce partage,
A vous relire,
Eva-N.


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