Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Edgard : Mimil
 Publié le 10/04/15  -  11 commentaires  -  3748 caractères  -  78 lectures    Autres textes du même auteur

Cette histoire vraie, toujours vive, du temps où l’on m’appelait Bicalin, parce que les chevreaux croient qu’ils ont des cornes et qu’ils peuvent faire tomber les murs à coups de tête…
Mimil était un « commis de ferme », comme on disait alors.


Mimil


Mimil est un géant comme on voit dans les contes,

débonnaire et heureux. Les fables qu’il raconte

attroupent les gamins chahuteurs et charmés.

Il porte sur son dos deux gros sacs gonflés

de cent kilos de blé, remplis, comme une bosse,

en disant des gros mots qui font pouffer les gosses.

Il offre un oignon cru au petit déjeuner

avec de larges tranches de miche et du pâté,

et l’éclat de sa voix fait peur à Carabosse.

Quand Bicalin parfois met sa main dans la sienne,

on dirait une feuille accrochée à un chêne.


L’ambre vif des moissons illumine l’été,

on boit de la piquette, on s’aime sans le dire,

et les gerbes dorées se dressent dans les rires ;

Mimil au beau milieu houspille les gamins :

« Ne jouez pas trop près de la batteuse, allez !

Vous vous retrouverez dans un sac de grain ! »

La ferme est le gros nid où piaille l’amitié.


Un jour :

« Mimil s’en va ! – Engagé ?… Mais par qui ? »

Les noms brillent, cuivrés, ils sonnent comme un gong,

Rivière noire, Cao Bang, Hanoï, Tonkin, Mékong…

C’est un pays lointain de grands fleuves et de boue,

et de soleil ardent, il y a des fusils…


Tandis que Bicalin grandit, le temps se noue,

l’école a remplacé les jolis mois des biques

et les seigles dorés s’accrochant aux crinières

des percherons ; il s’est blotti, le temps d’hier,

sous les paupières, les minuits mangent les midis,

le parfum de prunelle a quitté l’alambic.

Certains à la radio, en fronçant les sourcils,

écoutent les nouvelles et s’en vont, se taisant.


Deux ans !

Et puis un soir, un soir de mauvais temps,

barbu, les joues cavées, le regard en dedans :

«Mimil est là !», qu’à reconnaître on met longtemps.


Il a laissé là-bas son regard sur les choses,

son âme emprisonnée, cerclée de portes closes :

c’est qu’il est revenu d’un étrange voyage.

Tu as laissé là-bas ton grand rire enfantin ;

tu t’en vas le matin, solitaire, au village,

tu marches lentement, tu vas chercher ton vin,

et souvent tu bois tout, au retour, en chemin.


Bicalin vient le voir, seul, parfois, le dimanche ;

quand pour le réveiller il lui tire la manche,

il se redresse un peu. La bonne odeur du foin !

C’est la place qu’ils aiment. Un sourire lointain…

Parfois quelques mots viennent comme d’un cauchemar :

On a tué des Viets, on a tué tué.

Bicalin voudrait bien une vraie belle histoire ;

ce sont de longs silences, l’homme longtemps se tait,

on dirait que les mots font mal en s’échappant :

Avec le feu les bombes le sang la nuit si noire…

Bicalin se dit bien que ce sont des méchants,

mais les enfants qui brûlent au loin en se tordant ?


« Le monde va, petit, Mimil est un peu fou,

tu ne dois plus venir ». Ils parlent en dessous :

« Émile n’a jamais fait de mal à un enfant ».

Alors on les attache aux camions par les pieds,

on roule on roule on les entend crier, crier…

L’enfant a deviné que ce sont des fantômes :

« Fous ton camp, ce sont pas des contes pour les mômes ! »

Mais Émile les voit dans les bottes de foin

et souvent il enfouit son visage et plus rien…


Parfois tu passes autour de mes frêles épaules

un long bras décharné, un peu de chaud nous frôle ;

mon doux géant qui pleure, je voudrais tant t’aider :

pour moi, confusément, je sais, tu portes encore,

au milieu des étés qui s’enfuient, effrayés,

le monde sur ton dos. Et je t’aime plus fort.


Mimil a triomphé des présences horribles,

on a posé sur lui, en paix, la Sainte Bible,

à l’âge où les amours naissent abondamment.

Il n’y avait personne à cet enterrement.


C’est un coquelicot, mis de rouge et de noir,

que cueille Bicalin et qu’il porte à son cœur,

en regardant le ciel si bleu de ce grand soir,

qui vous bouscule un peu avec son air rieur.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Neojamin   
25/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Un très beau texte, mi conte mi poème. Etant plus spécialisé dans la nouvelle, je ne sais pas trop quoi dire...mais ce fut un beau moment de lecture. Je n’ai rien à commenté sur la forme. C’est poétique, c’est touchant...Merci pour cet instant!

   Anonyme   
10/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un décor de carte postale ancienne. Des personnages de contes, une ambiance heureuse, sécurisante, simple, et puis l’absurde s’en mêle et le personnage principal est plongé dans la fureur.
Il ne s’en remettra pas.
Puis on revient un peu au décor du début, beaucoup de joie et de soleil en moins.
Il y a sûrement encore beaucoup à en dire. C'est bien.
Votre idée est originale surtout quant à la forme du texte.
Bravo !

   Pimpette   
10/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce sont les deux longues premières strophes qui font mon bonheur!
Deux personnages tellement forts que je crois avoir connu Mimile dans nos campagnes normandes!
UN grand coup de coeur

Le reste est bon aussi mais ce n'est plus la même émotion pour moi!

"Il offre un oignon cru au petit déjeuner

avec de larges tranches de miche et du pâté,

et l’éclat de sa voix fait peur à Carabosse.

Oui! Oui! Je l'ai connu...
Tout le monde l'appelait Muller' mais ce n'était pas son vrai nom...

   Anonyme   
10/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Je ne vois pas l'intérêt d'avoir mis ce texte en poésie qui n'en est pas une alors qu'il aurait pu faire une très belle nouvelle.
C'est dommage à mon sens car la forme freine l'histoire qui se serait mieux développée en prose.
Un exemple avec la première phrase ... j'aurais préféré lire : "Mimil est un géant comme on en voit dans les contes" et que les rimes et les pieds soient envoyés au diable.

   placebo   
11/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Jolie forme et joli texte, j'ai suivi l'histoire avec plaisir.
Le Vietnam, ça me semble tellement lointain… presque autant que le moyen-âge et la fée Carabosse. Merci pour le rappel,
placebo

   Anonyme   
11/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut Edgard et respects à Mimil et Bicalin...

Et dire que j'ai failli passer sans les voir...

Une superbe histoire que les gens de vingt ans ne peuvent pas connaître et qui me ramène à l'enfance quand les légionnaires et autres bidasses rentraient d'Indo comme on disait à l'époque...
Le cuir et le cœur tannés par ce qu'ils avaient subi ou fait subir, beaucoup d'entre eux plongeaient dans la piquette comme on disait alors et ne s'en remettaient jamais vraiment. C'est tout cela que votre récit me rappelle et je revois ces pauvres types qui souvent n'avaient qu'une idée en tête, repartir là-bas tant ils étaient mal considérés au pays... Merci Edgard pour ce récit sans fioritures et tellement vrai !

   Francis   
13/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une histoire, des mots qui interpellent ! L'histoire de Mimil m'a d’abord emmené au bout de mes souvenirs, au cœur de mon enfance : "oignon cru, tranche de miche, gerbes dorées, la batteuse..." Et puis, il y a ce voyage dont on ne revient pas indemne. Dans les livres d'histoire, on cite les morts, les blessés mais on oublie ceux dont la vie ne sera plus jamais comme avant. Là-bas, ils ont laissé leurs rires, leur insouciance. Désormais leurs nuits sont hantées par des visages, des fantômes. Durant mes recherches, j'ai rencontré des survivants des camps. Quarante ans plus tard, ils faisaient encore des cauchemars. Certains parlaient de ce passé enfoui, douloureux pour la première fois. Mimil méritait ce coquelicot que Bicalin avait cueilli pour lui. Une belle plume qui raconte simplement et avec beaucoup de poésie l'histoire de Mimil.
Merci.

   AnneMariesquieu   
14/4/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est un texte fort pour un" monde" simple; Je trouve la forme géniale, renforçant ce contraste; Beaucoup de trouvailles: "on s'aime sans le dire" "les minuits mangent les midis"...Même les rimes particulières donnent du rythme tantôt paisible, soudain plus inquiétant.J'ai trouvé les deux vers:
"C'est un pays lointain de grands fleuves et de boue,
et de soleil ardent, il y a des fusils...
extraordinaire! Cette rupture brève des fusils claque la guerre dans ce paysage où on s'alanguissait déjà...
Je le relirai souvent.

   Anonyme   
3/5/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
j'ai beaucoup apprécié votre texte, en sachant que cette année, nous étudions la guerre et ses conséquences, j'ai lu beaucoup de texte qui traite de ce sujet mais le votre est original et apporte une autre approche.
merci pour ce beau texte!

   hersen   
14/5/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je suis un peu désarçonnée de trouver des vers alors que je suis dans la section " nouvelles ". ( je me suis toujours dit que je ne comprenais rien à la poésie...) En fait, nous sommes dans une histoire très belle, très touchante et, malheureusement, combien de fois déjà répétée.
On évoque les saisons et leur changement par une image :
L'ambre vif des moissons
le parfum de prunelle a quitté l'alambic
Je trouve que c'est très beau. C'est d'ailleurs ce que je retiens de ce texte. C'est très beau, alors que le sujet en est pourtant une belle saloperie.
Pas tout à fait d'accord avec Alexandre quand il dit que les jeunes ne comprendront pas : une guerre ou une autre, les dégâts sont les mêmes. Guerres passées, présentes ou à venir, malheureusement.
Je ne me sens pas du tout compétente pour mettre une appréciation. Mais est-ce qu'au final, vers ou pas vers, seulement compte ce que l'on dit ?
Bravo Edgar

Je mets quand même une appréciation, tant pis si je ne peux juger de la qualité des vers.

   Marco   
8/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime cette poésie sans dire autre chose qu'elle me rappelle une auteure Argentine, un géant, quelque chose de surréaliste. Vous m'avez transporté sur le dos de Mimil.
Au plaisir.


Oniris Copyright © 2007-2020