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Humour/Détente
ericboxfrog : Histoire à dormir…
 Publié le 20/01/22  -  8 commentaires  -  8425 caractères  -  63 lectures    Autres textes du même auteur

Bain de pleine lune.


Histoire à dormir…


Tu dis ça en rigolant, mais tu sais, c'est vrai ! Je l'ai vue l'autre soir ça doit faire trois mois maintenant (je vais t'en raconter une bonne après…), elle prenait un bain dans l'abreuvoir des vaches, tu sais celui qui est derrière l'église, un peu plus bas en face le bar à René.

Eh bien, c'était la pleine lune, elle avait l'air complètement déjantée, paraît qu'elle s'envoie des champignons bizarres, y en n'a pas dans la région des comme ça, ça vient du Mexique y paraît… Bon, en tout cas ce soir-là, je l'ai vue, de mes yeux vue. Je ne sais pas trop ce qu'elle foutait, mais elle s'est allongée dans l'abreuvoir, la tête sous le gros robinet.

Je sortais de chez Denise et Raymond (on va sûrement faire un déménagement et ils m'avaient invité à dîner). Les nuits de pleine lune, on voit suffisamment bien, tu sais, elle était là à patauger toute habillée, en salopette, elle avait même gardé ses bottes en caoutchouc et sa casquette verte John Deere avec le dessin du cerf dessus (je sais, j'ai la même…) même le mégot papier mais lui était resté collé au bec. Je te jure, elle est vraiment tarée cette gonzesse ! Discrètement, comme si de rien n'était, je me suis assis sur le banc du square et je la matais (oui, je n'ai pas peur de le dire, je la matais) mine de rien, pour voir jusqu'où elle irait.

Enfin, tu comprends, si des fois y avait eu un problème, une couille quoi (tu sais parfois ça part en couille ces plans-là) enfin, j'aurais pu faire le sauveteur quoi, j'ai un brevet de secouriste, tu sais bien (je te l'ai déjà dit…).

Alors, je la mate : elle est sur le dos, le corps tout entier et la tête dans l'eau, il n'y a que le nez qui dépasse. Parfois, elle s'enfonce complètement et remonte doucement quelque temps après pour respirer, comme une baleine ou une tortue de mer, tu vois ? Elle n'a pas l'air de s'en faire, elle regarde la lune et sourit, elle est aux anges.

Je suis resté à la regarder et à attendre qu'elle sorte du réservoir pendant plus d'trois heures ! Quand elle s'est mise debout et qu'elle est enfin sortie de là, il devait être vers les deux heures du mat ! Elle s'est assise sur le rebord, a retiré ses bottes pour enlever l'eau, elle s'est essoré les cheveux puis a rechaussé ses bottes et est montée sur son vélo pour rentrer chez elle, je présume (je ne l'ai pas suivie hein…). Je l'ai encore aperçue au loin sur le chemin qui descend en direction du petit bois, puis je suis parti. Vraiment bizarre cette fille, tu ne crois pas ?


Le dimanche d'après, au marché, je l'ai revue. Elle vend du miel, des bougies et des sirops de fruits (je lui en ai jamais acheté, faudrait que j'essaie un jour…), elle avait l'air bien, calme, souriante. En plus, elle a du charme, ce qui ne gâte rien et puis elle est bien balancée (enfin, ce que j'en dis, moi…). Non mais c'est vrai, elle est vraiment bien foutue.

Elle m'a souri et m'a fait signe d'approcher, je ne me suis pas retourné, mais presque (du style, celui qui pense qu'elle fait signe à quelqu'un qu'est derrière toi…), bon, je m'avance et elle me sort :

« Dis donc, à la prochaine pleine lune viens donc prendre un bain avec moi au lieu de rester assis sur un banc à zieuter... Grand voyeur ! »

(Elle me fait un clin d'œil et me sourit une deuxième fois…) Je sens que je rougis, je ne sais pas trop quoi lui dire (moi qui pensais qu'elle ne m'avait pas vu…), je finis par lui décrocher un sourire en coin et forcé, je me sentais honteux et bête tout de même. Je ne me suis pas senti à l'aise sur ce coup-là. Je détourne les yeux puis la regarde d'un seul coup, vite fait, une dernière fois et je m'en vais.


Je ne la revis plus de tout le mois, mais j'attendis impatiemment la pleine lune. Je n'avais jamais été si anxieux de ma vie. Je n'ai pas arrêté de penser à son invitation, à son clin d'œil, à ses sourires. Je n'en dormais plus la nuit (si, si je t'assure…). Tu rigoles, mais c'est vrai !


Le déménagement auquel je devais participer a duré plus de temps que prévu : le camion n'était pas en règle et on est tombé sur un contrôle et les gendarmes ne nous ont pas ratés. P.V., retrait de point sur le permis (Raymond qui boit sa carafe de rouge à tous les repas a dû souffler dans l'Alcotest et badaboum !). Alors, avec tout ça, j'ai un peu oublié la pleine lune, puis de toute façon on l'a passée au gnouf la pleine lune. (On l'avait ramené un peu trop et les gendarmes nous ont embarqués…)


Quelle merde ! Heureusement que la pleine lune, c'est tous les mois, hein ? Ça te fait marrer toi ?


Le deuxième mois donc me voilà rentré chez moi. Je n'ai pas trop de choses à faire, je tourne et je retourne autour de l'abreuvoir, je sais pas combien de fois ; jusqu'à la fameuse nuit. J'ai mis un maillot de bain et j'ai pris deux grandes serviettes. Le temps est au plus chaud, tant mieux ! Minuit. Je vais m'asseoir sur le banc, comme la première fois. Mes yeux sont collés à l'abreuvoir qui semble m'appeler avec le bruit que fait l'eau qui coule du robinet (c'est de l'eau de source). Il n'y a personne, le calme est total : seul le bruit de l'eau, continu et serein, vient contrarier le silence.


Soudain, le bruit d'un vélo, je me retourne : c'est elle ! Je n'en peux plus, mon cœur bat la chamade. Elle freine et vient poser son vélo contre le banc où je suis assis (presque paralysé…).

« Je t'ai attendu la dernière pleine lune, tu n'es pas venu ? »

Je n'ai pas le temps de lui expliquer, elle n'est pas en salopette cette fois-ci, mais en peignoir blanc avec des sandales à la place des bottes en caoutchouc. Avec la lumière de la lune, elle resplendit, une véritable étoile filante (comme dans les boîtes, quand on porte quelque chose de blanc ou quand on montre ses dents et qu'ils allument les lampes fluo…), elle dénoue la ceinture en éponge de son peignoir qu'elle a autour de la taille, enlève ses sandales et me prend la main. Je me suis déjà déshabillé et je suis en maillot. Nous nous plongeons tous les deux dans l'abreuvoir, chacun d'un côté la tête sur le rebord, nos jambes se touchent et se croisent. L'eau est froide mais supportable, nous rions un moment puis nous ne disons plus rien.

Parfois, elle met sa tête sous l'eau faisant remonter ainsi ses pieds sous mes bras. Je fais pareil, lui touchant les seins avec mes orteils. Nous nous détendons complètement, nous relâchons, nous soufflons, nous nous reposons. Tellement que nous nous endormons, bloqués l'un par l'autre (presque l'un dans l'autre…) sans risque de se noyer. La pleine lune est juste au-dessus de nous et se reflète dans l'eau toute remplie de fines rides par l'eau qui tombe du robinet. Elle semble veiller sur nous. Magique ! Nous n'avons pas eu froid et nous y avons passé la nuit : un confort immense, une béatitude indescriptible, rien que de la satisfaction…


Je me rappelle après avoir entendu le son des cloches, une sensation étrange au réveil. Pas des cloches d'église, non, celles que l'on met au cou des vaches.

J'ai été réveillé par quelque chose ou quelqu'un qui paraissait me tirer les cheveux (assez désagréable mais pas douloureux…), oui, une vache me tirait les cheveux qu'elle devait sans doute prendre pour de l'herbe et quelque chose de mouillé et chaud, des SLURPS : c'étaient les coups de langue qu'elle me jetait sur la tête.

J'ai ouvert les yeux et je me suis réveillé entouré d'une bonne vingtaine de vaches qui étaient là pour se désaltérer, normal.

Des énormes MEUHEUH EUH mêlés au son assourdissant de leurs cloches. Le fermier qui les menait n'avait sûrement jamais rien vu de pareil. Il se gratta un instant la tête en soulevant son béret, sourire aux lèvres, cigarette papier maïs (lui aussi…) collée au coin de la bouche, il lança un juron :

« Ouh nan de Dieu ! »

J'étais seul, je venais de passer six heures dans le réservoir aux vaches. En sortant, je me suis précipité sur les serviettes (restées sur le banc), assez honteux, me faisant presque écraser par ce troupeau ! Mais où était-elle passée ? Son vélo n'était plus là…


Quelle nuit ! J'allais faire parler le village entier… On n'avait pas fini de me chambrer !

Tu sais, ça fait deux dimanches que je vais au marché, aucune trace de la fille. À l'endroit où elle avait l'habitude de se mettre, il y a un mec qui vend de la camelote à un euro maintenant, c'est bizarre nan ?


Sérieux, si tu la vois avant moi, dis-lui que je voudrais lui parler, d'accord ?


 
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   socque   
3/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire drôle et touchante, je trouve, celle d'un type ordinaire qui un instant tutoie les anges. Tout reste plutôt terre-à-terre, mais l'envolée est toute proche, entraperçue ; ça me plaît bien.

Deux endroits qui ont brièvement arrêté ma lecture parce que le ton me paraissait décalé par rapport au niveau de langage général du texte :
un confort immense, une béatitude indescriptible, (surtout la béatitude indescriptible)
et
Il se gratta un instant la tête (le passé simple sur l'action triviale)

Peut-être un peu trop de parenthèses sur le mode « j'en sais rien, je suis un garçon ordinaire » aussi, ça fait procédé à force selon moi.

   Tadiou   
3/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Lu et commenté en EL.

Je me suis régalé à cette lecture, j'allais dire à cette conversation. C'est doux, c'est tendre, ce n'est pas sérieux, c'est léger. De petites touches, une langue populaire non vulgaire, pleine du charme du terroir, des feux de cheminée et des odeurs d'herbe mouillée.

La fin de la nuit n'est pas surprenante (on attend les vaches) mais pleine d'humour.

Je lui souhaite de la revoir, cette fille dont il ne sait même pas le prénom. Si je la vois, c'est promis, je ...

Très bien ce procédé de prendre à témoin un interlocuteur imaginaire; cela permet de bien ponctuer et au lecteur de respirer. Et de se laisser à une paisible et charmante conversation.

Bravo ! A vous relire.

Tadiou

   cherbiacuespe   
10/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un fait divers de village. Eh oui, on en parlera encore dans dix ans de cette histoire d'abreuvoir, mon pauvre vieux ! On serait tenté de le croire, ce pauvre garçon, mais, en y réfléchissant, le soupçonneux qui sommeille au fond de moi se demande s'il ne s'agit pas de la plaidoirie d'un menteur patenté. Tout est possible, dans les petits villages.

Narré à la manière d'une confidence de bar propre aux piliers du même commerce, l'écriture tape juste, est cohérente. On y croit. J'ai souri par moment en m'imaginant le spectateur de cet aventurier, pas trop malin finalement, un peu poivrot peut-être, surement vantard à ses heures perdues.

Ce n'est pas un texte à se damner, mais c'est un meilleur passe-temps qu'un épisode de série mal joué et mal scénarisé. Ma foi...

Cherbi Acuéspè
En EL

   Donaldo75   
13/1/2022
 a aimé ce texte 
Pas
Je dois avouer que je n’ai pas goûté à ce texte dont même l’objectif m’a échappé. Le style d’écriture, qui commence par me parler directement, ne m’a pas embarqué non plus. Je sais que la catégorie « Humour / Détente » est difficile car il va fonctionner différemment sur le lecteur en fonction de ses propres références. Ceci étant dit, je n’ai pas vu le chemin narratif de ce texte et la poésie qu’il semble vouloir atteindre ne m’a pas parue évidente non plus. Bref, j’ai beau retourner le problème dans tous les sens, la lecture ne prend pas et j’en reviens au constat initial.

   hersen   
20/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai trouvé cette histoire très rigolote parce que le loufoque est confronté au sérieux du narrateur.
Il ne faut pas chercher la faisabilité de tout ça, en effet, c'est fait puisque l'auteur nous le raconte !
On est dans une lecture sans filet, on a l'impression que tout va se casser la gueule d'un moment à l'autre, mais non, on tient.
J'aime beaucoup ce texte déjanté, naturel, et je ne souhaite qu'une chose : qu'il la retrouve, cette fille, parce que deux déjantés comme ça ensemble, ça va être remuant !
Un plus aussi pour cet environnement, un village, une vendeuse de miel, des vaches qui viennent boire dans l'abreuvoir-piscine, je trouve qu'entre ça et le déjanté, il y a une forme de vie qui donne de l'énergie.
Même si passer la nuit dans un abreuvoir plein (je parle de l'abreuvoir), ça relève du défi !
merci pour ce texte !

ps : il ne faut pas compter les degrés auxquels doit être pris le texte, faut les franchir sans se casser la tête !

   Corto   
21/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour ericboxfrog,

En lisant ce texte qui ne se prend pas au sérieux, ni lui-même ni le lecteur je me suis régalé.
Ayant longtemps fréquenté un village avec son lavoir presque en face de l'église, je me suis imaginé cette scène à ma manière.
Le ton du discours est léger comme une histoire qu'on tient à raconter à son meilleur copain, pas plus parce que quand même...

L'arrivée des vaches au petit matin qui réclament leur place et leur eau m'a même rappelé un épisode personnel: installé avec mon épouse au bord d'un torrent pyrénéen, nous examinions notre carte d'état-major pour nous orienter...jusqu'à ce que deux vaches viennent nous lécher le visage, gentiment mais fermement. Sans doute étions nous à leur emplacement préféré !

Bref entre fantasme et réalisme, ce texte est vivifiant par son humour, son peu de souci de "faire vrai". Bien sûr la fille a disparu... comme pour réserver un souvenir solide, de ceux que certains rêves vous laissent aussi.

Bravo à l'auteur.

   Petra   
23/1/2022
Salut Éric, très mignonne ta nouvelle.

On se représente bien les lieux, le gars avec sa gentillesse un peu éwarée, la fille bizarre et poétique. Grande économie de moyens, mais efficace.

Sur le plan de l'écriture, une chose : dans l'ensemble, ton texte est écrit au passé composé+ imparfait, ce qui est idéal puisque c'est raconté par le gars, alors quand tu utilises ponctuellement du passé simple (je ne la revis plus), ça sonne un peu faux : vu le niveau de langue assez familier du reste du texte, ce passé simple est décalé et pas très réaliste.

On a un peu le même décalage quand apparaissent des termes plutôt tirés du langage "élégant/soutenu", il vaudrait peut être mieux garder le même registre "un peu simplet" à travers tout le texte.

Et une dernière chose, mais plus pour le clin d'œil : mon expérience des abreuvoirs de campagne, c'est que l'eau est glaciale ! Je me suis demandé si ce serait possible d'y passer une nuit sans choper une pneumonie 😄

   plumette   
24/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Mon impression est un peu mitigée à la fin de ma lecture.
sur la forme : le texte utilise l'adresse à quelqu'un dont on ignore tout.
ç'est assez vivant, c'est direct, cela permet un langage parlé et ça donne de la fluidité sauf lorsque le narrateur utilise bizarrement le passé simple.
Sur le fond: est-ce que le narrateur ballade son interlocuteur et donc le lecteur? C'est une hypothèse. En tout cas, le récit est convaincant et on aimerait la rencontrer cette fille qui prend des bains dans l'abreuvoir à la pleine lune!
Au milieu, l'histoire du déménagement et des gendarmes est là comme un cheveu sur la soupe, je trouve qu'elle alourdit, même si on comprend bien que, dans la narration, un premier rendez-vous manqué a son intérêt.
Au bout du compte, je retiens une idée rigolote mais un traitement qui pourrait être amélioré.


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