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Den : Souvenirs...
 Publié le 13/06/07  -  12 commentaires  -  4774 caractères  -  39 lectures    Autres textes du même auteur

... Il regarde vaguement


Souvenirs...


… Il regarde vaguement la pluie laver la vitre à grands coups de bourrasques, le vieux. Distraitement, il suit des yeux la fuite des nuages dans le ciel gris. Assis dans son fauteuil roulant, il frissonne un peu et s’enveloppe plus chaudement dans sa couverture terne…


… Le vieil homme laisse errer son regard sur la modeste toile du paysage - toujours la même depuis tant d’années- qu’affiche la fenêtre, du monde extérieur. Les feuilles voltigent dans l’air agité. Comme autant de peaux mortes détachées du corps fuyant du temps, rêve absurdement, le vieux. Il se cale autrement dans son fauteuil roulant pour soulager ses escarres…


… Il ferme à demi ses yeux sensibles que martyrise toute cette clarté. La neige a gommé le décor : la page est blanche. Il y dessine ses souvenirs, le vieux. Son fauteuil roulant craque doucement…


… La fenêtre est ouverte. Le soleil en profite pour se faufiler dans la chambre du vieillard. Il frôle le plaid tombé à terre, tâte le coussin qui a roulé aux pieds de la table de nuit et caresse le fauteuil roulant renversé…


…La fenêtre est toujours ouverte. Les rayons de lumière ont glissé le long du mur, à l’extérieur de la chambre du vieux. Ils s’amusent à explorer les fissures. Plus tard, ils essaieront de réchauffer le cadavre du vieux, qui gît, cassé, en bas, à l’aplomb de la fenêtre…


L’inspecteur découvrit rapidement le coupable du crime. Il est très fort l’inspecteur ! Il identifia aussitôt l’arme du meurtre. Ou plutôt, les armes du meurtre. L’assassin, en professionnel averti, s’était servi d’un terrible arsenal : les souvenirs, la nostalgie, le désespoir. Il avait tout d’abord, torturé le vieux pendant de longues années à l’aide de souvenirs poignants, d’êtres chers disparus… Puis avait distillé le poison de la nostalgie… Pour enfin, achever son œuvre macabre, par un coup d’estoc au cœur, asséné par l’arme la plus redoutable qui soit : le désespoir. Le Vieux avait alors, basculé par la fenêtre !


En fouillant dans les affaires de l’ancêtre, l’inspecteur sut qui était le coupable et à quelle organisation criminelle, il avait appartenu. Cela confirmait ce qu’il soupçonnait. Depuis des années qu’il s’occupait d’affaires similaires sur tous les continents, il avait rassemblé un faisceau d’indices, mais jamais réussi à établir de véritable culpabilité. S’il avait acquis des certitudes, aucune preuve sérieuse n’était venue étayer ses présomptions. Maintenant, avec ce qu’il avait en mains, il pouvait remonter à la source de tous ces homicides.


Ils avaient été commis par le gang le plus redoutable : Le Gang des Cerveaux ! Ces fanatiques kamikazes !


Le journal tenu par la victime désignait, sans ambages, son assassin. Le vieux avait écrit :


« …Tous mes souvenirs se bousculent, ces derniers temps, dans ma pauvre caboche ! Ils reviennent en foule ces jours heureux irrémédiablement perdus ! Des fantômes me hantent !… Ah, éteindre ce cerveau pour ne plus se rappeler ce qui a fui ! Ne sera jamais plus !… Je reste là, collé à ma chaise, seul - toujours seul- face à ce même paysage, sans presque jamais le voir, ma vue brouillée par mes larmes. Quels tourments !… J’ai, parfois envie, de me défenestrer ! … ».


Plus loin, il faisait même allusion au fameux gang :


« … Je sais que mes compagnons d’infortune, subissent de semblables tortures. Leur cerveau, comme le mien, leur inflige le même calvaire, la même valse triste des souvenirs… »


Ainsi, ces kamikazes criminels étendaient bien leur immonde réseau à toute la planète ! Le dernier en date de ces fous venait donc de se suicider, en entraînant sa malheureuse victime avec lui.


Il fallait réagir et promptement !


Mais l’inspecteur n’ébruita pas l’affaire. Cette organisation de malfrats avait trop de défenseurs zélés, pour qu’il se risquât en justice. Soupçonnant la nature du gang depuis longtemps, il avait déjà préparé - ce justicier- une parade infaillible pour neutraliser ces déments. Cette arme secrète, il l’avait baptisée : Maladie d’Alzheimer. Il allait en doter tous les vieillards. Ainsi plus aucun cerveau criminel ne pourrait utiliser l’arme des souvenirs et l’arsenal qui va avec, pour suicider ces pauvres gens ; ces pauvres vieux et vieilles qui partiraient plus tard, heureux et insouciants !


… Il avait quand même un regret, l’inspecteur. Il savait que jamais il ne serait capable de neutraliser le véritable coupable, l’unique responsable de tous ces massacres, le commanditaire de cette boucherie : le Temps ! On arrête rarement les gros bonnets ! Le Temps ! Le Temps -insaisissable Scélérat, Monstre fuyant - le Temps avait encore de beaux jours devant lui…


… Il sourit, le Temps… Il a tout le temps… Il a perdu une bataille, mais sait qu’il gagnera la guerre…



 
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   Cyberalx   
13/6/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte vraiment spirituel et bien pensé !

On devine dans la façon de voir les choses de "l'inspecteur" un donquichotte des temps modernes.

La même folie et le même enthousiasme, par contre, c'est beaucoup trop court, je crois que vous auriez pu pousser le bouchon encore un peu (mais je dis ça juste parce que j'ai adoré).

Bravissimo.

   Benjoui   
13/6/2007
C'est vrai qu'on retrouve un peu de Don Quichotte dans l'inspecteur...
J'aime beaucoup le style, l'originalité de l'idée... Tout commentaire de ma part serait superflu

Ce texte mérite amplement son 17

   Anonyme   
13/6/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Il se dégage en effet un charme particulier de votre nouvelle. Le thème est original tout comme sa construction. Le rythme va en crescendo. Bonne nouvelle qui ne passe pas inapercue, l'impact est certain.

   Ama   
13/6/2007
J'aime beaucoup. Je ne trouve pas que ça doit être un poil plus long, j'ai adoré et je rage de pas pouvoir en lire plus, mais c'est parfait, c'est juste ce qu'il faut, surtout pas plus! Cette rage-là, c'est un plaisir. Ce texte, il laisse un soupçon de beauté dans le coeur. A y réfléchir encore après ma première impulsion, je dirai que peut-être, l'Alzheimer n'est pas bien amené. Ce serait peut-être mieux que l'Alzheimer soit le produit des êtres vieillis et torturés par leur cerveau plutôt que le moyen mis en oeuvre par l'inspecteur pour que les vieux ne se suicident plus. On voit très bien comment il découvre les malfaiteurs mais pas très bien comment il installe Alzheimer. Alors qu'ils l'inventent, comme moyen de se défaire de leur conscience et de leurs souvenirs, mais que le temps soit toujours là...

Enfin vraiment, c'est beau.

   Anonyme   
14/6/2007
Vraiment séduite par les images du début, "Comme autant de peaux mortes détachées du corps fuyant du temps", pour ne citer qu'un passage, puis, étonnée par l'arrivée de l'inspecteur et agréablement surprise par la suite. J'aurais aimé un peu plus de "suspense" autour de l'arme secrète, amenée un peu vite. Mais c'est pour chipoter, l'idée est vraiment originale et le style m'a beaucoup plu.

   studyvox   
20/6/2007
Je suis un petit nouveau. C'est mon premier commentaire. J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, parce qu'elle est réaliste tout en restant poétique. On ressent la place que les souvenirs prennent, dans une vie finissante. Toutes mes félicitations.

   Anonyme   
29/6/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
texte original, séduisant, agréable à lire

   Maëlle   
8/8/2007
Je susi assez partagée. Ce texte à un rythme de Rocking-chair, qui convient tout a fait à son propos. Mais je trouve qu'il manque quelque chose. Peut-être est-ce l'anonymat complet du vieux qui me dérange? Peut-êtr sont-ce deux ou trois "accorchage" de mots...

   Anonyme   
22/2/2008
Bon sujet d'intrigue.

Cependant, je reste sur ma faim : j'aimerai savoir comment l'inspecteur va se servir (techniquement parlant) de la maladie d’Alzheimer pour contrecarrer les projets assassins ?

   Anonyme   
21/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien
bon sujet romançé avec une bonne recherche imaginaire.

   Anonyme   
1/3/2009
Je n'avais jamais envisagé l'Alzheimer sous cet angle. Riche d'idées Den et ta perception des choses, quasiment à l'envers, ou vue au travers d'un miroir déformant est intéressante.

   jaimme   
27/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Alzheimer comme parade à la souffrance. Non, je ne peux pas entrer dans cette idée. Alzheimer est une souffrance énorme. Sauf peut-être dans son stade ultime. Peut-être. Et pour soi, pas pour les autres.
De l'idée donc, du style aussi.
Mais le traitement m'a laissé sur le seuil. Je pense qu'on peut incriminer le fait que le texte est trop court, mais surtout parce qu'à mon goût l'auteur passe de la tristesse au loufoque virtuel de façon trop artificielle.
Et , je le répète, car pour moi la maladie d'Alzheimer n'est une victoire sur rien.


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