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Horreur/Épouvante
Donaldo75 : Jawaka
 Publié le 18/12/20  -  10 commentaires  -  4753 caractères  -  64 lectures    Autres textes du même auteur

Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.
(Molière, L'Avare)


Jawaka


La Lune mangeait lentement les derniers restes du Soleil dans le ciel blafard de la ville. Les faibles éclairages teintaient la cité d’une aura funèbre. Jawaka huma patiemment l’air alentour, tendit l’oreille puis accéléra sa marche vers le terrier. La ville basse était devenue dangereuse pour les membres de son espèce, se transformant en véritable coupe-gorge dès la nuit tombée. « Chaque être vivant participe à la chaîne alimentaire » avait coutume de dire le chef de la horde pour encourager ses jeunes pousses à braver l’adversité. L’artère principale regorgeait de multiples créatures affamées, des prédateurs prêts à tous les sacrifices, même leur propre vie, pour assouvir leurs besoins, survivre dans un monde dévasté où l’ombre avait dévoré la lumière. Jawaka tourna à droite sur Cabaret Street, une voie peu éclairée mais débouchant sur la partie sécurisée de Lincoln Avenue. Cette rue contiguë et obscure l’exposait à une attaque impromptue mais il savait que son éventuel assaillant prenait également un risque en attaquant dans la pénombre. Il fit de nouveau jouer tous ses sens, ne détecta pas de présence hostile puis s’élança dans la grisaille.


Cubuzoa repéra le jeune individu. À la fréquence, la tonalité et le vibrato de sa proie, il reconnut un jeune membre de la horde des quartiers sud. Il évalua la taille et le poids de sa cible. Ce n’était pas un morceau de premier choix et il valait mieux attendre plutôt que de l’attaquer trop tôt. Son instinct lui commanda de le suivre jusqu’à son repaire. Il activa son sonar, craignant la présence d’un autre chasseur nocturne. Un combat à trois ruinerait ses chances d’aboutir et l’obligerait à se découvrir. Après un bref sondage, il ne détecta aucun autre être vivant dans un rayon de cinq unités. Il décida de continuer à filer sa cible en se camouflant dans le décor. Cette technique d’osmose avec le décor lui permettait de rester invisible de sa proie mais demandait de la prudence ; dans la grande ligne droite de Lincoln Avenue, mieux éclairée, plus vaste et pratiquement lisse, ses capacités de camouflage atteignaient leurs limites. Le jeune pouvait le repérer grâce à son flair. Il devait donc utiliser un autre de ses dons naturels pour se fondre dans l’odeur de pourriture locale. Il connaissait le risque d’une telle manœuvre : en se transformant en organisme gluant, il devenait plus fragile, inapte au combat rapproché avec une espèce évoluée. Toutefois, le jeu en valait la chandelle. Rien ne disait que sa cible engagerait la bataille si près de son terrier. Il aurait ainsi le temps de détaler, de se terrer dans une cachette où il pourrait se reconstituer. Cubuzoa tenta le coup. Il se liquéfia.


Les nuages envahissaient tranquillement le ciel, masquant une Lune fatiguée de luire pour les rares ombres perdues dans la nuit. Les dernières lueurs de la cité s’évaporaient pour laisser place au gris vaporeux. La rue devenait crépusculaire, le royaume des fantômes et des dangers en tous genres. Jawaka s’arrêta devant l’entrée du repaire. Son instinct commençait à lui envoyer des signaux d’alerte. Comme ses sœurs, ses frères et ses parents, il avait appris des aînés comment protéger la sécurité de la horde en prenant de nombreuses précautions quitte à en perdre la vie. Il flaira longuement l’air environnant puis écouta la musique urbaine. Ses sens ne détectèrent qu’une vague odeur pourrie et de faibles craquements, probablement dus aux bâtiments vétustes. Tout semblait normal. Il décida de poursuivre et posa sa main sur le mur sombre en face de lui. La paroi laissa place à un corridor noir. Il s’engagea sans se retourner puis accéléra le mouvement. Jawaka ne sentit pas l’être liquide se glisser derrière lui.


Cubuzoa avait enfin découvert le terrier de la horde. Sa cible ne faisait désormais plus attention, trop certaine de la protection offerte par la première muraille. Il ne restait qu’une sorte de mur métallique probablement codé pour ne s’ouvrir qu’au souffle de sa proie. La stratégie du prédateur s’avérait simple et efficace : il suffisait de rentrer dans ce garde-manger virtuel, le rêve de tous les chasseurs de son espèce. Il laissa le jeune imprudent le conduire. La porte s’estompa. Sa proie entra dans le repaire sans percevoir la présence dans son dos. Cubuzoa en profita pour repérer les lieux, à la recherche d’un endroit où se recomposer. Il ne sentit pas le piège se refermer. Une énorme créature noire, avec des crocs brillants et d’énormes yeux rouges, apparut devant lui, ouvrit la bouche puis l’aspira brutalement. Jawaka se retourna, regarda le chef de la horde engloutir la méduse furtive puis aboya de satisfaction avant de rejoindre la salle commune où l’attendaient ses sœurs et ses frères pour le repas du soir.


 
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   socque   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
une Lune fatiguée de luire pour les rares ombres perdues dans la nuit.
Joli !

D'une manière générale, j'ai apprécié l'écriture de cet instantané sinistre. Il m'a fait penser à une nouvelle post-apocalyptique de Philip K. Dick où les humains ont muté selon différentes lignées adaptatives qui se font la guerre, chacune persuadée de représenter la seule « vraie » humanité. Je crois lire ici la même idée à l'œuvre, j'apprécie la manière dont chaque protagoniste a des pensées humaines, dont l'environnement demeure pensé de manière humaine (les rues ont un nom, j'ai l'impression d'un espace commun partagé comme pourrait l'être un quartier où évoluent deux bandes rivales), et dont se révèle par touches la monstruosité. Il me semble que l'idée se déploierait mieux avec plus que deux « sortes » de créatures, mais le format de votre nouvelle ne vous le permet pas.

   SaulBerenson   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Texte qui me rappelle les Comics en couleur des années cinquante. De l'horreur concrète et sans répit possible.
L'être rusé, devenu liquide, sera ainsi aspiré et consommé derrière le mur sombre d'un univers putride où l'on s'entredévore pour survivre.

L'histoire ne dit pas de quoi se nourrissent Jawaka et ses frères et sœurs, ce qui lui donne un rôle de proie, poursuivi par le méchant Cubuzoa affamé. Le scénario est donc fermé.

A la quatrième ligne du premier paragraphe j'aurais écrit " risques" à la place de "sacrifices".

   cherbiacuespe   
18/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Trop ou très court. Cela ressemble à un bout d'essai, un petit passage, pour une idée d'histoire pas encore tout à fait au point. Un test, un premier jet. Pas de reproche sur la qualité, la progression. C'est correctement écrit, basique.

La psychologie des deux protagonistes est parfaitement décrite, palpable, la tension, les risques encourus. C'est suffisant pour une mini, même si on se doute un peu de l'issue de l'intrigue (l'arroseur arrosé) ! Malgré tout on reste sur sa faim, un peu comme si on lisait un unique chapitre d'un thriller sans avoir accès aux neuf autres.

Cherbi Acuéspè
En EL

   Alfin   
1/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte qui ne manque pas d'imagination, c’est le moins que l’on puisse dire. Le format trop court pour une anticipation, ne permet aucune mise en situation, une intrigue réduite à sa plus simple expression et insuffisante pour faire vivre un univers aussi différent du nôtre.
D’autre part, l’écriture est maitrisée et l’aspect poétique donne une vision naïve de ce monde qui semble complexe à souhait. Je pense que le concept mérite un traitement beaucoup plus complet et me laisse sur ma faim.
Très bon moment de lecture, merci

   Pouet   
18/12/2020
Salut,

j'ai lu sans déplaisr ce texte.

Je ne suis pas, loin s'en faut, un spécialiste de la nouvelle et n'ai aucune leçon à donner en ce domaine, ni en aucun d'ailleurs. Il m'a simplement "semblé" que le texte s'inscrirait plus dans un ensemble plus large, plus "développé", qu'en l'état j'ai eu l'impression de lire un "passage" de nouvelle plus qu'une nouvelle à part entière.

Voilà, je ne sais pas trop si ce commentaire comporte un quelconque intérêt, désolé par avance... :)

   Lariviere   
18/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Don,

J'ai bien aimé ce texte, l'atmosphère, le décor, la façon de décrire tout ça, on a parfois l'impression d'être dans un documentaire type animalier tellement les descriptions de ces êtres, de leurs agissements, de leurs transformations, sont parlantes. J'ai beaucoup apprécié cet aspect là de l'écriture.

Sur la forme, le déroulement narratif est excellent. On suit ces crétures avec intérêt jusqu'au bout du récit.

Sinon, je fais parti de ceux qui pensent que cette nouvelle pourrait être plus developpé ; j'ai lu cela comme une scène faisant parti d'un récit plus long dans l'idéal.

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   ANIMAL   
18/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un bon récit post apocalyptique, si l’on en croit les noms des rues et les créatures qui les hantent. L’ambiance est bien rendue, glauque à souhait avec ce classique jeu de chat et souris du prédateur et de la proie. Le plus rusé gagne.
Deux remarques. La première, parfois un style un peu trop polar pour ce type d’histoire « le jeu en valait la chandelle » « Cubuzoa tenta le coup », alors que d’autres passages plus lyriques correspondent mieux au genre, notamment les descriptions crépusculaires et de la lune. Seconde observation : si le chef mange la méduse, que mangent les autres ? Est-ce un plat particulièrement recherché pour lui faire honneur et mériter le droit au repas ?
C’’est une nouvelle courte mais bien imaginée qui laisse toute latitude pour se représenter cet univers qui me fait un peu penser aux BD de Serpieri ou à la série illustrée Eclipso.

   hersen   
19/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
En fait, c'est plus sinistre qu'horreur/épouvante.
Parce que l'écriture retransmet tout à fait bien cette ambiance, les raisons ne sont pas données et cela ajoute à l'incertitude.
Mais très précisément à partir de la dernière phrase de l'avant dernier §, je me suis mise en mode "aux aguets".
Et il ne me reste qu'un seul § à lire. la brièveté d'un texte n'est jamais un défaut pour moi, si tout y est (je suis mal placée pour faire ce genre de critique). Mais justement, ici, dans cet ultime §, il manque la substance à laquelle je m'attendais. Car il ne se passe rien, à part d'être mangé, tu me diras que ce n'est pas rien et globalement, je suis d'accord ! Mais un combat gluant, une proie insaisissable, un chef de horde brûlé par la méduse, bref, un truc un peu craignosse aurait bien cadré.
Surtout que tout contents qu'ils sont, dans la pièce commune, à congratuler le chef et à se mettre à faire une partie de mahjong pour fêter ça, un liquide s'infiltre, s'infiltre, s'infiltre sous la porte du terrier.
C'est méchant une méduse...

Bon, voilà, rassure-toi, je ne réécris pas l'histoire, je t'explique seulement qu'il me manque un § pour que ce texte soit pour moi complet, selon mes critères d'histoires horreur/épouvante. Et que pour laisser un malaise indéfinissable, une fin en suspend est plus parlante.
Mais c'est vrai, on ne sait pas qui a gagné au mahjong.

A te relire, Don.

l

   Malitorne   
19/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J’aime bien l’idée de races mutantes dans un monde post apocalyptique, je l’avais moi-même exploitée dans une de mes nouvelles, mais comme je suis un mec chiant, je trouve que ça ne fonctionne pas très bien ici. Je m’explique. Pour être crédible, un récit de SF doit s’appuyer sur des bases rationnelles, aussi ténues soient-elles. Comment voulez-vous que j’adhère à un chef de horde capable de dire « Chaque être vivant participe à la chaîne alimentaire » pour constater après que celui-ci est « une énorme créature noire, avec des crocs brillants et d’énormes yeux rouges » ? Il y a forcément un décalage entre ses capacités intellectuelles et son apparence de monstre brutal.
Secundo, comme vous situez l’action sur Terre, que les créatures sont douées d’intelligence, on suppose que c’était à l’origine des êtres humains. Vous croyez vraiment que des mutations soient capables de conférer un pouvoir de liquéfaction ? Je veux bien qu’on soit imaginatif mais dans la mesure du raisonnable sinon ça devient grotesque. Ou bien Cubuzoa est un extra-terrestre, dans ce cas le récit est trop court car il ne l’explique pas.
Enfin, mais là je crois que c’est peine perdue, vous n’êtes pas obligé d’inscrire systématiquement vos histoires aux States comme s’il fallait toujours se soumettre à la superpuissance. Plutôt que « Lincoln Avenue », j’aurais préféré « Ziegelstrabe » (Berlin). Nous sommes Européens nom de nom !

   Ombhre   
22/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Donaldo,

un texte prenant, d'une écriture fluide et rapide, qui met en appétit. Et ce sera ma seule critique qui est en même temps un compliment: beaucoup trop court ! C'est cruel de mettre ainsi en appétit tes lecteurs pour les lâcher aussi rapidement. :-)
J'ai beaucoup aimé l'ambiance post apocalyptique de ce - trop - court texte qui aurait mérité davantage de développement, ainsi que les questions qui restent sans réponse : qui sont ces êtres ? Sont-ils humains (même apparentés de loin en raison d'une mutation) ? Qu'est devenue la "civilisation" qui semble en ruine ?

L'écriture fait par ailleurs beaucoup penser à des des textes (nouvelles ou romans) de Van Vogt, une belle référence !

Merci, mais je suis quand même déçu de ne pas lire la suite ;-)
Ombhre.


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