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Humour/Détente
ericboxfrog : On n’ira pas au cinéma, je l’inviterai chez moi…
 Publié le 01/12/21  -  7 commentaires  -  7772 caractères  -  47 lectures    Autres textes du même auteur

Aller au cinéma à treize ans et demi ?


On n’ira pas au cinéma, je l’inviterai chez moi…


Il se rapprocha d’elle dans la salle de ciné. Son cœur battait très fort, il avait des sueurs froides. Le simple fait de se coller un peu plus à la jambe et au bras de la belle, de respirer l’odeur de son parfum et de sa transpiration discrète, il était tout excité ; c’était la première fois qu’il se retrouvait dans cette situation et ça lui plaisait. Il approcha tout doucement sa main de la sienne et lui effleura d’abord les doigts : elle avait la main froide presque gelée (il faisait super froid dehors et elle n’avait pas mis de gants). Quant à lui, sa main droite était moite, il n’aimait pas bien ça. Il tourna soudain la tête vers ce visage blond qu’il reconnaissait à peine dans l’obscurité de la salle. Son profil lui plaisait, ses lunettes rondes et ses cheveux légèrement bouclés le rendaient fou de joie. Ça y est, il avait posé sa main sur la sienne. Elle se tourna vers lui, et, au même moment, le paysage ensoleillé du film éclaira bien la salle ce qui les fit sourire. Il leva son bras gauche, se pencha et alla lui toucher l’épaule en appuyant un peu, tout en continuant de réchauffer sa main – il était courageux –, la fille, elle, ne semblait attendre que ça. Leurs visages se sourirent une deuxième fois, puis il vint lui poser sa bouche sur ses lèvres, la main sur son oreille entre ses cheveux blonds. Un baiser bien timide d’abord, « pour commencer ». Ils semblèrent y prendre goût, puisque rapidement, leurs langues se touchèrent, le goût de leur salive se mélangea bientôt, ils se remirent en place au fond de leurs fauteuils qui basculaient assez sans se lâcher la main. Ils essayèrent en vain de regarder le film. Lui n’était pas vraiment intéressé par ce qui se passait sur le grand écran, il ne demandait qu’une chose, c’était de recommencer à l’embrasser, c’était trop bon, il avait adoré ce contact, il s’en rappellerait longtemps (il paraît que ce genre de truc, on s’en rappelle toute sa vie…) parce qu’après tout, c’était son premier baiser. Elle, non, elle connaissait déjà, elle avait déjà embrassé d’autres garçons. Donc ce jour-là, dans le cinéma, les deux tourtereaux apprenaient à s’embrasser et ne prêtaient pas beaucoup d’attention au film non, il fallait s’embrasser. Se toucher, au début bien timidement, puis tranquillement les caresses devenaient plus naturelles, le cœur battait moins vite. Le secret du baiser était déjà découvert ; l’inconnu se dévoilait, pourtant, ils continuaient, ils ne voulaient pas s’arrêter. Leurs lèvres et tout autour de leur bouche devenaient bien rouges et mouillés. Ils s’habituaient au goût de l’un et de l’autre.


Elle avait presque quinze ans et lui treize ans et demi. À la sortie du cinéma, il faisait nuit, il était dix-huit heures vingt. Il lui donna ses moufles. Elle rigola en les enfilant, car ses mains avaient un peu de mal à rentrer dedans. Il la raccompagna chez elle, ils s’embrassèrent une dernière fois et il rentra chez lui complètement sonné de bonheur, de bien-être et de satisfaction. Il l’avait embrassée ! Ça devait être ça, être amoureux…


Lundi matin, sa mère l’avait emmené à l’école en voiture. Il resta devant l’entrée à attendre « sa chérie » et ne la trouva pas. Il attendit la récré pour la chercher sous le préau et dans la cour, elle n’y était pas. Après les cours, il s’était décidé, il irait chez elle pour la voir et l’embrasser… À quatre heures et demie, il fut l’un des premiers à sortir de l’école, il marcha assez vite, parfois même, il courait, il avait les mains gelées. Il faillit se faire renverser et le chauffeur de la camionnette lui klaxonna un gros coup dessus et le regarda fou de rage en tapant sur son volant. On pouvait voir la trace des pneus sur la neige noire et sale de la rue principale. Pour aller plus vite et ne pas faire tout le tour, il passa par le marché, il croisa même un gros rat, qui, lui, courait dans l’autre direction et disparut bien vite sous le ciré d’un étal. Il arriva devant la salle de gym tourna à droite, après « leur » cinéma – endroit magique, inoubliable presque sacré entre tous ! Puis il continua par la petite rue qu’ils avaient prise deux jours avant et il s’arrêta pile…


Interloqué, affolé, interdit ! Toutes les habitations avaient disparu, à la place, un grand terrain vague. Tout avait été démoli… C’était incroyable, comment était-ce possible ? Vendredi soir, il avait raccompagné son « premier amour », il l’avait même vue entrer dans son immeuble. Il savait qu’elle habitait là. Et alors que s’était-il passé ? Ce grand terrain vague était entouré de panneaux en bois, on avait collé des affiches, il y avait des dessins surréalistes, merveilleux et insolites par endroits. Il longea cette longue barrière et réussit à découvrir un passage, il entra, il se trouva devant un énorme trou, un gros chantier avec les fondations d’un futur immeuble, sûrement. Ce chantier de construction devait être là depuis au moins quatre ou cinq mois. Lui qui l’avait raccompagnée il y a deux jours ! Il n’y comprenait rien et reçut un grand choc, en repassant par la balustrade, il déchira un peu son blouson et érafla son cartable, son bonnet resta accroché à un gros clou. Il alla le décrocher et se le remit sur la tête.


Qu’allait-il faire maintenant ? Il avait acheté des Carambar, il voulait en donner à sa belle amoureuse et l’embrasser après dans un goût de caramel. Il fouilla dans sa poche et en prit un, il retira le papier jaune et rouge et le cassa en le croquant. Il marchait ahuri, au milieu de ce no man’s land, sans sa copine de rêve devenue réalité (était-elle vraiment réelle ?) l’autre jour au ciné. Il l’avait déjà perdue, il ne pouvait pas y croire. Tout en bavant et avalant son Carambar, il revint sur ses pas et rentra chez lui complètement interloqué. Avait-il rêvé ?


Il jurait l’avoir raccompagnée, l’avoir touchée, être allé au ciné avec elle vendredi après-midi. Non, il n’avait pas rêvé, ils s’étaient embrassés, c’était sûr ! Il n’allait quand même pas en parler à sa mère… Où trouver de l’aide ? Comment comprendre ce qu’il s’était passé ? Il avait mangé tous ses Carambar et il était maintenant dans sa chambre, il regardait par la fenêtre ; il se mit à pleurer. C’était de la souffrance, il commença à douter. Était-il vraiment allé au ciné ? Et sa belle aux yeux bleus et aux cheveux légèrement bouclés, ne l’avait-il pas inventée ? Il sentait des rafales de peur et de folie l’envahir. Allait-il basculer dans la paranoïa, allait-il « perdre les pédales » ? Devenir maboule, abruti ? Il n’était déjà plus si sûr d’être allé au ciné… Il sortit de sa chambre, alla dans la cuisine, sa mère épluchait des légumes pour faire une soupe. Il lui demanda :


– Maman, qu’est-ce qu’on a fait vendredi ?

– Vendredi, c’était congé, le week-end de Pâques, tu as déjà oublié ?

– Non, non, mais on est sortis ?

– Ah non, il faisait trop froid, il a même neigé. Tu as dormi presque toute la journée, tu ne t’en souviens pas ? Moi, j’ai regardé la télé en repassant et en fin d’après-midi, on a fait griller des châtaignes et on a bu un verre de cidre…


Ça y est, il était maboul, il avait inventé tout ça, il s’était inventé tout ça… D’un coup, il se rappela d’un détail : ses moufles ! Il se précipita dans le cagibi et regarda dans les poches de son blouson, ses moufles étaient bien là, une dans chaque poche… Il se mit à rire aux éclats, il avait vraiment beaucoup d’imagination, il travaillait du ciboulot, il n’était sûrement pas fini, il lui manquait un boulon, il était malade des boyaux de la tête. En tous cas il ne demandait que ça d’embrasser une fille, c’était sûrement bien différent, sensationnel et captivant. Treize ans et demi, c’était le moment, il avait vu ça à la télé.


« Quand ça sera mon tour, on n’ira pas au cinéma, je l’inviterai chez moi… »


 
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   socque   
5/11/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je trouve curieux que le jeune garçon paraisse à la fin soulagé de la confirmation qu'il a tout fantasmé, alors que l'affolement à cette idée montait au long du texte. Cela ne me semble pas cohérent.

Sinon j'ai plutôt aimé l'histoire, notamment le fait que le jeunot achète des carambars pour embrasser sa belle dans un goût de caramel : il est vraiment au point de bascule entre l'enfance et l'adolescence… À part cette clôture au récit, qui a pour moi quelque chose d'aberrant, je trouve l'ensemble assez bien vu.

   Robot   
1/12/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
On navigue entre le fantastique et l'onirisme. J'ai bien aimé la lecture de cette relation fantasmé. Des rêves qui laissent une impression de réalité celà arrive et il faut parfois un peu de temps pour retrouver ses esprits.
La qualité de l'écriture est un plus pour s'accrocher à ce récit.

   Marite   
1/12/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Dieu seul sait quels délires peuvent s'inviter dans l'imaginaire d'un enfant ou d'un adolescent, surtout quand l'environnement dans lequel il grandit sollicite ses neurones en plein apprentissage ... Ce récit nous en donne un aperçu de façon amusante surtout que l'écriture, simple mais fluide, nous permet de suivre l'un d'eux (des délires) à la trace ! La conclusion, brève mais sincère, nous rassure sur l'équilibre du jeune personnage, prêt à tirer une leçon de son expérience onirique.

   papipoete   
1/12/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
bonjour ericboxfrog ( on ne va pas vous le prendre ce nom ! )
J'étais au cinéma auprès d'une fille que je ne connaissais pas, et pourtant j'osai toucher sa main ( qu'elle avait, complétement gelée ) lui réchauffai ; et mes sens me poussèrent d'audace jusqu'à tenter un baiser, qu'elle accepta, me rendit...
De recommencer, elle me le promit, mais le sort en décida autrement.
NB un rêve que plus d'un d'entre nous, fit sans doute au creux d'un sommeil si merveilleux ; si réaliste que l'on chercha à retrouver notre héroïne, celle de notre premier baiser, là où l'on se donna rendez-vous " place de nulle part ! "
Le récit est bien narré, et personnellement me renvoie à mes 15 ans, auprès de ma bergère, si jolie... avec qui je n'osais pas, n'osai jamais ! Seul un rêve m'autorisait ce cran, de franchir le pas... mais sous le soleil, jamais ce miracle ne me prit par la main !
J'ai suivi avec délice cette séance cinéma, où le grand écran devint invisible, la scène se déroulant au creux de deux fauteuils de velours.
la désillusion, par contre me semble un peu frivole ; à 15 ans j'imagine une réaction moins philosophique...

   Bandini   
2/12/2021
Je suis très embarrassé pour commenter cette nouvelle. Se pose pour moi la question de l’âge de l’auteur. Cette question, je me l’étais déjà posée au moment de commenter son texte précédent et je me la pose donc cette fois-ci en me permettant d’en faire part.
J’ai l’impression que ce texte est écrit par un adolescent, voire un très jeune adolescent, dont l’âge serait à peu près celui du héros et il me parait évident qu’on ne peut pas alors avoir le même niveau d’exigence que pour un adulte.

Je me sens dès lors obligé de commenter selon deux hypothèses différentes :

1. Ce texte est écrit par un jeune adolescent.

Dans ce cas, je ne peux que le féliciter d’oser prendre la plume et l’encourager à persévérer. C’est d’ailleurs déjà pas mal du tout. Les fautes de langage se corrigeront avec le temps. L’expérience de vie lui permettra de donner à ses histoires une épaisseur qu’il ne pourrait pas encore leur donner aujourd’hui. Les incohérences se détecteront par des relectures attentives.

2. Ce texte est écrit par un adulte

On pourrait alors faire une sous-hypothèse : de par les fautes de langage, la naïveté du propos, une forme littéraire « scolaire » et quelques incohérences, l’auteur entendrait simuler un narrateur adolescent. Ce serait après tout très convainquant puisque je me pose moi-même la question de l’âge de l’auteur. Un élément, cependant, me fait douter de cette hypothèse : le choix de narration à la troisième personne. Il me semble qu’un auteur adulte aurait choisi une narration à la première personne pour simuler l’adolescence de son narrateur, alors confondu avec le héros. A moins que l’auteur adulte n’ait poussé le vice jusqu’à simuler la narration ?
Il existe bien sûr une deuxième sous-hypothèse…


Quelle que soit la bonne hypothèse, il n’en reste pas moins que l’évocation de ce mélange d’excitation et de crainte au moment d’une première expérience aussi importante que celle-là ne peut manquer d’être charmante, et cela peut d’ailleurs se reproduire d’expérience en expérience car, à moins d’être un professionnel de la chose, nous ne sommes jamais que de maladroits expérimentateurs de notre audace, que notre lâcheté transforme parfois en remords.

Mais il y a tout de même une chose un peu agaçante : le recours au rêve, tellement vu et revu, même s’il permet ici de comparer le désir à la réalité.

   Cyrill   
3/12/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’ai aimé ce texte où la toute la fraîcheur de l’adolescence s’exprime là :

« Donc ce jour-là, dans le cinéma, les deux tourtereaux apprenaient à s’embrasser et ne prêtaient pas beaucoup d’attention au film non, il fallait s’embrasser. »

La narration est bien menée, de la scène au cinéma jusqu’au au moment où le garçon s’aperçoit que tout le paysage urbain est modifié.

Des expressions comme : « le chauffeur de la camionnette lui klaxonna un gros coup dessus » sortent tout droit de la bouche d’un ado. L’anecdote du carambar est adorable.

La fin traîne un peu en longueur. L’enfilade d’expressions « il avait vraiment beaucoup d’imagination, il travaillait du ciboulot, il n’était sûrement pas fini, il lui manquait un boulon, il était malade des boyaux de la tête » est un peu lourde à digérer à mon goût.

Quoiqu’il en soit ma lecture a été un plaisir.
Très joli titre, by the way.

   Faolan   
22/12/2021
 a aimé ce texte 
Bien
L'écriture semble être celle d'un adolescent (comme l'a suggéré Bandini) mais peut-être est-ce un parti pris ? Quoi qu'il en soit j'ai passé un agréable moment de lecture, tout en régression même si j'avais vu venir le rêve depuis un petit moment ! Merci !


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