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Sentimental/Romanesque
ericboxfrog : La locataire masseuse
 Publié le 26/10/21  -  5 commentaires  -  16740 caractères  -  56 lectures    Autres textes du même auteur

Une femme vient vivre en locataire chez un célibataire.


La locataire masseuse


Elle était passée inaperçue, je ne l'avais pas tout de suite remarquée. Elle semblait très intéressée, alors elle est venue me parler.


J'étais au fond de la salle dans le petit bar du quartier.

Elle m'a dit qu'elle ne savait pas où coucher ce soir, elle venait d'arriver dans mon pays et elle ne connaissait pas trop de monde. Elle avait lu ma petite annonce, elle m'avait beaucoup regardé avant de venir me parler. Surtout, il ne fallait pas croire qu'elle me draguait, elle n'était pas de ces filles-là qui s'offrent pour payer un service, un loyer ou pour remercier, enfin vous comprenez…


Je trouve qu'elle a été courageuse de me dire ça, je ne lui ai pas trop posé de questions. Je lui ai dit que oui, la chambre était toujours libre et qu'elle pouvait bien y loger. Pour le reste on verrait après, on était là pour s'entraider et puis de toute façon je vivais seul, ça me ferait de la compagnie.


– Et vous verrez ça se passera bien, je n'en ai pas l'air mais je suis tranquille et vous pouvez me faire confiance, je ne viendrai pas vous ennuyer, vous faire du chantage ou tous ces genres de trucs qui existent, je le sais.


La fille avait l'air satisfaite elle m'a souri, ses yeux étaient clairs presque turquoise. Ils m'avaient fait un drôle d'effet, on est obligé de les regarder, ils vous éblouissent, vous séduisent, vous étonnent et vous apaisent. On n'a pas envie de se mettre en colère quand on s'accroche à son regard.

Elle m'a dit qu'elle viendrait demain car elle devait d'abord aller chercher ses affaires qu'elle avait laissées dans une consigne. On s'est donc dit : « Demain matin à huit heures », je lui ai donné mon adresse. On s'est serré la main.


Pendant tout ce temps, j'étais resté assis à boire un café et je l'ai regardée quand elle est sortie, elle portait une jupe longue, des bottes, un blouson de cuir et une casquette où était inscrit avec de tout petits brillants « I Love NY ».


La journée a repris son cours, j'ai pensé un peu à elle et puis elle m'est sortie de l'esprit. J'avais trop de choses à étudier, je me devais d'être concentré. J'étais en plein master. Dans un an, je devrai soutenir ma thèse, j'avais encore beaucoup à lire, analyser et écrire tout en peaufinant mon projet. Ça devenait assez « sérieux » et j'étais chaque fois plus motivé. C'est fou comme j'aimais ça. J'avais, c'est sûr, pas mal changé, j'étais devenu studieux… oui, j'en voulais !


Après m'avoir fait réchauffer la bouffe chinoise que j’avais commandée hier soir, j'ai terminé le bouquin d’Henri Bergson : « Essai sur les données immédiates de la conscience ». Ce bouquin me passionnait, il avait beaucoup été apprécié à l'époque du Symbolisme au XIXe au Portugal. J'ai lu ce bouquin en français, ça me repose, ça semble plus naturel de lire des livres dans ma langue maternelle au milieu de tous les autres en portugais.

Vers vingt-deux heures, vingt-deux heures trente je me suis tout de suite endormi et le lendemain vers six heures, je me préparai un café dans ma petite cafetière italienne.


Et là, je ne sais pas ce qui m'a pris mais j'ai ouvert la porte – chose que je ne fais jamais d'habitude, le matin – et je découvre bien étonné qu'il y a quelqu'un qui dort à côté de la porte où on jette les poubelles. Sous une couverture grise, je vois tout de suite que la casquette « I LOVE NY » dépasse : c'est elle… Elle a la tête sur son sac, à côté d'elle un sac en plastique aves ses bottes et un thermos.

J'hésite, je ne sais pas quoi faire, je l'entends ronfler légèrement, elle en écrase. Je n'aime pas réveiller les gens qui dorment. Alors j'ai le reflexe d'aller chercher une couette, que je lui dépose délicatement dessus, je laisse la porte ouverte en la bloquant avec le tabouret. La cafetière siffle, j'ai du pain, je me fais deux tartines avec du Nutella et de la crème de fromage. Je mets deux cuillères à soupe de sucre dans mon bol et je prends mon petit déjeuner…


Heureusement en ce moment, il n'y a personne à l'étage, ils sont tous partis en vacances. Et c'est très bien comme ça, c'est calme et puis c'est mieux pour étudier. Mais j'avoue que ce n'est pas souvent qu'il y a quelqu'un qui dort sur le palier. Je vais voir la chambre où elle va dormir, ça va, c'est pas trop mal rangé, il y a de la lumière, un lit, trois placards, une petite table et un coin salle de bains avec une douche. Je regarde dans les tiroirs, je vérifie si la lampe fonctionne, j'ouvre aussi les rideaux, c'est bon, tout va bien.


Mon cours, ce matin, est à neuf heures, je dois bientôt y aller. Je vais prendre une douche, je me rase, je m'habille, ça y est je suis prêt. Je m'approche de la porte, elle est assise par terre, elle s'est réveillée. Je lui dis de rentrer, je lui montre la chambre, je lui offre du café et un morceau de pain, je mets le pot de Nutella et le verre de crème de fromage sur la table.


Je lui donne une clé et je m'en vais déjà, elle me remercie pour la couette, s'excuse d'avoir dormi là, elle n'avait pas où aller. Je lui dis qu'il n'y a pas de problème, que je dois rentrer vers seize heures. Je lui mets la main sur l'épaule et je m'en vais avec mon sac en bandoulière ; j'en ai pour vingt minutes à vélo.


Tout en pédalant, je me dis que je suis quand même cool ou alors un vrai con. Laisser une fille que je ne connais pas et que je n'ai vue qu'une seule fois (hier après-midi). Je la laisse chez moi toute seule, je suis vraiment inconscient…


J'oublie bien vite tout ça, j'ai un cours magistral de littérature brésilienne, c'est dans un amphi et cette discipline est très importante, mon master est sur la littérature franco-brésilienne. Le prof a enseigné à l'USP, l'université fédérale de São Paulo, il a connu Claude Levi Strauss, c'est un grand spécialiste, je ne dois manquer aucun de ses cours.

À la fin de ce cours, je vais manger au Resto’U, car après, je dois aller dans un groupe d'études et parler à ma directrice de thèse.


Il est bientôt quinze heures trente, j'enlève l'antivol de mon vélo et je rentre chez moi. Je suis un peu énervé, ma directrice de thèse m'a rendu les deux premiers chapitres de mon travail, il y a plein de trucs à reprendre, elle est vraiment très méticuleuse et minutieuse, elle n'oublie aucun détail.


Quand j'arrive à la maison, je respire une odeur agréable comme de l'encens, je crois que c'est du papier d'Arménie. J'ouvre la porte, une autre odeur se mélange, il y a quelque chose sur le feu ; ça sent bon… J'ouvre le frigo, je bois un grand verre d'eau, j'ouvre mon sac et avant de m'asseoir dans le canapé du salon, je vais frapper à la porte de la chambre. Elle ouvre, elle est en peignoir et une serviette rose à fleurs entoure ses cheveux, à ses pieds des babouches jaunes, j'aperçois le petit papier qui fume sur la table à côté d'un bloc et d'un stylo… Elle me sourit, ses yeux brillent, je lui demande si tout va bien.


– Oui, oui, ça va, encore merci, j'ai cuisiné un petit quelque chose, il faudrait l'éteindre, on le fera réchauffer ce soir.


Je referme la porte, elle donne un tour de clé, je vais éteindre le feu sous le fait-tout, je prends un autre verre d'eau et je m'assois dans le salon. Je souris :


– On va bien manger ce soir ! J'ai du sirop de menthe, et une demi-bouteille de rosé et il reste une bière au fond du frigo.


... Je me suis endormi, un livre ouvert sur le ventre, le vent fait bouger les feuilles, je suis allongé sur le canapé. Je me réveille pourtant, quand je sens une chaleur qui se dépose sur moi ; c'est ma nouvelle locataire qui à son tour me couvre avec la couette. Je suis un peu embarrassé, mais finalement, je lui souris en laissant sortir un :


– J'ai dû m'endormir, je lis trop en ce moment.


Elle a mis la table de la cuisine et a même allumé une bougie. Je sens toujours l'odeur discrète et parfumée du papier d'Arménie. Je me mets à table en débouchant la demi-bouteille de rosé, nous entrechoquons nos verres. Elle fait très bien la cuisine, sa sauce salade est délicieuse. Je me lève pour préparer un café et je sors un paquet de Pépito pour le dessert. Nous ne nous parlons presque pas. Je regarde quand même ses yeux, elle se les est légèrement maquillés avec du khôl. Elle a gardé ses babouches jaunes ; je fais la vaisselle, je reprends un peu mon bouquin et je vais me coucher.


J'ai dormi comme un loir, je me réveille à sept heures. Je me jette de l'eau sur la figure et je vais dans la cuisine. Elle est là, elle a fait du pain grillé et a rempli son thermos de café frais. Ce matin, elle s'est fait des tresses, elle a les cheveux un peu roux. Elle a un corsage mauve clair qu'elle a mis au-dessus d'un tee-shirt jaune d'or. Pour la première fois, j'aperçois la rondeur de ses seins, elle ne porte pas de soutien-gorge, je lui dis bonjour et me rends compte que je bande. Je ris bien confus, et je pars prendre une douche, je crois qu'elle n'a rien vu…


L'appartement a bien changé ; pourtant, c'est toujours le même et j'y habite depuis plus de quinze ans. Ma mère est morte, et c'est pour ça qu'il y a une chambre de libre. La présence de cette fille me réconforte et m'affole en même temps. Tant de gentillesse, de bonnes intentions, de jeunes féminités, donnent l'impression que l'on est mariés et elle n'est là que depuis deux jours. Il faut que je m'habitue et je vous assure que ce n'est pas difficile, c'est une vraie fée du logis. L'appartement n'a jamais été aussi propre. Elle est même allée cueillir des fleurs et les a mises dans un vase sur un napperon coloré dans les tons noirs, rouges, roses et jaunes, un bout de tissu mi-russe mi-manouche.


Je n'ai pas envie de forcer les choses, je vais prendre ça à la cool. De toute façon, je dois étudier un max, si quelqu'un s'occupe des problèmes ménagers, je ne vais pas réclamer. Je me laisse donc cajoler. J'ai l'impression que c'est moi le locataire, c'est curieux…


Pourtant, au départ, c'était pour arrondir les fins de mois que j'avais passé cette annonce, et aujourd'hui, j'ai du mal à jouer le rôle du propriétaire. Je ne sais pas trop quoi faire. Comment je vais m'y prendre ?


Cette fois-ci, je suis arrivé après le déjeuner, j'avais juste mangé un sandwich et bu une bière à côté de la fac. Aussitôt, dans l'appartement, je décide de parler à cette fille aux yeux turquoise. Je frappe à sa porte :


– Un moment s'il vous plaît, j'arrive.


Elle ouvre enfin la porte.


– J'étais sous la douche, pardon.


Elle a revêtu une djellaba et ses cheveux sont encore un peu mouillés ; le long de ses manches et dans son dos, il y a des auréoles humides. Avant même que je lui parle, elle me demande si elle pourrait repeindre les murs de la chambre en bleu. Elle voudrait s'en servir pour gagner un peu d'argent et pouvoir ainsi me payer le loyer. Sa mère lui a appris à faire des massages et elle est très douée. Elle pourrait, si je l'acceptais, transformer la chambre en salle de relaxation. J'en reste muet, je ne m'attendais pas à ça, elle est vraiment incroyable. Elle me montre tout de suite la photo d'une table de massage qu'elle a l'intention d'acheter sur eBay. Puis elle me regarde et attend ma réaction…


Je balbutie des interjections, il m'est impossible de mettre un mot devant l'autre, et puis soudain j'éclate :


– Oh, mais c'est une excellente idée, c'est formidable. Mais oui, bien sûr, on parlera du loyer après, je suis d'accord pour la salle de relaxation, je te félicite, tu as de la suite dans les idées, comme on dit.


Ce n'était pas de la lâcheté, ni de la faiblesse (enfin si peut-être) mais je n'ai pas pu lui dire autre chose. Après lui avoir donné mon accord, je vois qu'elle est folle de joie, elle saute en l'air, les bras écartés, s'approche de moi, m'étreint et m'embrasse sur les cheveux. Bon, tout va bien, je ne me plains de rien… On verra bien…


Eh bien ça n'a pas duré longtemps… Deux ou trois jours après, la table de massage est installée dans la chambre, je ne sais pas comment elle a fait pour payer, mais bon.


Le téléphone sonne, je décroche : une voix masculine me demande des précisions pour la séance de massage. Je lui demande de patienter et j'appelle ma locataire.


Résultat, à la fin de la première semaine, il y a déjà eu six clients qui sont passés sous les mains de « ma » masseuse… Vendredi soir, pour fêter ça, on boit une bouteille de champagne, on trinque à l'amitié, au futur, à la France, enfin presque tout y passe et elle me remet ce qui sera ma première enveloppe : le paiement du loyer, je suis scié !


La clientèle augmente, je n'arrive plus à me concentrer sur mes bouquins, entre les coups de téléphone, ouvrir la porte, dire où sont les toilettes, discuter de tout et de rien, je suis devenu secrétaire, il ne manquait plus que ça. Je commence un peu à stresser. Je n'ai rien écrit depuis presque trois semaines. Je suis très en retard. Il faut que je lui en parle. Parfois, elle travaille jusque très tard le soir. Il va falloir modifier les horaires et peut-être embaucher une secrétaire. Quelle histoire !


Le week-end, elle va faire des courses, des peignoirs, des serviettes, des bougies, de l'huile de massage, des galets, des savonnettes. Demain, le maçon vient pour agrandir la chambre, il va casser le mur de la salle de bains. Après-demain IKEA doit nous livrer un grand canapé pour mettre dans le « salon d'attente ». Je suis dépassé, surpassé, affolé, j'ai même pensé à partir et à prendre une chambre d'hôtel pour un temps. C'est le délire !

Le matin, elle est toujours levée avant moi, le petit déjeuner est à chaque fois préparé, je ne me sens plus chez moi, je flippe presque, c'est dingue quand même. Ça fait déjà presque quatre mois que ça n'arrête pas. Je vous assure, je n'exagère pas, elle s'est acheté une moto, parfois elle part deux ou trois jours. Quand elle rentre, elle remplit le frigo, ramène des cadres, des instruments de musique rares, une vieille cithare indienne, des clochettes, des percussions, elle a maintenant plusieurs tapis ; la décoration de la salle de relaxation est une splendeur, il y a plein de coussins. On s'y sent vraiment bien. C'est un ange qui est entré dans mon appart' !


Et puis un jour, il se passe quelque chose d'incroyable. Ça faisait exactement sept mois qu'elle était là, et elle m'annonce qu'elle va devoir partir. Je suis assez renversé, j'en ai les larmes aux yeux, mais en essayant de me contrôler, je lui demande doucement la raison :


– Il y a quelque chose que je peux faire pour toi ?

– Écoute, me dit-elle. Tu es vraiment un amour, un type formidable. Je n'en connais pas beaucoup qui se seraient comportés comme tu l'as fait avec moi. Tu vas me manquer, mais c'est décidé, je pars, je dois retourner chez moi… C'est un besoin, le manque est trop fort, j'ai envie de revoir les miens. Je sens que c'est le moment de partir. Quand nous nous sommes connus, je t'avais dit que je ne venais pas te draguer. Et après tout ce temps passé ensemble, tout le respect qui a à tout moment rempli notre relation me fait comprendre qu'il est temps, avant mon départ, de t'offrir un massage à toi aussi… S'il te plaît et si tu es d'accord, mets-toi à l'aise et allonge-toi.


Elle me disait tout ça en me prenant les mains et en me regardant de ses yeux bleutés. Elle alluma – comme c'est étrange – le dernier papier d'Arménie qui restait dans la pochette et à la lumière de la bougie, elle étala de l'huile sur mon dos. Ma locataire masseuse était semble-t-il en train de m'appliquer son meilleur massage. Si elle me remerciait, elle me remerciait avec ses mains, son souffle, ses muscles, sa chair, son cœur. Puis je me suis retourné, et sous la douce lumière tamisée de la flamme, je me suis endormi sous ses caresses vivifiantes et douces, profondes et assurées. Ses caresses huilées avaient comme maîtrisé et détendu toutes mes crispations, tous mes nerfs semblaient relâchés. J'avais tout oublié, complètement assaini. Le sommeil dans lequel j'étais tombé était infini, j'étais dans le cosmos, en harmonie, je planais, j'étais fluide, gaz, étoile. Le cerveau semblait s'être arrêté, il se reposait, lui aussi au point mort, il sommeillait, végétait comme la nature.


C'était fou, cet effet, je me suis réveillé quatre jours après, à deux heures de l'après-midi, un dimanche. Elle avait tout laissé, tout rangé, tout lavé et avait préparé un café dans la petite cafetière posée sur la cuisinière. Sur la table, un pot de Nutella, le verre de crème de fromage, un morceau de pain et un mot où il était écrit :


– Bonne chance pour ton master, fais chauffer la cafetière. Tout va bien se passer pour toi tout le reste de ta vie, heureuse de t'avoir connu et massé…


Je ne l'ai plus jamais revue, mais depuis, j'allume tous les jours une bougie et fais brûler un papier d'Arménie…


 
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   socque   
23/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Je me demandais quand il allait se passer quelque chose dans cette histoire, j'attendais sans impatience, intriguée. Ben jamais, voilà, il ne se passe rien. Une rencontre fugitive qui aura bousculé un moment la vie du narrateur mais lui aura apporté une sérénité durable. La locataire, sur la fin, m'apparaît comme une figure vraiment mystérieuse, un peu ange, pas mal ménagère, un peu sorcière sensuelle, un peu voyante ; l'éternel féminin, quoi, vu par le narrateur.

Rien de très original me semble-t-il, mais un ton détendu que je trouve agréable. Une lecture qui, contrairement au narrateur du récit, ne me laisse pas transfigurée ; j'ai simplement passé un bon moment.

   vb   
24/9/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,
Voici une nouvelle assez amusante, assez réaliste, qui pourrait être autobiographique. J'ai pensé aux comédies sentimentales typiquement françaises de François Truffaut, de Bruno Podalydès ou d'Emmanuel Mouret. Et justement, en comparaison, j'ai trouvé que tout ça manquait d'originalité, de rythme, de piment, d'humour peut-être - bien qu'il y en ait [j'ai bien aimé "ni de la faiblesse (enfin si peut-être)"].
Donc je n'ai pas été emballé. Si je peux me permettre une suggestion, ce serait de faire plus court, par exemple en évitant le détail des repas ("crème de fromage").
VB
Lu en espace lecture

   Keanu   
26/10/2021
Bonsoir ericboxfrog !

Je dois avouer que ce texte ne m'a pas du tout plu.
J'ai trouvé l'écriture par moments trop plate, sans reliefs, sans âme, et d'autres fois maladroite, approximative, inégale. Il n'y a pas vraiment de recherche du point de vue lexical et la syntaxe est trop virguleuse. Beaucoup de tournures me semblent lisses, préfabriquées ou agaçantes dans leur manière d'interpeller le lecteur, de chercher sa connivence.
La narration manque de rythme, je me suis un peu ennuyé, on dirait que le texte ne trouve pas vraiment son enjeu ni sa fluidité, qu'il ne sait pas quand ralentir ou accélérer, donner de l'intensité ou ménager une respiration, etc. Rien n'émerge du plat.
Je n'ai aucun problème avec les textes sans thématiques apparentes qui décrivent de manière sobre une quotidienneté ou un personnage ; mais il me faut une émotion, une singularité, une timbre, quelque chose...

Le timbre, c'est-à-dire le regard du narrateur et ce qui porte le texte, me semble vraiment problématique en l'occurrence, pour ne pas dire cliché, creux, lourdingue, réducteur, chosifiant et sexiste. Le titre, je trouve, en dit déjà long. Le personnage féminin est réduit à travers le male gaze à différents stéréotypes que l'on connaît bien. Il est propriétaire, elle est locataire : cette asymétrie de statut donne le ton. Il est intellectuel, cérébral, lit Bergson, elle est manuelle, sensuelle, fait bien la cuisine, les massages, en bonne "fée du logis". Elle vient vraisemblablement d'un pays étranger, peut-être asiatique ou oriental, alors qu'on imagine le narrateur bien ancré sur le territoire national. Dans son fantasme bienveillant, ce dernier porte sur elle un regard au mieux paternaliste et condescendant. L'exotisme et l'érotisme se mêlent de la façon la plus caricaturale possible.

J'aurais donc aimé que l'écriture soit plus maîtrisée, la narration plus adroite et les motifs plus subtils. La façon que la première personne a de décrire le personnage féminin me semble particulièrement convenue. Surtout, on dirait qu'il ne la considère pas pour ce qu'elle est, du moins qu'il ne porte aucun regard sur sa singularité, mais au contraire qu'il la transforme en étiquette ou la réduit à son corps, à un fantasme, à une imagerie.

Bien sûr, ce point de vue n'engage que moi.
Merci pour ce texte, au plaisir de vous lire à nouveau !

   Bandini   
31/10/2021
Pendant un moment, j’ai cru qu’une prostituée s’était installée chez le narrateur, mais finalement, il ne semble pas que ce soit le cas. Enfin, peu importe, je crois.

Je ne vais pas tourner autour du pot. Je n’ai pas aimé et me suis ennuyé. J’ai l’impression d’un étalage de fantasmes d’un adolescent s’exerçant à l’écriture. La naïveté du récit et les très nombreuses maladresses d’écriture pourraient être volontaires en vue de simuler cette adolescence du narrateur, mais je crois plutôt à une naïveté et des maladresses réelles.

Ce qui me frappe encore le plus, c’est l’inexistence du personnage féminin. Certes, il s’exprime par quelques répliques, mais je sens uniquement l’existence du narrateur (ou plutôt de l'auteur) pour lequel le personnage féminin n’est que fabriqué par collage de clichés. Dans le récit, le narrateur semble spectateur des décisions du personnage féminin, mais j'ai plutôt l'impression d'un auteur manipulant sa marionnette.

   jeanphi   
9/11/2021
Bonjour,
Hors de toutes considérations sur le style, le sujet, ou la manière de le traiter, j'aimerais soulever un point qui n'a pas fait l'objet de commentaires dans les précédentes interventions : les temps utilisés et qui changent brusquement permettent effectivement de marquer le début du récit et le début de sa conclusion (inattendue !).
Le paragraphe d'introduction ainsi que la conclusion du texte sont au passé, et le corps descriptif de la narration restent au présent.
L'auteur a-t-il voulu appliquer la méthode des comptes rendus de sociologie qui sont uniquement descriptif et n'utilise que le présent afin de restituer la situation sans interférence de partialité du prisme social ? Le passé serait-il dès lors employé en début et fin de texte pour replacer le récit dans un contexte purement littéraire ?
Ces transitions de concordances soulèveraient moins de questionnements et gagneraient à être rendue moins brutes.

Bravo pour l'ensemble.


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