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Fantastique/Merveilleux
Eccar : Les frères du silence
 Publié le 04/06/18  -  8 commentaires  -  18712 caractères  -  89 lectures    Autres textes du même auteur

Histoire vécue... ou presque ?


Les frères du silence


Il était assis. Il avait posé son chapeau près de lui sur ce tas de pierre qui faisait comme un banc sur le bord du sentier. Au-dessus, les gris s’entêtaient. Au loin, inaccessibles, les blancs illuminaient de grandes étendues bleues, palpitantes comme une entrée de paradis. Il regardait sans aucune pensée ce ciel que le jour lui imposait.


Il avait les pieds en feu, d’avoir trop marché, trop joué avec les caillasses de la piste, d’être sans cesse ainsi sur les chemins de sa solitude, cette solitude qu’il s’était depuis si longtemps infligée. Il avait marché sur ces routes jusqu’à l’infini des soirs, dans le grand soleil écrasé, devant des rubans de sang vif, ces trouées de bleu-nuit rejetées par les assauts des vents au-delà des montagnes.


Durant les années de sa ruée vers l’or, ses illusions, bien souvent souillées par les méfaits du mensonge et de la trahison, avaient fini par se déchirer devant l’épuisement des filons, mais plutôt que d’abandonner cette quête vers le vide des mines comme tant d’autres qui choisirent le retour à la vie, à la civilisation, il avait continué à creuser en oubliant jusqu’à l’usage des mots. Il avait alors dilapidé peu à peu ses dernières chances de garder intacte sa raison. Les barbelés du silence franchis, brisé le miroir de ses rêves, il avait fini par délaisser ses pioches usées, puis sans fortune faite il avait tracé sa route vers des horizons sans nom au-delà des déserts ocres. Il avait bien tenté d’entretenir en son esprit un peu d’espoir, voir dans les jours lointains de son avenir un regain de ciel bleu, mais à présent chaque nuit s’épaississait, il se perdait inexorablement dans ce sombre espace où s’amoncelaient jusqu’à saturation les ténèbres de ses pensées. Parvenu au bout de tout, devant le choix absurde de pistes poussiéreuses qui ne le mèneraient plus jamais nulle part, il finit par éprouver une profonde répugnance pour cette vaine liberté. L’arpenterait-il ainsi sans fin avec tant d’efforts ?


Il y avait déjà une semaine que son vieux cheval était mort. Il l’avait vu couché un matin comme rayonnant d’un grand sourire, émettant un hennissement infime. Ses yeux embués de larmes avaient accompagné son dernier souffle. Puis démuni, les bras impuissants, ne sachant que faire d’une telle masse de chairs inertes, il l’avait abandonné là, aux grands oiseaux nécrophages, poursuivant seul son errance, sur ses deux pieds son voyage inutile. En son âme perdue, des chants étranges, des mélopées indiennes, des rythmes lents d’un autre temps, l’avaient escorté, l’avaient tenu debout longtemps, l’obligeant à avancer droit devant, le détournant ainsi des os blanchis de ses souvenirs, des carcasses de son passé.


Arrêté au bord de ce chemin, son chapeau bien posé sur ce semblant de banc, il scruta longuement le jour jusqu’à sa dissolution. Et au soir, sous les gris et les rouges du crépuscule, il fit ce choix de laisser son arme agir à sa place.


Son geste accompli, son colt fumant quitta alors sa main sans force qui s’entrouvrit. À demi étendu, il regardait maintenant sa vie s’échapper de sa chair, son sang qui lentement, serpent informe, souillait les pierres.



Pourtant étouffé par la distance, le coup de feu avait creusé le soir. Le vieux Cheyenne avait alors guidé d’une main plus ferme son poney, libre d’habitude d’aller où il voulait.


Le petit cheval s’approcha du visage pâle pour humer sa blessure. Avec le jour tombant, les ombres informes des colonnes de pierre toutes proches effaçaient peu à peu la piste et ses abords. L’homme était inconscient, il respirait faiblement, il allait mourir. Le vieil Indien se laissa glisser de l’animal qui s’éloigna lentement à la recherche d’herbes fraîches.


Ma’e O’he’e connaissait les sources de la vie, les épines douloureuses qui bordent les sentes de la mort. Il sourit à la nuit bienfaisante qui entrait de toute sa majesté dans le ciel. Les pas de son cheval l’avait conduit du bon côté, il sauverait ce vagabond malgré ce geste étonnant qui avait fini par le coucher dans la poussière. La balle, dont la trajectoire sans doute voulue précise, déviée par un ultime sursaut incontrôlé dû à l’instinct de survie, avait pénétré la cage thoracique en frôlant cœur et poumon sans rien causer d’irrémédiable et s’était fichée dans un muscle du dos. Quand son sang cesserait de couler, ce visage pâle aurait alors de bien meilleures chances. Ma’e O’he’e se savait capable de tarir cette source rouge, grâce aux poussières magiques qu’il emportait toujours avec lui dans des petits sachets de peau, un pour chaque affection, et associée à chaque poudre de ces plantes rares une incantation tirée d’une sagesse si ancestrale que seules les parois des cavernes les plus anciennes en pouvaient relater l’origine.


Ma’e O’he’e rappela sa monture, récupéra sur elle ses sacs, divers ustensiles, brisa de quelques coups secs de sa hachette des branches mortes, alluma à l’abri des pierres un petit feu. Il tira l’homme blessé près de lui, le couvrit de la fourrure qui lui servait de selle, puis évaluant un instant son souffle par le mouvement imperceptible de sa poitrine, il plongea les yeux dans la nuit.


Il commença sa litanie. Elle ne consistait pas seulement en une suite de mots composant une supplique, suivant un canevas ésotérique transmis dans le secret, elle s’appuyait en partie sur ces enseignements anciens mais elle était avant tout une création de son imagination, neuve à chaque fois, unique, ne s’accordant qu’à cette seule circonstance. C’était une histoire qui se déployait peu à peu sur la réalité de l’instant, du lieu, de l’urgence ou non de la situation. La nuit, le feu, l’odeur du cheval tout près, calme, mâchouillant ses herbes, les grains de poussière médicinale semés sur la plaie de l’homme, les gestes lents du vieux Cheyenne au-dessus du corps étendu rassemblant en faisceau des fils d’énergie invisibles, tout contribuait à inventer cette histoire, ce conte d’un soir, un seul moment pour une seule cause. Ma’e O’he’e fermait à présent ses yeux et dans ses mots susurrés il voyait peu à peu des étoffes se déchirer. Le réel s’ouvrait vers un autre réel, les flux d’énergie s’amplifiaient, devenaient flots en vagues mouvantes, des ruisseaux impétueux convergeant en une tumultueuse rivière rouge. Le sang perdu dans la poussière du monde. Ma’e O’he’e était ce sang, était cette rivière, « Sang de rivière » était son nom… Quelque part en ses ténèbres l’homme blanc pourtant inconscient entendit le nom de l’Indien, et malgré la méconnaissance de ce langage que le dédain de sa race lui faisait depuis toujours mépriser, il en comprit le sens, la profondeur et la puissance.



Graham voyageait. Il se voyait de si haut. La lumière était forte et descendait vers le sol en flèches ardentes, des milliards de traits brillants qui rejoignaient ce qui paraissait être la terre. Graham semblait à genoux. Il accompagnait la lumière dans ce regard bouleversant vers le bas où il était au même moment comme en prière. Il ne ressentait rien réellement de ce corps et il ne comprenait pas de quelle manière il percevait qu’à cet instant sur ses joues des larmes coulaient. Un flux salé qui suintait de ses yeux, s’associant aux flèches de lumière qui imprégnaient le sol, devenu peu à peu ocre et bientôt rouge, cette terre qui se mouvait d’une façon étrange, des fils assemblés en faisceau, des flots de bouillons vermillon, une rivière de sang…


Graham se voyait de si près maintenant, comme jamais il ne s’était vu, et Ma’e O’he’e le regardait pleurer. Bien que son sang cesserait bientôt de se répandre, l’Indien comprit que le visage pâle ne pourrait guérir. Quelque chose de plus terrible que cette balle au profond de lui l’entraînait vers le néant, car il avait lui-même comme façonné les contours de cette entité noire, de ce tourbillon hurlant qui s’approchait. C’était sa propre volonté qui cherchait à le perdre dans cet abîme sans nom, cette aberration.


Ma’e O’he’e le savait, il devait se surpasser, devenir plus puissant que le simple guérisseur qu’il avait toujours su être.


Graham perçut un instant le désarroi du Cheyenne qui ne savait stopper le processus mortel. Totalement inhibé devant ce qui l’emportait, ayant perdu tout contrôle, il vit néanmoins poindre en lui une infime sensation. Il perçut l’offrande qu’on tentait de lui faire.


Ma’e O’he’e devait améliorer son histoire, faire de sa création une légende vigoureuse qui resterait éternellement dans la mémoire de son peuple, un récit incontournable qui définirait pour tous de nouvelles règles, une loi de vie indéfectible.


Il glissa profondément en lui, en ces nuages tourbillonnant de son esprit, se liant à celui plus vaste qui tissait le monde.


Il se vit tirer un vieux canoë de peau défraîchie, une pagaie à l’autre main, il avança dans cette rivière rouge, les pieds ensanglantés, alluma la lumière au-dessus des falaises infranchissables. Il jeta un œil en arrière, vers cette berge de galets noirs, s’assit dans la frêle embarcation, pagaya sans hésitation en direction de la source, s’éloigna du corps de l’homme qui mourait.


Suspendre le flux… Creuser le liquide de coups de rame… Chercher dans les roches environnantes la pierre brillante, le joyau, le secret… Faire de ses pensées un grand récit, un miracle… Il plongea sa pagaie, son esprit, plus profondément. C’était une évidence. À l’origine, ils étaient unis, comme des frères. Il devait remonter vers ce point de leur séparation, vers ce pourquoi de leur différence, vers ce nid de leur silence.


Pour tout guérisseur existe un principe de base. La Vie est double : être et non-être. Le manifesté issu du non-manifesté lui-même issu du manifesté. De la forme à la non-forme, de la non-forme à la forme. La Vie est ce mouvement, création, désintégration, sans que jamais ne cesse l’interconnexion, pour que subsiste l’information, s’accomplisse l’évolution.


Ma’e O’he’e était un guérisseur, de la plus ancienne lignée, bien avant les plus antiques constructions humaines, en ces ères où tout était harmonie, quand les hominidés laissaient si peu trace de leur passage, quand sur la terre n’existait qu’une seule de leur race. Il devait son nom « Sang de rivière » à cette source dont il était issu sans être toujours conscient, cette source de vie aux deux aspects entremêlés, le visible et l’invisible, sang de rivière, comme le fluide courant à la surface de la terre et celui si vital caché en l’homme.


Maintenant qu’il cherchait en lui une solution, il comprit qu’il devait avancer au plus près de l’origine de cette source, au plus près de la transformation, au cœur de la grande Vie. Il devait côtoyer, toucher, ressentir, pénétrer peut-être l’indicible inverse de toutes choses, l’invisible, le non-manifesté. Le commun des hommes appelait cela la mort.


Il savait le visage pâle bien trop proche maintenant de cette frontière et il frémit à l’idée de devoir s’y risquer lui-même pour comprendre ce qu’avait fui ce vagabond. Vaincre l’effroi que suscitait en lui cette décision lui apparut alors comme une épreuve démesurée. Jamais auparavant il n’avait eu cette nécessité de s’aventurer si près de l’au-delà du monde.


Le jour effaçant la nuit, la lumière éloignant les ténèbres, la conscience ouvrant l’inconscience… la connaissance se substituant à l’ignorance, le connu à l’inconnu, la foi combattant l’effroi…


Ma’e O’he’e était ainsi entre deux états, ici et nulle part, mais déjà assis sur le plus clair des fardeaux, la non-réalité de sa peur.


Une fois sa compréhension émergée, toute frontière fut annihilée, et en un instant le passage fut libéré. Là où il appréhendait sa disparition, il ne vit que la Vie.


L’erreur, la faute, le fourvoiement… Graham était comme bloqué dans une impasse étonnante, son esprit totalement tourné face à un mur immense, un amoncellement de pierres noires d’une hauteur et d’une épaisseur qui semblaient ne jamais devoir finir.


À cet instant, le Cheyenne entendit en lui les paroles du vieux chef de sa tribu qui était parti depuis déjà bien longtemps vers l’Herbe d’Or des Grandes Plaines. Ce sage disait : « Les Blancs sont d’une nature insensée. Ils pensent pouvoir maîtriser la terre, capturer le ciel, arrêter les nuages. Ils sont toujours à désirer quelque chose comme si le monde ne leur donnait déjà pas tout. On ne sait pas ce qu’ils veulent. Ce sont des fous ». Le vieux chef s’esclaffait au souvenir de cette stupidité des visages pâles comme si leur attitude était éminemment drôle. Mais son rire finit par se dissoudre en un silence grave.


Tandis que Ma’e O’he’e remontait à coups de pagaie le cours de milliards d’étoiles sanglantes, loin devant lui, à l’horizon de l’espace et du temps, étaient apparus des êtres aux yeux hagards. Ils marchaient sans but, de façon incohérente, se heurtant les uns aux autres. Derrière cette foule errante jaillissaient de la terre meurtrie des matières inertes, s’érigeant en bâtiments, de plus en plus hauts, de plus en plus durs, de plus en plus noirs. Puis des chemins morts les relièrent sur lesquels roulèrent bientôt des objets rutilants de vanité, déambulant à toute vitesse et sans aucun répit. Le ciel s’embuait de grisailles empoisonnées, des oiseaux sombres de mauvais augure le remplirent. Ma’e O’he’e put même les sentir tournoyer à côté de lui.


Le vieux chef était reparti, laissant Graham apparaître à sa place, à l’avant de l’embarcation fragile dangereusement malmenée par les vagues des flux négatifs de ces visions.


Ma’e O’he’e chercha à regagner une rive, à quitter au moins ces douloureux rapides qui entraînaient le vagabond vers son enfer inéluctable. Il pagayait de plus en plus furieusement, frénétiquement, mais sûr de lui, sans crainte de manquer de force, l’esprit étant capable de tout. En transparence des flots rouges, il finit par bientôt entrevoir les pierres nacrées d’une vérité solide, immuable. Le cours de la Vie s’écoule sur le sol sans limite de la réalité de la Conscience.


Il arrêta bientôt son canoë, en descendit. Avec l’aide de Graham, ils le tirèrent sur les galets à l’abri du rugissement impétueux. Les âmes des deux hommes se ressemblaient tant. Ils scrutèrent ébahis cet horizon noir de l’avenir.


« Fuir n’est jamais la solution quand la Vie avance vers son versant invisible. Amasser des trésors, bâtir des murs, des barrières, ne l’empêche en rien. Rien ne peut stopper la Vie. C’est une triste erreur de croire cela. Se cacher de la mort en masquant ou éloignant sa venue est une faute. La mort est le lien entre le visible et l’invisible, entre l’illusion et la réalité, entre l’ignorance et la connaissance. C’est un juste retour après ce temps des apprentissages. Ce n’est pas la mort qui est terrible, c’est la peur que tu en as, par la méconnaissance que tu as d’elle créée par les mensonges que t’a dictés cette peur. Tu cherches hors de toi ce qui ferait cesser cette peur. Toi et tes semblables, depuis que vous avez quitté la vie sauvage, nomade, vous vous enracinez, vous pétrifiez la réalité sous le fouet de la peur. Mais ce que vous pensez être le mal, l’ennemi, n’est qu’une partie de vous, rien qu’une entité illusoire, une pensée altérée. Même les montagnes s’effritent sous le vent, et le lac s’assèche sous le feu du soleil, les choses amassées ne sont rien, ni richesse, ni pouvoir, ni devenir. Vous bâtissez des murs voulus indestructibles, vous vous entourez de matières inertes pour vous protéger de ce que vous pensez être la mort. Vous voulez arrêter davantage encore votre immobilité angoissante, ancrer votre devenir en une sécurité immuable, quand la Vie est mouvement, tourbillon indomptable. Vous construisez un monde entier de choses mortes pour bannir la mort mais pour y échapper vous créez un véritable néant. C’est la Vie en définitive que vous retirez de vous, la Vie avec tout ce qu’elle a à offrir.

Maintenant que tu es nu, Graham, regarde et vois tes actions insensées. Tu en as eu tellement assez de cette course vers l’inatteignable, vers ce néant, cette souffrance permanente ainsi engendrée, que tu voulais annihiler ton corps, et ainsi ton esprit. Fuir la peur de la mort en te donnant la mort. Mais ton corps n’est pas ton esprit, et ton esprit ne craint pas ta peur. Ce n’est qu’une illusion, une erreur grossière qui fait la souffrance, retarde l’évolution globale. Comprends-tu que la Vie est esprit infini, qu’elle est tout, qu’elle contient tout et que rien ne peut la contenir ? »


***


Juin 1970, quelque part en France, au bord d’une rivière.


– Aïe !

– Qu’est-ce qui t’arrive ?

– J’me suis coupé au poignet avec une ronce, regarde comme ça saigne.

– Bah, c’est rien, je me fais ça souvent, moi. Tu vas pas chouiner quand même.

– Ouais ben ça fait mal.

– Attends, j’ai une idée. Je vais me couper aussi, juste un chouia, et on va mélanger notre sang comme de vrais Indiens. On va devenir des frères de sang.

– Mais c’est toi qui fais l’Indien, d’abord. Moi je veux pas changer, je suis Buck Cassidy, l’ennemi juré du Marshall… Et aussi un peu des Cheyennes.

– Oui, mais on dirait que tu es devenu mon ami… parce qu’un jour, il y a longtemps, je t’aurais sauvé la vie. Et même que maintenant tu m’en devrais une, de vie.

– Ah ouais ! Et si on devient frères, c’est pour toujours, c’est pour la vie entière. Et même pour celles d’après. Pour celles de toute l’éternité. Avec quoi tu vas te couper ?

– Ben comme toi, avec une grosse ronce.

– Tu vas avoir mal, j’te préviens.

– C’est rien que j’te dis. Après avoir mélangé notre sang, on va tremper nos bras dans la rivière, comme ça on sera aussi frères de la rivière.

– Et même de la Terre entière.

– Aïe !

– Tiens tu vois, je te l’avais bien dit.

– Allez, approche ton poignet, et rigole pas surtout, c’est sacré.

– Ça me fait déjà plus mal à moi. Dis, grand chef « Étoile du matin », tu crois qu’on sera cons quand on sera grands ?

– T’en as de ces questions ! J’en sais rien d’abord. De toute façon, qu’on soit cons ou pas, tant que la rivière coulera, la vie s’écoulera, et tout sera parfait.

– Ouah l’autre, c’est super ce que t’as dit… même si j’y comprends rien. T’as chopé ça où ?

– Bah, c’est un vieux truc de sagesse indienne, ça… Non mais entre nous, pour tout dire, je l’ai piqué dans le western de dimanche dernier à la télé.

– Quel pot tu as d’avoir la télé, toi ! Ben moi, en tous cas, quand je serai grand, j’espère que je serai jamais grand.


 
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   Jean-Claude   
2/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai été conquis par le portrait, le mal-être et le suicide de Graham, puis par l'intervention de Ma’e O’he’e, surtout au début.
Belle plume, belles images.
Le laïus final de Ma’e O’he’e est un peu trop grandiloquent, surtout pour un frère de silence.
Les âmes sont sur la berge, il n'y pas de guérison.
Et paf !
Le final 1970 casse la magie, ce d'autant plus que le lien est ténu.
A-t-on vu un film ? Ce que j'ai lu n'y ressemble pas.
Le lien ?
C'est un peu comme ces contes fantastiques où le personnage se réveille et sort d'un rêve.
Je suis déçu.

Des détails...
"poursuivant seul son errance, sur ses deux pieds{virgule} son voyage inutile"
"quand les hominidés laissaient si peu trace de leur passage,"{Je trouve que c'est une considération de l'auteur qui n'est pas culturellement valable pour Ma’e O’he’e.}
"des objets rutilants de vanité"{À ce moment on est dans les pensées de Ma’e O’he’e, ce genre de jugement ne lui ressemble pas, il serait plutôt en pleine incompréhension, non ?}

Au plaisir de vous (re)lire
JC

   Perle-Hingaud   
14/5/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai un avis mitigé sur ce texte:

- je trouve l'écriture bien menée, agréable à suivre. Les trois premiers paragraphes sont, selon moi, les meilleurs.

- mais... ensuite, l'histoire s'enfonce peu à peu dans une apologie moralisatrice du "bon" indien proche de "l'universel" face à l'homme "moderne" détruit par la civilisation. Le lyrisme du début devient trop appuyé, comme ici: "Ma’e O’he’e était ainsi entre deux états, ici et nulle part, mais déjà assis sur le plus clair des fardeaux, la non-réalité de sa peur. " Humph ? Je connaissais le cul entre deux chaises, mais là, l'image ne fonctionne pas: assis entre deux états ? assis sur un fardeau clair ?
Et j'ai des doutes sur: "quand les hominidés laissaient si peu trace de leur passage, quand sur la terre n’existait qu’une seule de leur race. ": allez plutôt raconter ça au dernier Homme de Néanderthal, qui entretenait sans doute des rapports chaotiques avec son voisin Sapiens... (ou faut-il remonter plus haut ?).

La fin... pourquoi pas ? Je suppose que l'idée est le lien "mystique", la cérémonie qui se poursuit chez des innocents, quels que soient l'époque et le lieu ?

Voilà, vous l'aurez compris, j'ai trouvé l'écriture bien menée, l'histoire commençait bien mais ensuite, l'aspect "moralisateur" et grandiloquent a été trop forcé pour moi.

   plumette   
4/6/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Eccer,

il y a un travail d'écriture dans ce texte, c'est ce qui m'a permis d'entrer dans cette histoire au début, vous prenez votre temps pour nous emporter loin, la désespérance du chercheur d'or est prenante et l'arrivée du vieil indien guérisseur est prometteuse. Et puis, le texte devient autre chose et alors j'ai décoché. L'écriture ne m'a pas suffit pour maintenir mon attention. On passe d'un récit d'aventure à un récit philosophico/ spirituel, j'ai été perdue, voire un peu agacée.

et " l'épilogue" des années 1970 avec ce dialogue m'a parue plaquée là sans grande nécessité. je me suis dit que ces serments d'amitié se vivent peut-être mais ont bien du mal à se raconter et à garder la fraîcheur et la force de leur vécu.

je suis donc un peu déçue à la fin de ma lecture,

il n'empêche, A vous relire!

Plumette

   Cat   
4/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Eccar,

C'est onirique, c'est poétique, c'est beau !

Comme un rêve à l'envers, une réflexion sur la peur de la mort qui fait faire bien des bêtises aux visages pâles, surtout adultes.

Dans la barque qui remonte le sang et le temps, à la façon des visions ésotériques conduites par les chamans - guides des grands voyages dans une autre dimension - avec Graham et Ma’e O’he’e (j'adore ce nom cheyenne !), nous atteignons la source de la sagesse pour reprendre pied sur des rives empreintes d'un savoir vieux comme le monde, et sur lequel il suffit de se pencher un peu pour remettre chaque chose à sa vraie place.

J'aime bien le final qui ramène l'esprit à une réalité plus palpable tout en laissant le lecteur maître d'imaginer à sa guise les tenants et aboutissants de serments enfantins.

Merci pour ce moment passé hors du temps, à rêver d'une vie qui ne serait que simplicité et qui nous tend la main.

A te relire, Eccar.


Cat

   hersen   
4/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Eccar,

Le sujet de ta nouvelle est original (il ne m'étonne pas :))
Finalement, je la lirais bien à l'envers, en commençant par les gamins qui font le serment du sang pour remonter doucement vers l'Indien et Graham
Je me dis que l'un serait devenu Graham et l'autre l'Indien.
Par contre, je pense que le sujet est beaucoup plus complexe. Se donner la mort existe dans tous les peuples, ce n'est donc pas seulement les barrières que "l'homme blanc" aurait érigé.
Il y a ici un cliché qui m'empêche un peu d'adhérer complètement.

j'ai aimé lire cette écriture poétique.

Merci !

   Pepito   
4/6/2018
Bonsoir Eccar,

"Histoire vécue"... une tranche de brie ? ;-))

On a voulu nous la jouer poétique plein fer, à ce que je vois. Gaffe, à trop vouloir ampouler la forme ben, elle finit par être... ampoulée justement. Mais de très belles tournures émergent de ci de là.

- La découpe des deux premières phrases, m'a semblé bancale. L’échauffement sans doute. ^^
-" palpitantes comme une entrée de paradis." j'ai jamais vu le paradis (pas encore du moins) mais je vois très bien l'allusion.
- "qui ne le mèneraient plus jamais nulle part"... cela sens la double négation à plein nez. ^^
- "poursuivant seul son errance, sur ses deux pieds son voyage inutile"... on peut raccourcir le tout à "inutile errance", non ? ;-))
- "dissolution du jour"... joli, je la piquerai à l'occasion.
- "il fit ce choix de laisser " ... le "ce" à la place d'un "le" m'a fait sursauter.
- "son colt fumant quitta alors sa main sans force qui s’entrouvrit"... là, sans vouloir pinailler, il faut que la main s'entrouvre avant que le colt ne tombit. ^^
- "serpent informe"... comment dire, peut pas être "informe" et en forme de serpent à la fois.
- "si ancestrale" "les plus anciennes" "enseignements anciens" des trucs vachement veux, quoi, on a compris. ^^

Un regain d’intérêt au début de la guérison. Le voyage dans le corps est bien vu. J'ai pas trop compris le passage avec des enfants...

Votre texte m'a fait penser à "La trilogie des confins" de McCarthy. Meme lieux, mêmes types de personnages. Un livre dont j'ai arrêté la lecture au milieu du tome 3 par peur de me petitsuicider avant la fin (véridique). ^^

Pepito

   Jano   
10/6/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Le style est trop grandiloquent, presque pompeux, plus de simplicité ne nuirait pas à votre récit. Exemple au début : « Il avait marché sur ces routes jusqu’à l’infini des soirs, dans le grand soleil écrasé, devant des rubans de sang vif, ces trouées de bleu-nuit rejetées par les assauts des vents au-delà des montagnes. »

Attention aux répétitions, ces deux-là se suivent de près : «  serpent informe / ombres informes »

Ce passage est fumeux, obscur, j'ai l'impression d'un mélange de bouddhisme et de pensées new age mais je doute de réelles croyances amérindiennes : « Pour tout guérisseur existe un principe de base. La Vie est double : être et non-être. Le manifesté issu du non-manifesté lui-même issu du manifesté. De la forme à la non-forme, de la non-forme à la forme. La Vie est ce mouvement, création, désintégration, sans que jamais ne cesse l’interconnexion, pour que subsiste l’information, s’accomplisse l’évolution. »

Ça continue ! J'avoue avoir de plus en plus de mal avec le fond mystique qui se dégage de votre récit : « Comprends-tu que la Vie est esprit infini, qu’elle est tout, qu’elle contient tout et que rien ne peut la contenir ? »

Bon, je termine ma lecture et, vous l'aurez compris, je n'ai pas aimé. Le style donc, tellement ampoulé qu'il en devient agaçant, rajouté au thème du récit qui fait encore passer les amérindiens pour des sages à l'écoute des grands courants cosmiques ou naturels et les blancs pour de pauvres abrutis enferrés dans l'ignorance. Trop caricatural tout ça.

   Donaldo75   
25/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Eccar,

J'ai beaucoup aimé la partie métaphysique indienne, celle où le guérisseur tente de sauver l'homme blanc.

En fait, dans toute la partie principale, la tonalité de la narration, riche en symboles et en réflexion, correspond à ce que je voulais lire depuis le début, depuis la mort du cheval, parce que c'est désertique, aride, rude.

Je suis moins preneur de la fin, sorte de pied de nez à ce que j'ai lu auparavant, pas parce qu'elle réveille le lecteur que je suis et lui dit "franchement, c'est du bidon tout ça mon gars, tu devrais le savoir quand même" mais parce qu'elle arrive trop vite alors que je suis encore sous l'effet des drogues indiennes de la conscience exaltée par une telle narration.


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