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Policier/Noir/Thriller
Donaldo75 : MacGuffin prend la tangente
 Publié le 29/12/19  -  10 commentaires  -  15014 caractères  -  62 lectures    Autres textes du même auteur

« Deux voyageurs se trouvent dans un train en Angleterre. L’un dit à l’autre :
– Excusez-moi monsieur, mais qu’est-ce que ce paquet à l’aspect bizarre qui se trouve au-dessus de votre tête ?
– Oh, c’est un MacGuffin.
– À quoi cela sert-il ?
– Cela sert à piéger les lions dans les montagnes d’Écosse.
– Mais il n’y a pas de lion dans les montagnes d’Écosse !
– Alors il n’y a pas de MacGuffin ! »

Alfred Hitchcock


MacGuffin prend la tangente


J’étais tranquillement en train de compter mes orteils sur la musique d’Isaac Hayes quand Irina déboula dans mon bureau.


— Il faut impérativement prendre cet appel, Bob !

— C’est qui ? Dieu ? Il va enfin nous révéler la vérité sur la mort de Mike Brant ?

— Non ! C’est Alistair Smith en personne. Il nous appelle de Hollywood.

— Alors, si c’est Alistair Machin-chose lui-même, je vais de ce pas me lever, reconnecter mes cellules grises et me diriger vers le bar le plus proche.


Irina me regarda comme si je venais d’insulter sa Russie natale. Ma Moscovite préférée me dévisagea avec attention puis se mit à rire sans vergogne.


— Quoi ? J’ai dit une connerie ?

— Pour changer. Je viens seulement de comprendre. Vous ne savez pas qui est Alistair Smith.

— D’accord, j’avoue tout. Je suis inculte. Qui est cet Alistair Trucmuche ?

— Alistair Smith est le plus grand cinéaste du monde, un symbole à Hollywood, l’un des rares à réaliser des films de grande classe, hautement populaires et très profitables pour les studios américains. Vous n’avez pas vu « Totem » ou « Quetzalcóatl », ses deux derniers opus ?

— Non, j’avais piscine ce jour-là.

— Très bien. Vous en savez suffisamment pour discuter d’une affaire urgente avec lui. Nous utiliserons le système de conférence téléphonique. Je pourrai ainsi rattraper vos bourdes.

— Personne n’est parfait.


Irina prit en charge les opérations. Elle nous brancha avec le client, mit de l’huile dans les rouages, m’habillant de qualités que j’ignorais, servant un boniment de première bourre. Si je n’avais pas eu peur qu’elle me terrasse d’un atemi, je l’aurais épousée sur le champ.


— Maintenant que nous avons fini de nous flairer le derrière, dis-je, pouvons-nous en arriver au fait ?

— Vous parlez crûment. J’aime ça, répondit le cinéaste. Cela me change de la cohorte de flatteurs que je subis au quotidien.

— Parfait ! Lâchez-vous ! Ne me cachez rien ! C’est contre-productif pour un enquêteur.

— C’est très simple. J’ai perdu mon scénariste favori.

— Achetez-en un autre !

— J’aimerais bien, mais celui-ci est un génie mésestimé, au contraire de pléthore de scribouillards à qui la profession décerne des prix et des critiques élogieuses alors qu’ils sont incapables d’imaginer autre chose que leur pauvre vie de ratés. J’ai besoin de lui. Ses histoires, son talent et sa verve inspirent mon œil, provoquent l’émulation dans mon cerveau créatif, me forcent à me dépasser.

— Quel est son nom ?

— MacGuffin. Mac pour les intimes.

— Pourquoi vous adresser à un détective parisien ? Le soupçonnez-vous d’être venu se cacher dans la Ville des Lumières ?

— Oui ! Il a toujours rêvé de connaître Paris, de marcher dans les traces d’Hemingway.

— Espérons qu’il ne finisse pas comme lui !

— Vous touchez là le point sensible. Mac commençait à développer une sorte de spleen existentiel. Il se lassait de son existence formatée par les standards de l’industrie cinématographique.

— Est-il marié ? Une famille ? Un animal de compagnie ?

— Mac est un pur célibataire. Je n’en sais pas plus sur sa vie d’avant Hollywood. Je vous enverrai sa fiche signalétique telle qu’il l’a remplie en signant avec ma société de production.

— Avez-vous eu des différents récemment ?

— Rien de notable. Il y a souvent une divergence de point de vue entre un scénariste et un réalisateur au moment de débuter un tournage. En général, les deux parties s’accordent au prix de concessions mutuelles. Je tenais tellement à lui que j’acceptais la plupart de ses revendications quant au scénario voire au casting.


La suite de l’entretien n’apporta pas d’information essentielle. Alistair Smith accepta mes tarifs et les conditions d’exécution de la mission. Son seul objectif se résumait à retrouver MacGuffin, vivant si possible. Irina s’occupa des formalités avec les avocats du cinéaste puis vint me rejoindre dans mon bureau.


— Qu’en pensez-vous, Irina ?

— Il faut récupérer MacGuffin. Sans lui, le monde du cinéma va de nouveau ressembler à de la pâtée pour chats. Le duo qu’il forme avec Alistair Smith a redoré le blason de Hollywood. Ils ont réussi à réconcilier art et business, expression artistique et grand public. Sans eux, le grand écran va devenir fade, un espace publicitaire dénué de sens.

— Vous allez me déprimer.

— C’est bon ! Je sais que vous vous en foutez comme de l’an quarante.

— Ce n’est pas vrai ! J’ai bien aimé Jodie Foster dans cette histoire où elle parle avec des E.T.

— Laissez tomber ! Je ne vais pas discuter culture avec un ignare de votre acabit. Dites-moi plutôt ce que vous voyez dans votre boule de cristal ! C’est vous l’intuitif, le roi du désordre, le fils du chaos.

— Je vois des dollars, de la promotion pour notre agence, de futurs clients friqués, la version hollywoodienne de notre enquête, avec Brad Pitt et Angelina Jolie.

— Vous êtes donc motivé ?

— Toujours, ma chère Irina. J’ai d’ailleurs ma petite idée pour loger le sieur MacGuffin.


Il me fallut quelques jours pour repérer l’Américain à Paris. J’avais vécu à Los Angeles où j’avais déjà exercé mon métier de détective. Je savais comment raisonnaient les intellectuels du stylo, ceux que les majors consommaient par paquet de dix. Des MacGuffin, j’en avais vu beaucoup, avec toujours la même logique d’écrivain sous-estimé, malheureux à l’idée de voir leur talent réduit à des graphiques financiers ou à des courbes d’audience. Au mieux, ils choisissaient la voie du zen. Au pire, ils sombraient dans l’alcool ou la drogue. Mon ami Dédé, un ancien de la brigade des mœurs, me servit d’intermédiaire pour une rencontre avec le scénariste, dans un café du Marais.


— Salut Mac, dit Dédé. Je te présente Bob, un as dans sa partie.

— Bonjour Bob. Est-ce que Dédé vous a expliqué ma démarche artistique ?

— Dédé et l’art, ça fait deux, alors j’ai fait l’impasse sur ses explications. Je préfère entendre la version originale non sous-titrée, devant quelques chopes si possible. Vous êtes partant ?


MacGuffin accepta le deal. Le barman nous indiqua une table tranquille. Je lui glissai un billet, tandis que le scénariste se posait sur une chaise fatiguée. Les bières arrivèrent presque dans la foulée, par un miracle de la mécanique quantique, fait d’ordinaire assez rare dans les cafés parisiens.


— Je vous écoute, Mac.

— Je souhaite écrire un roman. L’action se déroule à Paris. C’est l’histoire d’une femme française, trentenaire, mariée à un riche homme d’affaires américain. Appelons la Marie et lui Bill.

— À Marie et Bill, dis-je en trinquant. Je sens le drame, le soufre et la mort violente.

— Vous êtes dans le vrai. Marie s’ennuie avec Bill. Pour lui, elle n’est qu’un signe extérieur de richesse, un beau trophée. Elle s’occupe de leurs quatre enfants, va à la messe le dimanche, s’active dans des organisations caritatives et gère le petit personnel de sa grande maison versaillaise.


Je ne voyais pas où il voulait en venir. La littérature et moi, nous n’étions pas très proches. Son pitch me rappelait vaguement un truc connu dont je ne me souvenais pas le titre. Je décidai de la jouer au bluff, histoire de ne pas passer pour une truffe intégrale.


— Dites donc, cette situation me rappelle quelque chose.

— J’espère bien. C’est pour ça que j’ai besoin de vos lumières.

— Allez-y, demandez-moi ce que vous voulez !

— Je continue. Contrairement à ce que vous pourriez penser, je ne souhaite pas écrire un remake de « Madame Bovary » en version urbaine.

— J’allais vous le dire. Je vous écoute.


Le scénariste me raconta les interrogations de Marie sur sa condition d’animal de compagnie, sa cage dorée et son avenir tout tracé. J’écoutais avec attention en sirotant ma bière. Mon interlocuteur s’avérait un conteur hors pair, mimant ses personnages avec des gestes dignes du nô japonais.


— C’est à ce moment que vous intervenez, Bob.

— Vous avez un rôle pour moi ?

— Doublement. Le premier consiste à me fournir de la matière sur la misère sentimentale de Marie. Elle va développer une relation adultère avec un homme moyen, dans l’espoir de s’échapper un peu de son quotidien. Je veux éviter les clichés, rentrer dans le brut, brosser un tableau sombre et sans concession. Marie n’est pas heureuse, ni dans son mariage ni dans sa liaison cachée.

— Elle va se tirer une balle ?

— Elle est catholique.

— Elle va demander conseil au pape François ?

— C’est une bonne idée. Cependant, le registre burlesque, ce n’est pas ma tasse de thé. Je laisse ça à mes collègues de Hollywood. Je fais dans le dépressif, la noirceur, le désespéré.


Il m’ouvrait une porte sur son monde d’avant. Je décidai de m’engouffrer, de creuser la raison du pourquoi quitter les palmiers californiens pour la grisaille parisienne.


— Cela fera un beau film.

— Ce n’est pas un scénario mais un roman. Je ne céderai jamais les droits aux requins des majors. Ils transforment l’encre en purin.

— Pourtant, il y a quelques producteurs de génie. Je pense à cet Alistair Smith. Vous le connaissez, je crois. Il a produit et réalisé de superbes films.

— Vous dites ça parce que vous n’avez pas lu les scénarios originaux. Lui, il mute l’or en bitume. C’est un peu mieux que les autres mais pas de beaucoup.

— Et le cinéma européen ?

— Vous êtes sérieux ? Si je leur laisse la main, ils vont me sortir une bouse prétentieuse, avec des dialogues creux, des poses interminables et de vieilles gloires décrépies. Non, autant ne rien écrire.

— Vous êtes l’expert ! Je proposais juste, histoire d’alimenter la conversation, d’éviter le monologue.

— Excusez-moi. Je suis un peu à cran quand on me parle de l’industrie cinématographique. Je tente de lui échapper. D’ailleurs, je vais publier sous un pseudo.


L’Américain était ferré. Il ne restait plus qu’à le travailler en douceur, par petites touches.


— Vous avez déjà un éditeur ?

— Bien sûr ! Je suis un auteur plutôt connu. Maintenant, je veux passer la vitesse supérieure. Pour ça, il faut effacer mon image de marque passée. MacGuffin, ça fait trop penser à Hollywood.

— Je suppose que vous allez être édité en France.

— Vous supposez bien. Bon, arrêtons de parler de moi et revenons à nos moutons. Je ne vous ai pas encore expliqué la seconde partie de votre rôle dans cette aventure littéraire.

— Vous allez me demander un avis de détective privé sur son métier, ses enquêtes pour des maris cocus et jaloux. Bill est un gros connard. Il ne supporte pas de voir Marie heureuse. Il la soupçonne donc d’infidélité. Du coup, il mandate un gars comme moi pour la suivre, l’espionner et tout le toutim. J’ai bon ?

— Je suis baba. Comment avez-vous deviné ?

— C’est un bête don. Beaucoup en rêvent, peu le possèdent.

— Je dois rester crédible, au-delà des détails de votre profession. Par exemple, un scénariste standard de Hollywood imaginerait une amourette entre le détective et Marie.

— Absurde !

— Je ne vous le fais pas dire ! Dans mon esprit, le privé est l’observateur, le second narrateur, le contre-chant de la partition. Il ne juge ni Marie, ni Bill. Il ne prend pas parti. Il exécute. À la fin, il jouera le rôle du bourreau, pleinement conscient de sa responsabilité dans le drame.

— Brillant ! Je le sens bien, ce bouquin.


MacGuffin me détailla le reste de son futur chef-d’œuvre. Je participai de plus en plus activement à son délire créatif, mimant à mon tour des scènes, racontant des anecdotes salées sur les bêtes à cornes et leurs moitiés infidèles. Ce gars me plaisait bien.


Le lendemain matin, Irina déboula en trombe dans mon bureau, me servit son plus beau sourire puis démarra l’interrogatoire.


— Je suis persuadée que vous avez assuré, Bob. Comme toujours. Vous êtes un maître.

— J’adore quand vous miaulez, Irina.

— Je pourrais aussi vous griffer. Vous aimez ça.

— Pas aujourd’hui. J’ai le casque à boulons.

— Racontez-moi votre soirée. Je vous masserai.

— Posez votre derrière sur une chaise. Concernant le massage, je passe mon tour.

— Miaou ! Je suis impatiente d’entendre votre histoire.


Je procédai à un compte-rendu sobre et détaillé de mon entrevue avec MacGuffin. Pour une fois, je n’employai pas ma gestuelle grand-guignolesque, certainement à cause de ma migraine carabinée. Irina m’écouta patiemment. Visiblement, le déroulement des événements ne lui convenait pas mais elle me laissa poliment terminer mon exposé.


— Dois-je en conclure que vous allez l’aider ?

— Exactement ! Vous lisez en moi comme dans un livre ouvert.

— Que direz-vous à notre client ?

— Je le ferai patienter un peu. Mac a besoin de temps.

— Alistair Smith n’est pas une autruche. Il n’attendra pas la tête dans le sable.

— Quand il sera chaud, je le sortirai du four avec un bon concerto pour pipeau et orchestre.

— Des professionnels du boniment, il en voit tous les jours. Votre baratin ne passera pas.

— Je sais. Je lui dirai ensuite que son scénariste favori est perdu pour l’industrie cinématographique.

— Il ne va pas aimer.

— C’est la vie.

— Vous auriez pu le persuader de retravailler avec Alistair Smith, une fois son roman terminé.

— Je ne suis pas un hypnotiseur. Les miracles, c’est bon pour les gogos. Moi, quand je vois un gars au bout du chemin, prêt à se lancer dans une nouvelle aventure, pour sa propre renaissance, j’en conclus qu’il n’y a rien à faire. Le persuader du contraire, c’est de l’acharnement thérapeutique.

— Dites plutôt que son histoire de détective privé a flatté votre petit ego.

— Un peu, je l’avoue. Vous pouvez également incriminer les bières, l’ambiance, la météo. Cela ne change rien. Ce gars me plaît. Alistair Smith et sa clique me gonflent. J’ai choisi mon camp.

— Je croyais que vous gardiez votre cœur d’artichaut pour les jolies poupées blondes tyrannisées par leur mari. Vous m’étonnez, Bob ! Dans le bon sens du terme. Finalement, sous cette apparence d’enfant gâté, d’adolescent mal dégrossi, se cache un romantique, un Don Quichotte de papier.

— Pensez de moi ce que vous voulez, Irina, ma décision est irrévocable.

— Je le sais, bougre d’âne. Je vais vous aider. Rentrez chez vous, je me charge du reste !


Irina persuada Alistair Smith des motivations profondes de son scénariste fétiche et de l’inéluctable fin de leur collaboration. Le client protesta pour la forme puis convint qu’il était temps pour lui de tourner la page. Le business du cinéma ne rentra pas dans une crise profonde, les critiques d’art ne crièrent pas au loup et les productions Smith continuèrent à engranger des millions de dollars.


MacGuffin travailla d’arrache-pied sur son roman. Il me mobilisa plusieurs soirées pour peaufiner son personnage de détective privé et habiller Marie de réalisme social, puis passa des mois à écrire son chef-d’œuvre. Finalement, il fut publié par un éditeur alternatif, descendu en flèche par les plumitifs parisiens et ringardisé par les canards spécialisés. Le génie du scénario se reconvertit en professeur d’anglais dans une sombre ville de province, épousa une maîtresse d’école et fourgua sa machine à écrire à un brocanteur de passage.


 
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   cherbiacuespe   
5/12/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je n'ai pas été convaincu par cette histoire.

Le ton des dialogues d'abord. La difficulté ici, c'est que les histoires de privés pullulent et il devient périlleux de trouver les saillies originales. Ce qui colle à ma deuxième remarque lié au caractère de Bob finalement assez couru pour un privé, ainsi que sa relation avec Irina, sa secrétaire. Au final, les caractères décrits ne sont pas assez surprenants pour captiver.

Le fond de l'histoire est, par contre, bien imaginé je trouve. Un cinéaste qui perd son scénariste qui veut s'éloigner d'un monde qu'il a fini par exécrer et devenir écrivain à plein temps. Avec un final plausible si l'on imagine une haine viscérale du monde du cinémas qu'il connaît par cœur et un talent qui est boudé par les critiques. Mais l'ensemble est desservi par des personnages trop convenus.

En conclusion, j'encourage l'auteur, quand son histoire "tape" dans un sujet déjà mainte fois traité, de miser sur des personnages inattendus. S'attaquer à ce type d'intrigues faites et refaites n'est pas interdit, loin s'en faut (et pour ma part je ne m'interdit rien). Mais il faut généralement trouver un angle d'approche qui sorte du banal.

Cherbi Acuespè
en EL

   ANIMAL   
7/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je commence par dire que je n'aime en général pas les romans noirs, les ambiances détective privé désabusé à la langue bien pendue avec une secrétaire dévouée et surdouée. Donc on a ici tous les ingrédients.

Et pourtant j'ai lu ce texte avec plaisir. Parce qu'il est agréable à lire, plein de verve, que les dialogues sont savoureux et surtout ont de la profondeur. J'adore les réflexions sur Hollywood et le cinéma européen.

"J’aimerais bien, mais celui-ci est un génie mésestimé, au contraire de pléthore de scribouillards à qui la profession décerne des prix et des critiques élogieuses alors qu’ils sont incapables d’imaginer autre chose que leur pauvre vie de ratés."

"— Et le cinéma européen ?
— Vous êtes sérieux ? Si je leur laisse la main, ils vont me sortir une bouse prétentieuse, avec des dialogues creux, des poses interminables et de vieilles gloires décrépies."

Et la fin aussi me semble tout à fait logique, l'édition française étant ce qu'elle est.

Le héros a l'air de se contenter de sa vie tranquille, c'est bien. J'espère qu'il avait des économies.

Blague à part, c'est une bonne histoire, bien écrite, que j'ai su apprécier bien qu'aucun des personnages ne me soit sympathique.

en EL

   maria   
10/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

L'histoire est fort sympathique. Un cinéaste engage Bob, un détective, pour retrouver son scénariste, caché quelque part dans Paris. Mais " l'intellectuel du stylo" ne veut plus travailler pour le cinéma, mais écrire un roman.
Je n'ai pas compris l'histoire à la première lecture. Peut-être parce qu'il y avait trop de dialogues, pas assez de texte de transition, et surtout aucune description.
Pourquoi ne pas avoir décrit physiquement le détective, décrire son bureau, le café de la rencontre ?
Puisque je n'avais pas le visuel, j'ai écouté. Les répliques du détectives sont caustiques, pertinentes, il prend tout en dérision et se moque de lui même, aussi.
Le personnage Irina est bien campé : assistante dévouée, elle s'adapte à toutes les situations.
La fin est morale, l'art prévaut contre l'argent, mais triste, le scénariste ne deviendra pas un écrivain reconnu.

La tournure inattendue qu'a pris l'enquête m'a fait pensé aux romans de Jean Echenoz (que j'adore). Mais ici, l'auteur(e) n'a pas créé une atmosphère, et c'est dommage. Néanmoins la finesse de l'humour de l'ensemble en fait une très bonne nouvelle.

(Je ne me suis pas penchée sur le choix des noms : Alistar Smith et MacGuffin. Je lirai les autres commentaires.)

Merci pour le partage et à bientôt.
Maria, en E.L.

   plumette   
12/12/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Dans une lecture au premier degré, je salue le travail sur les dialogues et sur le ton.

il y a une écriture alerte, un bon sens de la formule et des personnages typés qui feraient fureur dans une série télé.

Mais pour autant, je ne suis sans doute pas dans un bon pour jour car je suis restée "de marbre".

Les intentions de l'auteur sont sûrement de jouer avec le Mac Guffin tel que le concevait Hitchcock et en cela son texte s'adresse sans doute à des spécialistes, ce que je ne suis pas, pour pouvoir en extirper la saveur.

donc, désolée pour cette fois, je passe mon tour.

Plumette

   poldutor   
14/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour
Belle nouvelle, bien écrite dans le genre des romanciers américains, avec juste ce qu'il faut de langage vert et d'humour, pour rendre les personnages vrais. L'histoire se déroule, on attend une fin originale et inattendue, mais hélas on est déçu, on oublie vite le cinéaste, et le scénariste devient "professeur d'anglais..."
Cette nouvelle méritait une meilleure chute.
Dommage, c'était crédible.
Cordialement.
poldutor en E.L

   Corto   
29/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bravo. Avec cette nouvelle on ne s'ennuie pas une seconde, chaque phrase rebondit sur la précédente et on attend impatiemment la suivante. Ce style qui laisse loin derrière lui tous les San Antonio (après gros effort sur le raffinement) et Nestor Burma (même plus éloquent) sert à concocter des personnages affirmés et sortant de la piste à chaque dialogue.

En fait tout est dans le style car la même histoire racontée autrement aurait risqué la fadeur. La logique du MacGuffin est bien mise en oeuvre.

Le jeu continuel entre Bob et Irina est succulent comme une partie de ping-pong jouée sur un billard français avec des coups à 4 bandes:
"Sans eux, le grand écran va devenir fade, un espace publicitaire dénué de sens.
— Vous allez me déprimer.
— C’est bon ! Je sais que vous vous en foutez comme de l’an quarante."

Bref on prend du plaisir à cette histoire, y compris en buvant une bière avec le scénariste en fuite, à Paris comme il se doit.

Le final est à la hauteur de l'intrigue, bien sûr en rupture avec les attentes du lecteur inattentif "Le génie du scénario se reconvertit en professeur d’anglais dans une sombre ville de province, épousa une maîtresse d’école et fourgua sa machine à écrire à un brocanteur de passage."

Grand bravo à l'auteur.

   ours   
31/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Je ne connaissais pas ce concept de MacGuffin, et après avoir lu sa définition, cela colle plutôt bien avec la sensation que j'ai eu lorsque j'ai lu votre nouvelle. A savoir un prétexte à l'auteur pour dérouler sa verve, son humour et ses traits d'esprit. D'ailleurs il ne faut pas beaucoup de temps à notre détective pour le retrouver ce MacGuffin. Il y a du caricatural et du déjà vu mais qu'importe, les dialogues sont bien menés et l'histoire tient la route, j'ai passé un agréable moment de lecture.

Il m'a peut être manqué un peu de description du décor mais c'est peut être un choix de l'auteur de privilégier les dialogues qui sont eux très vivants.

Quand au fond du propos et bien libre à chacun
d'adhérer ou pas. Il est vrai que les réalisateurs qui savent jouer sur les deux tableaux mercantiles et culturels sont rares, mais il en existe.

Merci du partage.

EDIT: je plussoie mon appréciation car après quelques jours j'y pense encore à votre nouvelle, et définitivement j'aime bien cet effet de mise en abyme avec la personnification du MacGuffin. Si j'avais été plus 'culturé' j'aurais pu l'apprécié en première lecture.

   GillesP   
31/12/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Cette nouvelle ne m'a pas vraiment convaincu. Selon moi, les raisons sont les suivantes:
Tout d'abord, il n'y a pas de renouvellement dans le traitement des personnages du détective privé et de sa secrétaire, si ce n'est qu'il est moins misogyne que ses prédécesseurs et ne s' intéresse pas vraiment aux charmes de celle-ci.
Ensuite, les dialogues me paraissent rebattus et perdent ainsi leur aspect comique. Ainsi en est-il, par exemple, de la réplique "j'avais piscine", qu'on entend partout.

Cela dit, je reconnais que l'idée de jouer sur la notion de macguffin et de transformer l'objet ou l'élément présent uniquement pour alimenter le scénario en véritable personnage est plutôt bonne en soi.

   ecritvain   
3/1/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai apprécié ce moment de lecture. La profusion de dialogues et leur fluidité m'ont fait lire la nouvelle d'une traite. L'intrigue est intéressante et bien ficelé.

J'ai personnellement bien aimé la fin, sans excès, seulement réaliste.

Les personnages sont colorés et vivifiants. Si je peux me permettre un petit bémol, il m'a semblé que cette couleur était un peu trop identique pour tous. En d'autres termes je pense qu'une meilleure distinction entre les personnalités de chacun aurait été bénéfique, surtout dans une nouvelle où les dialogues sont si omniprésents et où il est donc nécessaire d'éviter l'impression de soupe informe qui peut vite arriver. Merci pour cet excellent moment tout de même !

   hersen   
16/1/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Salut Don,

Donc, si j'ai bien compris le concept, il s'agit d'éluder ce qui aurait dû être le pilier de l'histoire, à savoir l'enquête ?
J'avoue que je ne m'y retrouve pas tellement. Sauf à suivre cet écrivain du plus haut jusqu'au... plus bas... prof ? mdr

Si donc, je suis ok côté comprenotte sur le concept, était-il pour autant utile que tu prennes des clichés ? je pense que le détective aurait pu être si différent que ce à quoi je m'attendais. Ce qui peut-être m'aurait fait ressentir un intérêt plus grand.

Mais comme dès la base je suis peut-être sur le mauvais chemin, c'est un com pas très utile, en somme :)))

ceci dit, une écriture qui reste très agréable à lire.


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