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Réalisme/Historique
Dupark : Appaloosa
 Publié le 16/05/17  -  12 commentaires  -  14191 caractères  -  97 lectures    Autres textes du même auteur

"Engoncée mais pas fossilisée. Pas encore." D'un pays à l'autre, d'un soleil à l'autre, d'un art à l'autre…


Appaloosa


1

Bruxelles - La cinémathèque


Un regard distrait sur les tickets du musée du cinéma…


– Sylvain ! Cinématek !

– On est samedi ? Mais quelle heure il est ?


Vite. Sortir de la maison au pas de course, en voiture – chance la Citroën démarre – cap sur la cinémathèque, large virage autour du square, passage devant la prison, croiser les doigts pour ne pas finir englués dans la circulation. Tiens, ça s'agite, une jeep et une voiture de flics nous suivent, allez les p'tits gars, c'est notre pognon, soyez efficaces bon Dieu. Sylvain sourit. Place Poelaert en vue, le Palais de Justice, oh là, ça bouge aussi de ce côté, un combi de police qui s'ébranle. Je prends la rue de la Régence aussi vite que le veut la voiture. Il a une maîtresse, c'est sûr, pour sourire autant… Les flics semblent se diriger vers le Sablon, moi je finis ma course entre le parc de Bruxelles et le Palais Royal, ouf des places, on va y arriver.


Quoique. Jeep, voiture et combi de police bloquent notre Citroën. Les flics nantis de mitraillettes nous demandent de sortir, nous plaquent contre les grilles du parc et nous tiennent en respect : « Contrôle d'identité. Ouvrez votre sac, je vous prie », me demande un géant, certes poli, mais avec la diction d'un logiciel de synthèse vocale configuré pour intimider. J'obtempère. Je sais que ce contrôle nous fait rater le début de la séance, mais je me garde bien d'en faire la remarque. L'ambiance n'est pas au futile. « Le coffre, s'il vous plaît. » Sylvain va ouvrir, souriant, imperturbable. L'envie me vient de le provoquer. « Tu souris aux flics maintenant ? » Je me tais. Un petit malentendu peut vite nous coûter une garde à vue. Je repense à une amie qui avait une corde de remorquage et une cisaille à haie dans son coffre, contrôlée deux heures après une évasion. Le malentendu ! Nous n'avons rien fait de mal mais je ressens la fermeté du contrôle comme une menace. Rester calme, surtout rester calme. Je ne sais même pas ce qu'il y a dans mon coffre. Un raton laveur ? Un clown sur ressort ? Ce serait drôle ! Une collection de crotales ? Oh que j'aimerais… rester calme. Sylvain sourit, tout va bien. Rien ne semble l'atteindre. Il est ronchon d'habitude. S'il avait seulement été aussi souriant avec Charlotte… Dans le coffre ? Rien, le vide absolu, et propre ! Ce n'est pas suspect, si c'est propre ? Le géant semble satisfait, l'un de ses clones parle de nous dans sa radio, nos papiers à la main, et pouf, le soufflé retombe, nos papiers nous sont rendus, nous ne finirons pas menottés au radiateur d'un commissariat !


Le cinéma ! On tente un petit sprint ? Ce n'est pas suspect, si on court ? Nous optons pour un débriefing dans un endroit avenant. La Citroën vient finalement s'échouer à Saint-Gilles, tout près de la Brasserie Verschueren.


2

Bruxelles - La brasserie


Sylvain parle. J'aime sa voix. En vingt ans, elle a eu le temps de s'affiner. Mais ce qu'il dit m'épuise. Un artiste. Un intellectuel. Il faut toujours qu'il parte dans une réflexion, une critique, quelque chose de cérébral qui va révolutionner l'art, et donc le monde. Lâche l'affaire, Sylvain ! On ne peut pas être intelligent tout le temps. Si ? Dis-moi des conneries, ça me rassurerait. Tu pouvais avant. Tu nous amusais quand tu partais dans tes délires animaliers comme sur l'origine des expressions ça ne casse pas trois pattes à un canard ou faire l'autruche. Et cette affaire de belette des plages, c'était comment ?


Le Verschueren était déjà un repère pour les artistes du quartier, avant que Bruxelles ne devienne un hub pour l'art contemporain, avant que les galeries ne poussent ici comme des champignons. Je ne me souviens pas d'y avoir pris une bière sans être invitée à une tablée de créateurs, d'étudiants, de critiques. Ce soir, nous sommes avec un galeriste, un ingé son, un commissaire d'exposition, une étudiante canadienne, ou qui revient du Canada parce qu'elle en a l'accent, et quelques survivants du Groupe 50/04. On ne parle pas photo. Ça change. La conversation part sur l'art radiophonique, le son expérimental, la naissance d'un éventuel radiopoème, un peu dans l'esprit d'I am sitting in a room d'Alvin Lucier, au moins pour la forme. Je ne comprends pas tout. Ma formation médicale ne recouvre pas la totalité du champ lexical de l'Art Contemporain, mais je me dis que j'ai bien fait de continuer mon boulot de psychiatre, ne serait-ce que pour profiter pleinement de cette brasserie. J'ai vraiment le sentiment d'assister à une séance d'art-thérapie. Sylvain parle, encore. « Avant, l'autoréférentialité réificatoire effectuait un retournement entre la définition et l'extension. Avec l'autoréférentialité conceptuelle… » Et l'escroquerie, c'est un concept ? Produire des sons plutôt que des notes, peindre avec son cul, c'est de l'art ? Emballer des ponts ne m'emballe pas. Un plug anal à la rigueur, mais qu'il soit à ma taille, que diable ! L'œuvre ne serait plus le tableau mais la manière de tenir le pinceau ? La démarche, l'originalité du processus, la loufoquerie, l'excentricité suffiraient à produire de l'Art ? Et pourquoi ne pas couver des œufs pendant qu'on y est ? De la branlette cérébrale, non ? Mais ce n'est pas moi qui les empêcherai de se masturber, puisque c'est ce que je recommande à mes patients. Je m'ennuie.


Chez Sylvain, il y a à la fois une incroyable lucidité, cette espèce de capacité à tout capter de ce qu'il se passe dans son environnement, et en même temps l'intelligence très aiguisée, très rapide, qui va brasser en continu les milliers d'informations qui s'enchevêtrent et se déploient en arborescence, chaque idée entraînant de nouvelles idées. Mais jamais de certitude, jamais de réponse. Et pourtant ! Lorsqu'il communique, rien n'est approximatif, et ce qui est acceptable ou aménageable pour les autres ne l'est plus pour lui. Ses élèves de l'École de Recherche Graphique le voient comme un homme exigeant, péremptoire. S'ils savaient ! Ne voient-ils pas le masque ? À chaque vernissage qu'il organise dans sa galerie, il est sollicité, suivi même par un groupe de disciples. Je sais, moi, qu'il a besoin de ces regards bienveillants, comme celui de cette étudiante canadienne qui ne le quitte pas des yeux depuis notre arrivée. Ils sont l'oxygène qui entretient la flamme. Je souhaite que persistent ces regards, que le feu ne s'éteigne pas, mais Sylvain me soule, Sylvain m'étouffe. Et mon regard sur lui ne souffle plus rien. Je m'ennuie. J'aimerais être ailleurs. Avec d'autres.


« Je reviens. » Je me dirige vers les toilettes quand… « Contrôle d'identité. Sortez vos papiers ! Personne ne bouge ! » RoboCop et quatre répliques viennent de faire irruption dans la salle, surarmés, menaçants et déterminés. Je pousse quand même la porte des lavabos. Chacun ses urgences.

Dans la volupté d'une miction débutante, je perçois vaguement les injonctions des flics. « Couchez-vous ! Face contre terre ! » Sylvain serait-il concerné ? La porte des toilettes s'ouvre avec ce que j'imagine être un coup de ranger. Les rangers entrent, et le bruit de la salle avec. « Y a quelqu'un là-d'dans ? » On tape à la porte de ma cabine.


– Sortez !

− J'ai pas fini !

− Vous en avez pour longtemps ?

− Plus que deux demis…


Je n'aurais jamais imaginé qu'un flic pénètre autant ma sphère intime.


− Dépêchez-vous ou j'enfonce la porte !

− J'arrive. J'arrive.

− Vous sortez avec les mains au-dessus de la tête.


Je sors. Ce que je vois d'abord de l'homme, c'est son arme noire devant un poitrail caparaçonné. Je lève la tête pour découvrir… une cagoule aux yeux bleus.


− Vous pouvez arrêter de me pointer avec votre zizi ? Fusil, pardon, fusil !

− Ne craignez rien, madame. C'est un homme que nous cherchons. Des témoins aussi.

− Quels témoins ?

− De Jéhovah, bien sûr.

− Mais… quel méchant vous faites ! Témoins de quoi ?

− Vous avez pu croiser un suspect…

− Au Verschueren ? Mais ils le sont tous !

− Bon, j'ai ordre de fouiller tout le monde. Regardez le mur. Placez vos mains contre le carreau. Écartez les jambes. Ne dites rien.


Mon corps est parcouru par des mains puissantes. Même si l'homme a eu la délicatesse d'enlever ses gants de cuir, je me sens quand même dominée. Est-ce que la loi n'impose pas que la fouille d'une femme soit faite par une… oublions… si c'est pour sécuriser le Royaume, je ferme les yeux, j'entonne la Brabançonne et je me cambre pour offrir au fonctionnaire ma croupe patriotique. Ce flic, tout de même, quel zèle ! Sera-t-il décoré ?


− Rejoignez la salle, je vous prie.

3

Trets - Le club hippique


Quel calme !

On se croirait dans une église. Ma fille fait travailler sa jument. Elle marche à ses côtés, tient ou pas la longe, s'arrête, repart, demande parfois à la bête de reculer mais sans lui parler. Le rituel est bien rodé. Le travail est silencieux. Si le cheval est récompensé, c'est d'un murmure, d'une caresse, d'une gourmandise. Aucun reproche. Lorsque Sweetie refuse de suivre le geste de Charlotte, Charlotte demande un arrêt et reprend l'exercice, jusqu'au résultat. Tout cela m'est aussi incompréhensible que le cérémonial liturgique, à genoux, assis, debout, assis. C'est affaire d'initiés. Jusqu'alors, la mécréante que je suis ne croyait pas au pouvoir de guider un cheval sans mot, sans même aucun contact. Et pourtant, il existe. Ma fille, elle, a la passion équine depuis son enfance. Devant My Little Ponies elle répétait « Papa, Maman, je veux un cheval ! » jusqu'à cette obsession, fréquente chez les filles. Avant d'acheter Sweetie, elle savait déjà qu'elle aurait une jument et qu'elle serait appaloosa. Lorsqu'elle l'a rencontrée, et qu'elle a su qu'elle était à vendre, elle en est tombée amoureuse. La jument avait quatre ans et elle vingt. Qui peut expliquer l'amour ? Si elle n'est pas dessus, c'est qu'elle marche à ses côtés. Lorsqu'elle ne la brosse pas, elle en brosse le portrait. Charlotte, à force de la dessiner, est devenue illustratrice de BD, spécialiste des chevaux. Elle en connaît les proportions et la moindre saillance. Certains croquent des culs de femmes, ma fille des culs de chevaux.


Quelle lumière !

C'est pour cette lumière, et parce que d'autres créateurs belges avaient déjà leur studio là, que Charlotte est venue en Provence. Et la jument a suivi, la question ne s'est même pas posée. Ma fille m'héberge, le temps pour moi de trouver un logement à la portée de ma prépension. La cohabitation n'est pas pesante. Charlotte et moi sommes très proches.


− Pourquoi vous vous êtes séparés ?

− Toi alors ! Tu as de ces questions !

− Oh, ça va. Tu es psychiatre. Qu'est-ce qui peut te gêner ?

− Mais… mais… je t'écrirai l'histoire, si tu veux. Je ne fuis pas, je déplace…


J'ai pris la décision de quitter l'intelligence de Sylvain et la grisaille de Bruxelles il y a un an. En voie de fossilisation, engoncée dans les sédiments des conflits successifs, je n'étais en paix que lorsqu'une étudiante voulait bien s'occuper de mon professeur de mari. « Va, mon beau, va ! Fais-moi des vacances ! » Heureusement que le chien me reniflait de temps en temps. Il était bien le seul dans la maison ! J'ai su que notre histoire était finie le jour de l'attentat du Musée juif, au Sablon. Après, il y a eu les pleurs, les questions, les pardons inutiles, les semaines de préavis au boulot, le pot d'adieu. Puis le temps est arrivé de remplir le coffre de ma Citroën de quelques châssis entoilés, pinceaux, chevalet, bouquins. Surtout les bouquins. Tu emporterais quels livres sur une île déserte ? Tous ! Cela n'a pas été possible. Surtout que je prenais le chien.


Je connaissais la montagne Sainte-Victoire pour l'avoir vue sur des tableaux de Cézanne à Liège. Je n'imaginais pas que je l'aurais à ma disposition au quotidien. Elle est là, au bout de la plaine de l'Arc, offerte au ciel, un ciel sec. Depuis le club, le regard porte loin ; il s'accroche parfois au toit d'une ferme, à un champ de lavande bien peigné. J'envisage le paysage de ma prochaine toile, avec la vigne, les genêts, les premiers coquelicots, la chapelle là-bas avec le noir des deux cyprès pour relever les couleurs, et ce qui ressemble d'ici à une croix de chemin. Charlotte sort de la carrière. Je la rejoins.


− Alors ? Sweetie a été bien ?

− Mais maman, Sweetie est toujours bien !

− Le programme ?

− Un peu de toilette, étrillage, bouchonnage… après on y va. Tu t'impatientes, on dirait. Tu veux que je te trouve un dépressif, pour t'occuper ?

− Ici ? Mais les chevaux sont meilleurs que moi. Tu sais que j'ai orienté des tas de patients vers l'hippothérapie ? C'est excellent. Les Français disent équithérapie, je crois.

− Tiens, Marc, là.

− Le gars avec la casquette ? On dirait un Irlandais. C'est vrai qu'il fait peine.

− Bah oui, t'as vu sa tête ?

− Tristounet. Mais bon…

− Marc ! Marc ?

− Charlotte ?


L'Irlandais vient de répondre avec une voix étranglée. Il arrête de frotter son cheval et dépose l'éponge dans le seau, l'autre main posée à plat sur la bête. Qui rassure qui ? Il se relève. Son regard semble ne rien voir. Il s'arrache enfin à l'animal, comme un premier de cordée aurait lâché la paroi.


− Viens, je te présente ma mère.

− Madame.

− Maman, Marc. Marc, ma mère…

− Enchanté.

− Elle est psychiatre, et peintre du dimanche. Marc a une galerie d'art, à Aix, c'est ça ?

− Oui, d'art contemporain.


Je prends l'air contrit de la pécheresse venue demander l'indulgence plénière et perpétuelle à la Pénitencerie apostolique :


− Et… on la trouve facilement votre galerie ?


 
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   plumette   
22/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une impression comme ça, au sortir de ce texte vif que j'ai lu avec intérêt et plaisir: une narratrice mais un auteur... autrement dit, ce texte me semble écrit par un homme qui se met dans la peau d'une femme. Observation idiote peut-être mais que je ne peux m'empêcher de communiquer!

J'ai vraiment bien aimé l'écriture nerveuse, quelques trouvailles stylistiques, la tension du texte alimentée par ces épisodes de contrôles policiers, ce mélange de quotidien et de regard critique que cette femme porte sur son mari et son univers intello/artistico/branchouille. L'ennui est là, diffus, il distille en elle une envie d'ailleurs, pour recommencre... la même chose?

J'aime bien ces questions existentielles sans réponse!

Plumette

   Tadiou   
18/5/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
(Lu et commenté en EL)

Très bien raconté, avec délicatesse, tendresse, amour de la vie. Un petit zeste d’érotisme de-ci de-là, un zeste d’humour de-ci de-là, une goutte d’autodérision, la narratrice ne se prend pas au sérieux. On apprend d’ailleurs tard qu’il s’agit d’une narratrice, car tout se découvre peu à peu ; de même pour Charlotte dont le prénom apparaît très vite mais la vraie Charlotte, beaucoup plus tard.

De belles analyses lucides et sans pathos de la fin d’un couple, de l’ennui qui gagne ; des considérations intéressantes sur l’art, la psychiatrie.

A la fois de l’intellect et des émotions…

En revanche je ne perçois pas le lien entre la cinémathèque, la brasserie (joliment raconté, c’est drôle) puis la Provence : j’ai l’impression des trois récits sans transition et sans liants. Dommage !

Un très bon moment de lecture, tout en finesse avec une écriture alerte et vive.

   socque   
16/5/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Autant j'avais apprécié les non-dits à ma portée qui parsemaient l'histoire du gamin dont le père s'envoie la prof de français (pardon, je ne me rappelle plus le tirte exact), autant ici, si non-dits il y a, ils me passent largement au-dessus de la tête. Du coup, devant ce texte où je ne lis que ce que je lis, où je ne discerne pas de sous-texte, je dois dire que je m'ennuie.

Ce portrait de femme angoissée par la dégradation générale de la qualité de vie sous l'angoisse du terrorisme et, plus généralement, de la montée de la violence, puis qui se refait une santé en envoyant balader son mari trop intellectualisant et en rejoignant sa fille sous le soleil du Midi, eh bien elle ne me touche pas. La narration est trop distanciée pour moi, peut-être. Même l'échappée de la fin, avec possibilité d'une aventure où la narratrice prendra sous son aile un dépressif notoire (combien de temps va-t-elle le supporter, c'est un autre débat), elle m'apparaît comme une pirouette, une manière de laisser la fin ouverte : un artifice.

Alors, d'accord, la narratrice porte un regard désabusé et drolatique sur le monde, ce qui est plutôt agréable, mais cela ne suffit pas pour moi à soutenir l'intérêt. Se dégage un portrait bien campé, d'un personnage trop archétypal dans le genre "sagesse non donneuse-de-leçon". Comme j'ai lu un jour chez Stephen King : "Where was the fucking story ?" J'aime en effet qu'on me raconte une histoire, ici, à mon sens, ce n'est pas ce que vous faites, vous ne me projetez pas ailleurs. Je le regrette, d'une part parce que j'aime être ailleurs, d'autre part parce que je trouve votre écriture plaisante et assurée.

   hersen   
16/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
La nouvelle se lisant facilement, étant aussi parsemée de bonnes, jolies, drôles trouvailles, on ne voit pas vraiment passer le temps à la lecture;

Et puis, arrivant à la fin, je ne sais pas, j'ai l'impression de ne rien tenir dans les mains. Ou plutôt si, mais quelque chose de disparate, quelque chose qui ne semble pas vraiment relié.


J'aime beaucoup ce qui se passe à Bruxelles , c'est très vivant, tu nous offres réellement un univers dont j'attendais beaucoup.

Et puis Charlotte et son Appaloosa. Je n'arrive pas à relier cet épisode au reste. Il n'est pour moi qu'un trop gros maillon, une transition pour que la narratrice rencontre Mark, il est presque le sujet d'une autre histoire.

La fin laisse un peu perplexe. Va-t-elle refaire la même chose avec quelqu'un d'autre ou le personnage de Mark sera-t-il l'antithèse de Sylvain, bien qu'exerçant dans le même milieu ?
Je me dis que Mark aurait dû prendre plus de place que Charlotte dans l'histoire.

Je note, la mort dans l'âme. Et j'attendrai ton fil de merci pour peut-être comprendre ce qui m'échappe.

merci de cette lecture,

hersen.

   Ludi   
16/5/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Dupark,

Je ne sais pas si un auteur du panthéon littéraire a déjà dit quelque chose du genre : « le style, encore le style, rien que le style », mais voilà un texte dont le style m’a suffi. Pas un instant je n’ai vraiment suivi l’histoire. Je dirais même que dans mon plaisir de lecture, je m’y suis parfois un peu perdu, comme dans cette transmission de témoin entre Appaloosa et Sweetie, comme ce brusque changement de destination cinémathèque/brasserie, comme avec ce Marc, palefrenier et marchand d’art contemporain, dont on ne sait pas s’il a plutôt l’âge de la mère ou de la fille. Je me demande s’il ne va pas tout simplement appliquer le Théorème de Pasolini.

Ce déménagement provençal est peut-être un trop gros évènement pour une si courte nouvelle… Marc y surgit comme un ectoplasme à sang froid, et contrairement au visiteur de Théorème , il semble lui, vouloir figer le destin de la mère, dont le prénom n’intéresse personne, même pas les flics qui contrôlent son identité.

Voilà le texte qui ressemble le plus au Dupark des forums, et j’y trouve mon compte avec plaisir. Humour surréaliste dans les dialogues de l’affrontement mère/flics, humour narratif dans le récit du parcours, saillies hilarantes, comme : « Emballer des ponts ne m’emballe pas, un plug anal à la rigueur, mais qu’il soit à ma taille, que diable ! »

Tout ce que j’aime.

Ludi
lad contemporain

   vendularge   
16/5/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Dupark,

Je trouve ce texte assez drôle et bien écrit. Bien sûr tout le monde ici sait que tu es un homme, d'où la petite difficulté de lecture. Je suis quand même d'accord avec plumette (je crois) pour dire que ta narratrice a un petit côté "mec" qui sème le doute sur son véritable genre. Mais on s'en moque, en fait.

Je trouve aussi que la narration au présent ajoute un mouvement, quelque chose de particulier, c'est bien pensé.

J'en conclue aussi qu'être psy ne change pas grand chose à la tendance que nous avons tous à reproduire ce que nous pensons être un repère modèle...et ça me fait plaisir.

Merci pour ce travail agréable et bien construit..

vendularge

   Cristale   
17/5/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Un regard distrait sur les tickets du musée du cinéma…
– Sylvain ! Cinématek !
– On est samedi ? Mais quelle heure il est ?"

Le mot "cinémathèque" est le complément automatique du jour précis de la semaine : "samedi"

On nous met dans l'ambiance d'entrée, dès les trois premières phrases. Et puis cette question, son altesse est si occupé à des taches majeures, contrairement aux autres, qu'il ne peut même pas avoir la moindre notion de l'heure. C'est Elle qui conduit. Et oui, on est en pleine période d'état d'alerte alors les contrôles...
Coffre propre, Sylvain souriant, calme. Elle plutôt nerveuse, normale quoi. Cinéma, debriefing à la brasserie. Il lui a pourtant plu il y a vingt ans. Mais voilà, trop d'intellectualité tue l'amour autant que la routine du quotidien. Si au moins il disait des conneries, s'il savait se lâcher, et non. Elle, elle sait le ridicule de ce "trop de", trop de masturbation de l’encéphale, de courses à la pointe des séances d'art, littérature et science en tous genres. Trop de matières grises qui assombrissent le vernis du bonheur. Elle, la narratrice, a des idées plutôt fantaisistes :) En psychiatrie on dirait qu'elle "dissocie". D'ailleurs elle est psy, bien placée pour connaître les astuces du cerveau. L'auteur lui se défoule avec la scène des toilettes et du contrôle.
Je ne relèverai pas tout car l'histoire est assez longue.
Ah, l'étudiante canadienne ! Qu'est-ce qu'elle fait là celle-ci ? J'ai cru comprendre qu'Elle était contente qu'une étudiante s'occupe de son mari de temps en temps...c'est pas joli joli ça Madame l'entremetteuse ! Des petites jeunettes avec un vieux barbon, en plus...
Et la journée continue au club hippique avec une belle histoire concernant la fille cavalière et amoureuse du cheval,
D'ailleurs chaque chapitre (ça s'appelle comme cela ?) est séparé de l'autre par un joli dessin, une tête de cheval...l'auteur ? sa fille ? Dans l'histoire c'est la fille qui dessine des chevaux.

Enfin elle l'a quitté ! Elle aura mis du temps mais bon, j'en connais qui ont mis quarante ans avant de se décider à la rupture de vie commune.

Et paf ! sa fille lui présente un peintre, qui plus est a une galerie d'art ! Le bouquet ! Le destin ou la théorie de l'éternel recommencement de situation d'une génération à l'autre ? Les schémas se suivent, et se ressemblent.

L'écriture ? Calme, méthodique, soucieuse du détail, claire, chaque ligne entraîne l'autre sans à-coups, sans heurt, fluide et l'on suit la pensée de l'auteur à travers la narration de la femme.
Les personnage sont brossés avec une pointe de malice, un soupçon de réalité (je suppose), une bonne dose d'imagination, et une grande qualité d'écriture.

Voilà ce que je peux dire de ton texte en espérant ne pas être trop à côté. Je me suis laissée entraînée sur tes lignes comme si j'avais tenue la ficelle d'un cerf-volant qui m'entrainait dans son envol.

J'admire les auteurs de nouvelles car c'est un travail qui me semble gigantesque pour, peut-être, peu de reconnaissance, enfin c'est l'idée que j'en ai.

Tout cela vaut bien une belle notation, non ?

Et bravo également à l'auteur(e) du dessin !

Cristale

   widjet   
17/5/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai rarement lu un texte aussi vite, l'écriture hyper agréable et coulante en est la principale raison. C'est vif, vivant, précis, percutant, caustique, bref cette femme de caractère a une répartie exquise et ses punchlines font immanquablement mouche (le portrait de son mec Sylvain est désopilant). Du point de vue du style, c'est du presque parfait.

Mais, y'a un hic, c'est con.

Pas de quoi gâcher la lecture, mais tout de même. J'ai du mal à trouver la corrélation - même minime - entre les deux premières partie et la dernière. Je ne suis pas un obsédé par le déroulement d'une histoire, mais au final, je suis resté un peu perplexe et même un poil frustré devant ce coitus interruptus car encore une fois, le vocabulaire, les traits d'esprit, la personnalité de l'héroïne m'ont carrément enchantés.

Je lirai vos prochains opus, assurément.

Widjet

   Cat   
20/5/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Appaloosa. Le titre m’a aimantée. C’est le cheval dont je rêvais adolescente, le cheval des indiens dans les westerns. Un nom plein de magie.

Mais ici, il s’agit du cheval de Charlotte, la fille de la narratrice. Une narratrice qui m’est d’emblée sympathique. Elle est cent fois plus fantaisiste que son époux.

Comme dans un manège, l’histoire qui nous est contée, tourne autour.
Autour de l’incompréhension installée entre les êtres qui vivent ensemble, où chacun imprime à sa vie ses codes et ses façons, pour se rapprocher davantage l'un de l'autre, ou au contraire s’éloigner.
Autour de l’usure du temps qui ronge les unions, avec le manque de simultanéité dans les évolutions qui vient gâcher la fête.
Autour des différences qui prennent leur aise.
Autour de la tête qui se mord toujours la queue.

Voilà la lecture que j'aime pour me détendre un bon moment !

J’ai adoré ces tranches savoureuses de vie offertes. L’écriture est gouleyante, vivante à souhait. Les doses d’humour, de tendresse, de perspicacité, surtout concernant les cérébralités dans la brasserie branchée de Bruxelles, sont distillées à la perfection pour le meilleur des effets rendus.

Je relève particulièrement la scène à mourir de rire, de la fouille dans les toilettes du Verschueren. Seul un homme peut l’écrire de cette façon. Une femme, elle, tendrait sa croupe de manière plus suggestive, toute en subtilité. Enfin, je crois… ^^

Bravo, Dupark, et merci.
Je te relirai avec plaisir.


Cat

EDIT : La peinture de la tête de l'appaloosa en tête de chaque chapitre est une réussite. J'ai eu vraiment l'impression de lire un bouquin.

   Sylvaine   
25/5/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est le titre qui m'a accrochée : j'adore les chevaux. Eh bien, cette lecture est une excellente surprise. Il y a là un style, un ton vif et désinvolte qui retient tout de suite l'attention. Ces petites scènes sonnent juste, capturant des fragments de réel avec une authenticité certaine.

   stony   
27/5/2017
Je n'ai pas tout compris, trouvé les liens nécessaires. J'ai cherché dans la signification exacte de Appaloosa - c'est le titre, ça doit donc être important - mais sans succès.
Il y a par ailleurs trop de maîtrise pour que ces liens n'existent pas, alors je me dis que ça doit venir de moi.

En réalité, ça n'est pas de prime importance pour moi. Je pourrais lire un traité sur l'épluchage des pommes de terre que j'y prendrais plaisir s'il était écrit avec truculence, ce qui est bien évidemment le cas ici.

Il y a un sens de l'observation, de la synthèse, du cynisme mêlé à de la tendresse, de l'humour parfois désopilant ("Plus que deux demis..."), un humour semblant se faire le contre-poison au désabusement, à la fatalité.
En écrivant cette dernière phrase, je me demande s'il n'est pas là, le lien entre toutes ces choses.
L'héroïne, qui n'a semble-t-il rien à se reprocher, est poursuivie par les flics où qu'elle aille. Même l'exil en Provence ne lui aura pas suffi à éviter de se faire rattraper par ce qu'elle fuit. Et même sa profession ne lui suffit pas à démêler les choses pour y trouver sa place.

Dis-moi, tu y as vécu, à Bruxelles ? C'est quand même trop précis pour que ce soit inventé. Et si ça l'est... chapeau !
Il se trouve que je le connais un peu, le Parvis de Saint-Gilles. Un ami de plus de trente ans y tient un bistrot, à l'exact opposé du Verschueren et j'ai moi-même failli y tenir commerce. Et j'y suis invariablement une fois par quinzaine. Le quartier est en effet en voie de boboïsation depuis longtemps. C'est un village en pleine ville, où presque tout le monde se connait. Je suppose que tu connais la "Grande Catherine" :-) C'est fou le nombre de zievereir que l'on y croise. De ces types, parfois, dont tu sais très bien qu'ils sont paumés, que rien de ce qu'ils racontent n'est réel, mais d'une truculence telle - pour autant qu'on n'entende pas répéter dix fois la même chose après la dixième rencontre - qu'elle donne envie de prendre la plume pour tout noter. C'est ce que j'avais proposé - une fois ! - à l'un de ces types, mais je savais bien que je n'aurais pas pu faire semblant jusqu'au bout de croire à ce qu'il racontait, et j'ai laissé tomber. Et pourtant, il y avait de la matière à écriture. Oh que oui !
Mais bref, je m'égare...

   Bidis   
29/6/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel bonheur, ce texte ! D'abord pour le style - impeccable et irrésistiblement entraînant. Pour l'humour - léger, mais qui fait mouche. Et pour cette petite balade dans un Bruxelles sous contrôle (ce qui lui va très mal, mais terrorisme oblige...) Le commentaire de Stony a complété ma nostalgie des cafés branchés-mal famés à l'inénarrable faune. Enfin, je me suis sentie d'autant plus proche du personnage de la narratrice que je me suis moi aussi exilée dans l'Hexagone... Peut-être ais-je regretté que Sweetie n'ait pas eu la vedette dans la dernière partie, car j'adore les chevaux.
Nonobstant, j'ai passé un très délicieux moment.


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