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Fantastique/Merveilleux
Donaldo75 : Madame Violette
 Publié le 28/08/21  -  6 commentaires  -  8633 caractères  -  54 lectures    Autres textes du même auteur

« Souvenez-vous, hommes,
De la vie d'autrefois,
Quand Elle habitait avec nous,
Et des petits paniers à fruits,
Et des figues, et des myrtes,
Et de la douceur du vin nouveau,
Et des violettes près de
La citerne, et des olives
Que nous regrettions,
À cause de tout cela, maintenant,
Saluez la déesse. »

Aristophane (vers 450-445 av. J.-C.). Hymne à La Paix, traduction Pierre Louÿs.


Madame Violette


Le smartphone de Todd vibra dans sa poche. Le jeune homme se dirigea vers la porte de la rame et descendit à l'arrêt suivant. La procédure en vigueur consistait à sortir de la station, trouver un bar tranquille disposant d'une terrasse puis consulter ses messages. « Madame Violette demande vos services ce soir, à partir de huit heures dans un bal costumé » expliquait le courrier électronique. Todd accepta la requête, avala son café puis se déconnecta. À dix-neuf heures trente, un taxi vint le chercher. La soirée avait lieu au palais ducal, un haut lieu du Tout-Paris où les politiciens et leurs femmes paradaient devant les stars du show-business et les repêchés de la télé-réalité, les sportifs en vogue et un paquet de mannequins invités pour agrémenter le décor. Arrivé sur place, il repéra quelques collègues, dont la superbe Angelica à qui les légendes urbaines attribuaient des pouvoirs magiques et des origines divines. Cette dernière le vit à son tour et se dirigea vers lui.


– Pourquoi ne suis-je pas étonnée de te voir ici ? Le top de la profession a été invité, lui dit-elle.

– Depuis l'ouverture du palais ducal, c’est de la folie.

– Qui s’en plaindrait ?

– Pas moi. C'est la première fois que nous sommes tous rassemblés en même temps.

– Les clients ont les moyens.

– Ce serait sympa de se retrouver dans la même session. La dernière fois, j'ai beaucoup aimé.

– Moi aussi. Tu devrais travailler pour moi, au lieu de te perdre dans une multinationale du plaisir. Tu vas finir par tourner des films pornographiques.

– J'y pense sérieusement.

– Pourquoi attendre ? Je peux te faire signer un contrat maintenant.

– Ce n'est pas si simple. Il y a des contraintes juridiques à respecter.

– Je sais. Je te demande seulement un accord verbal. Ta parole d'honneur me suffit.


Todd réfléchit tranquillement à la proposition d'Angelica. La rumeur prétendait qu’elle dévorait ses amants. Il savait qu'il deviendrait son homme s'il signait un tel contrat. Cependant, elle ne lui était pas indifférente, cela d'autant plus qu’ils avaient réellement pris du plaisir ensemble lors de leurs missions communes, une sensation trop rare dans son métier pour être oubliée. Il n'était pas peureux. La vie lui paraissait suffisamment courte pour tenter de la vivre différemment, même s'il devait finir dans l'estomac d'une mante religieuse déguisée en beauté gothique.


– Je signe avec toi, Angelica.

– Donne-moi ta main.


Todd obéit à sa future nouvelle patronne. Angelica enlaça son poignet de ses doigts fins et puissants. Le jeune homme ressentit une forte impression de vide, comme si son corps était aspiré dans l'éther. Son esprit quitta son enveloppe corporelle pour un voyage de quelques secondes. Quand il rouvrit les yeux, elle se tenait toujours en face de lui.


– Tu es à moi et je suis à toi. Je te laisse rejoindre ta cliente.


Todd se dirigea vers son lieu de rendez-vous. Arrivé au second étage devant la quatrième porte gauche du couloir droit, il entra sans frapper puis essaya en vain d'allumer la lumière. Il se résolut à se déplacer à l'aveuglette dans une salle inconnue.


– Vous pouvez vous arrêter là, ordonna une voix féminine. Je suis Madame Violette.

– Vous ne souhaitez pas me voir ?

– Ce n'est pas parce que vous ne me voyez pas que je ne vous vois pas.

– Et si j'avais envie de vous admirer ?

– Vous n'aimeriez pas ! Si je recrute des professionnels, c’est parce que je compte sur eux pour dépasser leur conception humaine de l'esthétique. Me suis-je trompée avec vous, Todd ?

– Non, madame.

– Avez-vous des préférences ? Je vois une image dans votre cerveau. Elle représente une grande femme brune, aux yeux violets, au corps fin et élancé. Elle est habillée de noir et vous sourit. Cette image vous apaise.

– C'est une collègue. Je viens de la rencontrer.

– Elle vous plaît ?

– Oui.

– Vous l'aimez ?

– L'Amour ne fait pas partie de mes attributions.

– Vous êtes uniquement une machine à plaisir ?

– Je suis ce que vous me demandez d’être. Un objet de plaisir physique, un confident, une décoration, à vous de choisir.

– Je ne veux rien de tout ça.

– Pourquoi m'avez-vous engagé ?


Todd posait la question pour la forme. Dans sa vie professionnelle, il avait vu des clients farfelus, des hommes ou des femmes aux exigences parfois impossibles. Le jeune homme se rappela ce couple de riches banquiers qui l'avaient loué pour la semaine. Le mari l'avait enfermé dans une superbe bâtisse équipée pour vivre en parfaite autonomie puis il ne l'avait plus revu. À sa sortie, Todd avait demandé à l'épouse à quoi bon recourir à ses services si c'était pour ne plus le revoir et l'abandonner seul dans une maison automatique. Elle lui avait répondu, avec un sourire enchanteur et une moue de petite fille : « Pendant sept jours vous avez été à nous, complètement et sans partage. » Madame Violette semblait du même acabit.


– Je n'attends rien de vous en particulier. Vous êtes mon expérience ultime.

– Allez-vous m'expliquer ?

– Juste l'essentiel. J'ai loué, pour cette expérience, une douzaine de professionnels du plaisir, le nec plus ultra de votre profession. Six mâles et six femelles.

– Douze cobayes ? À quoi servent ceux que j'ai remarqués lors de mon entrée au palais ?

– Ils font partie des meubles. J'ai besoin d'eux pour que la soirée ressemble à un grand événement. Ils sont à la fois décoratifs et attractifs. Un parfait piège à mouches.


Todd tressaillit à la pensée de ces insectes. Son cerveau ouvrit la porte à son imagination. Il commença à entrevoir les agapes festives des invités. La fête était à son comble, calquée sur les soirées vénitiennes de la Renaissance italienne, quand les nantis s'encanaillaient dans des orgies d'alcool et de sexe, au son de la musique céleste et dans un décor de théâtre où chacun jouait sa partition. Il reconnut des collègues en pleine danse de la séduction, d'autres dans des postures plus équivoques et enfin certains dans des positions érotiques. La séquence changea progressivement de format. Désormais, il faisait partie de la troupe. Le jeune homme marcha au milieu des danseurs, des serveurs et des courtisans. Il poursuivit son chemin sans se préoccuper des autres, malgré les hommes qui essayaient de danser avec lui, en dépit des femmes qui lui barraient la route, le tout dans une ambiance veloutée, à la limite de l’écœurement. « Rejoins-moi dans la salle des tableaux anglais ! » lui intima une voix venue de loin. Il reconnut le ton d'Angelica. Un sentiment nouveau envahit ses pensées. Il traversa la salle de réception à une vitesse infiniment lente. Le temps sembla pourrir. Les couleurs s'estompèrent tandis qu'il avançait au ralenti parmi des corps de plus en plus enchevêtrés. Une main gluante essaya de lui caresser la figure. La musique perdit de sa clarté, devenant un maelstrom sonore, une bouillie auditive dans laquelle se mélangeaient les bruits de verre cassé, les rires enivrés et les phrases sans queue ni tête. L'espace s'allongea. Une onde suggestive s'annonça dans son esprit. « Laisse-toi aller, profite et ne pense plus à rien ! » résonna dans ses oreilles sous forme de leitmotiv, le refrain d'une chanson lancinante et de plus en plus attractive. Il s'arrêta en plein milieu du chemin. Le chant s'amplifia, repris en chœur par des hommes et des femmes qui l'invitaient à danser avec eux, à boire des nectars odorants, à prendre un plaisir immédiat et violent. Sa tête se mit à tourner sous les effluves prononcés d'un parfum de fruit trop mûr. Il se vit submergé par des arbres géants sortant des murs et prenant la place des derniers danseurs. Le temps devint infini, figeant ses alentours immédiats. Le jeune homme continua à marcher, certain désormais du pourquoi il arriverait à destination. Angelica lui apparut enfin, plus sombre que jamais, la princesse des ténèbres dans un décor de pourriture et de fin des couleurs. « Je t'aime, Angelica ! » cria Todd en explosant ses cordes vocales et ses poumons.


Le palais laissa place à un désert sombre et aride. De rares fumerolles rappelaient qu'il y avait eu jadis, dans un temps révolu, des danseurs et des bouteilles de champagne, des murs et des peintures, de la vie dans cet espace désormais nocturne. Angelica tendit la main. Todd la prit sans hésiter. Ses doigts étaient brûlants, un contraste saisissant avec la froideur du lieu et l'apparence de la jeune femme. Les deux amants fondirent ensemble dans la nuit sans étoile, au milieu de nulle part.


– L'expérience est terminée, vous pouvez pleurer à présent, dit Madame Violette.


Todd ouvrit les yeux, constatant qu'il se trouvait toujours chez lui.


 
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   socque   
5/8/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je dois dire que, jusqu'à l'évocation du piège à mouches, j'étais intriguée, voire émoustillée. Ensuite, pour moi, c'est la déception. Le paragraphe de balade onirique au milieu de l'orgie m'a paru laborieux, la rencontre aride avec Angelica facile dans son utilisation du contraste avec l'ambiance débridée jusqu'alors ; la toute fin rattrape un peu à mes yeux mais me paraît toutefois correspondre à un avatar de la resucée "oh ! tout cela n'était qu'un rêve" fâcheusement caractéristique à mon avis des histoires que l'auteur ou l'autrice ne sait pas comment conclure. Que, selon toute vraisemblance, Todd ne se remettra jamais vraiment de l'expérience ne change pas grand-chose pour moi lectrice.

Avant, donc, j'ai vraiment aimé ces dialogues désabusés ou souterrainement inquiétants.

   vb   
9/8/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,
Ce texte me semble bien écrit, mais pour moi sans intérêt. Je n'ai pu éprouver d'empathie ni m'identifier à aucun personnage. Une expérience psychologico-sexuelle dans un univers futuriste? Oui bon, et alors? Je suis passé à côté de cette fable.
Désolé.
Lu en espace lecture
VB

   Dugenou   
28/8/2021
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Salut Don,

Ton histoire a un je-ne-sais-quoi de film de David Cronenberg (je pense à Existenz), mais sans suspense, agrémentée d'une fin abrupte et ne suggérant aucun questionnement...

Pourtant, l'histoire de Todd le cyber gigolo se laisse lire, et de mon pauvre petit point de vue de lecteur gamma, paraît trop concise pour être autre chose qu'un plaisir fugace.

Je te trouve pas au top de ta forme, là.

   hersen   
28/8/2021
Bonsoir Don,

En fait, et j'en suis plus honteuse que désolée, je n'ai pas compris la nouvelle, je n'ai pas compris où tu voulais nous emmener.
Je reste donc sur une histoire d'escort, d'amitié et d'amour, mais je suis complètement perdue, et la fin me perd encore plus.
Pourquoi terminer la nouvelle sur un rêve ? parce que du coup, le rêve ça fait ça, on ne cherche plus du tout à comprendre, on se dit que ce n'est pas la peine, puisque c'est un rêve.
C'est dommage, car il y a tout un pan qui préparait à une continuité, qui s'est cassée quand j'ai perdu pied.
Mon com n'est pas marrant, mais je ne fais plus dans le marrant, on dirait que la mode est passée et que c'est un jeu dangereux :)))

bye

   cherbiacuespe   
30/8/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ai-je bien compris ? La "cliente", madame Violette ( mais est-ce son identité véritable ? ), qui n'en est pas vraiment une, va disparaître ( "Vous êtes mon expérience ultime" ). Elle est à l'origine de ces fêtes futiles de plaisirs. Or sa disparition entraînera fatalement, irrémédiablement toute chose, toute joie, toute insouciance, tout ce qu'elle offrait jusqu'ici sans compter, dans un néant chaotique. A mettre en corrélation avec la présentation, les vers d'Aristophane.

Ce texte pourrait être une introduction pour une histoire plus longue. Est-ce une parabole de notre monde qui se meurt ? C'est mon avis en tout cas !

C'est bien écrit et, si j'ai raison, bien que vaporeux, le message ( plutôt pessimiste ) passe, non sans difficulté. Pourtant la lecture est facilité par des mots et des formes simples, directs. Et le déroulement sans heurts est cohérent avec le message.

   placebo   
14/9/2021
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Donaldo,

Plutôt comme les autres commentateurs, perdu sur la tournure de l'histoire à la fin.

Pour ma part j'ai bien aimé la description de ce maelstrom, de la distorsion du temps, mais trop de flou sur Madame Violette, la finalité de son expérience, la réalité de la chose.

Un petit côté cyberpunk qui me rappelle quelques BD.

placebo


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