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Science-fiction
Donaldo75 : Pêche lunaire
 Publié le 09/03/21  -  9 commentaires  -  6271 caractères  -  31 lectures    Autres textes du même auteur

Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt.
(Proverbe chinois)


Pêche lunaire


Le vaisseau ronronnait tranquillement dans l’hyperespace. It-I, le capitaine et l’actionnaire principal, agitait vainement ses tentacules mais ses compagnons continuaient inlassablement de gloser. Go-D, l’astrobiologiste, arguait de la valeur marchande de la cargaison. Al-F, le mécanicien, demandait qu’on lui verse en avance sa part du butin.


– C’est qui, on ?

– Tu le sais bien, Go-D.

– Et comment le saurais-je ? Je ne suis qu’un pauvre actionnaire minoritaire.

– Si tu n’avais pas joué tes parts aux cartes, tu aurais droit au chapitre, décréta It-I.


Ils avaient réussi l’impensable : capturer un indigène de la planète bleue, ce monde habité qu’ils surveillaient depuis si longtemps. Leur périple s’était déroulé autour de son satellite géant que deux autochtones étaient en train d’explorer sur la face cachée. Leur équipement ne les avait pas protégés de l’assaut lancé par It-I ; l’un d’eux n’avait d’ailleurs pas survécu et son corps flottait désormais dans l’éther.


///


Le général Li renifla d’un coup sec puis lâcha une bordée d’injures en plein centre de commandes. Le conseiller Zu le laissa terminer sa tirade puis reprit son explication.


– Je disais donc que notre première préoccupation est de ramener au bercail le seul survivant, à savoir le pilote de l’orbiteur.

– Et on va faire comment ? Il faut des semaines de préparation pour envoyer une mission sur la face cachée de la Lune. Vous n’avez cessé de le clamer haut et fort devant les membres du Parti.

– Nous ne sommes pas les seuls capables d’une telle opération.

– Mais nous sommes les premiers à l’avoir fait.


Le général Li n’avait pas tort. La Chine avait pris le pas sur les autres nations spatiales, trop occupées à fantasmer sur la conquête de Mars et sa possible terraformation. Leurs installations étaient théoriquement au point pour le vol lunaire et même compatibles avec la technologie chinoise. Leur demander de l’aide pour récupérer un taïkonaute semblait scientifiquement réaliste mais pouvait s’avérer politiquement désastreux. Le général Li tenait à sa tête. Il décida de ne rien révéler aux autres agences.


///


Go-D affichait sa mine des mauvais jours. It-I leva un tentacule et dessina un cercle lumineux dans l’habitacle. Al-F comprit qu’il valait mieux ne pas reparler de son avance sur les bénéfices. Il laissa l’astrobiologiste exposer la situation.


– On est mal.

– Définis « mal ».

– Ces indigènes sont sexués.

– Nous aussi, rigola Al-F. Ce n’est pas un problème, que je sache.

– Oui, mais eux ils doivent être deux pour se reproduire. Un mâle et une femelle.

– C’est nul.

– C’est plus que nul, précisa It-I. Cela signifie que nous ne pouvons pas vendre ce spécimen. S’il ne peut se reproduire, il ne vaut rien sur le marché.

– Alors on l’éjecte ?


It-I expliqua qu’à ce stade, il leur coûterait moins cher de faire demi-tour, de trouver une femelle, quitte à passer encore du temps caché sur le côté obscur du satellite géant. Go-D acquiesça, précisant que certaines espèces étaient tellement grégaires qu’elles n’hésitaient pas à sacrifier le troupeau pour sauver l’un des leurs. Al-F n’acheta pas les arguments présentés mais accepta de revenir en arrière parce qu’il n’avait pas d’autre choix s’il voulait rentrer dans ses frais.


///


Le module Hermès se posa en douceur sur la surface lunaire. La commandante Garnier procéda aux derniers contrôles de routine avec l’orbiteur. Elle se sentit fière d’être la première femme à fouler le sol de la Lune, à en explorer la face cachée. Son second avait comme consigne de lui en laisser la primeur, un signe symbolique pour l’égalité des sexes jusque dans la conquête de l’espace. Elle avait passé brillamment les phases de sélection, affirmé sa capacité à braver les dangers de l’éther infini, à se montrer aussi courageuse que les hommes, sacrifié sa vie personnelle au nom d’une cause supérieure. Elle ouvrit lentement le panneau latéral, descendit l’échelle mécanique puis entama la descente.


– Ici, Hélène Garnier. Je me prépare à descendre.

– Tous les signaux sont au vert, commandante. La télémétrie confirme des conditions idéales. Le vent solaire est au minimum. Vous pouvez commencer.

– Passez-moi le drapeau de l’Agence. Nous prendrons une photo ensemble, une fois que vous m’aurez rejointe.

– C’est un moment historique.

– Oui. Je n’ai pas de mot assez fort pour immortaliser l’événement.

– Les images parleront d’elles-mêmes.


Hélène Garnier inspira. Elle pensa à son héroïne d’enfance, la célèbre Marie Curie, à Neil Armstrong et sa phrase légendaire, à tous les travailleurs anonymes qui avaient rendu ce moment possible. Elle remercia ses parents de lui avoir donné sa chance, de l’avoir toujours soutenue pendant ses années d’entraînement, même quand des hommes forcément supérieurs cherchaient à lui expliquer qu’elle n’aurait pas la force de réussir cet exploit. Il était temps. Elle posa son pied gauche sur le premier échelon, soupesa sa propre gravité puis recommença avec le pied droit. Ses gestes étaient précis, maintes fois répétés dans le simulateur de l’Agence. Elle se sentait forte comme jamais, investie d’une mission capitale, prête à entrer dans l’Histoire.


///


Go-D lança le filet magnétique. Ce simple geste lui rappelait ses jeunes années, quand il partait à la pêche avec son père, dans les profonds océans de son monde natal. Il assura ses mouvements avec précision, mieux que la première fois avec le spécimen mâle. Il ne fallait pas abîmer le second indigène, sinon tout serait perdu. Une fois la prise affirmée, il tira vers l’arrière, tandis qu’It-I nettoyait la surface alentour à grands coups de laser. Il remonta sa proie dans le sas, vérifia rapidement qu’elle vivait encore puis la jeta dans la benne.


– On est bon, je crois, lança-t-il à son capitaine.

– Ne nous attardons pas dans les parages. On ne sait pas si le reste du troupeau va rappliquer.

– Et une affaire qui marche, une de plus !

– Espérons qu’ils se reproduisent sans encombre, ricana Al-F. On ne sait jamais avec ces petites choses fragiles.


L’aéronef scintilla, illuminant la surface lunaire un court instant, puis se projeta dans l’espace et disparut du système solaire.


 
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   socque   
12/2/2021
 a aimé ce texte 
Pas
Euh, oui, d'accord, et après ? Que vous choisissiez de bâtir une histoire aussi succincte, pourquoi pas, mais alors il faudrait à mon avis que dans ce bref aperçu vous me donniez une ouverture sur tout un monde étrange d'extraterrestres que je croirais presque cerner mais dont l'altérité radicale me ferait sortir un bref instant de mon enveloppe humaine ; c'est du moins une des choses que j'attends de la science-fiction : qu'elle me dépayse follement.
Or vos extraterrestres, je me dis qu'ils pourraient aussi bien être nés à Dallas ou à Maubeuge. Ils se disputent sans perdre longtemps de vue leur objectif vénal, discutent apparemment comme vous et moi (langage articulé, pas de télépathie), se déplacent prosaïquement en vaisseau spatial, pratiquent l'élevage et le commerce. Il y en a même un qui est accro au jeu et a perdu une partie de ses actions... Les tentacules, selon moi, ne suffisent pas à créer la surprise. Aucun aperçu non plus d'une société reposant sur d'autres bases que la nôtre.

Si la science-fiction ne me dépayse pas, je l'espère aventureuse. Pour le coup, votre histoire me paraît trop pauvre en péripéties pour m'accrocher, j'ai le sentiment qu'elle tourne court. Même pas un aperçu un peu sérieux du vaisseau spatial à me mettre sous la dent, j'ai l'impression que les méchants extraterrestres ont embarqué leurs victimes dans une camionnette comme de vulgaires kidnappeurs ! Bref, je ne suis pas convaincue.

   ANIMAL   
12/2/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une bonne histoire que je trouve assez comique. Pour une fois les humains sont les proies, juste des spécimens dont la rareté fait la valeur à la revente sur les marchés galactiques.

Bon, il y a les habituels militaires cachottiers, les classiques extra-terrestres à tentacules, et la première femme astronaute vient comme par hasard leur tomber toute rôtie dans le filet magnétique, mais cela fait partie du genre et j'y vois plutôt un clin d'oeil. De même que les noms des chasseurs (God, ET et Alf)

Qu'est devenu le second astronaute ? Mort sans doute, et le module Hermès détruit, puisque le périmètre a été passé au laser. Mais la précision aurait été utile.

La nouvelle va en tous cas droit au but et on imagine très bien cet équipage baguenaudant de planète en planète à la recherche d'un bon coup à faire. Quant à tenter de faire reproduire l'astronaute chinois et Hélène Garnier... bien du plaisir à l'acheteur des spécimens.

J'ai passé un moment distrayant.

   cherbiacuespe   
13/2/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Cet acte de piratage intergalactique est une véritable déclaration de guerre. Les coupables devront être poursuivis et dûment punis, fussent-ils des poulpes d'une race protégée sur Terre !

C'est un petit récit amusant et plein d'entrain, efficace. Le verbe est vivace, plein de fraîcheur. Pas de fautes, bien construit, implacablement logique. Minimaliste, mais il n'y a pas lieu d'en rajouter, cette histoire ne laisse pas l'ennui s'installer. Choix judicieux de taïkonautes chinois, l'auteur aurait pu s'amuser à envoyer ensuite des japonais, par exemple... Cela n'a pas grande importance finalement.

Cherbi Acuéspè
En EL

   hersen   
23/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cette histoire est très drôle, un peu mordante aussi.
Car une population de mâles et femelles, avec tout ce que ça engendre comme inégalités dans le comportement, comme pression sociales (une femme doit toujours prouver "plus" qu'un homme pour "arriver" (ici à descendre les marches la première.)
Et bam, elle se fait connement chopper pour être réduite à un rôle de reproduction humaine. Avec le premier venu, en plus !
L'idée d'une population hermaphrodite est franchement excellente d'autant qu'ils se tapent le cartons, cherchent à faire du blé, je veux dire qu'à part d'être hermaphrodites, justement, ils n'ont rien de différents des unisexués, mais ne sont pas encombrés par des considérations sociales obsolètes.

L'écriture : le texte a l'air de rien du tout, une petite histoire écrite sur un coin de table. Mais la justesse d'écriture, rien de trop pour dire rien de moins, montre que le texte est réfléchi, à partir de l'idée centrale. J'imagine tout à fait de l'écriture a dû couler de source, comme une évidence, pour un auteur qui en a les moyens.

Merci de la lecture !

   Vicomte_Bidon   
9/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Texte amusant et plutôt bien ficelé. Court et efficace.
Ceci-dit, Je pense qu'ils ont fait une affaire pas si bonne que ça : ces habitants de la planète bleue ne valent pas grand chose, croyez moi j'en ai côtoyé quelques uns...

   Dugenou   
10/3/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Don,

Ce texte ne m'avais pas emballé en EL. Autant le dire tout net, même à la seconde lecture, l'humour semble trop subtil, trop intello, pour y voir un réel intérêt. Les aliens affairistes sont une bonne trouvaille, digne d'une BD Disney, mais la chute est trop abrupte, le lecteur gamma que je suis reste sur sa faim. Une ou deux péripéties supplémentaires n'auraient pas été de trop. Reste à relire, encore relire, en espérant percevoir quelque chose qui, de toute façon, semble inaccessible et je l'ai déjà dit, trop subtil pour divertir réellement l'homme de la rue.

En un mot comme en cent, bof, ça casse pas trois pattes à un canard. Peut être qu'en développant plus... mais je ne suis qu'un simple lecteur (un lecteur simple ?)

Dugenou.

   Ombhre   
11/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Donaldo,

une nouvelle amusante, bien écrite comme toujours, et avec cette note d'ironie mordante que tu sais si bien mettre dans tes textes. Mais elle manque toutefois de développement. Comme pour une autre nouvelle de toi dans le monde de la SF (mais parue dans le registre horreur/épouvante), je suis resté sur ma faim. Le bon côté, c'est que tu as su me donner faim ;-)
L'idée des aliens pirates ayant besoin de faire un retour sur investissement est excellente, mais il m'a manqué la chute (que la femme enlevée soit stérile par exemple, empêchant ainsi toute reproduction). Terminer juste sur l'enlèvement facilité par ce besoin de notre espèce de jouer tout le temps et partout "l'égalité des sexes" m'a semblée un peu abrupte.

Un texte savoureux dans sa conception et sa lecture, mais pour moi pas mené à son terme.

Merci pour le partage.

Ombhre

   Donaldo75   
25/3/2021

   Lulu   
28/3/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Donaldo,

J'ai eu un peu de mal à suivre ce court récit qui ne manque pas d'intérêt, mais qui m'a semblé confus.

En fait, je suis perdue, dès :
" - C'est qui, on ?"
Là, dans l'entame du dialogue, je ne sais qui parle et ne parviens pas à me représenter la scène ou la situation avec les éléments qui suivent.

Ensuite, oui, l'idée d'extra-terrestres, très bien, je trouve, mais je trouve dommage qu'il y ait autant de personnages d'entrée.

Je ne remets pas en cause le récit. C'est peut-être juste moi qui n'ai pas réussi à comprendre ce qui y est exprimé clairement, ou par allusions.

It-I... Ce nom m'a bien sûr rappelé un personnage bien sympathique que nous sommes bien nombreux à avoir connu au cinéma ou à la télé... Mais ensuite, on est tenté de chercher un sens avec Go-D ou Al-F. S'il n'y en avait pas, et s'il fallait lire ces noms plus simplement qu'il n'y paraissait, ça m'aura perdue...

Idem avec le Général Li...

Désolée de n'avoir pas su lire ce texte ou de m'y être vite désintéressée.

Au plaisir de te relire, cependant.


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