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Sentimental/Romanesque
Eskisse : Entrelacs
 Publié le 06/11/22  -  10 commentaires  -  11060 caractères  -  103 lectures    Autres textes du même auteur

Deuil et traces.


Entrelacs


I. Renoncement


Pas une brise. Juste le murmure des jets d'eau. Continuel. Apaisant.

Des lignes pures, comme un chemin labyrinthique mais encourageant.

Et la fleur, reine au centre du jardin damé. Fascinante…


Nuit et jour, depuis qu’il en avait fait l’acquisition, il s’était demandé pourquoi ce tableau, acheté dans une galerie de quartier, lui avait tout de suite semblé si familier, si proche. Et en même temps, ce jardin lui donnait l’impression d’un lieu qui se dérobait à lui, un lieu soumis à une équation mathématique dont il ne détenait pas la solution, une équation dont la présence devenait insoutenable. Il sentait qu'il lui fallait percer ce sentiment d'étrangeté, sans quoi sa vie resterait un mirage. Mais pour l'instant la douleur l'emportait sur la volonté. Il se résolut à cacher la peinture au sous-sol tant qu’il ne parvenait pas à en extraire le point obscur. Et il tenta de l’oublier.


Quand il rentrait de la rédaction, Astreeh était là devant ses dessins, si absorbée qu'elle ne l’entendait même pas. Il regardait sa nuque dégagée. Elle, toujours tournée, lui tendait la main pour l'inviter à la rejoindre. Elle l’embrassait, riait et se replongeait dans les planches. Elle avait un petit mouvement des sourcils qu‘il connaissait bien, comme un signal de concentration. Il avait fait sien le moindre de ses gestes. Derrière elle, sur le chevalet, les planches de BD, les pinceaux, les tubes de gouache, encapuchonnés.


Pas une brise. Juste le ciel surplombant la mer. Pur.

Le jardin clair et clos, temple de l'ordre et de la symétrie. Vivifiant.

Et la fleur, mystérieuse, inaccessible.


Il fut la proie des heures sans sommeil. Le tableau, relégué au sous-sol, trouait ses nuits, le laissant dans un bien-être mâtiné de souffrance. Il regardait alors Astreeh dormir, ne se rassasiant pas de cet abandon. Il ne lui avait rien dit. Rien de ce singulier sentiment généré par la peinture. Rien de ce qu’il pressentait être une quête. Rien de la nécessité de cette quête. Il ne voulait pas l'inquiéter, sa belle rieuse… Il se levait parfois pour aller boire un peu d'eau, puis se recouchait, se concentrant sur le décor de la chambre pour oublier le tableau. Sur la coiffeuse, la houppe à poudrer à sa place, les crayons pour les yeux, bien rangés. Dans l'armoire entrouverte, les tailleurs dans leurs plastiques protecteurs.


Pas une brise. Juste la danse des lignes et l'entrelacement des feuilles.

Un froissement d'ailes. Une tige qui se balance sous l'oiseau léger.

Et la fleur, offrant son cœur.


Le tableau apparaissait sur les vitres de la voiture. Il se concentra sur le trajet. Astree, ce jour-là, partait en déplacement pour Angoulême ; il l'accompagnait à la gare. Chaque séparation, même la plus anodine, le laminait. C'était comme s’il ne devait plus la revoir. À chaque fois. Sur le quai, il se raisonna, l'embrassa et la laissa voler. Il se rendit ensuite à la galerie dans laquelle il avait fait l'achat du tableau. Une chose l'intriguait : l‘absence de titre. Il espérait ainsi s'approcher de ce qui lui restait opaque. On ne put l'éclairer.

De retour dans l'appartement, après sa journée, il se reposa un instant et passa dans la cuisine. Le bocal de muesli d'Astreeh ne désemplissait pas. Ce n'était pourtant pas son genre de se passer de céréales au petit déjeuner… Peut-être avait-elle entamé un régime… Il n'en savait rien.


Pas une brise. Mais la fleur géante sertie dans l'horizon.

Et le marbre roi.


Elle était de retour. Bruit familier de la porte d'entrée. Voix claironnante. Un prix lui avait été décerné. Il ouvrit le champagne et se noya dans son sourire. Elle parlait, virevoltait ; il l'écoutait distraitement, fasciné par sa façon de relever son nez mutin, de triturer les boucles de ses cheveux une fois calée dans le fauteuil, genoux relevés. La nuit fut belle.

Au matin, son œil tomba sur le roman que lisait Astrée. Il sortait du sac ouvert. Le marque-page ne semblait pas avoir bougé. Il s’en étonna ; elle était accoutumée à dévorer les livres… Elle avait dû être extrêmement sollicitée durant cette absence.


Pas une brise. Mais le chant limpide des jets d'eau se mêlant au pépiement de l'oiseau.

Et le parfum de la fleur, suave.


Cette fois, c'était lui qui devait partir. Son rédacteur lui avait demandé de couvrir un événement : la Semaine sainte à Séville. Cela ne l'emballait pas. Pourquoi l'envoyait-on, lui, athée, couvrir une cérémonie religieuse ? Il avait deux jours pour donner sa réponse. Astreeh, en apprenant cela, déborda d'enthousiasme et le convainquit de l'intérêt du voyage. Il céda.


Perdu au milieu de la foule, il regardait s'avancer les confréries et prenait quelques clichés. Un malaise le prit et il rentra à l'hôtel se reposer. Il décida de s'octroyer une escapade de convalescence et se rendit, au terme de la Semaine sainte, à Grenade. Cela faisait longtemps qu’il désirait voir l'Alhambra. Il aurait aimé qu'Astreeh fût là, pour cette visite qui s'annonçait magique… Peut-être devrait-il attendre qu'elle y vienne avec lui. C'était un lieu, une atmosphère à vivre à deux… Mû par un désir presque inexplicable, il pénétra, non sans une pointe de culpabilité, dans le parc du palais.


Une légère brise et le chant limpide des jets d'eau… L'entrelacement des motifs couvrant les arcs des colonnes. Des lignes pures et la fleur au centre du jardin : une fleur de grenade, rouge, éclatante. Il la huma. Une grande douleur l’envahit, un mal insoutenable.


De retour à Paris, il resta alité. Astreeh voulut s'occuper de lui mais il s‘y opposa ; il lui demanda de partir quelques jours voir sa mère, chose qu'elle devait faire depuis longtemps.

Une fois seul, il dormit plusieurs jours d'affilée. Quand sa santé s'améliora, il put se diriger vers la commode, celle du tiroir fermé à clé. Cela faisait dix ans, dix ans qu'il était resté fermé. Il en extirpa les lettres. Les enveloppes n'avaient pas été décachetées. Il en ouvrit une fébrilement.


« Jean, je viens d'apprendre avec émotion le décès d'Astreeh. Je pense à toi et mon souhait le plus vif serait de pouvoir t'apporter un peu de réconfort. Je sais bien que rien ne peut combler le gouffre de ta tristesse mais songe à Astreeh, à ce qu'elle aurait voulu pour toi dans ces heures sans elle. Je t'embrasse tendrement. Marie. »


Ses larmes se mêlèrent à l'encre.

Le jardin fut accroché au-dessus du lit, le lendemain.


II. Aube


C’était comme si sa vie s’était allégée, comme si une ombre s’en était allée, remplacée par une présence lumineuse qui semblait venir du tableau.


Ayant retrouvé quelques forces, Jean retourna à la galerie mais le directeur ne put lui fournir que peu d’informations supplémentaires. Le peintre était une jeune femme ; elle n’avait rempli aucun dossier, laissé ni adresse, ni nom. En revanche, elle avait déposé quelques feuillets concernant son travail de création. Jean le supplia de les lui faire lire. C’était un papier de riz rose… Une encre noire.


« Devant moi, trois portes. La première est en verre lumineux, la seconde en bois, la troisième en fer forgé noir. Toutes m’attendent. J’avance vers la troisième, je tourne le loquet.


Quelque chose me happe. Les couleurs m’assaillent, je les perçois avec une acuité presque insupportable. Elles insistent, s’imposent, leur pouvoir est réellement étonnant. Toutes ont une symbolique qui m’angoisse. Je dois faire des choix impossibles, capitaux. Le thé vert ou violet ? La boîte rose ou blanche ? Des voix se ruent sur moi. Celles de mes proches. Les publicités s’acharnent sur moi, toutes me concernent : “Ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre”, “Des prix en baisse”. Je ne sais plus où donner de la tête. Une torpeur me gagne tant l’afflux de toutes ces idées est dense et violent. Vacillante, je sors de cet antre sordide.


Il me faut, non sans quelque appréhension, franchir le seuil de la seconde porte. J’entre. Un long couloir file devant moi. À son extrémité, dans un halo de lumière, trône un objet aux contours indéfinis. C’est un visage… Je m’avance dans le couloir pour m’en approcher. Le visage ne se laisse pas atteindre. Plus j’avance, plus il se dérobe à moi. Indéfiniment. Indéfiniment. »


Où était la suite ? Jean fit remarquer au directeur qu’un feuillet manquait. Ce dernier l’avait bien noté mais la jeune femme n’était plus revenue à la galerie après ça. Jean demanda à avoir un exemplaire de chacun des premiers feuillets. Devant son insistance, le directeur n’opposa aucun refus. Jean rentra chez lui.

Pourquoi ce tableau avait-il pris une telle place dans sa vie, pourquoi avait-il pris sa vie ? Comment cela s’était-il produit ? Dès qu’il l’avait vu, quelques mois après la mort d’Astreeh, le cours du temps s’était arrêté. Il avait oublié son nom, son corps, son être entier pour se fondre dans les lignes. Ce jardin était entré en lui instantanément ou c’était lui qui était entré dans le cœur du jardin. Il l’avait montré à tout le monde, à ses proches, aux collègues de la rédaction (il l’avait photographié pour le mettre sur l’écran de veille de son ordinateur), heureux de partager son enthousiasme. Il ne le quittait pas où qu’il aille, quoi qu’il fasse. Tout cela restait incompréhensible.


Il avait prévu d’emménager dans un nouvel appartement. Il décida de mettre de l’ordre dans les affaires d’Astreeh, de donner ce qui pourrait faire plaisir à la famille, ses lampes japonaises, ses nappes brodées… Les bandes dessinées, il ne pouvait ni ne voulait s’en défaire. Il ouvrit la chemise en carton et relut les dernières planches. En refermant la chemise, un feuillet rose tomba sur le parquet. Son cœur s‘arrêta. Il n’osait y croire… Le même papier de riz que celui de la galerie ! Astreeh ? Elle qui doutait de ses talents de créatrice, elle qui avait renoncé à l’art pendant des années ? Il n’osait lire…


« Traverser la porte de verre, celle dont la lumière ne périt pas. Je découvre, de l‘autre côté, un jardin. Au centre de ce jardin, dans la blancheur de l‘aube, se dessine une colonne à la ligne pure. Sur le chapiteau, une sculpture. En marbre. Sans veines. C’est un visage de femme. La jeunesse qui émane de ses traits éclate. Paupières closes, lèvres entrouvertes. C’est un visage en recueillement. Sa sérénité irradie le jardin. Je reconnais ce visage. C’est le mien. »


Astreeh.


Jean se rua dans l'atelier d'Astreeh à la recherche de ce qu'elle avait tu. Au fond de la pièce, à même le sol, il vit une forme rectangulaire enveloppée dans un drap blanc. Il le déplia délicatement et découvrit avec émotion un papier beige qu'il connaissait bien. C'étaient ses mots à lui, offerts à sa compagne quelques semaines après leur rencontre.


Dans ton corps, océan stellaire

Sur ta peau criblée de lumière

J'ai lu les chiffres de mon âme

À jamais tracés.


Sous les volutes miniatures

De ta silhouette-enluminure

C'est mon ombre et ce qui encombre

Qui s'en sont allés.


Il déplia le reste du drap blanc et découvrit un tableau. Corps marron recouvert de volutes d'or sur fond marron, intitulé Astreeh…


 
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   socque   
14/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai trouvé un côté envoûtant à votre nouvelle, le labyrinthe du tableau et celui de l'énigme insupportable dans la vie du personnage en deuil se répondent, s'entremêlent avec une grâce angoissée.
Mais la fin, à partir du moment où l'amant d'Astreeh prend conscience qu'elle est morte, a en revanche, pour moi, quelque chose de pataud, de lourd. Je crois que le poème est de trop, il place le focus sur le personnage masculin presque de manière narcissique, or jusqu'à présent il n'existait guère que par l'amour qu'il ressentait. Et puis, que la révélation ultime au cœur du labyrinthe soit un autoportrait d'Astreeh, là aussi cela ne correspond pas bien à la manière dont jusqu'à présent je me la représentais ; j'aurais imaginé une découverte certes apaisante et importante pour le survivant, mais plus modeste, moins aboutie qu'un tableau qui avait dû occuper la jeune femme pendant des semaines ; déjà qu'elle avait pu cacher à son compagnon jusqu'à l'existence du tableau de la galerie…

Je m'étonne vraiment que la période hallucinatoire où votre personnage parvient à « oublier » la mort d'Astreeh ait duré dix ans : il semble que l'homme endeuillé soit parvenu à poursuivre son existence, y compris professionnelle, sans faillir, sans que personne se doute de rien, et j'ai du mal à l'avaler. En outre, ils ont une sacrée mémoire, à la galerie, du passage éclair d'une parfaite inconnue après tout ce temps ! Et des archives hors pair. Là aussi, pour moi ça ne colle pas.

Une nouvelle intrigante en tout cas, me dis-je, où vous avez su installer une ambiance.

   Anonyme   
23/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Une nouvelle qui évoque (très vaguement) le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde avec son narrateur obsédé par une peinture. A tel point qu’il n’en dort plus et qu’il voit le tableau partout jusque sur les vitres de sa voiture. La nouvelle entretient bien l’énigme mais perd en force avec le personnage féminin « Astreeh » qui est un peu insipide et qui au moment du récit ne me parait pas utile, de même que l’intermède en Espagne m’a laissé un peu sur ma faim. Bon, la fille, meurt, on ne sait pas trop pourquoi ni comment. Le dénouement est aussi un peu prévisible, depuis le début j’avais deviné que c’était sa compagne qui avait peint le tableau. Ce qui m’a manqué le plus pour m’immerger dans le récit, c’est l’absence d’une ambiance puissante propice à m’agripper. J’ai décroché un peu par moment. Cela dit, ça n’a pas gâché pas ma lecture de cette nouvelle que j’ai pu trouvé un peu en dents de scie mais qui reste intéressante. Et j’ajouterai pour terminer, que l’écriture est tout à fait bonne.

Merci pour cette nouvelle mystérieuse et offerte gratuitement à mes yeux de lectrice.

Anna en EL

   Vilmon   
24/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
Alors j’ai essayé d’avoir un portrait global de l’histoire. Il y a des contradictions qui m’ont données des difficultés. Dix ans entre maintenant et sa mort si j’ai bien compris le tiroir verrouillé et la lettre de condoléance. Il semble qu’il la voyait tout juste avant d’ouvrir ce tiroir. Il cache le tableau, le voit partout en pensée, puis l’affiche partout et le montre à tous. Je n’ai pas trop compris l’élément déclencheur de ce revirement. Les descriptions sont intéressantes, surtout celles du tableau qui reviennent en boucle, avec une interprétation différente, au goût de la situation. Le récit se lit bien. J’ai bien aimé même si j’ai un peu de difficulté à suivre le fil de certains événements.

   JohanSchneider   
6/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
C'est une belle nouvelle très bien écrite.

Elle est portée par un sujet dont on devine vite qu'il est lié à l'absence et au deuil.

Mais elle pâtit d'un défaut de conception : passée la moitié du récit, ça devient confus sinon obscur.

Certes on ne demande pas à ce genre de fiction d'avoir la sécheresse et la linéarité d'une dissertation de philosophie de classe terminale.

Mais à noyer sa narration dans une épaisse aura de mystère, d'énigme et de faux-semblants, on risque de s'y perdre soi-même... et ses lecteurs par la même occasion.

Le point fort reste l'élégance de l'écriture.

   Corto   
6/11/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quelle ambiance ! J'ai vite été happé par le déroulement de l'histoire, et dès le début, la mise en place des personnages est faite avec belle élégance. Le premier sous-titre "Renoncement" place les éléments dans une continuité qui ne se démentira pas par la suite. On entre ainsi dans l'intrigue. Et déjà l'obsession "la fleur, reine au centre du jardin damé. Fascinante…"

Le refrain "Pas une brise..." permet de ne pas perdre du vue la trame malgré les événements successifs qu'on a parfois du mal à relier: le tableau, Astreeh (1), les insomnies, les voyages, et toujours l'obsession "Ses larmes se mêlèrent à l'encre"...

Le second sous-titre "Aube" relance l'intrigue et permet de voir les événements sous un jour nouveau, "sa vie s’était allégée".

Le message sibyllin aux trois portes qui tente de décrire le tourment de l'artiste devient également un tourment pour Jean.
" Le visage ne se laisse pas atteindre. Plus j’avance, plus il se dérobe à moi. Indéfiniment. Indéfiniment " et surtout: " Ce jardin était entré en lui instantanément ou c’était lui qui était entré dans le cœur du jardin."

Le déménagement, bien que procédé facile, amène la découverte du dernier feuillet et l'élément manquant se révèle: "Traverser la porte de verre, celle dont la lumière ne périt pas " etc. Le secret de l'artiste se dévoile.
Ce secret revient en miroir vers Jean, il est comme un boomerang post mortem porteur d'une forte émotion:
" ses mots à lui, offerts à sa compagne quelques semaines après leur rencontre."

Par la dernière phrase et la dernière scène, Astreeh reste présente à jamais.

Grand bravo et merci.
Corto.

(1) Je n'ai pas décrypté le sens des variations d'orthographe dans le nom de l'artiste ??

   Anonyme   
6/11/2022
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Quand l'histoire est à ce point lisse, rien, ni le ton précieux, ni les tournures empruntées, ne suffisent à lui donner du corps. Car c'est du manque de chair dont souffre cruellement votre nouvelle !

Peut-être que vous expliquez trop ?! Un exemple : ''Elle avait un petit mouvement des sourcils qu'il connaissait bien, comme un signal de concentration.''. Mettre le point final de la phrase après ''qu'il connaissait bien'' suffirait ! ''comme un signal de concentration'' n'apporte rien d'autre que de la lourdeur. Lourdeur encore avec ce ''labyrinthique'' qui me fait tiquer dès l'entame.

En conclusion, une histoire kitsch et trop lisse dans laquelle le plaisir se serait caché dans des recoins inaccessibles en dehors desquels on s'ennuie ferme ! Apprendre ''qu'il se levait pour boire un peu d'eau, puis se recouchait... '', n'est pas franchement passionnant !

Trop de circonvolutions où s'emmêle le fil, comme par exemple le prénom qui perd son h puis le retrouve sans que l'on sache pourquoi. Une feinte qui m'aurait échappée ?

On mettra tout ça sur le compte de la mayonnaise qui n'a pas pris. Je ne suis pas arrivée à entrer dans l'histoire !

Une prochaine fois ?

(la flèche vers le haut comme encouragement)

   Louis   
10/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Entrelacs : des lignes se lacent, s’entrelacent, se rejoignent et puis s’écartent, créent entre elles une distance, puis font retour l’une vers l’autre, se frôlent, se superposent, ou s’identifient avant de reprendre une distance qui ne sera jamais définitive, car toujours elles s’appellent l’une l’autre, se reflètent, engendrent dans leur tracé des symétries, et encore s’enlacent sans se lasser, s’entrecroisent, s’embrassent, et finissent parfois par s’interpénétrer, l’entrelacs se faisant appel - invitation : ‘’entre-là’’ -, et constituer alors une unité qui poursuit leur élan indéfiniment.

De tels entrelacs donnent forme à ce texte remarquable, dans lequel une œuvre d’art unit deux amants par-delà la mort ; dans lequel poésie et peinture se joignent en vue d’une même fin : restaurer une présence, non pas seulement de façon figurée, mais bien vivante. Parce que se trouvent représentés, non seulement des corps, périssables et mortels, mais les lignes et les liens subtils, - eux sont éternels, qui mènent deux êtres l’un vers l’autre par les entrelacs de l’existence. Parce que sont dessinées les lignes d’une géométrie qui relie les cœurs, à l’aide des « chiffres de l’âme », et qui ne sait que les propriétés géométriques ont une vérité pour l’éternité ? Parce que l’artiste a mis non seulement sa vie dans son œuvre, mais les fils subtils qui le rattachent sous des rapports invariables à l’être aimé et vivant.


Ainsi un tableau nous est d’abord présenté.
Il s’impose au narrateur avec une force particulière par son contenu, non par sa forme ou son style. Et pourtant, remarquablement, l’évocation du tableau se fait d’abord par ce qui est absent en lui, par ce qu’il ne contient pas. Elle commence, en effet, par une négation : « Pas une brise ». Il n’est pas dit en premier ce qu’il y a sur la toile, mais ce qu’il n’y a pas dans ce qu’elle donne à voir. Pas de brise. Cette négation ou cette absence n’est pas sans importance puisque, dans la suite du texte cette évocation va connaître des variations, mais ce début par l’absence ne sera jamais absent ; il se répètera à chaque fois pour constituer un invariant.

Pourquoi cette brise absente ?
De nombreuses autres choses sont absentes dans le tableau, qui évidemment, comme tout tableau de peintre, ne peut pas tout représenter. Pourquoi alors cette « brise » est-elle seule désignée parmi l’ensemble de ce qui ne figure pas sur la toile ?
Pas de brise est-il affirmé, parce qu’il pourrait y en avoir une, mais il n’y en a pas, et il ne doit pas y en avoir. Il est d’importance qu’il n’y en ait pas.
La « brise » renvoie d’abord au vent. Mais un vent ne se voit pas, il n’est pas visible et donc ne peut être figuré sur la toile. Un vent n’est sensible qu’indirectement, par le frémissement perceptible des herbes, provoqué par lui, ou par les arbres qui ploient sous son souffle. Pas de vent, donc, pas de déformation dans ce qui est représenté, par la puissance de son haleine ; pas de torsion ou de distorsion. Ne courent sur la toile que des lignes « pures ».
Pas de vent non plus qui emporte tout, car si une brise peut être légère et douce, elle peut aussi se montrer forte et violente. La négation de la brise, son absence, est garante d’une perpétuelle présence de ce qui se donne dans le tableau dans la ‘’pureté’’ de ses lignes.
« Pas de brise » : la négation s’entend encore comme effet de sens global du tableau. Il faut alors entendre le nom « brise », par sa signification au-delà du vent, dans la saisie d’un premier entrelacs par lequel se constitue le texte, celui entre les mots et l’image peinte. « Pas de brise » : s’entend alors : rien de ce qui brise dans cette toile n’y est présent, rien de ce qui sépare et divise. Tout est dans ce qui unit et réunit.
Le narrateur se sent alors immédiatement et inexplicablement ''attaché’’ à ce tableau, uni à lui, incapable de s’en séparer.

Singulier tableau : si les mots disent d’abord une absence en son sein, et la présence d’un invisible, ils poursuivent par ce qui s’entend dans ce qui s’offre au regard : « Juste le murmure des jets d’eau ». On n’entend pas le vent, « Pas de brise », juste des murmures, juste l’eau. Tableau sonore autant que visuel.
L’élément aquatique se montre très présent dans les évocations de la toile : les jets d’eau et la mer. Une symbolique de l’eau y est à l’œuvre.

Un jardin est représenté sur la toile, c’est un jardin « damé ». Qu’importe qu’il soit aplani ! Mais il importe, dans l’entrelacs entre la toile et les mots, qu’il soit marqué, au féminin, d’une "dame’’. La qualification du jardin, c’est d’abord qu’il soit au féminin, qu’il s’enlace à une ''dame''. Et qu’il se rapproche d’un jeu d’échecs, où évolue une reine, d’un jeu de dames où si l’on parvient jusqu’à la dernière case, on gagne une dame, bien que les lignes évoquent pour le narrateur celles d’un « chemin labyrinthique » qui mène jusqu’à la "dame’’, et jusqu’à la place centrale de la toile, la place suprême de la « reine », là où règne une fleur « fascinante »

Une union, une fleur, une femme, une reine au bout d’un labyrinthe : voilà ce qu’évoque l’œuvre artistique découverte par le narrateur.

Cette œuvre pourtant lui apparaît d’abord incompréhensible et fort énigmatique.
Il éprouve un sentiment d’« étrangeté » à sa contemplation, en même temps qu’une impression de proximité et de familiarité : le tableau « lui avait tout de suite semblé si familier, si proche »
L’œuvre peinte produit donc sur le narrateur cette impression que Freud a nommé "l’inquiétante étrangeté". Impression qui naît quand l’intime surgit comme étranger, comme inconnu. Et le tableau paraît au narrateur, en effet, très intime, si « proche » et pourtant inconnu, étranger, énigmatique, recelant un contenu secret. Le tableau tout à la fois révèle son contenu et le dissimule, le voile dans un mystère, dont le narrateur sent qu’il lui est vital d’en percer le secret : « Il sentait qu’il lui fallait percer ce sentiment d’étrangeté ».

Incapable de comprendre ce qui se cache dans l’œuvre, le narrateur décide de la dérober au regard et de tenter de l’oublier : « Il se résolut à cacher la peinture au sous-sol… Et il tenta de l’oublier »
Un processus est mis en place, qui est celui du "refoulement’’ au sens psychanalytique. L’image du « sous-sol » obscur figure bien la dimension inconsciente du psychisme.

La psychanalyse nous apprend aussi que le refoulé, loin d’être détruit ou anéanti, contenu dynamique et non passif, "fait retour’’.
Et c’est bien à son retour auquel on assiste chez le narrateur, retour obstiné, obsessionnel, phantasmé, jusqu’à paraître « sur les vitres de sa voiture », jusqu’à « trouer ses nuits ».

Ce retour convient plutôt d’être pensé par la formation d’un nouvel entrelacs, celui entre la ligne d’existence du narrateur et celle du tableau, en tant qu’images, elles-mêmes entrelacées aux noms qui le désignent.
Entre les actes du narrateur et l’évocation variable du tableau, peut se constater une correspondance.
Dans le temps pendant lequel le tableau est relégué au sous-sol, le jardin apparaît non pas sombre, mais « clair », et surtout « clos ». Il brille dans l’obscurité, mais reste fermé sur son mystère, et la fleur en son centre demeure « inaccessible ».
Se trouvent encore en correspondance « le jardin, temple de l’ordre et de la symétrie » et les objets perçus sur la « coiffeuse », en bon ordre : « la houppe à poudrer à sa place, les crayons pour les yeux, bien rangés »

Ces objets de la banalité quotidienne sont ceux d’Astreeh, sa compagne ou son épouse.
Elle semble bien vivante, aimante, et partager sa vie avec le narrateur.
Voilà que les lignes entrelacées, déjà perçues, viennent s’entrecroiser avec une ligne supplémentaire, ligne de la course d’un astre, comme l’évoque d’abord le nom « Astreeh » ( son corps sera qualifié de « stellaire » dans le poème de la fin du texte), tout en évoquant encore le personnage de l’héroïne du roman d’amour célèbre d'Honoré d'Urfé, roman dont le titre porte le nom : « L’Astrée ».

Quand Astreeh part en « déplacement pour Angoulême », le narrateur « l’embrassa et la laissa voler », librement, comme un oiseau, et ce qui apparaît alors du tableau est « Un froissement d’ailes. Une tige qui se balance sous l’oiseau léger ».

L’entrelacs entre lui et le tableau ainsi se poursuit. La visite des jardins de l’Alhambra produit en lui un choc. Ces jardins et ceux du tableau se confondent. En entrant dans ces jardins, il entre dans le tableau. Il découvre au centre du jardin « une fleur de grenade, rouge, éclatante »
Alhambra en arabe signifie « rouge ». La fleur n’est pas sans rapport avec Astreeh, mais le narrateur ne le sait pas encore clairement. Mais on peut savoir désormais d’où vient le ''h’’ à la fin du prénom Astreeh, d’où, sinon de l’"al hambra’’ ?

S’entrelacent encore le réel et l’imaginaire, mais la ligne de vie du personnage narrateur semble de plus en plus être intégrée dans les lignes qui composent le tableau, « pour se fondre » dans ces lignes». Les entrelacs entre lui et la toile s’avèrent une interpénétration : « Ce jardin était entré en lui instantanément ou c’était lui qui était entré dans le cœur du jardin ».

Une lettre, des mots celés depuis longtemps, lui font reprendre conscience de la réalité du décès de celle qu’il aime, de son absence insupportable, mais la réalité d’une peinture visuelle, sonore, vivante, le ramène vers elle. La toile l’invite à une « quête » ; alors s’est engagé un cheminement à la fois intérieur et extérieur qui le mènera vers elle, dans la restauration de sa présence.

Il découvrira sur les « papiers de riz rose » que la toile a été peinte par Astreeh, que se trouve en son centre, son portrait, à elle.
Un dernier entrelacement est important : celui entre poésie et peinture, entre le poème qu’il a écrit pour elle et l’autoportrait qu’elle a peint.

« Ton corps, océan stellaire » a-t-il écrit. Et sur la toile on retrouve l’océan, la mer, les jets d’eau ; l’infini de la mer et le calme apaisant des jets d’eau.

« Sur ta peau criblée de lumière
J’ai lu les chiffres de mon âme
À jamais tracés. »
A-t-il écrit encore. Et sur la toile paraissent un « chemin labyrinthique », de « l’ordre et de la symétrie », une « équation », et une géométrie algébrique qui répond aux « chiffres de l’âme ».

Ainsi Astreeh a réalisé son portrait tel qu’elle se voyait et aussi tel qu’il la voyait, lui. Elle a réalisé un portrait qui l’unit à lui, qui trace les traits de leur union inséparable.

   Pouet   
12/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut,

"entrelacs" comme ornements du regret, comme ciconvolutions du destin, courbures de l'onirisme, sinueux rus du réel.

Ce que j'ai beaucoup apprécié en premier lieu, c'est l'originalité du texte, dans sa forme, dans sa maière de dire, dans sa litanie... On sort du linéaire, du sentier rebattu. Une "atmosphère". (C'est marrant parce que ce texte, surtout dans sa deuxième partie, m'a un peu fait penser à ma "nouvelle"- si on peut l'appeler ainsi -"L'endroit sur la falaise" publiée ici et écrite dans une autre vie.
J'ai aussi pensé au Portrait de Dorian Gray pour le côté vivant et mouvant et à l'écume des jours si je me souviens bien avec ce nénuphar qui pousse et croît à l'intérieur de Chloé à l'instar de cette fleur symbolisant peut-être l'amour disparu.

En tout cas je trouve que ce texte dégage une belle puissance et une grande sensibilité. J'ai trouvé au texte une tonalité orientale sans me l'expliquer vraiment, dans le tour, dans la façon de poser les mots, de façon poétique et minimaliste. Une manière de confusion, d'entrelacement, de superposition, sans doute du sentiment dans ce qu'il a de plus profond.

Peut-être que le souvenir est un paysage...

   Marite   
18/12/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une nouvelle qui ne se laisse pas aborder facilement ... pourtant elle recèle quelque chose d'important qu'il me plairait de découvrir. Peut-être que l'auteur ouvrira un forum pour nous aider à saisir ce qu'il exprime ici. De la douleur ... oui je l'ai ressentie. Une perte de repères dans le temps aussi, le passé se mêlant au présent avec insistance, sans doute la conséquence de la non acceptation d'une réalité insoutenable, un équilibre fragilisé qui peine à retrouver des appuis stables. La durée très longue de cet état de "renoncement", dix longues années, m'a un peu déroutée. Les éléments poétiques dispersés dans l'ensemble du texte ont accentué mon égarement, aussi j'ai regroupé les vers, en les découpant même. Le charme et la délicatesse qui s'y trouvent sont apaisants. Après cela la lecture des deux parties "Renoncement" et "Aube" a été plus aisée. Mais, peut-être y reviendrai-je une troisième fois ...

   Donaldo75   
2/1/2023
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Salut Eskisse,

Désolé, ton texte est le premier que j'évalue selon la nouvelle grille, alors forcément il risque d'y avoir du tâtonnement dans mon commentaire parce que mon cerveau revenu de vacances doit s'adapter à un nouveau référentiel.

J'aime bien l'écriture par ce qu'elle comporte de poésie dans la forme; je suis moins fan de la mise en page mais je suppose que ça va avec le choix stylistique, en particulier pour les passages avec des phrases courtes, parfois sans verbe, puis un retour à la ligne.

Pour ce qui est de la narration, je n'ai pas compris grand-chose à cette histoire et je n'ai pas cherché à me découper les neurones dans la quête du sens. Du coup, j'ai trouvé que le style l'emportait sur la manière de raconter au risque de rendre le récit glacé, sous verre. Et du coup, je suis probablement passé à côté.

Maintenant, je pose l'appréciation et c'est là qu'il va falloir s'habituer à la recevoir dans ce nouveau cadre.


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