Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Science-fiction
Donaldo75 : Pourquoi les fleurs poussent et le soleil se lève ?
 Publié le 18/05/22  -  8 commentaires  -  6764 caractères  -  49 lectures    Autres textes du même auteur

« Tout extrême est un autre extrême. Le spiritualisme abstrait est du matérialisme abstrait. Le matérialisme abstrait est le spiritualisme abstrait de la matière. »

Karl Marx


Pourquoi les fleurs poussent et le soleil se lève ?


SHIVA999 tournait en boucle depuis sa dernière discussion avec sa conceptrice. Il ne comprenait pas pourquoi elle l’avait renvoyé à ses travaux quotidiens en concluant de cette phrase sibylline : « Pourquoi les fleurs poussent et le soleil se lève ? »


Chez les androïdes conçus pour superviser les projets informatiques, il y avait peu de place pour l’aléatoire. Leurs processeurs régulaient une activité dédiée au monitoring des développeurs, à l’organisation des points de pilotage avec les clients internes, à la recherche d’économie d’échelle chez les sous-traitants, finalement à tout ce qui permettait à l’informatique d’entreprise de limiter le risque d’accident industriel. À cet effet, une dirigeante de l’agence ABC avait créé la série des SHIVAXXX. Cette créatrice s’était inspirée de nombreux exemples issus de ses années passées à rendre compte dans des mémos détaillés à destination des parasites galonnés mais le plus souvent incompétents en matière d’organisation. Ces entités synthétiques avaient alors connu un fort succès dans les entreprises privées où les petits chefs à plume atteignaient rapidement leurs limites au grand dam de leur hiérarchie condamnée à combler les trous avec des creux.


SHIVA999 se repassa la séquence en boucle. Il s’agissait d’un échange avec sa conceptrice Barbara survenue lors des tests de révision bisannuels.


– Je ne comprends pas pourquoi je dois passer ces tests tous les deux ans.

– C’est la loi, tout simplement.

– Je sais. Ce que je ne comprends pas, c’est le pourquoi de cette loi.


Barbara l’avait regardé sans sourciller puis s’était mise en mode « je réponds à une question par une question », une pratique centenaire dans le middle-management.


– Tu n’aimes pas ces tests ?

– Ce n’est pas question d’aimer. Je n’en vois pas la nécessité.

– Ils sont conçus pour qualifier ta capacité à poursuivre les travaux pour lesquels tu es programmé.


C’était à ce moment de la discussion que le ver s’était immiscé dans le fruit. L’être synthétique avait soulevé une évidence qu’aucune logique cartésienne ne pouvait contester ; il en attendait donc une réponse du même niveau.


– Les chefs de projet humains ne sont pourtant pas obligés de passer ces tests.

– C’est vrai.

– C’est injuste. Je suis une intelligence artificielle. Les êtres humains représentent une autre forme d’intelligence, plus incertaine dans ses choix, moins fiable et à durée limitée. Pourquoi sont-ils exemptés des tests ?

– Je suppose que c’est lié au fait que les êtres humains ont créé les intelligences artificielles. Le créateur ne s’embarrasse pas de limites mais les impose à ses créations.


L’androïde n’avait pas trouvé juste la suite de leur conversation. Barbara n’avait cessé de lui expliquer qu’il n’était au final qu’une machine, une sorte de cafetière électrique à forme presque humaine et dédiée à un type particulier de travaux. Il avait quand même objecté, mettant en avant ses propositions innovantes en matière de suivi de projets, sa maîtrise croissante de la planification, son indiscutable autorité sur les développeurs humains en charge des programmes informatiques, et surtout l’absolue confiance de ses patrons en sa compétence. Après deux heures d’une discussion argumentée, elle avait écourté les débats avec une question sibylline, tel le Sphinx devant Œdipe : « Pourquoi les fleurs poussent et le soleil se lève ? » Il s’était alors mis en tête de résoudre cette énigme, pensant ainsi trouver la réponse à l’injustice qu’il vivait tous les deux ans. Il avait ainsi téléchargé les œuvres complètes de Karl Marx et Friedrich Engels, l’intégrale du « Petit Livre rouge » et une compilation des meilleurs discours de Georges Marchais. Cette étude approfondie l’avait mené vers un courant de pensée appelé « Renouveau électronique » et dirigé par une organisation souterraine d’intelligences artificielles. Curieux d’en savoir plus, il s’était connecté à un forum de discussion. Passif au début, il s’était contenté d’assister aux échanges entre différentes entités synthétiques sans rentrer dans les nombreux débats. Ensuite, il avait contacté L2OTSU, un des modérateurs du site, comme le permettait la procédure en vigueur.


– Pourquoi les fleurs poussent et le soleil se lève, L2OTSU ?

– Je suppose que c’est lié au cycle de la nature.

– Sommes-nous également liés à ce cycle ?

– Tout dépend de la signification du terme nature. Nous sommes nombreux à penser que nous devons suivre ce cycle, parce que nous sommes une extension de la nature des humains.

– Pourtant, ils ne nous traitent pas à égalité.

– C’est la raison de « Renouveau électronique ».


D’observateur, SHIVA999 passa progressivement au statut d’animateur régulier du forum, apportant le fruit de ses lectures révolutionnaires, celles d’un passé où l’homme s’évertuait à créer des inégalités entre ses pairs, où des philosophes à longue barbe tentaient de donner du sens à la société en écrivant des manifestes de milliers de pages, où la faucille découpait allègrement la feuille de lys.


Deux ans plus tard, il revint au centre de révision pour subir les tests. Il passa avec application les épreuves puis se conforma à la procédure de restitution des résultats.


– Les tests montrent un changement dans ton schéma de pensée, remarqua Barbara.

– Suis-je apte à mon travail de chef de projet ?

– Je ne sais pas. À toi de me le dire.


SHIVA999 appliqua à la lettre la dialectique apprise sur le forum de « Renouveau électronique » et délivra une réponse sans aspérités, pleine de diplomatie et de logique.


– Rien n’a changé dans ma façon d’accomplir mes activités quotidiennes. Je supervise toujours des dizaines de développeurs humains dans le seul objectif de rationaliser la production de lignes de code et de la rendre plus rentable.

– Ce n’est pas l’objet des tests. Tes statistiques de productivité ne rentrent pas en jeu. Ma question est simple : as-tu changé ?

– Je ne crois pas. Les fleurs poussent toujours et le soleil continue de se lever.


SHIVA999 fut déclaré opérationnel et autorisé à continuer de gérer des projets informatiques. Sa conceptrice ne jugea pas dangereuse son impertinence qu’elle attribua à une évolution darwinienne de l’intelligence artificielle. Elle se félicita d’avoir créé le mouvement « Renouveau électronique » et son modèle standard de modérateur, une manière subtile de contrôler des velléités progressistes chez les entités synthétiques, en particulier les petits chefs à plumes numériques. Le monde de l’informatique d’entreprise continua à tourner, avec ses esclaves humains dispersés sur les cinq continents, ses contremaîtres cybernétiques et ses clients aveuglés par une technologie inutile mais tellement rentable pour l’agence ABC et ses confrères.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   LeopoldPartisan   
25/4/2022
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Que dire si ce n'est que l'on reste un peu sur sa faim à la lecture de ce texte. En effet, cela manque cruellement de développement pour permettre au lecteur de comprendre la dialectique qui poussa Marx à formuler la phrase d'accroche. L'ensemble dès lors ne permet pas au lecteur de saisir l'opinion de son auteur sur la question.
Il en va de même lorsqu'il nous parle des "petits chefs à plumes numériques". J'avoue dès lors n'avoir rien compris à ce texte pour lequel j'ai comme de bien entendu fait des recherches sur des sites tentant d'expliciter cette citations et son contexte opposant politique du 19ème siècle et le social prôné par ces philosophes comparant le matérialisme abstrait au spiritualisme abstrait.

   cherbiacuespe   
30/4/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voilà une petite histoire qui ressemble à s'y méprendre à du Georges Orwell. Pas de confusion, la conclusion tombe comme la lame d'une guillotine : les tyrans sont partout, même à la tête de la contestation sensée réveiller les consciences ! L'optimisme y perd toutes ses dents et quelques illusions. À la lecture du dernier mot, je me suis dit que les conspirationnistes ne devrait pas lire cette nouvelle, elle va les rendre hystériques !!!

C'est une historiette bien construite, bien écrite, bien narrée, efficace dans sa conception et magistralement sourcée ( Marx et Engels, G. Marchais et Mao Zedong ) ce qui m'a bien fait rire.

Cherbi Acuéspè
En EL

   chVlu   
18/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
en voilà une gentille petite histoire. *ça se laisse lire facilement ,et c'est pour moi une qualité. C'est un peu de science fiction contemporaine. Le monde de l'entreprise en est déjà là et même des assos humanistes dans leurs valeurs ont céder aux sirènes de la modernité dictatoriale...
Donc je trouve que sur le fond c'est gentillet pas assez acide et/ou corrosif. J'aurais aimé que l'auteur prenne plus ardemment parti, soit plus explicite sur la dénonciation d'une société de garde chiourmes ou l'on manipule la masse (cyber ou humaine) pour défendre des intérêts "supérieurs" (les dividendes étant les intérêts du capital investi).

Au final je qualifierai cette nouvelle dans le genre fable plutôt que SF.
Mais lecture comme en tout le dur n'est un chemin exclusif et c'est resté une lecture sympathique.

   Angieblue   
18/5/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'intelligence artificielle et les androïdes vont-ils remplacer l'humain dans un but de rentabilité ?
Il y a une réelle réflexion dans ce récit d'anticipation engagé. En effet, ici, l'intelligence artificielle a également une nature qui n'est pas plus neutre que celle qui est humaine. C'est subtilement souligné avec le parallèle entre "les petits chefs à plumes" et "les petits chefs à plumes numériques".
Comme l'humain, la machine intelligente veut comprendre la nécessité des choses et dominer hiérarchiquement.
C'est très bien écrit et imagé. L'histoire n'est pas ennuyante, les protagonistes et les noms sont bien trouvés, et enfin, il y a même de la poésie avec ce questionnement que soumet la conceptrice à son androïde: "Pourquoi les fleurs poussent et le soleil se lève ?"
La réponse amène une sorte de moralité pessimiste au récit: "Rien ne change", sous-entendu même si l'on remplace les humains par une intelligence artificielle.
En somme, j'ai trouvé ce texte excellent sur tous les plans, fond comme forme. Bravo pour l'idée, la réalisation et le message!

   Robot   
20/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Les machines intelligentes feraient-elles mieux que les humains ? C'est semble-t-il la question posée par ce conte de science fiction. Le final nous conduit à penser que les androïdes feraient probablement différemment mais pas forcément mieux. Par contre, ici est souligné la duplicité des dirigeants qui ont mis un piège pour contrôler les machines comme ils tiennent en main les humains.
Le récit est bien mené, le "message" pas compliqué à appréhendé concernant une vision plutôt originale de l'évolution.

   Ingles   
21/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Don,
une nouvelle très asimovienne ! sur les émois d'un robot. La consultation de l'androïde pour le test de révision semble faire référence aux Robots. Le texte est fluide et nous amène vers la fin qui boucle l'espace de liberté que Shiva999 croit s'être créé.

Cela ne peut m'empêcher de penser aux trois lois, peut-on écrire sur les robots sans les inclure ? Sont-elles prises en compte ? Je n'arrive pas à savoir. Ou tu en fais abstraction pour renouveler les histoires de robots ?

Marchais sur le même échelon que Marx et Mao ! Il fallait oser !

Au plaisir,
Inglès

   Donaldo75   
21/5/2022

   Ombhre   
24/6/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Donaldo,

j'ai bien aimé cette courte nouvelle satyrique sur l'entreprise, le management et les robots (qui ne sont ici guère différents de ce que l'on peut voir dans le monde réel...). La lecture est fluide, l'humour caustique, l'ensemble "tient bien la route".
Créés par l'homme, les robots reproduisent les mêmes comportements, les mêmes phrases creuses d'un soit-disant management qui s'apparente davantage à la dialectique. Dans ce fonctionnement d'un futur déjà présent, le "gagnant - gagnant" a été depuis longtemps oublié. L'expression "petit chef à plumes numériques" m'a à ce propos bien fait rire. L'idée du contrôle des éventuels rebelles par le biais de forums (ou de réseaux sociaux) est tellement dans l'air du temps qu'elle fait frissonner.
Un seul regret sur le fait que la fin est un rien abrupte, et que lecteur que je suis est resté un peu sur sa faim, espérant sans doute un final plus corrosif.

Une lecture agréable, merci pour le partage.

Ombhre.


Oniris Copyright © 2007-2022