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Science-fiction
Donaldo75 : Reboot
 Publié le 16/11/18  -  10 commentaires  -  19698 caractères  -  47 lectures    Autres textes du même auteur

« Tous les anges célèbrent la puissante épée de Jésus
Et vous protègent de leurs ailes
Et vous gardent près du Seigneur
Ne prêtez pas attention à la tentation
Car ses mains sont si froides
Vous devez m'aider à garder le Diable
Bien au fond du trou »

Tom Waits


Reboot


Le quatre septembre au matin, tous les systèmes électroniques du Maryland arrêtèrent simultanément de fonctionner. Le gouverneur mobilisa les services locaux, appela les autorités fédérales à la rescousse et décréta l’état d’urgence. Il fallut plus d’une semaine pour relancer les installations les plus récentes, les autres ne répondant définitivement plus.


***


Robert Wilkinson, agent des services secrets américains, reçut un message urgent de sa hiérarchie, assorti d’un long mémo sur la situation du Maryland. Il commanda un taxi puis se rendit au quartier général, en plein cœur de Washington, où l’attendaient des spécialistes de la Défense du territoire et des militaires.


La salle de conférence affichait complet. Des hauts gradés de l’armée américaine discutaient avec des hommes en costume noir, pour la plupart issus des différentes officines de renseignement intérieur et extérieur, tandis que des hommes en blanc déroulaient à l’écran des graphiques et des statistiques pour essayer de cacher qu’ils ne comprenaient pas grand-chose à la situation. Au milieu de cet aréopage, un petit homme vêtu de gris observait d’un air grave les conciliabules en cours. Robert reconnut le secrétaire d’État à la Sécurité, John Mc Millan, son ancien patron au temps où les Russes et les Américains jouaient à se faire peur à coups de menace nucléaire.


John Mc Millan décida d’arrêter les débats.


— Messieurs, Robert Wilkinson est arrivé. Nous pouvons commencer la réunion. Je vous prie de vous asseoir et d’écouter les experts scientifiques.


L’assemblée s’exécuta. Robert prit place à côté d’un conseiller militaire. Bien qu’il eût déjà lu le mémo, il restait curieux de connaître les derniers développements de la crise en cours, d’entendre les analyses et les différents points de vue en vigueur.


Rupert Huw-Jones, un chercheur spécialisé dans les virus en tous genres, afficha une carte du Maryland parsemée de points rouges, jaunes et bleus.


— Messieurs, comme vous le savez déjà, la panne électronique n’a été que le premier signe d’un événement plus grave. Nous avons d’abord pensé à une impulsion électromagnétique ciblée mais nos recherches ont réfuté cette hypothèse. Aujourd’hui, nous constatons sur le terrain des dégâts d’une autre nature. Les êtres humains présents sur la zone concernée affichent des troubles cognitifs, allant de la simple perte de mémoire à la régression animale.

— Comment ça, régression animale ? répliqua un officier de l’US Army. Ce n’est mentionné nulle part dans le mémo !

— Ce n’est qu’un mémo, répliqua Mc Millan. La situation évolue très rapidement.

— Pour répondre à votre question, Général, la régression animale, dans le cas présent, consiste en une série de comportements où l’être humain oublie ses réflexes conditionnés par la société et ne répond plus qu’à ses besoins primaires : se nourrir, se reproduire, se protéger d’éventuels prédateurs. Il n’utilise le langage que quand c’est absolument nécessaire. Il se regroupe avec d’autres humains pour forger des alliances éphémères, en vue d’attaquer des populations plus faibles.

— Existe-t-il un discriminant ? demanda Robert. Certaines personnes sont-elles plus sujettes que les autres ? Par exemple, les enfants ou les vieux.

— Non, Robert, malheureusement rien ne permet d’isoler une population à risque ou de définir un dénominateur commun à cette pathologie. Tout ceci ressemble bien à ce que vous avez vécu à Amsterdam au début de la décennie.


Robert se remémora l’épisode cité par Rupert Huw-Jones. En 2010, l’Europe avait connu un désastre sanitaire d’une ampleur exceptionnelle. Les populations des grandes villes néerlandaises avaient commencé à sombrer dans une forme de folie primitive, perdant progressivement leur humanité. Un tiers des habitants d’Amsterdam, le foyer présumé de la crise, avaient durablement régressé. La pandémie s’était étendue aux autres zones urbaines du pays, puis aux contrées voisines. Les États-Unis, la Chine et la Russie avaient alors suspendu leurs échanges avec l’Europe de l’Ouest. Devant son impuissance à combattre le fléau, la Communauté européenne avait demandé l’aide de son allié américain. Robert était ainsi intervenu, avec une équipe spécialisée, avait établi un diagnostic et un plan d’action soumis aux autorités continentales qui avaient ensuite pris leurs responsabilités.


John Mc Millan reprit la conduite de l’exposé.


— Messieurs, j’ai fait venir Robert Wilkinson parce qu’il a déjà réglé, par le passé, un problème apparemment similaire. Je tiens à ce que vous compreniez la gravité de la situation et surtout la criticité des solutions.

— S’il l’a déjà réglé, on n’a pas à s’en faire, ricana un colonel de l’US Navy.

— Robert, je vous laisse répondre.


Robert se leva. Il avait vu pléthore de militaires pour qui une situation civile se réglait à coups de gaz innervants et de couvre-feux. Ce n’était pas la solution, si elle existait, qu’il fallait expliquer à l’assistance, mais ses conséquences.


— Merci, John. Messieurs, sachez qu’à Amsterdam, les populations touchées par la pandémie n’étaient en aucun cas dangereuses pour les autres. Elles se contentaient d’errer dans les rues, de manger dans les poubelles, d’uriner sur les murs, et de se regrouper pour hurler de concert. Au début, les autorités néerlandaises les avaient parquées. Seulement, du fait même de l’apparition croissante de nouveaux cas en dehors des zones de quarantaine, la situation avait atteint le dernier niveau de criticité. Il fallait agir. Nous étions les seuls capables de mobiliser des moyens pour venir à bout de cette épidémie.

— Qu’avez-vous fait ? demanda un autre militaire.

— Nous avons utilisé une technologie expérimentale, baptisée « Reboot ». En gros, elle consiste à traiter la totalité de la zone infectée par une sorte d’impulsion électromagnétique qui affecte certaines parties du cerveau, afin de le réinitialiser. La Communauté européenne a décidé de nous laisser la main.

— Et ça a fonctionné ?

— Dans un sens, oui. Nous avons d’abord évacué nos ressortissants puis lancé le « Reboot ». La pandémie s’est arrêtée presque instantanément.

— Alors, quel est le problème ?

— Là n’est pas la question ; il ne s’agit pas de cerner un problème.

— Je reformule, Robert. Qu’est-ce que vous avez de si important à nous révéler ?


Robert soupira intérieurement. Il se demanda si ces hauts gradés regardaient les informations internationales, lisaient des journaux traitant d’autres sujets que le dernier porte-avions ou le budget de la défense.


— Nous n’avions jamais testé le « Reboot » au-delà du protocole de niveau un, c’est-à-dire sur des petits mammifères de type rongeur. L’utiliser sur des êtres humains, à large échelle, représentait un risque maximal. Nous ne maîtrisions rien.

— Mais il n’y avait aucune alternative, non ?

— En effet, c’est ce que nous avons argumenté auprès des Européens.

— Alors ?

— Le « Reboot » a eu des effets de bord sur les populations non affectées par la pandémie. En gros, ces personnes ont perdu une partie de leurs connaissances acquises. Les analyses ne l’ont démontré que plusieurs mois après notre action. Le mal était fait. Et ce n’était que le début.

— Ce qui signifie ?

— Que le QI des Européens est en chute libre depuis. Les enfants nés après les faits sont moins performants, sur le point de vue cognitif, que les générations précédentes. Depuis, les principaux pays concernés sont en perte de vitesse sur tous les sujets : économie, science, culture, art.

— Et ce n’est pas ce que nous voulons pour l’Amérique, déclara Mc Millan. Pour cette raison, j’envoie Robert et une équipe de spécialistes étudier la situation à Baltimore.


***


Dès l’atterrissage du jet à Baltimore, Robert et son équipe furent pris en charge par les militaires, signe que la situation s’aggravait. Son agent de liaison, Janet O’Riley, semblait déjà bien usée. Elle lui prodigua sagement les conseils d’usage ; Robert l’écouta patiemment, même s’il avait l’expérience des zones de conflit, des épidémies et de toutes les formes possibles de chaos.


Janet le mit en contact avec les médecins et les experts de la santé publique. Selon eux, le pire n’était pas encore arrivé. Les cas de démence s’accumulaient ; peu de personnes échappaient au syndrome inconnu qui frappait la population. Il n’y avait pas de contamination à proprement parler. La régression semblait latente, inscrite dans une dynamique globale de dégénérescence. Robert en tira une première conclusion : le cas d’Amsterdam connaissait désormais une nouvelle réplique, plus puissante, comme si, dans une ultime souffrance, la planète voulait expulser des corps étrangers, importuns.


Robert voulait cependant en avoir le cœur net. Son intuition seule ne servirait pas ses arguments sur l’usage du « Reboot », en particulier avec une administration fédérale aussi tatillonne. Il se sentait dans la peau de Robert Oppenheimer à la fin du projet Manhattan, un peu avant que « Little Boy », l’ancêtre barbare du « Reboot », ne pulvérise la ville japonaise d’Hiroshima au prix de cent trente mille morts. Il décida de se rendre sur place, là où le mal sévissait, escorté par Janet et une petite cohorte de soldats aux traits tirés, tandis que son équipe restait au campement scientifique, à décrypter des données, les traiter en statistiques, relier des points sur un graphique dans l’espoir de découvrir le message caché d’un Dieu depuis longtemps aux abonnés absents.


Le centre-ville de Baltimore ne ressemblait plus au quartier d’affaires que Robert avait naguère connu, le lieu le plus commerçant et le plus animé de la métropole. Les immeubles des grandes compagnies ne brillaient pas de mille feux, avec les enseignes lumineuses, l’architecture bétonnée et pleine de vitres de buildings trop grands pour une ville au passé magnifique. Le plus frappant résidait dans l’impression de désert, d’absence humaine. L’animation d’antan, les flots de badauds souriants, bavards, dans la pure tradition sudiste, laissait désormais place à une ambiance lunaire dont même les rares chiens errants semblaient renifler l’odeur de mort.


Robert trouva étrange de ne pas voir de personnes atteintes mais juste des soldats, des bénévoles et des associations humanitaires. Il s’approcha d’un prêtre occupé à compter des rations.


— Bonjour, mon Père. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de malades dans les rues ? Je croyais qu’ils hantaient tout Baltimore.

— Ce serait trop simple, mon ami. Ils se cachent, en attendant que nous leur déposions de la nourriture et que nous partions ensuite. En général, ils préfèrent agir à la tombée de la nuit.

— Comme des zombies ?

— Si vous le dites. Je vois plutôt des êtres apeurés, conscients qu’ils ont perdu quelque chose.

— Leur humanité ?

— Ils sont humains, croyez-moi. Ils recherchent la lumière que Dieu leur a donnée puis reprise sans leur dire pourquoi, sans le moindre avertissement.

— Et vous les nourrissez par charité ?

— Si les chrétiens n’aident pas les autres enfants du Seigneur, qui le fera ? Les militaires ? Les agents du gouvernement ? Les scientifiques ? Pour vous tous, car je suppose que vous faites partie d’une de ces catégories, ces pauvres malheureux sont juste des croix cochées dans des cases, mais dans la mauvaise colonne.

— De quelle colonne parlez-vous, mon Père ?

— Celle des pertes.


Robert ne se sentit pas la force de contester ni même de soupirer. Le prêtre avait raison. La Grande Amérique s’était construite sur deux colonnes, les pertes et les profits. Il n’y avait pas de juste milieu dans ce monde binaire. D’ailleurs, son mandat allait dans ce sens. Le « Reboot » servait de gomme pour effacer les croix alignées dans la mauvaise colonne. Et il portait le fardeau du choix de gommer ou non ces milliers d’anonymes. Robert Wilkinson pensa de nouveau à l’autre Robert, le physicien Oppenheimer, un naïf passé de dresseur d’atomes à père d’un génocide.


***


Le reste de la journée se déroula sans anicroche. Robert consulta les différents observateurs placés sur le terrain, recueillit des avis et des points de vue, sans pour autant apercevoir un seul malade. Il décida de lâcher son cerbère, Janet O’Riley, pour boire tranquillement un verre dans un de ces bars sécurisés mis en place par le département d’État dans le but de conserver à Baltimore un semblant de civilisation.


Arrivé au zinc, il commanda une bière légère. Le barman, un grand type rougeaud et essoufflé, lui répondit gentiment, avec son accent traînant du Sud. Robert observa les autres buveurs alentour, jugea le moment opportun puis lança la conversation.


— C’est quand même dingue, cette histoire !

— Vous trouvez ? demanda le barman, en clignant de l’œil.

— Un peu.

— On s’habitue à tout, ici.

— Vous avez de la chance de voir les choses de cette manière.

— Vous venez de Washington ?

— Oui. Qu’est-ce qui m’a trahi ?

— Votre costume. Qui porterait un costume en pleine fin du monde.

— Un Yankee ! répondit un petit homme aux cheveux gris.


Robert se félicita intérieurement d’avoir accroché la conversation de cette manière, en respectant les clichés entre le Nord et le Sud, afin de laisser à chaque acteur une place, un rôle dans la pièce en cours.


— Il ne manque que les Indiens, rétorqua-t-il.

— Ils sont tranquilles dans le Montana. Maintenant, on a les zombies, répondit le petit homme.

— Vous les avez vus ?

— Et comment ? Même que certains, je les connais depuis un bail. Des gars normaux qui ont tourné maboul d’un coup d’un seul, sans prévenir. Avant, ils venaient s’en jeter un petit dernier après une dure journée de travail. Maintenant, ils bouffent dans les poubelles et boivent leur pisse, quand ils ne s’attaquent pas entre eux.

— À ce point ?

— Comme je vous le dis.

— Quelle en est la cause, d’après vous ?


Le petit homme gris scruta Robert, comme s’il voulait rentrer dans les méandres de son cerveau pour comprendre les tenants et aboutissants d’une telle question. Les autres consommateurs suivirent le même cérémonial en attendant une réponse de l’intéressé.


— Vous êtes agent fédéral, c’est ça ?

— J’ai une tête de flic ?

— À vous de me le dire.

— Je suis un journaliste du Washington Post. Mon job, c’est de relater les faits au reste de l’Amérique. Je ne suis pas ici pour faire plaisir à l’Oncle Sam ou aux gars de Wall Street.

— J’aime mieux ça, Yankee ! Dans le coin, on n’aime pas les fédéraux.

— Mon nom est Robert, mais je préfère qu’on m’appelle Bob.

— Calvin. Cal pour les buveurs de bière.

— Alors, Cal, quelle est votre théorie ?


Calvin prit des airs de conspirateur. Robert l’imagina avec une cagoule blanche sur la tête, en train de réfléchir à comment couper une tête trop bronzée à ses yeux.


— Je pense que c’est un coup des Rouges. Ou des Jaunes. Ou des musulmans.

— N’importe quoi, Cal ! répliqua l’un des buveurs accoudés au zinc. C’est une erreur du gouvernement fédéral. Ils ont perdu un de leurs virus modifiés génétiquement, à la suite d’une mauvaise manipulation. Il y a les preuves sur Internet. Je les ai vues.

— Non, ce n’est pas une erreur. Ils l’ont fait exprès. On est juste des cobayes, rétorqua un autre client. C’est comme pour le onze septembre, on nous ment, on nous manipule, on veut nous faire croire des choses pour nous faire avaler des couleuvres, des impôts supplémentaires, des cadeaux aux riches.

— Et si ce n’était rien d’autre que la colère divine ? demanda le barman. La fin du monde pour nous tous.

— Pour quelle raison ? répondirent de concert les buveurs.

— Pour nous laver de nos péchés, simplement.


Tout le monde se mit à rire devant l’énormité de l’affirmation. Même Robert apprécia la boutade. Elle avait l’avantage de décontracter l’ambiance ; elle prouvait également que la base, l’Américain moyen, du moins le Sudiste, gardait le moral dans ces circonstances, alors que l’information était filtrée par Washington et que pléthore de soldats armés jusqu’aux dents patrouillaient dans tous les quartiers de Baltimore.


***


La nuit commençait à prendre le pas sur le jour. Robert regarda par la fenêtre et aperçut la lune poindre, comme une invitation à quitter le bar, à rentrer dans le confort illusoire de son hôtel. Le couvre-feu n’allait pas tarder à débuter. Les rues seraient alors interdites, laissées aux malades sous la garde métallique des patrouilleurs militaires.


Robert marchait d’un pas mesuré quand il aperçut pour la première fois une personne atteinte. Il s’agissait d’un homme décharné, aux habits déchirés et poussiéreux, qui semblait sortir de nulle part. Robert ne ressentit pas la peur, juste une forme de lassitude empreinte de tristesse. L’homme sembla s’en rendre compte ; il s’approcha lentement de lui, sans montrer une quelconque animosité. Robert pensa au prêtre. Peut-être qu’il avait raison, que ces malheureux avaient conscience de leur état, avec un sentiment d’abandon, d’inéluctable, une fin sans la mort.


Robert s’arrêta pour l’observer. Il évita tout geste brusque, pour ne pas l’effrayer, un peu comme avec une bête sauvage. L’homme huma l’air, regarda derrière lui et sur les côtés puis fixa Robert. Ce dernier comprit alors. « Il a les yeux gris comme de la cendre », se dit l’agent fédéral. Son regard n’avait rien d’animal ; bien au contraire, il transpirait l’humanité, avec beaucoup de désespoir. Ce qui lui manquait, c’était cette petite lueur parfois vacillante mais toujours présente que certains appellent le reflet de l’âme. Robert ne croyait pas en Dieu ou en un être supérieur et forcément omniscient, une entité venue d’ailleurs pour créer l’Univers, les êtres humains et la glorieuse Amérique. Il en avait trop vu pour croire en ce schéma réducteur, en un monde binaire où les bons finissaient toujours par l’emporter sur les méchants.


L’instant dura une éternité. Robert ne savait plus s’il devait sortir son arme de service, débarrasser l’homme aux yeux gris de son semblant de vie, le renvoyer à la poussière dans un dernier acte d’humanité. Parce que finalement, pensa Robert, c’était aussi cela être humain. Cet homme avait probablement connu une vie avant, avec ses joies, ses moments de grâce, ses peines et tout un chapelet d’émotions enregistrées à jamais dans son subconscient. Il s’en souvenait peut-être, dans de fugaces éclairs de lucidité, comme d’un paradis perdu et désormais recouvert d’une couche de terre grise. « La planète Terre est bleue et je ne peux rien y faire », chantait autrefois un poète anglais. Pour ces hommes, peut-être bientôt les ultimes représentants de l’Homo sapiens, le monde ressemblait désormais à la Lune, hostile, désertique, stérile, songea Robert, à présent déprimé.


Un hurlement dans la nuit ramena l’agent fédéral à la réalité. L’homme l’entendit aussi, huma l’air une dernière fois avant de détaler dans la direction opposée. Robert aperçut au loin une masse informe, une horde de bras et de jambes. Elle s’approchait en hurlant. Il empoigna son pistolet, ôta le cran de sûreté puis leva le bras. La cohorte commença à ralentir, comme si elle connaissait ce signe, celui du cow-boy face à l’Indien, du civilisé contre le sauvage. Robert tira en l’air, une seule fois. Le troupeau de bras et de jambes bifurqua, accéléra la cadence puis se perdit dans l’horizon nocturne.


***


Le trente et un octobre, le président des États-Unis reçut une version simplifiée du rapport de Robert Wilkinson. Il convoqua sa garde rapprochée, demanda un exposé succinct de son secrétaire d’État à la Sécurité, John Mc Millan, puis rentra dans l’Histoire, le menton en avant et le regard clair.


 
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   izabouille   
1/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien
C'est assez prenant, dès le début. On a envie de savoir, de connaître la suite. C'est bien écrit, le style est sobre.
Mais il y a par moment des longueurs au coeur du texte, j'ai décroché à certains endroits. Et puis la fin m'a un peu déçue, je m'attendais à autre chose.
Je me demandais aussi si cette nouvelle était dans la bonne catégorie? Je trouve que ça ressemble plus à de la science-fiction.
Merci pour le partage

   Palrider   
16/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Don
C’est intéressant, une ambiance est créée, un mystère aussi...il manque une suite...

   matcauth   
16/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

cela m'a fait pensé aux Forgisés de Robin Hobb.

c'est le contraste de la vie sans humanité, de ce qui fait l'homme et le différencie des autres animaux, de par sa conscience. Les intentions de l'auteur sont peut-être là, avec le peu d'humanité, en toile de fond, de ceux qui ont gardé la leur. C'est plutôt bien pensé, bien que ma première opinion sur le texte était plus négative. D'une part parce que chacun discute de cette chose impossible comme on parlerait du temps qu'il fait. Et d'autre part parce que la solution au problème de déshumanisation est un peu léger, mal développé par l'auteur.

Mais peut-être que tout cela est secondaire, que le plus important ici est ce qui reste quand on perd son âme. Bien que certains ne soient pas bien pourvus à ce sujet.

Je retiens donc ce message, en espérant ne pas être dans l'erruer totale, et puis la lecture est agréable, efficace, cela se lit bien.

   plumette   
16/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
j'ai lu ce texte sans déplaisir, mais je suis assez perplexe à la fin.

panne électronique, premier signe d'une épidémie qui fait régresser les individus, je ne vois pas de lien entre ces deux éléments.

j'ai apprécié l'ambiance du début, ambiance de crise, géré par les services secrets et les militaires, tout cela donne un parfum de film d'espionnage.
Pourquoi et comment Robert Wilkinson, agent des services secret américain, a-t-il eu à mettre en oeuvre le reboot à Amsterdam, on ne le saura pas.

j'ai bien aimé les conséquences du reboot : la chute du QI des européens depuis !

En fait, je n'ai pas trop compris les intentions de l'auteur. Un questionnement sur ce qui fait "l'humanité" de l'homme?

je n'ai pas vraiment décelé le coeur du texte qui s'éparpille un peu.


Plumette

   hersen   
18/11/2018
S'il me semble que le fond de l'histoire est basée sur l'humanité, celle qui reste et celle qu'on enlève, je me suis un peu perdue dans le texte.

Je trouve certains passages un peu long, qui, de ce que je comprends de l'histoire en tout cas, ne m'éclaire pas vraiment, et paradoxalement, il me semble que l'important, le nerf de la nouvelle est sous-entendu. En tout cas trop pour moi.

Je reste un peu en dehors, et c'est rare sur tes nouvelles.
Désolée pour cette fois, Don :(

   Andre48   
19/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Je suis entré facilement dans l’histoire, malgré quelques longueurs.
J’ai voulu y voir une allégorie, le choc de deux humanités. L’une organisée, performante, autoritaire, sûr d’œuvrer pour le bien de tous. L’autre se limitant aux besoins basiques et refusant en partie les contraintes sociales, fiscales et politiques des élites et des nantis (bons QI, bons jobs, seuls détenteurs des vérités…).
Cette dualité s’est vu lors des colonisations.
Aujourd’hui, certains rêveraient certainement de réinitialiser les gilets jaunes et de les voir heureux de se déplacer uniquement en vélos électriques. Ce qui aboutirait à une forte taxation de l’électricité et des panneaux solaires.

   solo974   
21/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Donaldo75,
J'aime beaucoup votre nouvelle.
Personnellement, je suis complètement rentrée dans cette histoire de pandémie - thème très actuel.
J'ai en outre apprécié les dialogues, qui rythment avec bonheur votre texte. Alertes, parfois humoristiques, ils apportent dynamisme et vivacité au récit.
Une nouvelle qui prête en tout état de cause à réfléchir !
Merci pour cette découverte et excellente continuation.

   GillesP   
24/11/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est prenant, écrit de manière fluide... Mais pour moi il s'agit pour l'instant davantage d'une ébauche prometteuse que d'une nouvelle complètement abouti. En effet, je reste perplexe sur le lien de cause à conséquence entre le problème électronique et la pandémie. Par ailleurs, il me semble que les personnages ne sont pas si inquiets que cela, alors qu'il s'agit, littéralement du moins, ni plus ni moins que d'une perte de ce qui fait notre humanité, la conscience réfléchie. Je suis également sceptique à propos de de la fin, qui ne propose pas de résolution. Que dois-je comprendre en tant que lecteur ? Enfin, j'ai l'impression qu'on peut faire de ce récit, comme souvent dans le registre de la science-fiction, une lecture allégorique, métaphorique, mais pour le coup, je ne pourrais pas indiquer clairement laquelle.
Au plaisir de vous relire.
GillesP.

   Gouelan   
27/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Don,

Peut-être qu'au fond, l'homme se déshumanise lui-même, à force d'égoïsme, de pertes de repères, de rapports virtuels au monde.
Le regard triste de l'homme aux yeux de cendre, dont la petite flamme de l'âme ne luit plus, est terriblement angoissant.
Quel est le sort de cette planète ? L'Histoire de l'homme va-t-elle s'assombrir, et la planète se couvrir de poussière à ses yeux ?
Un texte qui ouvre une multitude de réflexions, qui rappelle les erreurs accumulées, l'intelligence de l'homme gaspillée au service de la violence.

La suite on peut l'imaginer. Je dirais la fin de l'humanité, à moins d'un miracle ; le cerveau de l'homme qui s'illumine de sagesse...

   maguju   
6/12/2018
 a aimé ce texte 
Bien
La science-fiction est un domaine que je connais peu et qui d'emblée ne m'attire pas particulièrement donc je me garderai de tout commentaire sur le fond de votre histoire...bien que celle-ci ait su me capter puisque je suis allée au bout. Votre écriture est en effet très agréable et je me suis laissée porter par votre récit.


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