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Fantastique/Merveilleux
costic : Rasta saule
 Publié le 19/07/10  -  20 commentaires  -  4245 caractères  -  118 lectures    Autres textes du même auteur

Les métamorphoses capillaires d'un arbre incompris.


Rasta saule


Consoler un saule pleureur, évidemment, ça vous paraît ridicule. Après tout, puisque se plaindre tient à son essence même, à quoi bon essayer de réconforter cet arbre neurasthénique ? Je partageais cette vision des choses jusqu’au jour où j’ai découvert par hasard que je possédais un don : je pouvais adoucir les douleurs de l’arbre. Vous me direz : pas bien utile comme don ! Avouez tout de même que ce n’est pas banal. De plus, j’ai pu mesurer combien il est apaisant de soulager les peines d’un être vivant, aussi végétal soit-il.

C’était pendant les vacances. Nous étions dans le Périgord, le Périgord vert.

La maison que nous avions louée possédait un jardin, avec, en son centre, un saule. Je connais peu cette espèce : je viens du pays des cerisiers, des figuiers, des amandiers. D’un pays où les arbres n’ont pas pour habitude de se plaindre ni de se répandre en sanglots verts frémissants. Les arbres de mon pays sont résistants, coriaces, et ne s’apitoient pas sur le destin qui leur impose d’être très exposés aux vents féroces, au manque d’eau.

Je m’étais donc allongée sous l’ombre du saule, à l’écart. Ses branches m’isolaient et frissonnaient un peu dans les petites respirations d’une brise légère.

J’étais comme enfermée dans un cocon de verdure, à travers le rideau émeraude apparaissaient par intermittence les fragments de la maison, des silhouettes vagues, un morceau de ciel bleu. Puis j’eus soudain envie de sentir ma peau contre l’écorce de l’arbre. J’y posai donc mes pieds, j’agitai mes orteils avec délectation. J’aime par-dessus tout cette sensation de mes pieds nus sur la peau d’un arbre : c’est comme si je marchais vers le ciel.

Et c’est là que j’ai entendu battre son cœur. Les vibrations se propageaient dans tout mon corps. C’était un emballement sans harmonie. La sève, dans ses vaisseaux, frappait une cadence de djembé affolé. Mon propre pouls accéléra. Je retirai mes pieds. Tout semblait calme. Je les posai à nouveau sur l’écorce, et les martèlements frénétiques reprirent. Je commençai un peu machinalement à exercer des pressions sur le tronc. La circulation ralentit aussitôt, le rythme des battements diminuait, l’arbre se détendait !

Je me sentis obligée de continuer mes piétinements, je dosai de mieux en mieux mes caresses plantaires et, vous n’allez pas me croire, les branches commencèrent à onduler légèrement. Au bout d’un moment le saule était méconnaissable : les branches frisaient, les longues lianes bouclaient et lui donnaient un air de rasta dreadlocké.

Lorsque les autres m’appelèrent je dus l’abandonner à sa tristesse chronique.

Ensuite, pendant les deux semaines du séjour, je me sentis un peu responsable. Pour ne pas me rendre coupable de lèse-assistance je retournais auprès du saule aussi souvent que possible, afin de lui prodiguer un massage dont j’avais le secret.

Je me levais la nuit. Je savais à chaque fois que j’en éprouverais du remords le lendemain, quand il faudrait m’éveiller, mais je prenais de plus en plus goût à assister à la métamorphose du feuillage sous la lune.

Ma famille remarqua un changement : je somnolais dès que j’en avais l’occasion, la descente de la Dordogne en canoë n’éveilla rien en moi, je restais insensible aux châteaux, aux paysages, aux cris des enfants, aux discussions interminables durant les soirées avec nos amis. Je préparais machinalement les repas. Ma tête était ailleurs.

Mon mari, un matin, me trouva dans le jardin et remarqua la toison emberlificotée de l’arbre :


- Ce saule doit être malade, il ne faudra pas oublier de le signaler au propriétaire quand nous partirons, tu ne devrais pas rester dessous, on ne sait jamais. Tu es drôle en ce moment, tu es sûre que ça va ?

- Très bien, je suis calme et détendue voilà tout, et je profite du jardin.

- Je te trouve un peu apathique, quand même.

- Pas du tout, vraiment !


Je restais le plus longtemps possible auprès du saule.

À chaque massage, une quiétude mutuelle nous envahissait. Je m’épuisais à arracher à son âme un sourire.

Aujourd’hui je retrouve mon pays d’arbres gais, leurs feuillages sobres m’indiffèrent. Je pense avec mélancolie à ces contacts qui distillaient une langueur délicieuse.


Consoler un saule pleureur, vous devriez essayer.


 
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   Anonyme   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour

C'est entendu, je suis convaincue d'essayer.
Un charmant et très agréable moment. C'est délicat et souriant. Rien n'a heurté ma lecture.
Peut-être au début un peu trop de prise à partie du lecteur, mais pas dérangeant plus que ça puisque la fin équilibre la chose.
Une jolie écriture, poétique, amusée. Douce.
Bonne continuation à l'auteur

   jaimme   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Moi j'irai plutôt consoler un chêne bicentenaire! Tant qu'à entrer en harmonie avec un arbre j'y gagnerai plus qu'avec ce pleurnichard!
Bon, j'arrête de m'amuser.
Joli texte. Poétique et fantastique. Pourtant l'auteur a choisi le registre du quotidien. C'est un bon choix en définitive. Encore qu'un peu plus de recherche...
Belle idée de départ!!! Et l'on se dit qu'heureusement que la narratrice n'habite pas là. Elle aurait sans doute fini par en mourir, non?
Merci.

   florilange   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Joli texte, très sympathique. Chacun a les relations qu'il veut avec la nature et celles-ci sont aimablement rendues. J'espère que les autres arbres, alentour, n'ont pas fait trop triste mine par jalousie.

   Mistinguette   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Consoler un saule pleureur, il fallait y penser !

Je me suis régalée en lisant ce petit joyau.
Une plume experte pour une histoire très originale, ce n’est pas si souvent et c’est trop bon.
Fond, forme, rythme, construction… tout me ravit ici.
Je suis vraiment désolée de ne pouvoir être plus constructive.

Un reproche tout de même : C’EST TROP COURT !

MERCI à l’auteur et au plaisir de le relire.

Mistinguette

   silene   
19/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une bien jolie petite chronique, bien enlevée, tendre et bucolique. Avec une très légère fragrance fantastique, qui la rend tout à fait sympathique, de manière souriante. Comme le parfum fugace de quelques violettes au bas d'un muret.

   brabant   
19/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Costic,

Je te donne mon commentaire tel que je l'avais rédigé, à l'aveugle (mais pas à l'aveuglette hein !), alors que j'avais ton texte dans mon espace lecture, et puis, hop ! le texte s'était évaporé (pas la faute du site, la mienne à moi, j'ai dû être trop lent), tu ne m'en voudras de penser que le texte avait été écrit par une auteure, je l'avais trouvé très féminin, et puis une femme en est l'héroïne omniprésente et omnipotente...
Voici:

"Charmante histoire où vous vous faites plante pour consoler un arbre qui tombe amoureux de vous, et vice versa. Cocufiage par procuration, bénin, innocent amour de vacances; mais votre mari a raison, il faudrait peut-être couper le saule devenu rieur, "saule rasta", "toison emberlificotée"; je sais, j'extrapole, pour la coupe à la tronçonneuse,... pas pour la coupe de cheveux.

Humour léger, discret, de bon ton.

J'ai bien aimé le Périgord vert, cela m'a changé du Périgord noir, si dur, si pauvre, si triste, plus souvent évoqué. Effet de contraste.

Peau contre peau, dites-donc; massage avec la peau nue, "caresses plantaires", pas étonnant que l'arbre s'affole. Un arbre de plus ! Je n'invente rien, hein !
"Je me levais la nuit."
"Ma famille remarqua un changement: je somnolais... je restais insensible aux... . Je préparais machinalement... . Ma tête était ailleurs."
"... ces contacts qui distillaient une langueur délicieuse."
Si c'est pas du vocabulaire amoureux ça !

Votre mari a raison de préférer les arbres du Sud, secs, sobres, ceux qui ont des épines pour feuilles.
Au moins ils restent entre eux ceux-là.
Et ils ne demandent pas à être consolés.

Faux-jeton de saule-pleureur, il doit bien rire...

Bon on vous pardonnera cette tromperie mignonnement contée.


ps: aire géologique: le saule-pleureur pousse plutôt dans les régions boréales, froides et humides. Cela ne me semble pas le cas du Périgord... . Bon, je suppose qu'ils se sont acclimatés là-bas."

   Anonyme   
19/7/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Une histoire joliment racontée sur une belle idée mais dans laquelle il ne se passe quand même pas grand chose.
J'aurais aimé une surprise à la fin.
J'en retire l'impression que si la narratrice a pris son pied, le saule lui en est tombé malade. Ce qui n'est quand même pas tès sympa.

   blanchette   
19/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Sceptique au début de ma lecture à la vue du jeu de mot "consoler un saule pleureur", j'ai cependant avalé la suite du texte comme un grand verre d'eau fraîche, comme un joli conte végétal. La construction du texte, le rythme des phrases qui coulent comme une source, les sensations d'été ressenties ("J’étais comme enfermée dans un cocon de verdure, à travers le rideau émeraude apparaissaient par intermittence les fragments de la maison, des silhouettes vagues, un morceau de ciel bleu"), tout m'a séduit. Un bel amour de vacances !

   doianM   
20/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Belle histoire sentimentale, ce lien qui se crée entre la narratrice et la nature.
Découvert par le hasard d'une journée de paresse, le sentiment évolue pour cet arbre dont les branches tombantes lui a donné un nom... de tristesse.
Ca se lit avec plaisir.

   Selenim   
20/7/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
L'idée de départ est vraiment intéressante. L'échange entre la narratrice et le saule est assez bien rendue. Je trouve dommage que le texte soit si court, que l'auteur n'ait pas développé plus en avant cette relation.

Il y avait pourtant matière à construire. l'influence du végétal sur l'humaine aurait pu transpirer lors des activités familiales. Ici, tout est résumé en un paragraphe peu épais. Frustration.

Quand aux transformation de l'arbre, elles restes trop en surface pour humaniser le procédé. A part les battements de cœur, on a pas grand chose de solide.

Sur la forme, ça se tient sans être éblouissant. Il faudrait par contre engagé un berger pour canalisé ce troupeau de virgules anarchiques. Certaines phrases piquent les yeux.

La maison que nous avions louée possédait un jardin, avec, en son centre, un saule.

Le titre m'a paru peu inspiré et surtout mal représentatif de l'esprit du texte.

Au final, une certaine frustration devant un texte qui avait pourtant beaucoup à partager.

A la prochaine.

Selenim

   ANIMAL   
21/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ah, l'héroïne doit avoir du sang elfique pour partager des choses aussi intimes avec un arbre, fut il saule et pleureur.

Une très agréable histoire, un peu courte à mon goût car j'aurais aimé voir se développer le ressenti de l'arbre et de sa masseuse. La relation qui s'amorce est fascinante et tourne un peu court.

Cela ne m'a pas empêchée d'apprécier ce texte à l'arrière saveur teintée d'érotisme. Si, si...

   Yaya   
22/7/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
L'idée initiale m'a plu mais j'ai trouvé que le texte était un peu trop contemplatif (à mon goût) : je n'ai rien à reprocher à l'écriture mais elle ne m'a pas captée. Quant au fond, je suis un peu déçue que tout cela ne mène pas à de plus profonds changements pour le saule et/ou la narratrice.

   Anonyme   
24/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Des passages très séduisants : les deux premières phrases ; le troisième paragraphe ; "J’aime par-dessus tout cette sensation de mes pieds nus sur la peau d’un arbre : c’est comme si je marchais vers le ciel."...

Un peu déçu par la fin, qui vient assez brutalement, et que j'aurais aimée différente.

Une prose charmante.

   Anonyme   
26/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le sujet est-il original ? Je n'en sais rien. Pour moi, il l'est.
J'ai trouvé pas mal des ingrédients que j'aime : un moment de vie sans chercher à tout prix à faire une "histoire", une implication du lecteur, l'intégrant à par entière dans la narration (comme ici : "vous n’allez pas me croire, les branches commencèrent à onduler légèrement").

Je ne sais pas trop bien quoi dire de constructif, sinon à encourager l'auteur à poursuivre dans cette voie.

Je trouve ça très bien écrit. J'aime beaucoup.

   Anonyme   
25/7/2010
Un texte léger et sympathique qui ne manque ni d'humour, ni d'insouciance.

Comme d'autres, je regrette juste que le tout soit trop court. A détailler plus, peut-être l'héroïne aurait elle pu nous transmettre un peu plus de la douce langueur qui l'a gagnée, ainsi que son "amour" pour ce saule.

En tout cas, l'imagination reste riche. Avoir le plaisir de s'illustrer mentalement les fines branches se transformer en dreadlocks !

Néanmoins, je perçois aussi une certaine morale derrière l'histoire. Qu'au final, on ne se lie jamais autant qu'avec les êtres qui nous apportent quelque chose, et à qui on apporte. La narratrice délaisse les arbres naturellement gais de son pays pour y préférer un triste saule parce qu'elle est capable de le rendre joyeux.

Merci pour cette lecture rafraichissante !

   alpy   
26/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un joli récit original, court et sympa qui se lit aisément.
Il y a de la poésie et de la paix qui dégagent de ce texte. J'ai beaucoup aimé.

J'aurais mis un point au lieu d'une virgule dans la phrase suivante :
Aujourd’hui je retrouve mon pays d’arbres gais, leurs feuillages sobres m’indiffèrent.

Bonne continuation,
Alpy

   Anonyme   
28/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est très sympa, léger, plaisant. A l'heure où les psychothérapeutes en tous genres interviennent pour tout et n'importe quoi, il ne serait pas étonnant qu'on les sollicite aussi bientôt pour les arbres larmoyants.

   leon   
28/7/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Bon, j'ai trouvé ce texte sympa à lire, à quelques détails près :
le néologisme "dreadlocké" , je le trouve pas joli !
Sinon, je n'aurais pas introduit l'histoire en en dévoilant le contenu. C'est dommage, il y avait de quoi mettre un peu de suspense. Et puis, on aurait pu imaginer un dialogue entre cette femme et l'arbre, où celui-ci aurait par exemple expliqué pourquoi il cherchait à friser...

   dvb   
29/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une très belle parabole dans laquelle on peut ranger pas mal de symboles et de significations (du détachement familial au besoin d'isolement anxieux).

L'écriture y est légère et sincère et dégage une sensation de fraîcheur et d'empathie tant vis à vis de l'arbre que de l'héroïne.

J'ai beaucoup aimé ce rapport étrange et original entre les deux.

   Flupke   
13/11/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ah j'aime bien la fin car je me demandais si la narratrice y trouvait un bénéfice en retour. Assurément très original.

Bien aimé: J’aime par-dessus tout cette sensation de mes pieds nus sur la peau d’un arbre : c’est comme si je marchais vers le ciel.

Un texte sympatonouchet, un peu New Age. Merci.


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