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Policier/Noir/Thriller
Dugenou : À jamais
 Publié le 13/09/21  -  9 commentaires  -  16518 caractères  -  61 lectures    Autres textes du même auteur

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. »

Victor Hugo, La conscience.


À jamais


Gavin ouvrit les yeux. Son oreille le démangeait. Il la gratta furieusement.


Un rayon de soleil s'étant égaré dans la caravane perçait à travers les stores, nimbant de lumière la tête de Maddie, couchée à ses côtés. « Mon ange », se dit-il. Il lui donna un coup de coude :


– Debout, ma grande ! Le soleil brille !

– Zut, répondit Maddie en s'extrayant du lit.


Les ressorts du matelas pourri, fatigués, grincèrent quand il se leva à son tour.

Maddie comatait devant son bol de Cocoa Pops ; Gavin prépara du café.


– On fait quoi aujourd'hui ? demanda-t-il à Maddie.

– Toi, je sais pas, tu bricoles, peut-être. Moi, j'ai envie d'aller me balader. J'en ai marre de traîner dans cette caravane !

– Pas prudent de sortir… les flics et tes parents doivent te chercher.

– Ne commence pas, Gavin.


Maddie leva les yeux au ciel.


– On croirait entendre mon paternel ! Fais pas ci, fais pas ça, gnagnagna…


Ayant fini ses céréales, elle partit s'enfermer dans la salle de bain.


Gavin sirota son café, se passa la tête sous l'eau, dans l'évier, puis entreprit de se saper : un tee-shirt crasseux, un blue-jean troué aux genoux et une paire de savates qui avaient connu des jours meilleurs.


– Je vais dans le jardin, lança-t-il à la porte de la salle de bain, en sortant.


Maddie ne répondit pas.


Dehors, Gavin contempla sa propriété, héritée d'un oncle : rien de plus qu'un terrain vague, jonché de détritus et de vieilles carcasses de bagnoles, récupérées à la casse, sur lesquelles il travaillait parfois, enfin, quand il daignait s'y intéresser. Au centre de ce dépotoir trônait une caravane antédiluvienne. Son chez-lui. Il passa derrière, dans ce qu'il appelait complaisamment « son jardin », qui n'était jamais qu'une décharge à ciel ouvert, et s'arrêta, stupéfait.


Son van, son vieux van pourri… quelqu'un l'avait recouvert d'une bâche ! En colère, il l'ôta et revint dans la caravane, se dirigeant vers la salle de bain en gueulant :


– Maddie, mais pourquoi t'as mis ce truc sur mon van ?!


Mais la salle de bain était vide.


Pas besoin d'avoir un quelconque talent d'observation pour savoir que la caravane l'était aussi. Maddie avait disparu.


« Cette gamine va me rendre dingue », maugréa Gavin. Sur la table de la cuisine, il trouva un mot portant la mention « Trop tard ! Tu l'es déjà ! Je sors ». « Sois prudente, petite peste », pensa-t-il. Puis il retourna au jardin, bricoler. Il s'essayait à la maçonnerie, histoire de construire un vrai barbecue, pas comme l'actuel, qui consistait juste en une vieille jante de Chrysler, sur laquelle était posée une grille de radiateur de Buick.


À midi, il revint dans la caravane, pour y trouver Maddie lisant le Muskegon Chronicle.


– Où t'étais passée ? Je t'ai cherchée.

– J'étais au Seven/Eleven… Ils parlent pas de nous dans le journal…

– Fais voir… c'est l'édition d'hier, tu t'es plantée.

– Allume la radio, Gavin, steup', c'est l'heure des infos, j'ai besoin de savoir.


Celui-ci s'exécuta. La voix de l'animateur de KRLDM déclarait «... toujours sans nouvelles de Maddie Engel, cette adolescente de dix-sept ans disparue hier, dans l'après-midi, du lycée de Muskegon Heights. Les recherches ne donnent aucun résultat, mais plusieurs battues sont prévues demain dans la matinée. Un appel à témoin a été lancé pour déterminer les circonstances de sa disparition. Passons maintenant à la page des sports, avec les résultats des championnats de base-ball… » Gavin éteignit la radio.


– Tu vois ? Ils te cherchent. Tu devrais rester ici quelque temps, au lieu d'aller te balader au diable vauvert, dit-il. Bon, je retourne au barbeuc'. T'as des ailes de poulet dans le frigo, ajouta-t-il, avant de sortir.


Il travailla une bonne partie de l'après-midi. Se redressant, il aperçut de nouveau le van recouvert par la bâche, qu'il ôta d'un geste rageur. Cette fois-ci sérieusement furax, il se précipita dans la caravane et attrapa Maddie par le cou, hurlant :


– Mais à quoi tu joues ??? TU NE TOUCHES PLUS À MON VAN !!!

– Lâche-moi, Gavin, tu me fais mal ! Mais je m'en fous de ton van pourri ! J'ai rien fait, calme-toi, enfin ! se défendit Maddie.


Gavin lui lança un regard noir et alla se rafraîchir le visage dans l'évier. Cherchant un torchon pour s'essuyer, il ouvrit l'armoire située sous ce dernier et farfouilla dedans. Dans un tuyau chromé il perçut un mouvement derrière lui. Son regard s'arrêta sur le reflet déformé de Maddie, debout, un sourire sardonique aux lèvres, qui pointait vers lui un index accusateur. Il crut entendre une voix dans sa tête, lui hurlant les mots « c'est toi ! ». Se relevant d'un bond et se retournant, il lui fit face, paniqué :


– Qu'est-ce qui te prend ???


Mais Maddie était simplement assise sur la banquette. Elle jeta un regard vers les pieds de Gavin et plaisanta :


– T'as trucidé Mickey Mouse.


Gavin baissa les yeux vers le cadavre d'une souris, la tête écrasée dans un piège, laissé là dix jours plus tôt. Reprenant ses esprits, il ironisa, soulagé :


– De toute façon, il trompait Minnie.


Il porta la main à son oreille, qui lui faisait mal. Du sang en coulait.


– C'est moi qui t'ai mordu hier, pendant qu'on faisait l'amour, l'informa Maddie.

Pauvre de moi ! J'ai échangé un père comptable à l'antenne locale de la John Birch Society, une mère soumise et probablement mongolienne, sans compter des camarades de classe décérébrées, n'ayant à la bouche que Brad Brattwurst, le quaterback de l'équipe du lycée, ou les romans de J. K. Rowling…, commença-t-elle… contre un mec de douze ans mon aîné, vivant dans un taudis infesté de souris ! Je commence à me demander si j'ai perdu au change…


Elle se dirigea vers Gavin :


– Voyons voir… qu'est-ce que je pourrais bien faire de toi ?


Maddie enlaça Gavin et déposa sur ses lèvres un baiser. Celui-ci avait la froideur de la mort. Sous les mains de Gavin le corps de Maddie semblait osseux, décharné. Lentement, le visage de Maddie se métamorphosa : son front s'orna d'une plaie béante, sanguinolente, son regard devint hideux. Cela ne dura qu'une seconde ; Maddie retrouva vite son aspect de tous les jours, une longue chevelure blonde, des yeux noisette, un charmant petit nez retroussé. Gavin, qui avait tressailli devant cette vision d'horreur, se dit qu'il avait sans doute rêvé.


Il l'embrassa de nouveau, longuement.


Quand ce fut terminé, il la prit par la main et lui proposa de venir voir son travail de maçonnerie. Rien que des parpaings posés de guingois. Le ciment avait à peine fini de sécher.


– Finis-le, et ce soir on pourra les faire griller, tes ailes de poulet. Je vais prendre une douche, dit Maddie, retournant vers la caravane.

– Je t'aime, répondit Gavin, revenant à sa besogne.


Le soir venu, son barbecue terminé, il héla Maddie depuis l'extérieur :


– Amène le poulet, ma grande, ce soir c'est bombance !


Pas de réponse. Peut-être que Maddie piquait un roupillon. Il donna un coup de pied dans l'arrière de la caravane, en criant :


– Réveil !


Toujours rien. Il ouvrit la porte de son taudis et s'arrêta, interdit : celui-ci semblait vide de toute présence.


– Maddie, ma chérie ? Hou-hou… ?


Seul l'écho répondit à son interrogation inquiète. Gavin était seul. Maddie semblait s'être envolée.


Deux heures et demie plus tard, toujours personne ; Gavin n'avait plus d'ongles à ronger. Mais où diable était-elle passée ? Pourquoi s'était-elle enfuie de nouveau ? N'y tenant plus, il décida d'aller la chercher. Peut-être avait-elle eu des remords, et avait-elle décidé de retourner chez ses vieux ; depuis Ravenna jusqu'à Muskegon Heights, ça faisait une belle trotte, à pinces. Il la retrouverait en chemin.


Dehors, quelque chose clochait : son van était encore une fois bâché. Si ce n'était pas Maddie qui l'avait fait, qui, alors ? Il devrait tirer ça au clair plus tard, pour le moment, il y avait plus urgent : retrouver Maddie. Il monta dans le van, mit le contact, et sortit du terrain vague. En passant devant le Seven/Eleven, deux cents mètres plus loin, il constata que celui-ci était fermé. Aucune trace de Maddie.


Il prit la B72 et se dirigea vers l'ouest, vers Muskegon Heights. Il la retrouverait sûrement au bord de la route… ou peut-être avait-elle décidé de faire du stop ? C'était probablement le cas, car il ne croisa personne, en chemin. Juste avant d'arriver en ville, il aperçut, au loin, des gyrophares : un barrage de police. Pour l'éviter, il bifurqua, brusquement, au premier embranchement, empruntant un chemin de terre qui l'amena aux abords de Muskegon, la ville la plus peuplée de la rive est du lac Michigan.


Gavin était paumé. Ne sachant où chercher sa bien aimée, il conduisait au hasard, scrutant les trottoirs, de chaque côté des boulevards, sans aucun résultat. Dans le rétroviseur intérieur, il vit que du sang coulait toujours de son oreille. « Aïe ! Elle m'a pas loupé… » Cette pensée le réconforta.


À cinq cents mètres de distance, se trouvait un autre barrage. « Mauvais présage » pensa-t-il. Et si quelqu'un avait aperçu Maddie, montant dans son van, la veille ? Il se souvint qu'un appel à témoin avait été lancé, si la police avait son signalement, il était dans de sales draps !


Tournant à l'angle du Burger Thru, il longea le Drive, où stationnait une voiture de patrouille. En passant à sa hauteur, il vit un policier, hurlant quelque chose d'indistinct dans sa radio, les yeux fixés sur le van. Il devait se tirer au plus vite. Se dirigeant vers le nord-est, il écrasa le champignon.


Minuit quarante-neuf : déjà une demi-heure que la poursuite durait. Heureusement, il avait une longueur d'avance. Filant à toute allure vers la Forêt Nationale de Manistee, où il espérait pouvoir trouver refuge, Gavin détourna un instant les yeux de la route pour voir les gyrophares des bagnoles de flics, au loin, se rapprocher de lui. Le van n'était pas assez rapide.


Quand ses yeux revinrent à la route, il aperçut dans la lueur des phares, au milieu de la voie, une adolescente, les bras en croix, la tête rejetée en arrière, lui bloquant le passage : Maddie ! Gavin freina à mort, le van dérapa, sortit de la route et alla s'encastrer dans un arbre sur le bas-côté.


Gavin fut violemment projeté contre le pare-brise, et sombra dans l'inconscience.


*


Cela faisait deux jours que Gavin était à l'hôpital. Il s'en tirait à bon compte : beaucoup de coupures au visage et aux bras, quelques contusions, et un léger traumatisme crânien. « Un peu de repos et il n'y paraîtra plus », lui avait dit le toubib. Se reposer… et Maddie ? Que devenait-elle ? Rester toute la journée au lit compromettait ses recherches.


On toqua à la porte.


– Oui ? répondit Gavin.


Il s'agissait d'une infirmière qui lui annonça que le médecin allait le recevoir. Enfin ! Le toubib allait sûrement lui remplir son bon de sortie, et il pourrait repartir à la recherche de Maddie…


Le médecin l'accueillit dans une petite salle dépourvue de décoration. Gavin posa ses avant-bras sur la table les séparant, les mains jointes, et déclara :


– Bonjour docteur ! Alors, vous me laissez sortir, que je puisse chercher ma copine ?

– Il n'est pas question de vous laisser partir, Gavin… J'aimerais qu'on revienne, vous et moi, sur certains points, qui me semblent obscurs…

– Mais hier, vous aviez dit que je pourrai bientôt partir… !

– Ce n'est pas moi qui en ai parlé, Gavin. C'était vous.


Le médecin lui lança un regard noir, les lèvres pincées. Il ajouta :


– Maddie Engel… Où aviez-vous dit que vous l'emmeniez, le jour de sa disparition ?

– Au sud de la Forêt Nationale de Manistee… à Twin Lake. Mais écoutez, c'est ma copine, je l'aime, et il faut…

– Indiquez-moi l'endroit exact, dit le médecin, en produisant une carte de Twin Lake.

– Ici, regardez…


Gavin posa un doigt sur la carte.


– Nous y avons fait l'amour, dit-il, tout en regardant la carte. Vous devez sûrement vous demander ce qu'une chouette nana comme elle fait avec un type dans mon genre… commença-t-il en relevant la tête.


Il écarquilla les yeux et eut un hoquet : ce n'était plus un médecin qu'il avait devant lui…


... Mais un flic.


Un shérif, pour être plus précis : l'étoile au revers de son uniforme le prouvait.


– Non, je ne me pose pas la question, ordure ! Une gamine de dix-sept ans, en pleine rébellion contre sa famille, harcelée par ses camarades de classe, rencontre un type louche dans ton genre, un marginal, crasseux et aux antipodes d'elle… Elle se sent attirée. Classique. Inutile de te donner la peine de chercher celle que tu appelles « ta copine », on va le faire à ta place… On a maintenant une piste sérieuse, sale schizophrène ! Et toi, tu pars sur-le-champ pour la prison du Comté.


Le flic fit un geste menaçant, le pouce tendu à hauteur de gorge, comme pour se la trancher. Gavin voulut se protéger le visage avec les mains, mais celles-ci étaient attachées à la table d'interrogatoire par une paire de menottes.


– Je parie qu'on trouvera ton ADN sur son corps… l'état de ton oreille le prouve… Marv ? Escorte ce psychotique jusqu'à sa cellule en attendant la navette pénitentiaire, dit-il en se tournant vers un collègue.


Tremblotant, pleurnichant, Gavin fut emmené par une main ferme.


*


Gavin rêvait… non, il s'agissait d'un cauchemar. À propos de sa rencontre avec Maddie. Il l'avait rencontrée à la sortie du lycée. Elle pleurait. Gauchement, il s'était présenté, lui disant qu'elle était belle, et qu'il voulait l'embrasser. Il lui avait payé une pomme d'amour pour la rasséréner, elle retrouva le sourire. Il lui avait proposé une balade dans son van. Sur le chemin, il avait allumé l'autoradio, réglé sur la station ne passant que du Heavy Métal, il avait mimé le chant guttural d'un hardos peinturluré, cela avait fait rire Maddie. Arrivés à Twin Lake, ils s'étaient couchés par terre, sur un tapis de feuilles mortes. Les arbres déployaient leur feuillage sanguinolent, il s'agissait d'une journée d'automne comme les autres. Maddie avait retiré ses chaussures, en s'aidant de ses pointes de pieds. Sur ses orteils, un vernis rose achevait de s'effacer, elle les avait remués en riant, ce geste de femme-enfant avait attendri Gavin, qui l'avait embrassée. Les lèvres de Maddie étaient encore poisseuses du caramel de la pomme d'amour. Il avait commencé à la caresser, mais elle avait changé d'avis, elle lui demandait d'arrêter, il l'écrasait de tout son poids, elle avait crié, l'avait mordu à l'oreille, l'avait griffé, alors la main de Gavin avait saisi une pierre, son bras s'était levé, s'était abattu… encore, encore, et enc…


Gavin s'éveilla en hurlant. Il était en sueur. S'asseyant sur le bord du lit, le corps agité de frissons, il essaya de reprendre ses esprits.


– Hello Gavin !


Maddie se tenait devant lui. Hébété, Gavin regarda autour de lui : il vit son lit, un lavabo et un chiotte en métal boulonné à un mur, et, leur faisant face, les barreaux de sa cellule, dans la prison du Comté. Il y avait également une chaise, où était assise Maddie, à califourchon.


– Maddie !!!… Mais comment t'es entrée ?

– Peu importe, Gavin. J'ai une grande nouvelle à t'annoncer : ils ont retrouvé mon corps, à l'endroit que tu avais indiqué. Tu as de la chance, le Michigan a été le premier État des USA à abolir la peine de mort. On apprend ça à l'école. Si tu veux mon avis, tu vas rester ici pendant un bon moment !


Elle tendit l'oreille. Des cellules environnantes, montaient des cris :


– Tu vas payer, sale psychopathe !!!

– On va te crever !!!

– Attends un peu la promenade, tu vas voir !!!


Maddie ajouta :


– Peut-être pas tant que ça, finalement. Dommage pour toi, mon amour…


Gavin, compulsif, déchirait nerveusement ses draps, pour en faire des lanières, qu'il noua ensemble, puis il attacha leur bout aux barreaux, fit un nœud coulant à l'autre extrémité…


Maddie contempla la scène d'un air amusé. Alors que Gavin se pendait, elle déclara :


– Mon pauvre Gavin… ce que tu peux être drôle ! Tu crois vraiment que la mort te permettra de m'échapper ?


Les pieds de Gavin battirent dans le vide. Son cœur s'arrêta, sa conscience s'effaça, mais Maddie s'approcha de lui, lui soufflant à l'oreille :


– Non, Gavin, c'est trop facile. Le souvenir de ce que tu m'as fait te poursuivra jusque dans la mort, pour l'éternité. Tu entends ? Je te tourmenterai à jamais, Gavin !

À jamais !!!


Le rire cristallin de Maddie fut le dernier son qu'entendit Gavin.


 
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   socque   
25/8/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Autant le début de l'histoire m'a paru bien mené (une mention pour la transformation fugitive et saisissante de Maddie en cadavre dans la caravane), autant, à partir du moment où Gavin se retrouve à l'hôpital, j'ai trouvé la narration poussive. J'ai le sentiment que vous voulez expliquer en détail et que c'est inutile : la trajectoire tragique est suffisamment classique dans son horreur pour que, selon moi, vous puissiez vous contenter de notations éparses dessinant le destin de l'assassin. À vous de voir bien sûr, pour ma part je crois que la deuxième partie de votre récit gagnerait en impact si vous la resserriez sérieusement.

   cherbiacuespe   
28/8/2021
 a aimé ce texte 
Pas
On peut faire beaucoup de chose dans ce type d'histoire de psychopathes ( et atteint d'hallucinations, ou pas ). Mais le filon a, et est tellement utilisé qu'il devient difficile d'être original. Le fil est usé. Il faut trouver le truc qui aiguise la curiosité.

En l'occurrence, je trouve cette nouvelle d'abord basique avec la victime décédée qui hante l'esprit malade du coupable. Question écriture rien à dire, c'est une bonne composition. Le déroulement cependant, la construction, me semble un peu chaotique dès que Gavin part à la recherche de Maddie. Et cette bâche sur le van ? quelque chose m'aurait-il échappé ?

Non, je ne suis décidément pas convaincu. Pour une prochaine fois peut-être.

Cherbi Acuéspè
En EL

   vb   
30/8/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
Voici une nouvelle noire à souhait, bien cauchemardesque, qui mérite une seconde lecture. La référence à David Lynch est bien présente. Je trouve que c'est assez réussi. Je me demande si quelques détails dissonants n'auraient pas dû être introduits plus tôt (évidemment il y a l'oreille qui gratte mais c'est un peu léger). Dans les films de Lynch, on se rend directement compte que quelque chose cloche (la musique, les couleurs trop vives, les angles de vue étranges). Ici, il m'a fallu un temps pour m'en apercevoir.
Lu en espace lecture.
VB

   Donaldo75   
4/9/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Je suis mitigé après lecture de cette nouvelle. Les points positifs sont cependant supérieurs aux points négatifs ; ils résident essentiellement dans l’intérêt de l’histoire dont le pitch dramatique est intéressant et passe finalement bien la rampe de la lecture. Pour ce qui est des points négatifs, il faut plus les voir comme ce qui me semble des axes d’amélioration. L’écriture n’est pas inoubliable.

« Gavin sirota son café, se passa la tête sous l'eau, dans l'évier, puis entreprit de se saper : un tee-shirt crasseux, un blue-jean troué aux genoux et une paire de savates qui avaient connu des jours meilleurs. "Je vais dans le jardin" lança t'il à la porte de la salle de bain, en sortant. Maddie ne répondit pas. »

Cet exemple sent à mon goût la scène descriptive juste pour amener du décor à la narration mais dans ce cas elle sent un peu le « vite fait sur le gaz » à l’instar du verbe « se saper » qui ne respire pas la littérature.

Par ailleurs, la narration est un peu confuse alors que le pitch dramatique est fort et qu’il y avait de la place pour plus de densité – ce qui implique également le découpage et la mise en forme – afin de préserver le suspense, de le rendre prégnant et de donner au lecteur ce qu’il attend de la catégorie.

En espérant que ce commentaire soit utile à l’auteur.

   Annick   
13/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le narrateur distille tout au long du récit les éléments qui vont permettre au lecteur de considérer Gavin comme quelqu'un d'étrange, puis de malade, de fou.
La vérité se fait jour peu à peu.
Il y a une confusion voulue par le narrateur entre réalité et hallucinations ou vérité et fiction. Ce qui m'a fait m'interroger sur la véritable personnalité de Gavin, lui qui semblait si amoureux de Maddie.
Le texte est bien ficelé, les dialogues crédibles.
Un narrateur qui s'implique et qui a un franc-parler, une certaine gouaille.
Le mot "pourri" est répété deux fois par le narrateur et une fois par le personnage de Maddie, ce qui éteint un peu la réplique de la jeune fille.
L'écriture est fluide mais pas exceptionnelle. C'est peut-être ce domaine qu'il faudrait travailler.

Des qualités indéniables, après, on peut toujours s'améliorer.

   hersen   
13/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Salut Dugenou,

Ta nouvelle a de l'allant, on ne peut le nier.
J'ai vraiment aimé la première partie, avec une mention sur la bâche du van. Le diable est dans les détails.

Ensuite, bien entendu, tout se dévoile, mais il le faut bien à un moment ou à un autre. cependant, c'est à partir du moment où on a compris, un récit un peu plus attendu, il n'y a donc plus cette braise de la première partie, braise sur lquelle j'aurais bien aimé rester jusqu'à la fin.
Mais le récit se tient, est agréable et bien monté.

Merci de la lecture !

   plumette   
14/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Salut Dugenou,

je ne suis pas dans ma zone de confort avec ce type de nouvelle très noire qui met en scène un psychopathe.
Pourquoi l'Amérique? je me pose la question et dans le même temps je reconnais que cela dépayse et crédibilise (pour moi) l'histoire.
On découvre vite qu'il y a quelque chose qui cloche chez Gavin, mais il y a une habile tension narrative.
Les dialogues avec Maddie ont un effet de réel qui brouille les pistes assez longtemps. J'ai particulièrement aimé le " t'as trucidé Mickey Maouse".

j'ai moins aimé l'histoire à partir du moment où Gavin est à l'hôpital.

Et j'ai eu du mal à "interpréter" le signe de la bâche sur le Van.

Mais globalement, j'ai apprécié la lecture!

   Vincente   
14/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'écriture avance dans une véracité habitée, comme vraie mais à plusieurs niveaux… de conscience.
Comme le style est direct, vécu en live pratiquement, moi, lecteur, ait vite été happé par les mots basiques, simples comme au premier degré de Gavin, de Maddie et surtout du narrateur omniscient. Je m'y suis cru dans cette histoire schizophrénique et y ai cru ; jusqu'à la fin je ne me suis pas posé de question autre que mais qu'est-ce qui m'arrive, tant ce qui se passe était crédible ; avec du recul maintenant, je me souviens m'être senti d'abord dans un drôle de rêve, puis un rêve qui s'envenime, puis dans un cauchemar qui m'étouffe et dont il me faut absolument sortir. Ma délivrance viendra paradoxalement de la terrible dépendance à l'ineffable, à l'horrible réalité de celui qui de fait est en cauchemar, et je souffle, ce n'est pas moi.
Mais comme je le comprends ce pauvre gars qui errent dans ses délires à la fois véridiques advenues de son ressenti et à la fois fumeuses tromperies de son esprit parti…

Si je constate, sans réfléchir que j'ai "marché" dans cette évocation – j'écris "évocation", mais déjà je sens que je devrais plutôt dire "plongée en méta-conscience" ou quelque autre formulation complexe où s'imbriquent un réel terre à terre, une conscience en dérive, comme flottant dans une méta-perception, et un entrechoquement de ces deux univers qui chacun se nourrissent pourtant de l'autre. Ce qui m'a semblé particulièrement bien "construit" (est-ce que ça a été d'un geste maîtrisé, ou plus magistralement d'un geste très investi ?), c'est la bonne justesse, le bon dosage, des advenues. Car si la narration affiche en filigrane une structuration décidée (1- l'état des lieux comme au premier degré – 2- l'immixtion de dissonances sensitives et émotionnelles – 3- la fuite hors du trip mais aussi surfant sur lui – 4- le rétrécissement ontologique, l'hôpital/la police fusionnés, la prison – 5- la chute, l'enfermement ouvert sur l'éternel ressentiment ; l'horreur achevée…), elle ne perd pas en chemin ses pas espérant s'échapper de l'évidente limitation de l'esprit malade de Gavin.

J'ai trouvé intéressante la présentation du paragraphe en italiques, on sent là le basculement où l'on pense comme Gavin que c'est bien un cauchemar qui l'accable, sans doute alors, l'on peut s'en persuader. Et pourtant plus tard, l'on comprendra que cette inquiétude latente est bien une souvenance à peine déguisée. C'est très bien placé.
J'ai bien aimé la récurrence de "l'oreille qui saigne", comme les cailloux marqueurs d'un passage qui lutte contre l'oubli, et ramène incidemment à la réalité, celle vivante que symbolise le sang, d'une oreille (celle qui entend encore la pierre frapper…) et verser le sang de la pauvre victime…

J'ai trouvé une vraie capacité d'écriture pour narrer une situation complexe parmi des états de conscience à la fois antagonistes et collaborants.

   maria   
15/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Dugenou,

J'ai trouvé que ta nouvelle collait parfaitement à la catégorie.
J'ai particulièrement apprécié le rôle des personnages dans la narration.
Dans la première partie Gavin mène et embrouille le lecteur en inventant des mystères, dans la seconde, c'est Maddie qui prend le contrôle de l'histoire.
Le lecteur peut voir dans la chute une morale / la victime a puni son agresseur.

Une lecture agréable bien que je ne sois pas friande de ce genre de littérature.
Et aussi je préfère te lire dans un style plus incisif, comme celui de tes micro nouvelles, par exemple.

Merci du partage.


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