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Sentimental/Romanesque
embellie : La page blanche
 Publié le 28/03/09  -  9 commentaires  -  8105 caractères  -  50 lectures    Autres textes du même auteur

Un objet mal observé peut provoquer de grandes douleurs.


La page blanche


Prenant son parapluie un matin elle voit, suspendue à côté, la sacoche en cuir de son mari. Elle lui paraît un peu trop rebondie. Elle l’ouvre, un coup d’œil lui suffit ; tout petit mais parfait baise-en-ville.

Stupéfaction totale et totale incrédulité : « Pas possible, pas lui… pas à moi !… À son âge ! » Elle la remet en place, s’éloigne à grand peine sur ses jambes en guimauve. Ça tourne un peu, elle a chaud, elle étouffe… Vite, un verre d’eau.


L’eau bue, encore chancelante, elle revient au placard, ouvre à nouveau la trousse. Oh ! Nier l’évidence ! Être Mary Poppins ou Ma sorcière bien-aimée, faire disparaître en riant cet objet ! Mais elle n’a pas envie de rire. Depuis qu’il est à la retraite il lui dit, de temps en temps, qu’il va déjeuner avec ses anciens collègues de travail : « Il faut bien qu’il s’aère un peu, mais cette bouffée d’oxygène nécessite qu’il se déplace avec un tel attirail ? »

Cette sacoche lui brûle les doigts. D’un geste vif, elle la raccroche et sent monter en elle une vague de fiel, un fort besoin de cracher du venin. Dents serrées, à voix basse :


- La voleuse, l’ordure…


Plus fort, tapant du pied :


- Putain, salope !


Sa main cherche un appui, un fauteuil… Elle s’effondre enfin et laisse aller ses larmes.


Après avoir longtemps pleuré, recroquevillée sur son malheur, balancée entre incompréhension et ressentiment, elle sent s’insinuer l’inévitable impression de culpabilité, une honte injustifiée, proche sans doute de celle ressentie par une femme violée. Ses pensées, contradictoires, s’embrouillent, l’empêchant de voir clair en elle. L’incompréhension, la colère, la peine immense, l’humiliation, semblent se pousser pour se faire une place, chacune tour à tour supplantant les autres, plus mordante, plus atroce. Impossible de juguler cette confusion des sentiments. Elle a mal, trop mal…


Des images désordonnées affluent, flash-backs d’instants de bonheur : leurs enfants, petits, riant aux éclats et son homme, affectueux papa, imitant le loup qui trottine à petits pas ; leur voyage à New York, pour une fois tous les deux seuls ; sa chambre de célibataire où elle allait le retrouver avant leur vie commune…

Et puis, des souvenirs de sensations puissantes : le réconfort de sa présence, sa main serrant la sienne, lors de ses accouchements ; l’apaisant sentiment de sécurité absolue quand, les soirs d’hiver, elle se glissait près de lui, entre les draps glacés, pour se lover dans son halo de chaleur avec la sensation enivrante et prometteuse d’un plaisir proche à partager.

Horrible crève-cœur. À nouveau les sanglots l’étouffent.


Elle sent poindre alors les banales mais cruelles questions de circonstance : « Comment peut-il être aussi tendre avec une autre qu’avec moi ? Qu’a l’autre de plus que moi ? Sans doute est-elle beaucoup plus jeune… »

Un grand miroir est dans l’entrée. Elle s’en approche avec appréhension, lève ses paupières boursouflées vers ce visage défait, l’examine sans complaisance. Cheveux gris, traits avachis, rides… Son regard brouillé dit à ce visage flou : « Fini le rêve. Le cauchemar est entré dans ta vie. Tu le dois au démon de midi. C’est évident, il va chez une autre se délecter de ce que tu n’as plus. » Insolente de vérité, la preuve est là, accrochée au mur du placard.


Son rêve ? Les enfants partis, plus que jamais ils allaient devoir compter l’un sur l’autre. Après quarante ans d’amour, de bonne entente, elle espérait pour eux deux l’évidente osmose : entrer doucement dans la vieillesse, blottis l’un contre l’autre, la tendresse… Plus loin, les noces d’or, de diamant peut-être… Et là, tout à coup, inopinée, imprécise, obscène, se dessine entre eux une infâme silhouette qu’elle présume indélébile.


Une image obsessionnelle hante son esprit. Elle les voit marcher de dos, il a mis son bras autour de ses épaules, ils s’éloignent… s’éloignent… jusqu’à devenir deux minuscules taches noires… Et elle reste plantée là, seule, telle une énorme baudruche, prête à éclater de douleur. Tout autour, le vide. Son cœur s’effiloche. Saura-t-on un jour comment l’amour se détricote ? Comprendre. Point par point remonter l’ouvrage, trouver peut-être, trouver enfin quand et pourquoi des mailles ont sauté…


Durant une semaine, elle ne peut se résoudre à lui parler. Comment aborder ce sujet épineux ? Elle l’évite autant que possible, et l’heure du câlin la trouve migraineuse !… Lui, vaque à ses occupations, entre, sort, est toujours aussi gentil avec elle. Cette sollicitude, pourtant habituelle, lui paraît à présent suspecte, insupportable.

Fréquemment, ses enfants passent à la maison. Elle s’efforce de leur cacher ses larmes, de paraître gaie. Le besoin constant de pleurer et les efforts pour se retenir lui nouent la gorge. Elle ne veut pas qu’ils sachent. Elle ne veut pas que l’image de leur père ternisse à leurs yeux, et elle s’en veut, de tant l’aimer encore…


Elle vérifie quotidiennement si la trousse est dans le placard. Elle est toujours là. Stupidement, cela la rassure un peu, mais elle craint d’autres escapades, et peut-être un jour un départ définitif avec l’autre. Cette situation, qu’elle ne peut maîtriser, la brise. Elle perd l’appétit, le goût d’agir : « À quoi bon ? Ma vie est finie… » Elle dort beaucoup, devient amorphe, s’enlise dans une torpeur permanente, entrecoupée de sanglots. Les réveils, chaque matin, sont très pénibles. Elle se trouve inutile et lasse, si lasse… Mais elle reste assez lucide pour reconnaître les prémices d’une dépression.


Alors elle se cabre, ne veut pas se laisser glisser jusqu’au total désespoir. Puisque, paraît-il, écrire peut faire office de thérapie, une page blanche sera son psy. C’est mieux que rien et c’est gratuit. Si sa démarche, au bout du récit, s’avère apparentée à l’effet placebo qu’importe ? Elle veut bien rester dupe de cette illusion. Seul le résultat compte, et elle se sent un peu mieux déjà, depuis qu’elle a décidé, à cœur ouvert, de s’épancher.


Ce samedi, après avoir vérifié une fois de plus ce satané placard, elle monte dans son bureau. Elle veut écrire, écrire très vite, faire éclater cette gangue de souffrance qui l’enserre, se vider de tout ce qu’elle ressent, écraser son chagrin sous sa plume ! Elle s’installe devant une page neuve.

À cet instant claque la porte d’entrée. Elle descend, voit son mari, sa sacoche à la main. Elle bondit au placard. Effarée, muette, elle montre du doigt l’objet frappé d’ubiquité, accroché au mur, qui la nargue avec ses petites rondeurs. Elle interroge son mari du regard, le voit gêné.

Hochant la tête, il lui dit :


- Mais… celle-ci n’est pas à moi, bien que très ressemblante…

- Vraiment ? Et sais-tu ce qu’elle contient ?

- Non… Enfin… C’est celle de Jacques. J’aurais dû t’avertir. Il m’a demandé de la lui garder entre deux rencards, Suzanne est jalouse… Je sais, ce n’est pas bien…


Il fait un pas vers elle, bras ouverts, souriant :


- Je te trouvais changée, ces jours-ci ! Mais qu’as-tu donc imaginé ? Tu vois bien : elle est plus sombre que la mienne, un peu plus grande aussi…


Pendant qu’il parle, elle décroche la maudite sacoche de cuir pour l’examiner de plus près, calmement.


Dans l’angle du bas, à gauche, deux minuscules lettres dorées, J.B., les initiales du bouillonnant copain Jacques Bertier, luisent effrontément et semblent lui adresser un clin d’œil.


 
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   Anonyme   
28/3/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
J'en suis vraiment désolé mais je n'ai pas du tout été convaincu.

Le style dans sa globalité est agréable à lire, plutôt simple, sans phrases trop lourdes. Il y a bien quelques ponctuations un peu étranges (notamment les points d'exclamations), mais ça se lit bien.

Non ce qui 'a gêné c'est l'histoire en elle même. Le fond. Tout me parait improbable, avec une chute encore plus improbable.

Cette femme se sent trompée, ne se met pas en colère, cache assez facilement son désarroi à son mari, pour finalement accepter très facilement une explication trop simple.
Confondre deux sacoches pourquoi pas une fois, mais plusieurs? Peu crédible.

Bref, je suis un peu déçu, même si j'ai prit du plaisir à lire ce texte.

   Menvussa   
28/3/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Sur l'écriture rien à dire. Le texte me plaît, le rythme est soutenu, les mots me semblent bien choisis. Sur le fond, l'auteur a su rendre cette montée du doute qui rapidement fait place à une certitude, le malaise grandissant, la culpabilisation... l'aveu qui de fait n'en est pas vraiment un, le soulagement et peut-être une nouvelle vague de culpabilisation, mais le récit s'arrête ici.

La question que je me suis posée : Jacques n'aurait-il pas dans son placard à lui, une sacoche qui ne lui appartient pas ?

   AlphonseBLAISE   
28/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Me suis fait un gros soucis pour cette femme et son histoire...merci Alex

   Selenim   
28/3/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Je n'ai pas spécialement accroché à cette histoire d'adultère, un peu trop commune.

Par contre, les émotions de madame sont bien transmises grâce à une écriture soignée. On se glisse rapidement dans sa peau, même si certaines réactions sont peu crédibles.

La trame principale n'est qu'un prétexte à l'auteure pour expérimenter une certaine forme d'écriture.

Si l'essai est concluant sur la forme, il manque cruellement de fond à ce récit pour en faire un texte à part entière.

Auteure à suivre...

Selenim.

   jensairien   
29/3/2009
une intrigue un peu énorme. Embellie insiste tellement sur cette tromperie (avec un peu trop de trémolo) inévitablement on se doute bien qu'elle s'est trompée. Une grosse ficèle quoi. Sinon c'est assez bien écrit.

   widjet   
29/3/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ce n’est pas tant l’histoire (certes conventionnelle, mais pas gênante) mais la façon de raconter. C’est académique, plat, sans risque. Et la surprise finale…guère surprenante.

Pas super crédible, en plus.

Déjà lu, en mieux

Widjet

   Azurelle   
30/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Des petites expressions qui donnent un texte touchant tel " pourquoi l'amour se détricote ? " J'ai passé un bon moment, merci. Je voyais bien si cela aurait été filmé la chute de ton histoire avec un grand zoom sur la fameuse sacoche. Un texte qui s'enchaîne bien, et qui se finit bien pour l'héroïne.

   Nicolas   
16/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un peu convenu, certes, mais l'angoisse de cette femme qui redoute l'adultère de son mari est fort bien décrite. J'attendais la chute, et je suis soulagée pour l'héroïne. Une histoire qui coule bien, un style qui tient la route. Même si ça ne brille pas d'originalité, j'ai bien aimé !

   monlokiana   
28/7/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Moi je l’ai bien senti l’angoisse de cette femme : on se l’imagine facilement, on dessine de manière très claire sa personnalité et je ne suis pas restée indifférente à ses sentiments.
C’est fluide, c’est simple, ça se lit vite, d’un trait.
C’est tout de même dommage que tant d’angoisse, tant de doutes, dans de pleurs cachés, tout cela, ne se termine que par une stupide erreur de…sacoche. Cette fin n’est pas très crédible, je n’y ai pas cru…
Je trouve aussi trop brève, l’évocation de la page blanche. Elle n’apparaît pas beaucoup…
Oh, j’allais oublier, j’ai adoré, j’ai frissonné sur cette phrase : « saura t- on un jour comment l’amour se détricote ? » Alala, c’est la phrase du texte, je l’ADORE !
Il y a de la qualité dans l’écriture tout de même…


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