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Réalisme/Historique
Dupark :  Vent SE 3 fraîchissant 5, mer belle à agitée
 Publié le 22/04/17  -  18 commentaires  -  8619 caractères  -  122 lectures    Autres textes du même auteur

De quoi le phare est-il le symbole ? 1. connaissance 2. virilité 3. pot-au-feu
Par téléphone ou envoyez 1, 2 ou 3 par SMS au…


Vent SE 3 fraîchissant 5, mer belle à agitée



Dans le cours de madame Brémond, ma prof de français de sixième, chacun voulait répondre en premier car elle avait mis en place un système de primes aux bonnes réponses orales, pour encourager la participation.


Je l'aimais, cette prof, mais je l'aimais. Pour qu'elle m'aime aussi, une fois calmés les battements de cœur qu'excitait l'apparition de son corsage bossué d'éloquentes motivations pédagogiques, je levais la main aussi vite que possible, sans même avoir la réponse. Elle me fascinait. Un troupeau de bisons aurait traversé la classe, j'aurais tout fait pour qu'elle me voie quand même. Blonde, souriante, réconfortante comme un drap de bain au sortir d'une mer glacée, madame Brémond avait toujours l'air de venir en cours avec l'été dans ses affaires, toute de lumière et de chaleur maternelle. À chaque amertume son sucre, à chaque effort sa distinction, à chaque instant l'indulgence et la confiance de son regard. Elle nous chérissait tellement qu'à la fin de l'année elle a invité toute la classe chez elle, à Sanary.


Nous ne pouvions pas aller à l'invitation les mains vides et c'est moi qu'on a choisi, pour la collecte d'abord, et l'achat du cadeau. Les autres avaient compris que j'étais le plus concerné du groupe. Je brûlais. C'était mon premier geste de grand. Bien sûr, il y avait eu les Fêtes des Mères, mais l'initiative revenait à l'institutrice. Là, j'étais capitaine seul maître à bord ! J'étais responsable.

Je suis allé à la pêche au cadeau sur le port de Toulon. L'objet de ma quête était là, fièrement exposé dans une vitrine. Il y avait une bouée un peu à gauche, et une bonbonnière de l'autre côté en chapeau de marin avec le pompon rouge pour soulever le couvercle. Entre ces deux-là, bien au centre, trônait ce qui ferait le bonheur de ma prof préférée, posé lui aussi sur un lit de coquillages, de galets, de conques et d'étoiles de mer, bien mis en valeur, presque collé à la vitre, bien devant les marinières et les nœuds marins, comme sur une scène de théâtre avec des rideaux en filets de pêche. C'était une lampe de chevet en forme de phare. En bois verni.


~⚶ ☼ ⚶~


Plein de l'orgueil du corsaire zélé après une mission victorieuse, je ramenai le trésor à la maison.


Bien sûr, la question des parents est venue « alors, tu as trouvé quoi ? ». Alors, j'ai expliqué. Alors, ils ont voulu voir. « Ah… mais… c'est un très beau produit. Les finitions sont soignées. Très bon choix… C'est quoi ? » Désagrégé. « Tu l'as payé ou on t'a donné de l'argent pour partir avec ? » Dégradant. « Tu as dû payer ça une fortune. C'est un objet d'art. » Bien sûr que j'avais payé ça une fortune. Un gamin dans un repaire de pirates, je n'avais aucune chance ! Voilà comment de capitaine je me retrouvai simple matelot, à peine moussaillon. Dégradé. S'il est des moments qui se traversent au grand largue, toutes voiles dehors, celui-là fut pour moi agité, houleux, incommode. Avait-elle tout compris, rien n'est moins sûr, mais dans le silence qui a suivi, ma petite sœur m'attrapa doucement la main, cherchant à arrêter mes larmes.


Plus tard, notre père a suggéré de remplacer le hideux objet par un autre plus culturel, un livre peut-être – une prof de français ça aime les livres – avec l'argument sans réplique du respect dû à une enseignante que l'on ne saurait considérer comme une vulgaire touriste. Je compris alors que les touristes disaient des gros mots, ce qui donnait encore plus de pertinence à la suggestion de mon père pour la raison que madame Brémond n'en disait jamais. Maman risqua la proposition de compléter l'offrande – après tout il y aurait deux cadeaux et cela n'était pas plus mal. « C'est demain le goûter ? se rassurait mon père. Je t'accompagnerai mais nous partirons un peu avant, que j'aie le temps de trouver quelque chose de possible pour ajouter à ça. »


~⚶ ☼ ⚶~


En entrant dans la librairie Charlemagne, mon père me fit remarquer que les présentoirs étaient encombrés par les romans de plage. « C'est en novembre qu'ils mettent en avant les vrais livres. » Je me demandai si les albums de Gaston Lagaffe étaient de vrais livres. Je patientais là, dans le rayon des BD, attendant que le choix se fasse d'un ouvrage qui plairait à ma prof. Mon père ne se pressait pas. Le secret était peut-être là pour éviter le cadeau honteux, ne pas se presser. La vendeuse et lui se souriaient. La négociation serait fructueuse.


Après, nous sommes allés nous garer devant la fleuriste. « Bouge pas, je reviens dans deux secondes. » Il n'en fallut pas beaucoup plus à mon père pour ressortir avec des roses rouges. Comme quoi, il arrive que l'on se presse. Mais quand ? Le profane du bon goût, l'innocent du plaisir d'offrir voulait apprendre. « Pour éviter l'impair, fiston, le nombre de roses doit être impair. » L'élégance fréquente donc le monde rugueux des mathématiques… « Ou alors, tu en prends une douzaine. »… et le monde de l'absurde. Fallait-il que papa soit cultivé pour savoir tout cela, qu'il ait beaucoup lu, car il n'y avait jamais de fleurs à la maison, sinon sur le papier peint. « Ne va pas raconter à la maison que nous avons acheté des fleurs, hein, sinon ta mère va encore pleurnicher. Tu la connais, elle va dire qu'on finit toujours le mois à manger des pâtes, qu'on dépense à tort et à travers, qu'on jette l'argent par les fenêtres, et patin-couffin. » L'élégance et le monde du silence.


La question de savoir comment mon père connaissait la route ne se posait pas. Il savait tout de chaque événement en rapport avec notre scolarité. Il avait assisté à toutes les réunions avec chacune de nos maîtresses depuis la maternelle. Parce qu'il était délégué-parents, il avait vu madame Brémond au dernier conseil de classe et sans doute avaient-ils parlé de ce goûter. De fait, nous avons navigué sans boussole et sans encombre jusqu'à la princière demeure de Sanary. Était-elle vraiment grande, cette villa, je ne peux l'assurer car les rayons réfractés de mon souvenir hésitent entre un perron de trois marches et un escalier monumental, entre un corridor et une galerie des Glaces. Depuis le jardin, et cela est certain, on voyait la mer entre un pin domestique et un riche palmier azuréen. « Plus tard, j'épouserai une prof de français. » On n'est pas fini à douze ans. Mes camarades étaient là, qui n'attendaient que moi, qui n'attendaient que le cadeau. Leurs parents étaient repartis.


— Des fleurs ! Comme c'est gentil ! Et ça ? C'est pour moi aussi ? Et ça encore. Mais ce n'est pas mon anniversaire.

— Madame, on vous aime, crie un élève.

— Mais, mais… je vous aime aussi. Allez, entrez vous rafraîchir, vous jouerez dans le jardin après.


Madame Brémond nous a bien reçus, gâteaux, bonbons, jus de fruits… Elle était très fière de nous faire admirer la collection naissante de modèles réduits de son mari, d'une demi-douzaine de trois-mâts prestigieux.


— Madame, il est où votre mari ? demande un élève.

— En mer.

— Il est pêcheur ?

— Marin, mais pas pêcheur. Il est lieutenant de vaisseau.

— Sur des bateaux comme ça ?

— Ah ça, il aurait bien aimé. Mais non, il a embarqué sur l'Arromanches. C'est un porte-avions.

— Il est content ? C'est bien d'être marin ? interroge une fille.

— Quand on aime la mer, c'est bien.

— Et il va loin ?

— Ça dépend. Il a déjà fait le tour du monde.

— Ouah ! Et il est où son bateau à votre mari ? demande un troisième.

— En ce moment, il patrouille en Méditerranée, du côté de la Grèce. Quand il reviendra, il finira cette maquette, là… Regardez, il manque les mâts et les voiles. Mais voyez comme les choses sont bien faites. Le phare ira très bien sur cette étagère. Vous n'trouvez pas ? Allez, sortez un moment. Profitez du jardin.


Christine Lechat me collait et je ne savais pas quoi en faire. Elle sentait bon. Je me souviens aussi de Pierre Leduc. Il provoquait les garçons à tour de rôle pour s'assurer de ses progrès au judo. Les cuisses de Paul Garcia se touchaient. Ivo et Odile aussi… Nous venions de plonger avec volupté dans le grand bain iodé des vacances.


Mon père devait prendre le café avec madame Brémond.


~⚶ ☼ ⚶~


Plus tard, je n'offrirais plus rien à personne. Chaque année, ma sœur achète pour moi les cadeaux rituels de la veillée de Noël. Pour ses enfants, elle est la mieux placée pour choisir et éviter les doublons. Pour les adultes, aucune faute de goût.

Enfin, autant que je puisse en juger.


 
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   plumette   
23/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
le narrateur revisite ses souvenirs avec drôlerie et retranscrit bien dans ce texte l'émoi du jeune garçon qu'il a été, admiratif et également troublé par sa prof de français.

C'est grâce au recul de l'adulte qu'il peut aujourd'hui réinterpréter ce trouble et laisser le lecteur s'amuser de ce cadeau à la symbolique qui lui avait évidemment échappée à l'époque.

Le narrateur laisse entendre que son père courtisait la belle Mme Brémond.Un nouvel éclairage également de ce que peuvent être les adultes qu'il voyait avec sa candeur d'enfant!

Cette expérience semble avoir distillé de l'humiliation chez le narrateur ( il a été moqué par les adultes semble-t-il) qui ne veut plus désormais se risquer à choisir un cadeau.

J'ai bien apprécié le ton de ce texte, cet humour distancié qui n'empêche pas de sentir l'indulgence que le narrateur adulte a pour le jeune garçon qu'il a été.

Autobio?

Pour moi, c'est réussi!

Plumette

   silvieta   
24/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une nouvelle bien construite qui donne envie de poursuivre le récit et est dotée d'une chute : le cadeau choisi intuitivement par l'enfant et rejeté par sa famille était le bon, celui qui l'aurait démarqué du lot floral.

Le style est simple mais adapté puisque le personnage principal est encore un enfant. Par contre la concordance des temps à la fin me laisse perplexe "Plus tard je n'offrirais plus rien à personne. Chaque année ma soeur achète pour moi les cadeaux rituels de la veillée de Noël"

En résumé une plongée sans prétention dans le monde de l'enfance et c'est plutôt plaisant.

   PierrickBatello   
26/3/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Le sujet est tellement effleuré du bout du stylo qu'on peine à rentrer en empathie avec le personnage principal. A un moment, il faut tout de même rentrer dans le vif du sujet. Quel est-il exactement? Quel est le coeur de cette nouvelle? J'ai du mal à y répondre. Sinon le style est plaisant.

   Tadiou   
22/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
(Lu et commenté en EL)

Phrase d'accroche tout a fait rigolotte !!!!

Ecriture et récit tout en finesse à travers les yeux d’un enfant, ses naïvetés, ses lucidités et ses chagrins.

Ecriture légère où beaucoup est seulement suggéré. Le père qui connaît le chemin, le café pris en commun.

Un brin d’une sensualité naissante dans le jardin.

C’est doux-amer, c’est poétique.

Après des espoirs et des enthousiasmes, après la beauté de l’enfance, arrive l’âge adulte et une forme de désillusion, de renoncement.

Art du récit délicatement maîtrisé. Merci pour cette fraîcheur. Désabusée ??

   hersen   
22/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
j'aime beaucoup dans cette nouvelle la capacité de l'auteur de se mettre dans la peau d'un enfant. Il en ressort une narration très vivante, mais aussi sans complaisance. Mais comme elle est habillée d'humour, tout fonctionne;

j'ai lu ce texte avec plaisir, je n'en attendais rien de spécial, sauf peut-être de passer un bon moment qui me renverrait moi-même à ces années où la naïveté guide le coeur. J'aime beaucoup comment est raconté cet état amoureux d'une part et aussi comment l'enfant voit son père;

petite tranche de vie scolaire qui, si elle n'est pas spécialement originale, est fort bien racontée. l'humour est à mon avis très bien dosé, ni trop, on n'a pas besoin de burlesque, ni pas assez, ce qui nous fait sourire de la naïveté de cet enfant.

Merci de cette lecture,

hersen

   Anonyme   
22/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Voilà une nouvelle réjouissante !

Trois phrases étonnantes dans leur simplicité qui éclairent un texte gentillet qui emmène tout d'abord le lecteur dans un monde de l'enfance sans autres tracas que la copine collante et le copain judoka un peu lourdingue.

Et puis, car il y a un "et puis" tout s'éclaire de belle manière :

La question de savoir comment mon père connaissait la route ne se posait pas.

nous avons navigué sans boussole et sans encombre jusqu'à la princière demeure de Sanary

puis

Mon père devait prendre le café avec madame Brémond.

La première phrase plante la banderille, la troisième nous met à terre !

In cauda venenum !

Dans la queue le venin ! J'ai lu sans méfiance les tribulations de ce jeune garçon gentil , voire un peu niais jusqu'à ce coup final qui clôt la nouvelle avec une force insoupçonnée ! Je ne m'y attendais vraiment pas ! Bravo !

Je vais étudier scrupuleusement le déroulé de votre nouvelle et en tirer des leçons ! Je ne sais pas les écrire mais en revanche je les comprends! C'est déjà un bon début non ?

Encore bravo, je suis admiratif !

   Cristale   
27/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Dupark,

Voilà une nouvelle qui a le" petit plus" et le "grand pouvoir" de retenir mes yeux jusqu'au bout de ma lecture sans me lasser et même mieux, j'en voudrais encore !
Techniquement, bien que je sois novice en la matière et que mes frontières s'arrêtent chez dame Prosodie, le déroulé du texte est un savoureux tissé de phrases et d'expressions au vocabulaire riche  mais sans prétention de la part de l'auteur qui a su doser ses effets, estomper ou vivifier ses images par petites touches en alliant délicatesse et subtilité. La syntaxe ? J'en suis jalouse !...Un art que j'apprécie car si l'écriture est soignée, précise, elle n'en est pas moins fluide et aérée pour la lectrice lambda que je suis qui suit avec aisance le sillon de votre encre.

Et l'histoire, ah ! L'histoire ! La description physique et affectueuse de la maîtresse est craquante de maternité de sa part, de tendresse amoureuse de la part de l'enfant : je fonds ! Ce petit je l'adopte tout de suite ! Son regard innocent sur le monde des adultes est un ravissement, de plus, pour lui tout semble normal, il constate, c'est tout, mais quelle perspicacité ! et sans jamais se plaindre des reproches et railleries de ses parents. Pauvre chou...et voilà comment un complexe d'infériorité, une mésestime de soi, une peur chronique d'entreprendre peut s'installer à vie dans le cerveau d'un petit d'homme. Les parents sont souvent inconscients du mal qu'ils peuvent engendrer avec seulement quelques mots ou quelques brimades...

Mais le merveilleux se retrouve encore dans cette strophe poétisée d'images marines ou maritimes : « Un gamin dans un repaire de pirates, je n'avais aucune chance ! Voilà comment de capitaine je me retrouvai simple matelot, à peine moussaillon. Dégradé. S'il est des moments qui se traversent au grand largue, toutes voiles dehors, celui-là fut pour moi agité, houleux, incommode. ».
J'ai beaucoup aimé la description très très fidèle des objets marins dans la vitrine pour touristes ; on la voit cette vitrine et les yeux de ce môme de 12 ans à hauteur des coquillages et diverses babioles merveilleuses. Moi aussi j'aurais choisi la lampe phare !

Quant au manège du père, le petit le décrit comme le ferait un reporter en terre inconnue : en observateur neutre mais doté d'une fine analyse : c'est comme çà, c'est tout, on ne juge pas, on ne critique pas. Point.

Ensuite la fleuriste, la librairie, l'admiration pour ce père qui sait tant de choses ! Les roses pour la maîtresse et celle du papier peint pour l'épouse....hum...un peu goujat le paternel:)

Le phare, moi aussi je l'aurais placé sur l'étagère près des maquettes de bateaux. Quel tact cette maîtresse d'école : une bien belle personne.

Votre texte est prégnant de poésie, c'est peut-être pour cela qu'il me touche autant.

Je dois m'arrêter car je ne peux décidément pas détailler ici toutes mes impressions mais pour une fois que je commente une nouvelle, l'auteur ne m'en voudra pas d'être trop longue ou de ne pas l'être assez.


Au plaisir de vous lire à nouveau.
Cristale

   Anonyme   
23/4/2017
Bonjour,
Si j'aime votre style, j'ai été un peu perdue par rapport à la psychologie des personnages liée au point de vue du narrateur, l'enfant.
La psychologie de Mme Brémond, par exemple sa pédagogie :" système de primes aux bonnes réponses orales, pour encourager la participation. "
C'est le bon moyen pour faire taire ceux qui n'ont pas les bonnes réponses ou qui ne sont pas sûrs d'eux. (Ce qui n'est pas dans le texte le cas du narrateur qui participe même si...). "
Corsage bossué d'éloquentes motivations pédagogiques" Là, c'est plutôt un point de vue sur la femme."de chaleur maternelle" Ici référence à la mère""À chaque amertume son sucre..." , sucre me fait penser à un chien récompensé..'Ensuite "à chaque instant l'indulgence et la confiance de son regard", là, l'enseignante est dans la bienveillance. En fait je n'ai pas compris si l'enfant devenu grand et narrateur de ses souvenirs était dans l'ironie par rapport à ces paradoxes ou s'ils ne sont pas voulus.
Concernant l'humiliation que les parents infligent à leur enfant, c' est clair et très dur.
Puis il y a la scène de la librairie et un père pas pressé de choisir un livre.
Ensuite, chez le fleuriste, l'échange entre l'enfant et son père, une initiation du père aux codes des adultes: le rouge de l'amour pour les roses et la demande de ne pas parler de cela à sa mère, avec un "fiston" glissé . Là c'est une autre facette de la relation entre le père et l'enfant.
Ces points pour comprendre si la nouvelle porte sur le chagrin d'un enfant humilié quand il choisit avec son coeur son 1er cadeau ou s'il s'agit plutôt d'un texte qui raconte le moment où ce jeune pirate qui aime sa prof prend conscience de certaines choses de la vie des adultes, par l'histoire du 1er cadeau, dont il avait aimé la responsabilité de le choisir.
"Plus tard, je n'offrirais plus rien à personne" est-ce bien un conditionnel ?
Pour cette chute est-t-elle à comprendre au 1er degré, souffrance liée au cadeau moqué ou aussi souffrance symbolique 1er degré, mais aussi premières grandes déceptions dû au monde des adultes.
Merci pour ce partage.
Nadine

   vendularge   
23/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Dupark,

Voilà une histoire rafraîchissante, bien construite, un peu triste aussi. J'aime particulièrement cette confiance absolue de l'enfant, ce regard plein d'admiration sur ce père qui pense pouvoir rouler son petit monde dans la farine. Même adulte, il n'abime pas l'image. Il ne l'écrit pas en tout cas et c'es très bien vu.

merci pour ce charmant voyage au pays de l'enfance troublée.

vendularge

   socque   
23/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est marrant, j'étais persuadée d'avoir écrit un commentaire en Espace Lecture sous cette nouvelle... Dans un univers parallèle sans doute.

Bon, comme disait Pagnol, c'est dans la Marine qu'il y a le plus de cocus. Adage vérifié grâce à des touches subtiles que j'ai pour ma part bien appréciées. Un côté "Le petit Nicolas" pour la manière dont le babillage enfantin révèle la face cachée des adultes ; la différence, c'est que le narrateur écrit une fois adulte, et qu'apparemment il n'a toujours pas saisi l'histoire entre son père et madame Brémond... Ou alors, il a bien compris et c'est pour ça qu'il n'offre plus jamais de cadeaux.
Mais dans ce cas, la réaction me paraît exagérée dans la mesure où, de ce qu'on sait, aucun drame familial de type divorce n'a eu lieu et où le choix de cadeau de l'enfant s'est trouvé conforté par la réaction de la récipiendaire... Je comprends que votre nouvelle se situe volontairement dans le non-dit, ce qui me plaît fort, mais pour le coup je trouve qu'une petite phrase directrice n'aurait pas nui. Question de dosage dans l'explicite, qui peut varier énormément d'une personne à l'autre.

Le ton me paraît un peu too much "regard rétrospectif attendri et gentiment ironique de l'adulte sur l'enfant qu'il a été" à mon goût. C'est mon goût ; ce ton est du reste "raccord" avec un désabusé de la vie parce que son papa s'envoyait sa prof de français : encore une fois, je n'aurais pas craché sur une allusion un poil plus claire (non sur l'aventure en elle-même, mais sur son degré de "visibilité" et ses éventuelles conséquences).

   Vincendix   
23/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Une histoire simple et pourtant qui ne manque pas d’intérêt par ses accents de sincérité.
Quel garçon n’a pas été attiré par l’une de ses profs ?
Ce récit exprime parfaitement les sentiments un peu naïfs d’un élève pour sa professeure, l’émotion ressentie à la vision de rondeurs emprisonnées dans un corsage.
Et puis une terrible frustration, sachant que l’objet du désir est inaccessible, de quoi provoquer des regrets pour la vie

Corsage ! Ô bel espoir ! Ô poitrine chérie !
N’ai-je donc mérité de calmer mon envie,
……………………………….

   Pouet   
24/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bjr,

J'ai lu cette petite nouvelle sans déplaisir ma foi. C'est agréablement écrit. J'ai juste relevé "le hideux objet", on bute un peu, mais bon c'est pas pas un poème hein...

Le fond est bien sympathique ma foi. J'ai cru comprendre que le père fricotait avec la madame Brémond mais peut-être que je me fais des idées... D'autant que dans ce cas, peut-être n'y aurait-il eu que le père pour critiquer le cadeau et en profiter pour se fabriquer un petit alibi histoire de "prendre le café" avec la Brémond, mais non non on parle bien "des parents", la mère s'y met donc aussi pour cracher sur la lampe de chevet. Du coup je sais pas trop.

Concernant le "traumatisme" final (le "je n'offrirais plus rien à personne", pas le futur plutôt au passage?), je le trouve un peu poussé mais pourquoi pas pas, l'esprit humain est capable de tout.

Voilà, une petite lecture distrayante et sensible, avec un fond un peu cynique si le père est l'amant de la maîtresse.

Cordialement

   Cat   
24/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Dupark,

Votre nouvelle à la fraîcheur acidulée de la vraie enfance.

Par vraie, j'entends l'enfance débarrassée de la fausse naïveté qu'on aimerait tant lui attribuer : quand on est petit on est sensé ne pas tout comprendre, n'est ce pas ?

Il suffit de se rappeler l'enfant qu'on était pour savoir que c'est faux. Et si l'on ne connaît pas encore le nom de toutes ces choses pas très jolies que font les grands, on devine les comportements douteux, leurs lots d'hypocrisies et même que c'est un peu cruel de ressentir tout ça. De quoi vous donner envie de ne plus faire de cadeaux.

Votre récit est truffé de poésie « … réconfortante comme un drap de bain au sortir d'une mer glacée, madame Brémond avait toujours l'air de venir en cours avec l'été dans ses affaires, toute de lumière et de chaleur maternelle. », d'un humour décapant (j'ai un qualificatif plus précis au bout de la langue... J'éditerais peut-être) mâtiné d'une énorme tendresse et des doubles sens à foison, dont celui-ci qui me laisse bien entendre ce que j'avance plus haut  : « et c'est moi qu'on a choisi, pour la collecte d'abord, et l'achat du cadeau. Les autres avaient compris que j'étais le plus concerné du groupe. ».

Vous l'aurez compris, je suis entièrement sous le charme de ce Vent SE 3 fraîchissant 5, mer belle à agitée.


Cat

PS : il y a boîte à meuh, et boîte à meuh. Un phare, choisi avec amour, par exemple ! (Il faut avoir suivi un certain "questionnaire à la manière de... " pour comprendre) ^^

   Dupark   
24/4/2017
Remerciements, c'est -------> par là

   GillesP   
25/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Il y a beaucoup de fraîcheur et de fausse naïveté dans cette nouvelle, qui vont bien avec le point de vue choisi, celui d'un enfant de douze ans. Les indices concernant la relation adultère entre le père et la maîtresse sont suffisants, sans être lourds. Tout cela donne un texte léger comme des bulles de champagne.


Quelques éléments de détail m'ont (un peu) étonné:
- "S'il est des moments qui se traversent au grand largue": je n'ai pas compris. Vouliez-vous écrire "au grand large"?
- Pourquoi alternez-vous passé composé et passé simple? On a l'impression que vous changez de niveau de langue, alors que le ton du récit reste le même, plein de légèreté, du début à la fin. Personnellement, j'aurais gardé le passé composé tout au long de la nouvelle.
- "que j'aie le temps de trouver quelque chose de possible pour ajouter à ça": je n'aime pas beaucoup la tournure de cette proposition, notamment la fin, à partir de "pour ajouter".
- "la librairie Charlemagne": Charlemagne, le soi-disant inventeur de l'école (ce qui est faux, d'ailleurs), c'est logique pour offrir un cadeau à sa prof de français, mais peut-être un peu facile, trop prévisible.
- "Vous n'trouvez pas": l'élision du "ne" ne me semble pas utile, d'autant que le personnage a un statut de professeur de français à respecter, quand même!
- "Christine Lechat me collait et je ne savais pas quoi en faire. Elle sentait bon. Je me souviens aussi de Pierre Leduc. Il provoquait les garçons à tour de rôle pour s'assurer de ses progrès au judo. Les cuisses de Paul Garcia se touchaient. Ivo et Odile aussi… Nous venions de plonger avec volupté dans le grand bain iodé des vacances.": j'aime beaucoup tout ce passage, sauf les noms propres (Lechat et Leduc, bof). Ce paragraphe est plein d'humour et de légèreté.
- "Mon père devait prendre le café avec madame Bremond": j'aurais bien arrêté la nouvelle sur cette phrase.

Au plaisir de vous relire.

   Jano   
4/5/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Le style colle bien avec le thème de l'histoire, simple et clair, comme le regard que porte un enfant sur le monde. Une douce ironie se cache derrière les mots, conséquence d'un sous-entendu qui rôde tout du long. L'adulte se souvient et s'amuse de la naïveté qu'il portait alors.
Au bout du compte un texte plein de tendresse, mais justement, bien trop tendre pour moi ! Ça manque quand même de mordant tout ça. C'est mignon tout plein mais voila, ça ne va guère plus loin. Tiens, une idée : la mère trompée débarque chez Mme Brémont au moment du goûter et pan, la dézingue ! D'une douce comptine on passerait au drame, imprévisible. On ne serait plus dans le même registre, je vous l'accorde, mais ça ferait un télescopage de genres intéressant à traiter.

   stony   
12/5/2017
C'est mignon. On sent bien depuis la fleuriste que l'auteur nous emmène vers une histoire de cocufiage, mais c'est fait délicatement et vu par les yeux de l'enfant.

L'auteur, donc, nous montre ce qu'il y a à voir, mais, dans la voix du narrateur, le point de vue de l'enfant est respecté, car il s'agit finalement d'un double cocufiage. La mère du héros n'est pas seule cocue. L'enfant, en quelque sorte, l'est aussi, et cela n'est pas montré puisque l'enfant lui-même, probablement, ne s'en rend pas compte.

J'aime bien les quelques notes d'humour légères.
Mes deux préférées :

"[...] je levais la main aussi vite que possible, sans même avoir la réponse"

« Pour éviter l'impair, fiston, le nombre de roses doit être impair. » L'élégance fréquente donc le monde rugueux des mathématiques… « Ou alors, tu en prends une douzaine. »… et le monde de l'absurde.

Dans cette dernière phrase, ce n'est pas le narrateur enfant qui s'exprime, mais l'adulte-relateur. Il y a des lecteurs que ça dérange. Moi, c'est tout le contraire.

   widjet   
3/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Encore une fois, l'écriture coulante et agréable pourrait nous rendre passionnant n'importe quelle notice pour produits électroménagers. C'est finement joliment observé, tendre, décalé et touchant. Et l'humour est distillé avec savoir faire et toujours à propos. L'auteur a le sens de la trouvaille, c'est indéniable.

Un style que j'affectionne particulièrement, le plus convaincant sur le site depuis une éternité.

L'histoire en deviendrait presque secondaire, on se régale quand même.

W


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